L'ensemble castral de Vesvre (ou de Vèvre) est un ensemble d'aménagements fortifiés dans la commune de Neuvy-Deux-Clochers, dans le département français du Cher, en région centre-Val de Loire. Il occupe une position centrale dans la région naturelle berrichonne du Pays-Fort.
Il est construit en plusieurs phases et modifié à de multiples reprises entre le et le , et même jusqu'au en tenant comte compte des bâtiments d'une ferme qui s'y est greffée tardivement ; il est habité de façon continue jusqu'à la Révolution française. Son histoire et son architecture témoignent de la volonté de l'élite à qui il appartient de contrôler les voies stratégiques de circulation qui le bordent ainsi que le territoire dont il est le centre.
Il se compose d'une motte castrale, de deux basses-cours, d'une plateforme surélevée et d'un ensemble de dispositifs défensifs (fossé et talus). L'élément le plus marquant en est toutefois une tour mesurant pour une hauteur de , construite au tournant des sur la plateforme. L'ensemble est restauré en plusieurs étapes depuis la fin du , ce qui est l'occasion de l'étudier plus en détail (sondages et fouilles archéologiques, étude du bâti) et présenté au public. Ses vestiges sont protégés au titre des monuments historiques en 1991 et en 2008.
Contextes géographique, géologique et écologique Site stratégique sur un axe de communication Le site de Vesvre se trouve implanté dans le bassin de la Grande Sauldre, à la limite des communes de Crézancy-en-Sancerre et de Neuvy-Deux-Clochers, à environ au nord-est du chef-lieu communal de cette dernière.
Il n'est pas, comme c'est généralement le cas, édifié sur une hauteur. Construit à l'altitude moyenne de dans le fond humide de la vallée du ruisseau de la Tour, affluent de la Sauldre, il n'est pas visible depuis la route moderne de Bourges à Sancerre par Les Aix-d'Angillon. Toutefois, l'ensemble castral est étroitement lié au passage de cet axe ainsi qu'à la proximité de la limite entre les terres de la châtellenie des Aix et celles de la seigneurie puis du comté de Sancerre. Avant la construction de l'ensemble castral, des indices suggèrent la présence d'une voie traversant le site, peut-être un premier tracé de cet itinéraire. Dans cette hypothèse, le site de Vesvre serait construit à un emplacement lui permettant un contrôle efficace de la circulation.
Géologie locale largement exploitée vignette|gauche|redresse=1.3|Coupe géologique simplifiée. Vesvre, dans la région naturelle du Pays-Fort, occupe un replat entre deux cuestas d'orientation générale nord-nord-est - sud-sud-ouest au droit du site : à l'ouest, la cuesta crétacée et à l'est la cuesta kimméridgienne (Jurassique supérieur) dote la crête est ponctuellement recouverte de limons éoliens récents (fin du Pliocène ou Pléistocène) ; la formation de ces deux cuestas est une consquence du soulèvement, à l'Aquitanien, de la partie nord du Berry. Le substrat géologique est composé des « marnes de Saint-Doulchard » datées du Kimméridgien supérieur reposant sur un socle oxfordien..
Les marnes de Saint-Doulchard entrent ponctuellement dans la composition des maçonneries de la tour et dans l'édification du terre-plein qui la supporte ; elle servent aussi d'amendement agricole. D'autres formations géologiques proches, datées du Crétacé, ont également fourni des matériaux de construction des infrastructures du site : grès ferrugineux (construction), sables (verrerie), argiles (céramique) et calcaires (construction).
Faune et flore révélatrices des conditions de vie à Vesvre L'environnement forestier est caractérisé par une grande diversité diversité d'espèces, parmi lesquelles dominent le chêne et le noisetier, qui ont été, au fil des temps, exploitées à des fins probablement variées, bois d'œuvre, de chauffage, d'ébénisterie. À proximité du site, où le défrichement est plus intense, doivent alterner des cultures céréalières ou sarclées et des prairies, selon la nature du terrain et son exposition ; les zones les plus humides sont occupées par des roselières
La faune sauvage, oiseaux et mammifères, semble être commune dans ce type d'environnement forestier à tendance humide. Toutefois, la présence de scutelles (plaques osseuses dermiques) d'esturgeons et de coquilles d'huîtres est inhabituelle : ces animaux n'étant pas endémiques à la région ; ils ont donc été apportés à la suite d'échanges commerciaux, à des fins d'alimentation, ce qui témoigne du statut social élevé des consommateurs.
Toponymie Le toponyme « Vesvre » est une évolution de vaivre, lui-même d'origine gauloise. Très répandu dans un vaste secteur du centre-est de la France, il désigne des terres incultes ou des broussailles. À Neuvy-Deux-Clochers, il témoigne certainement du couvert végétal naturel du site avant les premiers défrichements médiévaux, ce que confirment les études de terrain.
Le nom de la commune, Neuvy-Deux-Clochers, pourrait provenir d'une dualité d'édifices religieux dans la paroisse : l'église Saint-Jean-Baptiste dans le bourg et la chapelle Saint-Julien mal localisée sur le site de Vesvre, peut-être fréquentée par les habitants du hameau voisin ; l'hypothèse, bien que difficile à vérifier, est très plausible. Une autre possibilité évoque la présence à un moment donné, sur l'église Saint-Jean-Baptiste, de deux clochers, le second, plus récent, construit avant que le premier ne soit abattu ; aucun indice ne permet toutefois d'accréditer cette thèse..
Historique Chronologie du site Le site présente un intérêt exceptionnel par sa continuité d'occupation du Haut-Moyen-Âge jusqu'à la Révolution. Pendant cette période, il est l'objet de multiples phases d'agrandissement et de modification, pour la plupart bien documentées et assez précisément datées, à quelques décades près.
Les premiers indices d'occupation remontent à la fin du ; cette occupation, dont la localisation précise est inconnue, est le fait du maître d'ouvrage ; des ateliers d'artisans et une exploitation des terres à des fins agricoles sont attestées. Cette activité génère des déchets qui sont entassés puis repris pour être remployés dans les phases successives d'aménagement.
Une plate-forme, dont les contours sont mal définis mais qui nécessite au moins de remblais, est constituée de couches d'argiles, de débris végétaux issus de défrichements et de déchets entassés provenant des activités antérieures ; elle est occupée pendant trois siècles. Ce projet d'aménagement comprend peut-être, dès son origine, la motte castrale et la basse-cour, bien que la contemporanéité de ces structures ne puisse être démontrée, la construction de la motte pouvant également précéder celle de la plateforme, ou bien lui succéder. Son accès se fait probablement par le nord.
Les fouilles réalisées en 2004 témoignent que la tour a été construite sur les vestiges d'une demeure bien plus ancienne. Les érudits du ont attribué sa construction à Hugues II de Vesvre, mais les récentes recherches historiques s'ajoutant aux découvertes archéologiques remettent en cause cette hypothèse : Hugues II a pu initier la construction avant sa mort, à la fin du , mais la tour n'est achevée qu'au début du .
De multiples modifications affectent le site aux avec la refonte des espaces intérieurs de la tour et la construction de la basse-cour orientale, de son enceinte et du colombier ; ce dernier ensemble constitue le nouvel accès au terre-plein central.
Vers la fin du , la tour est une nouvelle fois réaménagée et des bâtiments de ferme sont construits dans la basse-cour.
Le logis est l'objet de nombreuses modifications aux ; inoccupé après la Seconde Guerre mondiale, il se dégrade progressivement pour être abattu au milieu des années 1970. D'autre part, une seule pièce de la tour sommairement réaménagée est habitée jusqu'en 1961.
Après une première inscription de 1976 (façades et toitures de la tour et du colombier) annulée, l'ensemble fait l’objet d'une inscription depuis le (motte, tour et terre-plein, ruines du logis, guérite, sols de la basse-cour et du terre-plein) et d’un classement au titre des monuments historiques depuis le (terre-plein et ses bâtiments, basse-cour orientale et ses bâtiments)..
Histoire de la France et du Berry - Histoire religieuse et civile - Épisode de construction - Épisode de destruction Sauf mention explicite, les fourchettes de dates sont données à titre indicatif.
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Mentions historiques, fouilles et mise en valeur L'histoire du site de Vesvre est assez mal documentée ; l'un des raisons principales en est l'incendie du bâtiment des archives départementales du Cher, dans la nuit du 13 au , qui occasionne la destruction de précieux cartulaires des abbayes de ce département.. Il est certain en tout cas que, jusqu'à la fin du , l'ensemble castral occupe une position stratégique à la limite des zones d'influence du domaine royal et des comtés de Blois et d'Anjou ; les seigneurs de Vesvre se rallient à l'une ou l'autre cause selon les opportunités du moment et les alliances de circonstance.
Traditions et sources anciennes Une tradition, retranscrite dans une source écrite en 1566., fait remonter la fondation des sites de Vesvre et de Bourges au (époque d'Attila). Une autre, gravée sur un mur de la tour mais disparue, indique que cette tour est élevée par « Gondobal » en l' (règne de Clovis). Toutes deux sont démenties par les données archéologiques qui montrent une histoire beaucoup moins ancienne.
La première mention du terme « Vesvre » intervient en 1034 quand Ébard et Godefroy se revendiquent ; leurs suzerains, appartenant alors à la famille de Sully, sont châtelains des Aix-d'Angillon. La famille de Vesvre est fréquemment citée pour avoir fourni des témoins dans des affaires de l'archevêché ou des abbayes locales. Ses membres semblent résider sur ou à côté d'une motte.
Au milieu du , deux frères, Eudes et sont seigneurs de Vesvre. Au début du siècle suivant, deux enfants de semblent se partager le domaine, la la tour pour et la motte pour . À cette époque, la famille de Vesvre semble disposer de biens répartis sur un territoire allant de La Chapelle-d'Angillon à La Charité-sur-Loire d'ouest en est et de Sancerre à Menetou-Couture du nord au sud ( environ) mais il n'est pas possible de déterminer si la famille a fait du site de Vesvre sa seule résidence.
Un document de 1344 cite « la motte et hôtel ancien du Bois de Vèvre » et, en 1363-1365, une « tour de Vesvre » est évoquée mais, faute de localisation géographique précise, il peut s'agir de celle de Germigny-l'Exempt dans la Nièvre..
Au , les sources font clairement état de deux seigneuries distinctes à Vesvre, celle de « la Motte » et celle de « la Tour ».
Reprise documentaire aux Compilant la documentation existante, Hippolyte Boyer publie en 1878, dans les Mémoires de la Société historique, littéraire et scientifique du Cher, une « Monographie de la tour de Vèvre ». En 1992, Martial Jouanin consacre son mémoire de maîtrise en histoire à la seigneurie de Vesvre.
Fouilles et études récentes Après le mort, en 1961, du dernier occupant de la tour de Vesvre, la municipalité de Neuvy-Deux-Clochers engage un programme d'acquisition des parcelles du site ; en 2012 elle est propriétaire des parcelles supportant la motte, la tour, la ferme et ses dépendances.
Les premières investigations architecturales sont menées sur la tour en 1998 sous la direction de Victorine Mataouchek (Inrap - ) avant la réfection de la charpente et de la toiture de l'édifice. Vient ensuite, en 2004-2006, une fouille préventive en préalable à la reprise des fondations des murs de refend et à la consolidation des murs extérieurs de la tour. Ces études font l'objet d'un rapport de fouille rédigé en 2009.
Depuis cette date, les études, fouilles et sondages se succèdent sur différentes parties du site, notamment toutes celles qui font progressivement l'objet de travaux de restauration ; c'est le cas de la grange en 2010 et 2011 puis du colombier en 2013 et 2014.