Henri Salvador, né le à Cayenne (Guyane) et mort le à , est un auteur, compositeur, interprète et chanteur de charme, humoriste et musicien français.

Guitariste professionnel à ses débuts, il joue dans plusieurs orchestres de jazz français. Sa longue carrière commencée dans les années 1930 avec le jazz, prend une nouvelle dimension lorsqu'il entame à partir de 1948, une carrière de chanteur. Au fil des décennies 1950-1970, il écrit, produit et interprète des chansons humoristiques et populaires, tout en conservant un penchant pour un style plus crooner, grâce à sa voix plus suave et douce.

Il maîtrise de nombreux instruments de musique et fait partie des pionniers à posséder leur propre studio d'enregistrement à domicilehttps://www.bornbadrecords.net/releases/henri-salvador-homme-studio/ Guido Cesarsky : « Henri Salvador, Homme studio. Site Born bad records », consulté le 7 avril 2024; il crée le label discographique « Rigolo » en 1964.

Après une relative traversée du désert vers la fin de sa vie, il connaît un succès considérable, avec de nouveaux spectacles et tournées, grâce à l'album Chambre avec vue, au début des années 2000.

On lui doit de nombreuses chansons populaires comme Syracuse, Maladie d'amour, Le Loup, la Biche et le Chevalier (Une chanson douce) ainsi que des titres plus légers, tels que Le travail c'est la santé et Zorro est arrivéAdaptation de la chanson du groupe qui se moque des cow-boys blancs à la télévision et qui est le tube de l'été 1964. .. Son dernier succès est la chanson Jardin d'hiver sortie en 2000.

Salvador et Sacha Distel, les deux seuls artistes français de variété à figurer dans le Dictionnaire du Jazz, se sont connus comme jeunes débutants dans la nouvelle formation que Ray Ventura, a mise en place peu après la Libération.

Biographie Famille Origines familiales Henri Gabriel Salvador naît le , au n°19 rue de la Liberté, à Cayenne. Ses parents sont originaires de Guadeloupe : Clovis Salvador, percepteur, de Morne-à-l'Eau, et Antonine Paterne, fille d’une Amérindienne caraïbe, de Port-Louis.

Henri est le benjamin de trois enfants : il a une sœur, Alice et un frère, André, avec lequel il chante en duo au début de sa carrière et avec qui il se produit au Jimmy’s, à Paris et à BiarritzSon frère recevra le Grand prix du disque de l'Académie Charles-Cros en 1947 pour Hey-ba-ba-re-bop avec l’orchestre d’André Ekyan. Cf. L'intégrale André Salvador édité par Frémeaux & Associés, ..

Vie privée Le , Henri Salvador épouse une jeune femme de Corse, Lily Susini (1917-1973), qui l'accompagne pendant son périple sud-américain avec l'orchestre de Ray Ventura, jusqu'à son retour en France, en 1945. Né le de sa liaison avec l'actrice Jacqueline Porel, son fils naturel Jean-Marie conçu peu après sa libération de prison pour désertion est officiellement reconnu par l'acteur François Périer en 1941, lors du mariage de celui-ci avec Jacqueline.

Le à Paris, Salvador se remarie avec Jacqueline Garabedian qu'il a connue en 1949 en coulisses d'un de ses spectacles, cette épouse meurt d'un cancer en 1976, le laissant veuf. Durant 27 années de vie commune, Jacqueline a géré une très grande partie des activités d'Henri, faisant notamment office d'agent artistique en négociant ses cachets, en défendant ses intérêts lors des galas, des émissions de radio et de télévisionhttps://www.radiofrance.fr/francemusique/10-petites-choses-que-vous-ne-savez-peut-etre-pas-sur-henri-salvador-4469206 Nathalie Moller : « Henri Salvador : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le chanteur et compositeur », publié le 17 juillet 2017, France Culture, consulté le 11 avril 2024..

En 1982, la rencontre à Los Angeles entre Jean-Marie Périer et son père biologique, relatée par Jean-Marie dans son autobiographie Enfant gâté, s'avère décevante pour le photographe...

En troisièmes noces, Henri Salvador épouse le Sabine de Ricou à Neuilly-sur-Seine, dont il divorce en 1995. Le , il épouse Catherine Costa, femme de radio et productrice d'émissions télévisées qu'il a rencontrée lors d'un tournoi de tennis à Monte-Carlo.

Enfance : de Cayenne à Paris (1917-1932) La famille Salvador quitte la Guyane en 1929, débarquant au Havre du paquebot Pérou le . Henri a alors Introduction de l'historien Jean-Pierre Meunier dans le CD L'intégrale André Salvador, édité par Frémeaux & Associés, ..

thumb|200px|Billet de voyage de la famille Salvador rejoignant la métropole à bord du Pérou en 1929. Assistant fréquemment aux spectacles du cirque Medrano, il se fait remarquer en s'esclaffant si fort sur les gradins que le clown Rhum lui demande de revenir tous les dimanches, lui apprenant des gags en échange de ce rire communicatif.

Il obtient (de justesse) le certificat d'études en 1930 ou 1931.

Jeunesse (1932-1940) À L'école n'est obligatoire que jusqu'à 13 ans à cette date., il décide d'arrêter ses études, ce qui afflige son pèreLaurent Delahousse, Un jour, un destin : , documentaire diffusé sur , le , .. Il exerce de nombreux petits boulots, mais préfère faire le pitre devant les terrasses des cafés parisiens.

Influencé par sa tante par alliance., Léona Gabriel, qui chante dans un cabaret parisien, il apprend la musique (trompette et violon, instruments dont joue son père, mais surtout la batterie et la guitare). En 1933, un de ses cousins lui fait entendre des disques de Louis Armstrong et Duke Ellington. Fasciné par le jazz, il écoute cette musique à longueur de journée jusqu'au jour où il accompagne son frère André dans des cabarets parisiens. Ses talents de musicien, mais aussi d’humoriste, le font connaître et apprécier du public. En 1935, ils jouent au Jimmy’s Bar, cabaret renommé de l’époque situé au 4, rue Huyghens (angle 206, boulevard Raspail) (Paris ), Django Reinhardt qui trouve des parfums tropicaux dans le jeu d'Henri l'engage alors comme accompagnateur..

En , il est envoyé pour son service militaire dans un régiment d'infanterie de l'est de la France, puis, grâce aux relations du patron du Jimmy's, est muté à Paris au d'infanterie. Confronté au racisme et peu fait pour la vie de caserne, il déserte, ce qui lui vaut d'être arrêté et incarcéré à la prison militaire de Maisons-Laffitte. Après avoir purgé sa peine, il est envoyé au début de sur le front Nord, au moment où l'armée allemande est en train d'écraser l'armée française. Il réussit à revenir à Paris en pleine débâcle.

Le musicien (1941-1956) En 1941, il fuit la zone occupée pour la zone libre. Il exerce d'abord comme chanteur d'orchestre à Nice puis en avril à Cannes où son frère le fait engager au Maxim's comme guitariste, dans l'orchestre de Bernard Hilda où Ray Ventura le remarque. Il fait partie de à de l’orchestre de Ventura lors de son séjour en Amérique du Sud . Il part seul, sans son frère qui jusqu'alors est pourtant le de leur duo, signant leurs contrats. Il y exerce ses talents de guitariste-chanteur et de comique, avec notamment une imitation du personnage de dessin animés Popeye. En Amérique du sud, il connaît son premier succès personnel, la première soirée de l'orchestre de Ray Ventura au casino d'Urca à Rio de Janeiro, par son imitation de Popeye puis l'interprétation de la chanson aux influences créoles Maladie d'amourUn rire éternel, à Rio de Janeiro, in Le Monde, , ..

Accompagné de sa troupe, Ventura revient à Paris en 1945 mais Henri préfère accepter un contrat pour effectuer une tournée solo au Brésil. Le , lorsqu'il retrouve son frère André, ce dernier souhaite reformer leur duo mais Henri, devenu une vedette, n'y voit aucun intérêt ; ce refus provoque une douloureuse rupture affective entre les deux jeunes hommes. Henri réintègre l'orchestre de Ventura puis, lassé d'être le fantaisiste de service surtout reconnu pour son jeu scénique, il monte son propre orchestre en 1946, avec succès. En 1947, il propose au directeur de Bobino de l’embaucher en vedette à part entière, prenant le pari de n'être payé que par les entrées. Dès sa première scène le , il rencontre le succès qui lance sa carrière de . En , le producteur parisien Jacques Canetti, enthousiasmé par sa voix de crooner, lui propose de passer au Théâtre des Trois Baudets qui met en scène son premier spectacle. Résultat triomphal. Dans la foulée, il enregistre avec Canetti chez Polydor Maladie d'amour ou encore la chanson Clopin-clopant qui reçoit le Grand Prix du Disque 1949. Cette collaboration dure jusqu'en 1956 au moment où Michel Legrand et Jacques Canetti, de retour des États Unis, reviennent avec le premier disque de rock'n'roll. Avec Boris Vian et Henri Salvador, ce groupe d'artistes lancent les premiers rocks français.

vignette|redresse=1.2|gauche|En 1958, dans le film Nuits d'Europe. Il participe, en 1949, au film Nous irons à Paris, de Jean Boyer, aux côtés de l’orchestre de Ray Ventura, des Peters Sisters, de Martine Carol et d’autres vedettes de l’époque. En 1949 il passe à l'ABC, le temple des music-halls parisiens, dans la revue de Mistinguett Paris s’amuse.. Dans les coulisses, il rencontre Jacqueline Garabédian, étudiante égyptienne qui devient son épouse le et son imprésario.

Durant sa carrière de chanteur populaire, il est accompagné par plusieurs musiciens tels que Philippe Gérard, Henri Leca, Jack Diéval, surnommé le , Joe Boyer, Michel Legrand… Il choisit toujours de combiner sur ses albums, chansons très fantaisistes et chansons douces, bien que le grand public se montre plus enthousiaste sur le premier style, tandis que la concurrence est sévère à l'époque dans le domaine des secondes avec notamment André Claveau, Georges Ulmer, Jean Sablon, ).

Le chanteur populaire thumb|Henri Salvador en 1961.

En 1956, sous le pseudonyme d’Henry Cording , Henri Salvador est l'un des premiers à interpréter des airs de rock 'n' roll Larry Portis, , , . en français, sur des textes de Boris Vian, lequel choisit le pseudonyme « Vernon Sinclair ».Reproductions des disques :http://www.magasinpittoresque.be/disques/45-tours-henri-salvador.htm, souvent mis en musique par Michel Legrand, sous l'impulsion du producteur Jacques Canetti alias « Jack K Netty ». En réalité, il s’agit de parodier ce nouveau style de musique particulièrement en vogue aux États-Unis à cette période. Parallèlement, la même année, il enregistre un 45-tours à la guitare jazz, intitulé .

C’est en débutant dans l'orchestre de Ray Ventura qu'Henri Salvador révèle ses qualités d'interprète et de fantaisiste. Il fait la rencontre déterminante de Bernard Michel et Maurice Pon, avec lesquels il va signer de nombreux succès comme Le Loup, la Biche et le Chevalier communément appelée ), Le travail c'est la santé, Dans mon île, Croqu'Soleil, Les Bestioles

La complicité entre Bernard Michel et Henri Salvador engendre plus de quarante-cinq ans de créations artistiques ou adaptations fructueuses, telles que : Ah Ah Ah, Ma Doudou, Twist SNCF, Zorro est arrivé, Minnie, petite souris, Tout ça, c'est pas grave, Monsieur Boum Boum, J'étais une bonne chanson, Une femme d'affaires, Pauvre Jésus-Christ, Le Voyageur, Une blonde en or, Les AristochatsÀ ne pas confondre avec la chanson interprétée par Maurice Chevalier intégrée dans le film Disney., C'est pas la joie ou encore J'aime tes genouxAdaptation de la chanson de Shirley & Co, titres deux sortis en 1974.

Télévision Sa carrière prend un tournant dans les , en grande partie grâce aux émissions de variétés produites par Maritie et Gilbert Carpentier pour l'ORTF, dans lesquelles il interprète ses chansons humoristiques par de petits sketches qui le consacreront comme chanteur populaire : Faut rigoler, Juanita Banana Il obtient même, en première partie de soirée, sa propre émission intitulée Salves d’Or, bénéficiant de plusieurs éditions.

Le général de Gaulle déclare souhaiter ne jamais rater ses émissions ; les services de la télévision lui livrent des copies lorsque le général ne peut les suivre.