Opoku Ware , né vers 1700 à Kumasi où il meurt vers , est le second Asantehene qui dirige l'Empire ashanti (dans l'actuel Ghana) de 1718 à 1750. Héritier du clan Oyoko, il succède à Osei Tutu en 1718 durant une période de troubles civils. Il raffermit et confirme son accession au trône entre 1720 et 1721. Il poursuit la construction de l'Empire ashanti entamée par son prédécesseur et instaure une règle de succession dynastique par alternance entre sa maison et celle d'Osei Tutu.
Tout au long de son règne, Opoku Ware mène une série de campagnes qui étendent l'Empire ashanti à travers l'actuel Ghana et l'est de la Côte d'Ivoire. Sa politique intérieure se concentre sur le soutien au commerce et à la production de marchandises. Il réalise une série de réformes qui renforcent le pouvoir central. Il fonde les institutions de l'État ashanti et restructure le fonctionnement administratif des États constitutifs de l'Empire, ce qui réduit le pouvoir des chefs provinciaux. Cette réforme déclenche une conspiration contre lui, conspiration qu'il parvient à réprimer. Il meurt en 1750, sans réussir à achever sa réforme, et est remplacé par Kusi Obodum.
Biographie Jeunesse Opoku Ware naît vers 1700.. Sa mère, Nyako Kusi Amoa, est la sœur ou nièce d' et la première Asantehemaa de l'Empire ashanti, tandis que son père, Adu Mensah, est le chef d'Amakum. Il appartient à la division asafodee du clan Oyoko par sa mère et au ntoro des Bosommuru par son père.
Il ne connaît pas son père qui meurt avant sa naissance, rapidement suivi par le second mari de sa mère. Le troisième époux de sa mère meurt, quant à lui, quelques mois après la naissance d'Opoku Ware. Cette succession de morts aurait fortement affecté l'enfant durant son éducation, au point qu'il instaure peu de temps après son intronisation un rituel d'offrande en leur mémoire, le Ntem Kase Miensa ou . Enfant, Opoku Ware est considéré comme fragile et peu assuré. Durant sa formation militaire, il aurait forgé un afena qu'il nomme Mpomponsu et qui occupe, dans l'imaginaire ashanti, une place comparable à celle d'Excalibur dans l'imaginaire occidental, selon le fonctionnaire colonial britannique Francis Charles Fuller. Il participe à ses premiers combats lors de la rébellion des États de Denkyira et d'Akuapem, en 1717.
Lorsque la question de la succession d'Osei Tutu se pose, une règle de succession complémentaire à celle prévue par le clan Oyoko est mise en place, celle de l'alternance dynastique. Opoku Ware crée deux nouvelles subdivisions au sein du matrilignage Oyoko et du ntoro Bosommuru qui correspondent d'une part à la lignée d'Osei Tutu, d'une autre à la lignée de Nyako Kusi Amoa. Ces nouveaux yafono koro (branches dynastiques) seront ensuite renommés comme la branche d'Osei Tutu et la branche d'Opoku Ware, fils de Nyako Kusi Amoa.
Accession au pouvoir vignette|upright=1.5|Carte de 1702 de la côte de Guinée, pointant les différents pays et royaumes durant le règne d'Osei Tutu.|alt=Carte représentant la côte de Guinée et les différents royaumes côtiers. On y lit les royaumes Ashanti, Denkyira, Akwamu, Akyem, parmi les plus importants. Lorsque le roi Osei Tutu meurt, le territoire de l'Empire ashanti couvre pratiquement celui de l'actuelle région Ashanti, mais sa mort laisse le royaume dans un conflit de succession qui oppose ses deux neveux, Opoku Ware et Dakon par succession matrilinéaire, ainsi que quelques prétendants qui refusent la règle de l'alternance tels que Bafo Pim, le fils d'Osei Tutu. Cette situation pousse notamment Bafo Pim à l'exil, et provoque une vague de migration. Les fidèles de Bafo Pim se réfugient au sein du royaume de Bono. La règle d'alternance prend effectivement racine dans l'alliance matrimoniale qui unit les États d'Amakum et de Kumasi. Adu Mensah, Amakumhene (chef d'Amakum), est le mari de l'Asantehemaa Nyaako Kusi Amoa. Leur union donne naissance à Opoku Ware. Cette alliance est fondatrice de la confédération Ashanti et serait à l'origine de l'alternance de succession entre la descendance d'Osei Tutu et de Nyaako Kusi Amoa. Bafo Pim, quant à lui, est issu de l'union entre Osei Tutu et Asenee, sœur d'Adu Mensah.
Les récits traditionnels évoquent un rituel consistant à planter une lance afin de désigner le successeur d'Osei Tutu. En effet, dans la tradition ashanti, la lance plantée possède une signification sans connotation martiale. Cette lance symbolise l'incarnation des ancêtres et la fécondité humaine. La tradition indique que seule la lance plantée par Opoku Ware aurait produit des bourgeons contenant plusieurs reptiles, certains sont inoffensifs, certains venimeux. Ces reptiles sont interprétés comme sa future descendance et confirme sa capacité à assurer la continuité de la dynastie royale.
Les sources varient pour la date du décès du prédécesseur d'Opoku Ware. Les premiers historiens tels que Carl Christian Reindorf établissent son décès en 1730 ou 1731. Cependant les historiens Ivor Wilks et Margaret Priestley parviennent à rectifier la datation pour se prononcer sur 1712 ou 1717. Deux historiens ghanéens, Kwame Yeboa Daaku et John Kofi Fynn, privilégient la date de 1717. Finalement, l'analyse de Albert Adu Boahen prenant compte des rapports coloniaux permet de conclure et confirme son décès en 1717, durant la campagne contre les Akyems. Dans la tradition orale, il est dit que la mort d'Osei Tutu au combat est gardée sous silence afin d'éviter de décourager l'armée en guerre tandis qu'Opoku Ware est nommé pour le représenter sur le plan militaire et punir les Akyems.
L'ascension d'Opoku Ware sur le trône de l'Asantehene se produit entre 1718 et 1722 durant les troubles civils qui suivent la mort du premier Asantehene. Selon Gérard Pescheux, il est intronisé en 1720. Le début de son règne fait face à des troubles internes à la suite des conditions particulières du décès d'Osei Tutu. Cette situation perdure jusqu'à la fin de l'année 1721, date à partir de laquelle il parvient à asseoir son pouvoir en tant qu'Asantehene au terme de plusieurs conflits internes victorieux. Dès son accession au pouvoir, il met également en place la Grande Offrande Ntamkesie Miensa, Kromantse, ne Memenda afin de rendre les honneurs à Osei Tutu dont le corps n'a pu être ramené à Kumasi.
Règne Politique extérieure Conflit avec l'État Akyem Le décès d'Osei Tutu provoque des troubles dans l'Empire, troubles qui conduisent à la poursuite du conflit avec les Akyems. De plus, d'autres États conquis, notamment celui d'Aowin, en profitent pour regagner leur indépendance par des voies politiques et militaires. Dès l'accession au pouvoir, Opoku Ware doit gérer ces différents conflits qui s'étendent aux territoires récemment conquis de Denkyira et Akuapem qui profitent de l'affaiblissement du pouvoir central lié au conflit de succession pour se rebeller et refuser de payer le tribut.
La défaite ashanti de 1717, et les pertes akyems, font du royaume d'Akwamu un ennemi commun aux deux camps. En 1718, les Néerlandais rapportent que les Akyems et les Ashanti trouvent un accord et entre 1720 et 1721 : les Akyems se soumettent à l'empire.. L'État tributaire d'Akyem profite de la paix avec l'Empire ashanti et attaque le royaume d'Akwamu vers la fin des années 1730. La victoire des Akyems marque un tournant majeur en Côte de l'Or et inquiète Opoku Ware. Face au risque que représente cette nouvelle puissance politique et militaire émergente, il décide de l'envahir en 1742. L'Empire ressort victorieux de cette guerre et devient la première puissance politique toute la Côte de l'Or. Plutôt que de créer des États tributaires, il fait des États Akyem d'Akyem Abuakwa et d' des États incorporés à l'Empire ashanti.. Dans ce processus, les Ashantis occupent Accra et les villes côtières à l'est.
Conquête de l'Afaho et de Wassa Depuis 1717, l'Empire ashanti subit les réformes politiques des chefs wassas qui nuisent à ses activités commerciales. Les Wassas considèrent que leurs intérêts se trouvent dans une alliance avec les Aowins et les Nzemas, afin de garantir leur indépendance politique et contrôler le transit des armes européennes vers l'Empire ashanti. En 1718 une armée de dirigée par le roi Ebrimoro attaque et saccage Kumasi et fait plus de . D'après Gérard Pescheux, le but de ce raid est de provoquer . Il tue l'Asantehemaa Nyaako Kusi Amoa, la mère d'Opoku Ware, ainsi que la majorité des femmes du clan Oyoko pouvant donner naissance à des prétendants légitimes par matrillinéarité. Il garde captives les deux dernières femmes, Akua Afryie et Nkaatia Ntim Aboam.. Le raid mené par Ebrimoro marque durablement le clan Oyoko qui adopte ensuite une politique différente sur les mariages dans l'objectif de garantir une descendance, encourageant les femmes à épouser plusieurs hommes durant leur vie.
Entre 1721 et 1722, les armées se rencontrent dans plusieurs batailles. Les Néerlandais rapportent que les Aowins subissent leur plus importante défaite, et la plupart des captifs sont vendus comme esclaves aux ports d'Elmina, Cape Coast et Anomabu.. Les familles royales fuient d'abord vers Awiane, cependant les troupes ashantis les poursuivent et le roi Ebrimoro fuit au-delà, jusqu'à la rivière Manza dans l'actuelle Côte d'Ivoire. Opoku Ware ne dirige pas personnellement ces batailles, à cause de l'instabilité interne de l'Empire ashanti. Il coordonne ses armées en exploitant les différents chefs de districts qui, à terme, prennent possession de la région de l'Ahafo. Après ces victoires, il revendique l'Ahafo et l'intègre comme district de l'Empire. Après la défaite des Aowins et des Nzimas, il débute l'invasion des territoires wassas mais doit l'interrompre à cause des menaces venant de Techiman, dans le Royaume de Bono..
Le conflit reprend en et le roi de Wassa , fuit vers les forts européens avec ses troupes. Il cherche d'abord asile au Fort Batenstein, mais les Néerlandais le lui refusent pour préserver les relations commerciales avec les Ashantis. Il trouve alors refuge à Dixcove, chez les Britanniques qui lui fournissent des armes et promettent l'aide des Fantis. Cette ingérence britannique déplait au chef ahanta, John Canoe, qui investit Dixcove avec le soutien d'un contingent ashanti. Ntsiful et ses 1500 hommes fuient de nouveau chez les Fanti qui, par jeu d'alliance, s'impliquent dans le conflit.
vignette|upright=1.5|Carte de 1729 détaillant l'important morcellement des différents royaumes et chefferies du cap des Trois-Pointes ainsi que leurs actions militaires et interactions diplomatiques.|alt=La carte, centrée sur l'intérieur des terres du cap des Trois-Pointes, présentent le détails de plus petites chefferies : Issini, Egwira, Abokrow, Ankobra, Akim, Ahanta, Mampa, Adom, Kommenda.
Le , Opoku Ware décide d'envoyer afin de renforcer l'opération militaire sous le commandement d'Anane, un frère d'Osei Tutu. Suspectant une tentative britannique d'armement des Fantis, le gouverneur néerlandais Pieter Valkenier apporte également son soutien à l'offensive d'Opoku Ware et décide d'ignorer l'interdiction de circulation des armes à feu au delà du territoire fanti, ce qui lui permet d'approvisionner l'armée ashanti. Face à eux, le roi de Wassa parvient à réunir une armée de Fantis à Asebu, à proximité de Moree.