Thomas Paine (né Pain), né le à Thetford, près de Londres, au Royaume-Uni et mort le à New York aux États-Unis, est un philosophe, pamphlétaire, révolutionnaire britannique, américain et français. Figure majeure de la révolution américaine en faveur de l'indépendance des treize colonies britanniques en Amérique du Nord, il s'est également distingué dans le mouvement révolutionnaire en France, laissant un héritage significatif en tant qu'activiste politique et théoricien politique.
Il a exposé ses positions dans un célèbre pamphlet intitulé Le Sens commun, publié quelques mois avant la signature de la Déclaration d’indépendance américaine en 1776.
Ses écrits, parmi lesquels figure Rights of Man (1791), ont également exercé une grande influence sur les acteurs de la Révolution française : il est élu député à la Convention en 1792La Convention nationale a exceptionnellement élu plusieurs étrangers considérés comme des défenseurs de la liberté et de la Révolution. Bien que britannique et américain d'adoption, Thomas Paine avait acquis une grande renommée grâce à ses écrits révolutionnaires (notamment Rights of Man). Il fut donc élu député du Pas-de-Calais à titre honorifique, avant même d'obtenir la nationalité française.. Considéré par les Montagnards comme un allié des Girondins, il est progressivement mis à l’écart, notamment par Robespierre. Il est emprisonné en décembre 1793 à la demande de Vadier.
Après la Terreur, il est relâché et connaît un certain succès grâce à son livre Le Siècle de la raison (The Age of Reason, 1793-1794) qui analyse le christianisme et milite en faveur du déisme. Dans Agrarian Justice (1795)Agrarian Justice, 1795, version traduite par Michel Roudot., il analyse les origines du droit de propriété et introduit le concept de revenu de base ou universel, proche du revenu minimum.
Thomas Paine resta en France jusqu’en 1802, période pendant laquelle il critique l’ascension de Napoléon Bonaparte, qualifiant le Premier Consul de dans Henry York, Letters from France, deux volumes (Londres, 1804).. Sur l’invitation du président Thomas Jefferson, il revient aux États-Unis et il y meurt en 1809, à 72 ans.
Biographie Débuts en Grande-Bretagne thumb|Maison de Thomas Paine à Lewes. left|thumb|Statue de Thomas Paine à Thetford (Norfolk). Thomas Paine est né en 1737 à Thetford, une bourgade du Norfolk en Angleterre. Son père, Joseph Pain, est quaker et sa mère, Frances Cocke Pain, anglicane. Malgré les affirmations selon lesquelles Thomas aurait changé l'orthographe de son nom de famille lors de son émigration en Amérique en 1774, il utilisait "Paine" en 1769, alors qu'il était encore à Lewes, dans le Sussex. Il grandit dans un milieu rural modeste et quitte l'école à l'âge de douze ans. Sa formation intellectuelle est donc celle d'un autodidacte. Il devient alors apprenti auprès de son père. Il travaille quelque temps comme marchand, puis ouvre une boutique de corsets à Sandwich dans le Kent. Il épouse Mary Lambert le et son commerce fait faillite peu de temps après. Son épouse meurt alors qu'elle est enceinte. Il exerce ensuite plusieurs métiers et déménage souvent (Thetford, Gantham, Alford, Diss, Kensington, Moorfields, Grampound).
En 1767, il exerce la profession de maître d’école à Londres. En 1768, il se fixe à Lewes dans un hôtel du . Le , il épouse, à l’âge de 34 ans, Elizabeth Ollive, la fille de son propriétaire. En 1772, il publie son premier écrit politique The Case of the Officers of Excise, un pamphlet de 21 pages qu’il distribue aux membres du Parlement. Endetté, séparé de son épouse, il rencontre à Londres en Benjamin Franklin qui le convainc de partir pour les Treize colonies et lui écrit une lettre de recommandation. Il quitte l’Angleterre en octobre et attrape le typhus pendant la traversée de l’Atlantique.
En Amérique thumb|Le Sens commun. Grâce à la lettre de recommandation de Franklin, le libraire Robert Aitken l'engage pour collaborer au lancement du Pennsylvania MagazineEric Lane, Michael Oreskes, Le Génie de l'Amérique, Odile Jacob, 2008, p. 39., journal dont il devient ensuite le rédacteur en chef. Le , il prend parti pour les insurgents américains. Son pamphlet Common Sense (publié anonymement en ) remporte un vif succès (environ en Amérique et en EuropeN. Bacharan, Faut-il avoir peur de l’Amérique ?, 2005, p. 25.). Il s’agit d’un plaidoyer en faveur de la rupture avec la Grande-Bretagne et l’établissement d’une République. Il aurait inspiré George Washington, Benjamin Rush et John Adams. Aucun autre pamphlet de cette époque ne souleva autant d’enthousiasme parmi les patriotes et d’opposition de la part des loyalistesJohn Keane, Tom Paine: A Political Life, Londres, Bloomsbury, 1995, p. 128., notamment par James Chalmers. Le Sens commun est souvent considéré comme l’un des déclencheurs de la révolution américaine. Sa forme simple et son style concis et clair en ont fait une arme efficace de propagandePour l'historien Howard Zinn, dans Une histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos jours, Agone, 2002, p. 85.. Thomas Paine pense que la révolution américaine aboutira à Il voit dans le gouvernement un mal nécessaire destiné à brider les vices humains. Mais pour un peuple vertueux comme est le peuple américain, des institutions peu importantes doivent suffire. Il pense que des institutions trop sophistiquées entraveraient la réalisation du bien publicEric Lane, Michael Oreskes, p. 43..
En , il publie dans la presse américaineL'essai, écrit en 1774, est publié en mars 1775 dans le Pennsylvania Journal et le Weekly Advertiser. l'un des premiers textes contre l'esclavage : American Slavery in America. Il devient membre, en , à Philadelphie, de la première société contre l'esclavage (Society for the Relief of Free Negroes Unlawfully Held in Bondage).
En , il quitte la direction du magazine pour se consacrer à répondre aux critiques contre le Common Sense. Il envoie quatre lettres aux journaux de Philadelphie sous le pseudonyme de Le Forestier. Dans la troisième publiée par le Pennsylvania Packet le , il montre aux Américains tous les avantages d'être indépendants. L'indépendance procurera le bonheur aux Américains car Les Américains sont pour lui un peuple libre et vertueux qui peut s'affranchir du passé. L'idée d'indépendance devient le moyen d'accéder à une vie fondée sur la vertu, idéal suprême de bien des patriotes.
Dans The American Crisis (1776-1783), une série de pamphlets dans le prolongement du Sens commun, Thomas Paine encourageait les Américains à résister et à continuer la guerre contre la monarchie anglaise. Le commandant de l’Armée continentale, George Washington, ordonna la lecture de ces pamphlets aux soldats pour leur donner du courage.. Thomas Paine assura quelque temps la charge de Secrétaire de la Commission des Affaires étrangères aux États-Unis ; il fut démis de cette fonction parce qu’il avait évoqué les négociations secrètes avec la France dans l’un de ses pamphlets. Cependant, il accompagna John Laurens pendant sa mission en France en 1780. En récompense de ses services, l’État de New York donna à Thomas Paine un domaine à New Rochelle, New York. Il fut également rétribué par la Pennsylvanie et le Congrès américain.
Retour en Grande-Bretagne Revenu en Grande-Bretagne en 1787, il salue avec enthousiasme la Révolution française et, en réplique aux attaques d’Edmund Burke contre celle-ci dans Réflexions sur la Révolution de France, il achève Rights of Man le (publié en 1791-1792), dans lequel il critique la monarchie britannique et propose une réforme de l’impôt. Il est condamné en 1792 et contraint de s’exiler en France.
En France thumb|Plaque au 10, rue de l'Odéon où Paine habita de 1797 à 1802. La monarchie constitutionnelle, mise en place par la constitution du 3 septembre 1791, prend fin à l'issue de la journée du 10 août 1792 : les bataillons de fédérés bretons et marseillais et les insurgés des faubourgs de Paris prennent le palais des Tuileries.
En , Thomas Paine, qui a été admis à citoyenneté française par décret du 26 août, est élu député à la Convention nationale par quatre départements :
l'Aisne, le quatrième sur douze, où il est remplacé par Pierre-Charles Pottofeux ; l'Oise, le neuvième sur douze, où il est remplacé par François Bézard ; le Pas-de-Calais, le cinquième sur onze, pour lequel il opte ; le Puy-de-Dôme, le onzième sur douze, où il est remplacé par Jean Laloue.
Il siège sur les bancs de la Gironde. Lors du procès de Louis XVI, il prononce son opinion le . Il rejette la condamnation à mort notamment au titre que la France a soutenu l'indépendance américaine et plaide pour que le roi soit emprisonné la durée de la guerre et banni aux États-Unis une fois la paix revenue : C'est à la France entière, je le sais, que les États-Unis d'Amérique doivent les secours au moyen desquels ils ont secoué, par la force des armes, la domination injuste et tyrannique de George III. [...] Que les États-Unis de l'Amérique soient donc la sauvegarde et l'asile de Louis Capet. Là, désormais, à l'abri des misères et des crimes de la vie royale, il apprendra par l'aspect continuel de la prospérité, que le véritable système de gouvernement, ce n'est pas les rois, mais la représentation. [...] On a proposé d'abolir la peine de mort. C'est avec beaucoup de plaisir que je rappelle l'excellent discours prononcé par Robespierre sur ce sujet dans l'Assemblée constituante. [...] Comme la France a été, de toutes les nations de l'Europe, la première à détruire la royauté, qu'elle soit aussi la première à détruire la peine de mort, et à y substituer une autre peine. Considéré comme un allié des Girondins, il est vu avec de plus en plus de méfiance par les Montagnards, qui sont désormais au pouvoir. Thomas Paine est également sous surveillance par les autorités parce qu'il est un adversaire personnel de Gouverneur Morris, l'ambassadeur américain en France. Le gouvernement révolutionnaire, à la fois le Comité de salut public et le Comité de sûreté générale, cherche à obtenir les faveurs de l'ambassadeur américain, ne voulant pas compromettre l'alliance avec les États-Unis ; ils sont donc plus enclins à se concentrer sur Thomas Paine.
Il est finalement incarcéré comme prisonnier politique le par Vadier. Vadier défend ensuite son incarcération par le fait qu'il ne serait pas américain mais anglais car né au Royaume-Uni.
Durant son séjour en prison, il achève la rédaction du Siècle de la raison, livre dans lequel il exprime sa profession de foi déiste. Il se défend d’être Anglais et en appelle à l’ambassadeur américain Gouverneur Morris, qui ne fait cependant rien pour le faire libérer. Par la suite, Thomas Paine reprochera aussi à George Washington de ne pas être intervenu en sa faveur. Il échappe malgré tout à l'échafaud et n'est libéré par les nouvelles autorités qu'en , près de trois mois après la chute de Robespierre.
En , Thomas Paine est réadmis à la Convention et participe donc aux débats sur la nouvelle Constitution, à l'origine du Directoire ; il est le seul député à s'élever, en vain, contre le conservatisme du texte « rétrograde ». porté par Boissy d'Anglas, notamment sur la question de la création d'une citoyenneté (droit de vote) très restrictiveMarc Belissa, Yannick Bosc, Rémi Dalisson, Marc Deleplace, Citoyenneté, République, Démocratie en France 1789-1899, Paris, Ellipses, 2014, I-6 p. 54. et réservée aux plus riches, qui nie le peuple (« c'est une chose aisée [...] sur le papier d'ôter les droits de citoyen à la moitié du peuple ») et risque d'éteindre le feu sacré révolutionnaire en refusant la quête d'un véritable bonheur commun au profit du bonheur des seuls riches.
Il publie, en 1795, la Justice agraire, où il prône la distribution d’un revenu minimum garanti et prévoit les modalités de sa mise en œuvre.