Matthieu Ricard, né le à Aix-les-BainsLe Monde 22 avril 2008, est un essayiste et photographe français. Après l'obtention d'un doctorat en génétique, il devient moine bouddhiste tibétain. Il réside principalement au monastère de Shéchèn au Népal. Traducteur depuis le tibétain vers le français et l'anglais, il est depuis 1989 l’interprète en français du dalaï-lama.

En 2000, il fonde l'association humanitaire Karuna-Shechen. Depuis cette même année, il fait partie du Mind and Life Institute, association qui facilite les rencontres entre la science et le bouddhisme.

Biographie Famille Matthieu Ricard est le fils de la peintre française Yahne Le Toumelin (1923-2023) et du philosophe, essayiste, journaliste et académicien Jean-François Revel (1924-2006, de son vrai nom Jean-François Ricard).

Il est aussi le neveu du navigateur Jacques-Yves Le Toumelin (1920-2009), le frère de la poétesse et écrivaine Ève Ricard (née en 1948), et le demi-frère du haut fonctionnaire Nicolas Revel (né en 1966, fils de la journaliste Claude Sarraute).

Parcours vignette|Matthieu Ricard, le 27 mai 2009 à Paris. Matthieu Ricard effectue ses études au lycée Janson-de-Sailly à Paris. Il découvre la spiritualité très jeune à travers l'œuvre de René Guénon que son oncle lui fait découvrirMatthieu Ricard, Le Moine et le Philosophe, Éd. Pocket, 1999, 20-21.Xavier Accart, René Guénon ou le renversement des clartés : Influence d'un métaphysicien sur la vie littéraire et intellectuelle française (1920-1970), Paris, Archè EDIDIT, 2005, 1085.. Il cherche alors à passer de la théorie à la mise en pratique.

Il voyage en Inde pour la première fois en 1967, où il rencontre des maîtres spirituels tibétains dont son maître Kangyour Rinpoché. Après sa thèse en génétique cellulaire à l'Institut Pasteur, sous la direction du (prix Nobel de médecine), il décide de s'établir dans l'Himalaya où il vit depuis 1972, méditant, étudiant et pratiquant le bouddhisme tibétain auprès de grands maîtres spirituels, Kangyur Rinpoché puis Dilgo Khyentse RinpochéMatthieu Ricard, Une expérience himalayenne, article paru dans le National Geographic, France, janvier 2008, , page 7. Matthieu Ricard raconte : .

Il vit au monastère de Shechen au Népal. En 2017, il déclarait vivre dans un petit ermitage en montagne, en alternance avec sa vie au monastère.

Il devient moine en 1979Matthieu Ricard, Une expérience himalayenne, page 10. En 1980, grâce à Dilgo Khyentsé Rinpoché, il rencontre pour la première fois le dalaï-lama, dont il devient l'interprète pour le français à partir de 1989Matthieu Ricard, Une expérience himalayenne, page 8.

vignette|gauche|Muriel Marland-Militello remet une statuette représentant un taureau blanc au dalaï-lama, au côté de Matthieu Ricard à Toulouse le .

Il est l’auteur en 1997, avec son père, d'un dialogue, Le Moine et le Philosophe ayant reçu le prix Alexandra-David-Néel/Lama-Yongden et traduit en 23 langues, grâce auquel il accède à la notoriété médiatiqueManon Quérouil-Bruneel, «Matthieu Ricard, un moine dans les nuages », Le Figaro Magazine, semaine du 6 octobre 2017, . ; avec l'astrophysicien Trinh Xuan Thuan, en 2000, de L'infini dans la paume de la main ; de Plaidoyer pour le bonheur (2003), du conte spirituel La Citadelle des Neiges (2005), de L'art de la méditation (2008), de Plaidoyer pour l'altruisme (2013), de Plaidoyer pour les animaux (2014) et, avec Christophe André et Alexandre Jollien, et de Trois amis en quête de sagesse (2016).

Il a également traduit du tibétain de nombreux ouvrages dont La Vie de Shabkar, Les cent conseils de Padampa Sanguié (Dampa Sangye), Au seuil de l'Éveil, La fontaine de grâce, Au cœur de la compassion, Le trésor du cœur des êtres éveillés, et Chemins spirituels, petite anthologie du Bouddhisme tibétain.

Il consacre l’intégralité de ses droits d’auteurs à plus de deux cents projets humanitaires menés à bien au Tibet, en Inde et au Népal, qui profitent à environ défavorisées par an (à travers la construction de cliniques, écoles, orphelinats, centre pour personnes âgées, ponts), sous l'égide de l'association Karuna-Shechen Pardonnez-moi – Matthieu Ricard : tsr.ch – interview télévisée de Matthieu Ricard, par Darius Rochebin. Émission « Pardonnez-moi » du 29 mai 2011. TSR, 29 mai 2011. Durée : 30:13 min. qu'il a fondée en 2000. Il témoigne en 2011 : .

Depuis 2000, il fait partie du , fondé par le neuroscientifique Francisco Varela, qui facilite les rencontres entre la science et le bouddhisme, et il participe activement à des travaux de recherche qui étudient l'influence de l'entraînement de l'esprit à long terme sur le cerveau (neurosciences contemplatives). Ces recherches l'amènent à collaborer avec des institutions de différents pays : aux États-Unis, l'université du Wisconsin à Madison, l'université de Princeton et l'université de Californie à Berkeley ; en Allemagne, l'Institut Max Planck de Leipzig ; en Belgique, le centre de recherche du cyclotron à l'université de Liège ; en France, à l'INSERM (basé à Lyon et Caen)Matthieu Ricard, Une expérience himalayenne, page 17. Matthieu Ricard est également un homme engagé pour la protection de la nature et des animaux. Végétarien depuis plus de 50 ansElisabeth Marshall, Matthieu Ricard : "Comment prêcher la compassion et tuer pour manger ?", La Vie, , il plaide actuellement pour un mode de vie végane. Il était un ami fidèle de Jane Goodall.

Il collabore à la création du site Treasury of Lives, une encyclopédie biographique en ligne, révisée par des pairs The Treasury of Lives sur treasuryoflives.org.

Photographie Sa passion pour la photographie remonte à son enfance, et dès l'âge de treize ans il se met à prendre des photos :

Il photographie depuis cinquante ans les maîtres spirituels, la vie dans les monastères, l'art et les paysages du Bhoutan, du Tibet et du Népal et il est aussi l’auteur de plusieurs livres de photographies, dont, en français, L'Esprit du Tibet, Moines danseurs du Tibet, avec Danielle et Olivier Föllmi, Himalaya Bouddhiste, Tibet, regards de compassion, Un voyage immobile; L'Himalaya vu d'un ermitage, Bhoutan, terre de sérénité, Un demi-siècle dans l'Himalaya, Émerveillement et Contemplations.

Ses images ont été publiées dans plusieurs magazines, dont le National Geographic (France, édition spéciale ), L'Express, Géo, Figaro Magazine, Biba Magazine, Ultreïa, Monde de la photo.

Ses photographies sont diffusées par Photobyphotos de Matthieu Ricard sur photoby.fr et YellowKorner.

Expositions Les photographies de Matthieu Ricard sont exposées dans des galeries, musées, ou festivals à travers le monde : Aperture Gallery (New York, 1996), Asia Society (New York, 1998) ; Visa pour l'image (Perpignan, 2000), où il rencontre Hervé de La Martinière ; Rubin Museum of Art (New York, 2006), Forum des Halles (Paris), Festival de Riedisheim (2010), Hong Kong (Université et Convention and Exhibition Center, 2006), Festival international de la photo animalière et de nature de Montier-en-Der (2011 invité d’honneur, 2013, 2016), Toulouse (Musée Paul Dupuy, 2016), Genève (Foire du Livre, 2016), Monaco (Affaires Culturelles de la Principauté, 2017).

En 2017, ses œuvres sont à l'honneur dans plusieurs expositions en France : Un demi-siècle dans l'Himalaya, librairie-galerie La Hune, Paris ; Visages de paix, terre de sérénité, Abbaye de l'Épau, Yvré l’Évêque ; Un demi-siècle dans l'Himalaya, Foch Automobile, Avignon ; De foudre et de diamant, Musée Paul-Dupuy, Toulouse.

Ses photographies sont également exposées en 2018 dans plusieurs événements, comme les rencontres photographiques d'Arles, dans le cadre des affaires culturelles de la principauté de Monaco, aux sentiers de la photo du Haut-du-Tôt ou au festival de La Gacilly.

En 2019, il expose à la librairie La Hune, à Paris, est invité d'honneur au festival international de la photo animalière et de nature de Montier-en-Der, et l'exposition Émerveillement est organisée à la Fondation GoodPlanet, à l'occasion de la publication de son ouvrage éponyme.

En 2022, il présente Hymne à la beauté, en 150 tirages de grands formats sur le toit de la Grande Arche de La Défense.

En 2025, il sort le livre Lumière, aux Éditions Allary avec soixante photographies, parmi lesquelles des clichés inédits, retraçant plus d'un demi-siècle de vie méditative. Il présente à la galerie Françoise Livinec une exposition de 18 photos de ce livre, dont le profit des ventes sera versé à son association humanitaire Karuna-Shechen .

Concepts développés et prises de position

Altruisme Dans Plaidoyer pour l’altruisme, publié en 2013 et en appuyées sur scientifiques, Matthieu Ricard soutient que l’altruisme, qui se manifeste par les comportements prosociaux dans les sociétés, l'emporte sur les comportements antisociaux.

Harmonie durable Toujours dans son ouvrage Plaidoyer pour l’altruisme, Matthieu Ricard propose d’adopter le concept d’, moins ambigu que celui de développement durable qui évoque dans bien des esprits une croissance quantitative, laquelle ne peut être durable du simple fait qu’elle requiert l’utilisation toujours plus grande d’un écosystème fini.

Concept du « zoocide » « Zoocide » est un terme inventé par Matthieu Ricard, désignant l'équivalent du génocide et des exterminations systématiques d'une partie de la population humaine, mais en ce qui concerne les animaux (en particulier pour la consommation de leur chair) et des similitudes notoires entre les procédés logiques et techniques pour détruire des êtres vivants, qu'ils soient des « animaux » humains ou nonMatthieu Ricard, Plaidoyer pour les animaux..

Matthieu Ricard expose dans Plaidoyer pour les animaux que ce concept lui a été suggéré par l'historien Jacques Sémelin :

Il en donne la définition suivante : « Nous proposons de parler de zoocide, lorsque les animaux sont systématiquement mis à mort en grand nombre. (…) Par respect pour les victimes [de génocide], il est important de rappeler d'emblée que les premières personnes qui ont été frappées par un certain nombre de points communs entre l'Holocauste et le massacre industriel des animaux n'ont pas été des défenseurs fanatiques de la cause animale, mais précisément des victimes de ce génocide – des survivants ou des personnes qui avaient perdu de proches parents. (…) Lucy, dont deux jeunes sœurs furent abattues par les nazis sous les yeux de leur père, témoigne : « J'ai été hantée toute ma vie par les images de la Shoah, et il ne fait aucun doute que j'ai été attirée par le droit des animaux en partie à cause des similitudes que je sentais entre l'exploitation institutionnalisée des animaux et le génocide nazi » »Matthieu Ricard, Plaidoyer pour les animaux, op. cit. ..

Dans le même ouvrage et en s'appuyant sur la définition du concept de génocide selon la Convention des Nations unies, Matthieu Ricard détaille les différences et les ressemblances entre les deux concepts. Il explique notamment que « le zoocide est un éternel recommencement », car contrairement aux génocides humains, cette destruction massive doit se prolonger avec la naissance de nouvelles victimes animales, élevées pour être tuées (alors qu'un génocide humain se veut définitif).

À noter que ce concept est également présent chez d'autres auteurs : Jacques Derrida (dans L'Animal que donc je suis, Éd. Gallilée, 2006), Isaac Bashevis Singer (écrivain de langue yiddish), Charles Patterson (auteur de Un éternel Treblinka, Éd. Calmann-Lévy, 2008), Élisabeth de Fontenay (présidente de la « Commission Enseignement de la Shoah » de la Fondation pour la mémoire de la Shoah), et Dominique Lestel (enseignant en philosophie à l'École normale supérieure de Paris). Il est cité aussi par l'artiste Yves Simon en 2001.

Crise des Rohingya