vignette|redresse=1.5|Plan de la zone archéologique de Stonehenge. vignette|redresse=1.3|Modélisation 3D et rendu numérique. L'ensemble des revêt une forme circulaire : le monument mégalithique actuel comporte un fossé bordé d'un talus doublé sur le côté interne des trous d'Aubrey, deux cercles concentriques de stèles aujourd'hui déplacées, deux cercles concentriques ou cromlechs constitués de pierres levées équarries (un cercle externe de de diamètre composé de 30 orthostates en grès sarsen reliés par des linteaux jointifs, et un cercle interne d'une soixantaine de pierres bleues plus petites). Au milieu, un double U dit fer à cheval (composé d'un U externe constitué de cinq trilithes en sarsen, et d'un U interne composé de 19 pierres bleues) entoure la pierre d'autel.
Stonehenge () est un monument mégalithique composé d'un ensemble de structures circulaires concentriques, construit en cinq grandes étapes, entre et , du Néolithique à l'âge du bronze, situé à treize kilomètres au nord de Salisbury et quatre kilomètres à l'ouest d'Amesbury, dans le comté du Wiltshire, dans le Sud de l'Angleterre.
L'ensemble du site de Stonehenge et le cromlech d'Avebury, à une quarantaine de kilomètres plus au nord, sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco dans un ensemble intitulé « Stonehenge, Avebury et sites associés ». Le site attire environ un million de visiteurs par an..
Étymologie Le nom de Stonehenge est attesté dès le Moyen Âge : le Glossaire latin-vieil anglais d'Ælfric d'Eynsham, du , donne l'expression henge-cliff dans le sens de , et des auteurs du mentionnent , sous les appellations de stanenges ou stanheng, comprises comme des (). En 1740, William Stukeley note que .
Christopher Chippindale, dans son Stonehenge Complete, donne Stonehenge comme pouvant être issu des mots du vieil anglais stān « pierre », et hencg « charnière » (hinge en anglais moderne), ou bien encore de hen(c)en, au sens de « potence » ou « instrument de torture » : les linteaux et les piliers des trilithes de Stonehenge ont pu en effet évoquer pour les visiteurs du Moyen Âge la silhouette familière d'un gibet. Cependant, ailleurs dans son livre, Chippindale donne aussi pour Stonehenge le sens plus immédiat de « pierres suspendues » ().
Les préhistoriens ont créé le mot henge par dérivation régressive (ou troncation) d'après le nom de Stonehenge. Ils définissent un henge comme un terrassement en enclos circulaire comprenant un fossé interne. Il faut pourtant considérer que le monument de Stonehenge ne répond pas pleinement à cette définition, puisque le talus () se trouve, sur ce site, à l'intérieur du fossé () : Stonehenge est donc un henge très particulier, même totalement atypique, avec ses trilithes hauts de plus de , assemblés par tenons et mortaises, de manière unique..
La signification et l'étymologie de Stonehenge restent quelque peu incertaines : « les pierres suspendues » ou « les pierres en surplomb » conviennent aux linguistes familiers des racines germaniques, tandis que « le gibet » semble plutôt relever de l'étymologie populaireLouis Deroy et Marianne Mulon, Dictionnaire des noms de lieux, Dictionnaires Le Robert, Paris, 1992..
Histoire et description alt=|vignette|357x357px|Plan du site de Stonehenge. 1. la pierre d'autel ; 2 et 3. tumuli ; 4. la pierre de sacrifice ; 5. la (pierre talon) ; 6. deux des quatre « stations » ; 7, 8, 9. fossés, talus ; 10. l'« avenue » monumentale, qui mène à la rivière Avon, à trois kilomètres à l'est ; 11 et 12. les deux cercles de « Y » et « Z » ; 13. les d'Aubrey ; 14. entrée secondaire.Le monument (cromlech) est situé à l'intérieur du : les mégalithes de grès « sarsen » sont en gris, et les « pierres bleues » en bleu.
Chronologie, datation La datation et la compréhension des différentes phases de l'activité de Stonehenge ne sont pas une tâche aisée. Des générations d'archéologues se sont succédé sur le site depuis le début du : le professeur Gowland conduisit les premières fouilles scientifiques à partir de 1901 ; puis le colonel William Hawley entreprit des restaurations à partir de 1919Université de Cambridge, Unearthing important research in The Antiquaries Journal archive (lien vers Antiquaries Journal archive), avant d'étudier la plupart des cavités existantes, jusqu'en 1926..
La chronologie retenue dans cet article est celle, classique, de l'archéologue Richard J. C. Atkinson sqq., qui a dirigé les dernières fouilles de grande ampleur à partir de 1950 et durant une trentaine d'années, avec une importante campagne de restaurations entre 1958 et 1964. On lui doit la division en trois , et , aujourd'hui acceptée de tous. Mais les subdivisions, et même parfois la chronologie tout entière, diffèrent notablement d'un auteur moderne à l'autre.
Avant le monument (vers −8000) vignette|Plots matérialisant les trous de poteaux mésolithiques.
Le site présente les traces d'une occupation antérieure à la construction du monument. Trois trous de poteaux () mésolithiques. ont été mis au jour en 1966 lors des travaux d'extension du parc de stationnement des visiteurs. Ces trous de de diamètre contenaient comme artefact un morceau d’os brûlé et des quantités de charbon de bois, ce qui peut suggérer, d'après le diamètre de ces fosses, que les trous étaient destinés à accueillir des poteaux d'une hauteur de . Ils sont actuellement matérialisés par des plots blancs sur le parc de stationnement.
Un long enclos mégalithique, le Cursus, construit vers −3500, s'étend d'est en ouest sur une longueur de , à au nord du monument.
Stonehenge : Néolithique, vers −2800/−2100 Stonehenge (−3000/−2100). Enceinte extérieure circulaire (fossé et talus), trous d'Aubrey (datation radiocarbone sur bois de cervidé au bas du fossé : −2810 ± 120) ; , et E, structure en ; crémations (datation sur charbon de bois, trou d'Aubrey 32 : −2305 ± 280) ; Station Stones peut-être à la fin de cette période (on a retenu les datations C en valeurs corrigées)..
L'enceinte circulaire Le premier monument () date du Néolithique secondaire (ou final).Myriam Philibert, Stonehenge et son secret, chap. I. Il n'était constitué que d'une enceinte circulaire délimitée par une levée de terre (bank) (8) et un petit fossé (ditch) (7) à l'extérieur, creusé dans le calcaire crétacé du Santonien, mesurant environ de diamètre, avec une entrée principale orientée vers le nord-est, et une entrée plus petite vers le sud (14). L'ensemble fut mis en place sur une surface légèrement en pente, qui ne présente apparemment aucun caractère exceptionnel par rapport au paysage environnant.
Le fossé droite|vignette|Au premier plan, l'enceinte circulaire : l'enclos avec fossé et talus intérieur est aménagé vers 3000 av. J.-C..
Le fossé (7), , a été fouillé dans sa moitié orientale par le colonel Hawley dans les années 1920 : il présente l'aspect d'une dépression assez irrégulière et peu profonde au profil très arrondi ; la partie ouest, jamais fouillée, est encore moins marquée. Le fossé présente deux interruptions, qui sont d'origine : l'une au nord-est, dans l'axe de l'entrée, l'autre plus étroite, au sud.
Les constructeurs n'ont pas accordé beaucoup d'attention à la régularité géométrique du fossé qui présente, vu du ciel, l'aspect « d'un chapelet de saucisses disposées en rond dans une assiette » : les fouilles ont révélé un travail par sections, de largeur et de profondeur variables (largeur de 5 à , profondeur - ), avec des parois abruptes et des rétrécissements, décrochements et cloisonnements révélateurs d'un travail par tranches.
Au fond du fossé ont été découverts des restes d'outils néolithiques ayant servi au creusement : pioches faites de bois de cervidés, pelles constituées d'omoplates de bovins, aisément datables par la suite au radiocarbone ; à mi-hauteur ont été trouvés quelques éclats de « pierres bleues », qui établissent clairement la chronologie des travaux et montrent que ces pierres ont été retravaillées à leur arrivée sur le chantier. Plus en surface, la fouille a livré quelques tessons de poterie, des monnaies romaines, jusqu'aux inévitables capsules de bière et ampoules de phares d'automobiles qui sont le lot de tout archéologue. Atkinson insiste cependant sur le mélange des couches dû peut-être au piétinement (les tessons de poterie néolithique peuvent aussi bien se trouver au fond du fossé que parmi des éléments récents), mais bien plus encore à l'action des pluies entraînant sans cesse terre et objets vers le milieu de la structure.
Le talus Le fossé (7) n'était qu'une sorte de carrière d'où l'on a extrait les matériaux nécessaires à l'édification de l'enceinte circulaire (8), , exécutée à l'intérieur du fossé, cette fois avec le plus grand souci de régularité géométrique. Le cercle, de de diamètre, a été tracé au cordeau. Le remblai devait présenter une largeur de et une hauteur d'au moins . L'érosion lui a donné dès les premiers siècles de son existence le profil arrondi et étalé qui est encore le sien aujourd'hui.
Des vestiges d'un autre talus en contrescarpe, de moindre importance, sont visibles à l'extérieur du fossé, au nord et à l'est.
L'« archer de Stonehenge » vignette|L' « archer de Stonehenge », conservé au musée de Salisbury.
En 1978, Richard Atkinson et son collègue John G. Evans découvrent, au cours d'une fouille en tranchée dans l'enceinte circulaire, le squelette d'un homme de l'âge du bronze, connu sous le nom d'« », délibérément et soigneusement enseveli dans le fossé extérieur, et non dans un tumulus () comme c'est généralement le cas dans la région.
On a voulu voir en lui un archer en raison du bracelet de pierre et des silex et flèches trouvés à ses côtés. En fait, plusieurs pointes de flèches étaient fichées dans les os du squelette, ce qui suggère que l'homme a été tué par ces flèchesJulian C. Richards, Stonehenge: The story so far, English Heritage, Swindon, 2007 .
L'examen du squelette montre que l'homme était âgé d'environ 35 à 45 ans, et l'analyse isotopique de l'émail de ses dents révèle qu'il a grandi dans les Alpes.. Le mobilier funéraire associé à sa sépulture suggère un individu de haut rang qui possédait peut-être des compétences « magiques » permettant, grâce à sa maîtrise de l'art de la métallurgie, de produire des parures en or. La datation au radiocarbone indique qu'il est mort autour de −2300, ce qui le rend approximativement contemporain des autres « archers » découverts dans le voisinage, à Amesbury (archer d'Amesbury et ). Ses restes sont maintenant conservés au de Salisbury.
vignette| et les d'Aubrey.
Les « trous d'Aubrey » vignette|upright|Trou d'Aubrey . Le fossé est en arrière-plan.
Les « trous d'Aubrey » () (13), nom donné en souvenir de l'érudit et écrivain John Aubrey par leur inventeur R. S. Newall, contemporain du colonel Hawley dans les années 1920, sont un vaste cercle de cinquante-six cavités de grandes dimensions, disposées régulièrement à l'intérieur et à peu de distance du talus de l'enceinte circulaire.. Ces trous ronds ont des parois verticales et sont espacés d'environ cinq mètres. Leur diamètre varie de à , et leur profondeur de à . On y a trouvé, dans un remplissage de craie, des fragments de charbon de bois, d'os humains carbonisés, de petits objets comme des épingles à cheveux en os ou de longues baguettes de silex taillé de l'épaisseur d'un doigt, dont on ne connaît pas l'usage. Trente-quatre d'entre eux (partie est) ont été fouillés. Ils étaient marqués par des plaques circulaires de calcaire., mais sont devenus peu visibles, car progressivement recouverts par le gazon.
Un enclos funéraire