Constantin Brâncuși ( ), souvent désigné en français par son seul patronyme, BrancusiSans signes diacritiques pour des raisons pratiques., né le à , dans la commune de Peștișani, dans le județ de Gorj, en principauté de Roumanie, et mort le à Paris (France), est un sculpteur roumain naturalisé français (le ).., qui est l'un des plus influents du début du .
Il est considéré comme ayant poussé l'abstraction sculpturale jusqu'à un stade jamais atteint dans la tradition moderniste et il a également ouvert la voie à la sculpture surréaliste, ainsi qu'au courant minimaliste des années 1960..
Biographie Brâncuși naît le , en « principauté de Roumanie » encore vassale de l’Empire ottoman, deux ans avant que soit reconnue l'indépendance de la Roumanie, dans le village de Hobița, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Târgu Jiu, deuxième des quatre enfants de Radu Niculae Brâncuși (1833-1885) et de Maria Brâncuși (née Deaconescu, 1851-1919), des paysans aisés qui administraient les terres du monastère de Tismana. vignette|gauche|Annexe de la maison mémoriale Constantin-Brâncuși, en 2012. Aujourd'hui classée monument historique, une petite maison en bois de son village natal, Hobița, est aujourd'hui un petit musée, fondé en 1971, la . Son aménagement intérieur traditionnel et sommaire montre au visiteur toute la frugalité de ce qu'étaient les conditions de vie rurales dans la région natale du futur artiste, une contrée malgré tout connue pour sa riche tradition d'artisanat populaire, en particulier la sculpture sur bois, dont les motifs géométriques ancestraux sont souvent visibles dans les créations que Brâncuși réalisera en France. Des documents et photographies sur la vie de ce dernier y sont aussi présentés. Cependant, bien que très similaire à l'authentique, il ne s'agit pas de la vraie maison natale de Brâncuși ; celle-ci, toujours existante près du musée et elle aussi classée, est en trop mauvais état pour être visitable.
Il étudie les arts à l'école des arts et des métiers de Craiova (Roumanie) de 1894 à 1898 puis à l'Université nationale d'art de Bucarest de 1898 à 1901. Il y réalise des œuvres relativement classiques comme un buste de Vitellius ou une médaille de bronze d'après le Laocoon. Il obtient sa première commande publique, un buste, de facture classique, représentant le docteur général Charles d'Avila (Carol Davila), qui a été installé à l'hôpital militaire de Bucarest et est le seul monument public du sculpteur à Bucarest. Voulant compléter sa formation à Paris, il part à pied en 1903, passe saluer sa mère à Hobița, fait étape un temps à Vienne où il travaille dans un atelier en tant que décorateur de meubles et visite des musées de la ville, se familiarisant avec la sculpture égyptienne antique qui influencera ses œuvres futures, puis à Munich ; après être passé par la Bavière et la Suisse, puis pris dans une pluie torrentielle près de Lunéville et infecté par une pneumonie, il doit être hospitalisé. Rétabli, il termine son périple en train jusqu'à la capitale française.
Il s'y inscrit à l'École nationale supérieure des beaux-arts en 1905 et installe son atelier impasse Ronsin, dans lequel il reste jusqu'en 1957 (aujourd'hui reconstitué devant le Centre Pompidou). Entre 1906 et 1908, il expose au Salon de la Société Nationale des Beaux Arts aux côtés d'Antoine Bourdelle. À cette époque, il suit les enseignements d'Antonin Mercié dans son atelier. Fervent chrétien orthodoxe, il fréquente l'église roumaine de Paris, participant en tant que servant à la liturgie. En 1907, il quitte l'atelier d'Auguste Rodin un mois seulement après y être entré, en expliquant : ttp://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-brancusi/ENS-brancusi.htm et https://www.guggenheim-bilbao.eus/fr/apprenez/univers-scolaire/guides-educateurs/unite-et-dualite. C'est au même moment qu'il réalise la première version du Baiser qui deviendra son œuvre phare. Il dépasse l'esthétique de son maître avec des œuvres comme La prière ou Tête de jeune fille. C'est ainsi qu'il développe une esthétique pure et stylisée en lien avec une philosophie universaliste mêlant tradition byzantine, grecque et bouddhiste. C'est pour ces raisons qu'il privilégie la taille directe. Il réalise alors un portrait de Renée Frachon qu'il décline en Sommeil (1908) puis en Muse endormie (1909). La forme ovale, de l'œuf devient un leitmotiv dans son œuvre. En 1916, il réalise Princesse X qui est exposée un an plus tard sans problème à New York. Elle fait toutefois scandale en France au Salon des indépendants de 1920 : Matisse y voit un phallus et l'œuvre est retirée avant le passage du ministre. L'artiste déclare plus tard : « Ma statue [...], c'est la synthèse de la femme, l'Éternel féminin de Goethe, réduit à son essence. Cinq ans, j'ai travaillé, j'ai fait dire à la matière l'inexprimable [...]. Et je crois, enfin vainqueur, avoir dépassé la matière. ».
En 1935, la Ligue des femmes de Gorj, en Roumanie lui commande un monument aux morts de la Première Guerre mondiale. Il en propose alors trois : la Colonne sans fin, la Porte du baiser et la Table du silence. Cet ensemble sculptural est disposé à Tirgu-Jiu selon un axe Est-Ouest.
Brâncuși obtient la nationalité française en 1952. Il meurt le en son domicile, 11, impasse Ronsin, dans le .. Il est inhumé au cimetière du Montparnasse ().. Il a désigné comme exécuteurs testamentaires ses amis Alexandre Istrati et Natalia Dumitresco, qui, à leur mort, ont été enterrés dans la même tombeLa gestion de l'héritage de Brâncuși par le couple Istrati-Dumitresco a été contestée par de nombreux spécialistes du sculpteur et a entraîné des conflits avec l'État français ; ont été mis en cause l'impossibilité d'accéder aux archives et les tirages posthumes de sculptures de l'artiste. Michel Guerrin, « Les pratiques contestables de la légataire universelle de Brancusi. Natalia Dumitresco confisque les archives et fabrique des sculptures posthumes », Le Monde, 14 avril 1995, .. Dans son testament, il lègue à l'État français l'ensemble de son atelier. Celui-ci est reconstitué sur la place en face du Centre Pompidou.
La série Brâncuși travaille par séries d'œuvres. Il développe de nombreuses versions de chacune de ses sculptures dans un but d'élévation spirituelle. C'est notamment le cas de la Colonne sans fin. Auparavant, il développe les thèmes du Baiser, de la Muse endormie (7 variantes en marbre et bronze), de Princesse X, de l'Oiseau dans l'espace (28 variantes en marbre, bronze et plâtre)... Il les décline dans différentes formes et matériaux. C'est ainsi qu'il développe sa réflexion et sa conception des thèmes qu'il aborde : le Sommeil devient la Muse endormie, Maïastraïa devient l'Oiseau d'or puis l'Oiseau dans l'espace...
Une des œuvres principales de Brâncuși est l’Oiseau dans l'espace. Elle est constituée de plusieurs variantes. La volonté du sculpteur était de recréer l'envol d'un oiseau. Cette série a débuté avec la Măiastra, qui fut l'idée première de la série Oiseau dans l'espace. Il associe le vol et son contraire en souhaitant représenter l'« essence du vol ».
Cette série prendra de sa vie (de 1919 à 1941). Après de marbre et de bronze, le sculpteur termine sa série en 1941.
Le Centre Pompidou y a consacré une exposition-dossier en 1999-2000 dans son cycle « La série et l'œuvre unique ».
Brâncuși photographe Dès 1904, Brâncuși expérimente la photographie et se rapproche de grands artistes comme Steichen ou Man Ray. Son atelier est lui-même une œuvre d'art à part entière, à la fois lieu de création et d'exposition. Chaque œuvre occupe une place bien définie et en déplacer une serait alors rompre l'harmonie qui règne dans ce lieu. Il les organise selon la lumière, leurs proportions et leurs formes.
Il utilise également la photographie comme un moyen de montrer exactement comment il faut regarder ses œuvres et pour leur donner une double dimension artistique. C'est pourquoi les photographies prises par l'artiste dans son atelier sont un apport inestimable pour la compréhension de son œuvre.
Après l'exposition de New York de 1914 où il reçoit des photos de ses œuvres qui le déçoivent, il décide de s'occuper exclusivement des prises de vues. Il achète du matériel professionnel en 1920 et aménage un atelier de photographie dans son atelier.
Le socle Brâncuși est aussi moderne dans son rapport au socle. Ce dernier est défini comme ce qui assoit la sculpture et l'artiste crée une rupture avec la tradition du socle purement fonctionnel. En effet, il cherche à exprimer l'essence de ses œuvres et supprime ainsi les socles ou les intègre aux figures principales. L'exemple type de cette volonté est la Colonne sans fin que Brâncuși développe dès 1918. Il s'agit d'une superposition de rhomboïdes, objets habituellement utilisés eux-mêmes comme des socles. Il photographie également ses œuvres pour qu'on sache comment les regarder en lien avec leur socle.
L'exposition Rodin, Brancusi et Carl André : le Socle organisée en 2017 à la Fondation Giacometti montre l'évolution de la remise en cause du socle traditionnel, notamment à partir de Rodin qui s'en affranchit.
Œuvres (sélection) thumb|Brâncuși vêtu en habit liturgique orthodoxe, vers 1905-1906Photo collection Botarro.. Le Baiser, à partir de 1907 La Muse endormie, 1910. L'Oiseau, à partir des années 1910, trente versions jusqu'en 1941Notice œuvre : version de 1941, exposée au Centre Pompidou.. Mademoiselle Pogany, 1912-1913, plâtre. Le Nouveau-Né, à partir de 1915 Portrait de Madame L. R., 1917, bois (L. R. pour Léone Ricou), ancienne collection Pierre Bergé–Yves Saint Laurent Colonne sans fin Le Léopard des anges, 1922, écorce de pin La Sorcière, 1924-1955, Centre Pompidou. Le Roi des rois, 1938, Musée Guggenheim, Bilbao. Phoque II, 1943, marbre et pierre Le Grand Coq IV, 1949-1979, acier poli, Fondation Gianadda, parc de sculptures, Martigny.
thumb|Portrait de Brâncuși, par Amedeo Modigliani.
Plusieurs musées rassemblent des collections importantes : l'atelier Brancusi, musée national d'Art moderne, Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, Paris le museum of Modern Art, New York, États-Unis la galerie Brancusi, au musée d'art de Craiova, Roumanie le de Duisbourg le musée d’art de Târgu Jiu, Roumanie le musée Solomon R. Guggenheim, New York le musée Peggy-Guggenheim, Venise, Italie.
Outre l'atelier de Brâncuși, reconstitué à l'identique dans une annexe du Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, à Paris, on peut admirer à Târgu Jiu, en Roumanie, un ensemble urbain monumental constitué de trois de ses plus importantes créations (la Colonne sans fin, La Porte du Baiser, La Table du silence).
Au cimetière du Montparnasse à Paris, où Brâncuși est enterré (), on peut voir dans une autre partie du cimetière (, au nord du petit cimetière) Le Baiser, une de ses sculptures et œuvres les plus célèbres de cette nécropole, sur la tombe de Tania Rachewskaïa, une jeune femme russe de qui s'était suicidée par amourLe Baiser sur bluetravelguide.com.. Cette œuvre a fait l'objet de plusieurs litiges. Pour empêcher les descendants de Rachewskaïa de récupérer la sculpture, l'État a classé aux Monuments historiques l'ensemble de la tombe en 2010.. En 2018, un coffrage en bois et des caméras sont mis en place par les ayants droit pour empêcher le vandalisme. Le Conseil d'État décide finalement que l'œuvre est un immeuble par nature et qu'elle doit donc rester au cimetière du Montparnasse..
Critiques du style de Brâncuși