Józef Sułkowski armoiries Sulima, né en 1773 à Rydzyna et mort le au Caire, est un aristocrate et officier polonais, héros de la guerre russo-polonaise de 1792, puis de la campagne d'Italie et de la campagne d'Égypte. Il est aide de camp du général Napoléon Bonaparte de 1796 à 1798.

Biographie

Józef Sułkowski, fils de Teodor Sułkowski et de Julia Quelisk, est élevé par son oncle, le prince . Après la mort du prince en 1786, Józef Sułkowski intègre l'armée polonaise et prend part, sous les ordres du général Michał Zabiełło, à la guerre russo-polonaise de 1792.

Un patriote polonais

Dès son plus jeune âge, il se concentre sur l'apprentissage du métier des armes, s'initie aux nouvelles théories stratégiques, en particulier celles de Guibert. Mince, élégant, adroit, il était, par son éducation noble, rompu à tous les exercices du corps, escrime, équitation et même danse.

En 1791, la Grande diète polonaise adopte la première constitution européenne, poussant les Russes et les Prussiens à envahir la Pologne. Sułkowski, nommé capitaine, reçoit le baptême du feu en Lituanie. Blessé, il est décoré de l'ordre Virtuti militari pour son action courageuse lors de la bataille de Zelva. La guerre perdue, la Pologne subit son troisième et dernier partage et disparaît en tant qu'état souverain de la carte de l'Europe.

Comme beaucoup de Polonais, Sułkowski se laisse gagner par les idées de la Révolution française alors en cours et s'engage dans l'armée française pour combattre les ennemies communs de la Pologne et de la France. Il écrit à ses tantes : . Il se fait remettre par le marquis d'Escorches de Sainte-Croix, l'ancien ministre plénipotentiaire de Louis XVI auprès de la république des Deux Nations devenu citoyen, une lettre de recommandation pour Paris, où il arrive en alors plongé dans une atmosphère enfiévrée, le roi Louis venant d'être décapité.

Émigré en France

À Paris, il fait la connaissance de l'homme politique Rousselin de Saint-Albin et de l'orientaliste Jean Michel de Venture de Paradis, qui deviendra son beau-père. Il obtient la citoyenneté française, mais est toujours considéré comme un étranger.

Venture le présente alors aux Relations extérieures. Parlant l'allemand, le russe, l'anglais, l'italien, l'espagnol et ayant étudié l'arabe, Sułkowski est envoyé à Alep en tant qu'agent secret. Ne recevant aucune instruction écrite au bout de quatre mois, il se porte volontaire pour rejoindre le groupe d'instructeurs français auprès de l'armée turque.

En , il arrive à Constantinople, où il est accueilli par Descroches. De là, il apprend que le général Tadeusz Kościuszko a pris la tête d'insurgés polonais qui ont chassé les Russes de Cracovie. Sulkowski décide alors de parcourir les qui le séparent de Kościuszko afin de prendre part aux combats de libération de sa patrie natale. Arrêté à la frontière autrichienne, il parvient à s'évader mais arrive trop tard pour prendre part aux affrontements.

En , il est de retour à Paris où il fait la connaissance du général Chérin, chef d'état-major de Hoche. Hoche le recommande à Lazare Carnot, membre du Directoire exécutif. Le , Sułkowski est nommé capitaine et affecté à l'armée d'Italie. Napoléon Bonaparte juge le nouvel arrivant au premier coup d'œil et l'affecte à son état-major. Il y fait la connaissance de Murat, Marmont, Junot, Duroc, Muiron et Lavalette du Verdier. Ce dernier le décrit ainsi dans ses mémoires : .

Bataille du pont d'Arcole

À la suite de la bataille de Saint-Georges, poste qui commande la place forte de Mantoue, où il est gravement blessé, Napoléon le cite dans la lettre de compte-rendu au Directoire. S'ensuit la bataille d'Arcole. Voici la description que fait Sułkowski de l'engagement du général en chef : .

Suite de la campagne d'Italie

Sułkowski prend part à la bataille de Rivoli, où il a plusieurs chevaux tués ou blessés sous lui, ainsi qu'à la plupart des autres combats. Le jeune officier suit Bonaparte à l'expédition d'Ancône contre les troupes pontificales. Le pape signe la paix de Tolentino pour éviter l'occupation de Rome. Les troupes françaises marchent alors sur Vienne.

Saint-Albin père, très lié avec Sułkowski et ami de Lazare Carnot, rapporte les propos de ce dernier dans ses mémoires : .

Marche sur Vienne

Lors de cette marche, il fait prisonnier le général autrichien qui l'avait arrêté à la frontière de Galicie en 1794. Pendant les négociations de Leoben, des blessés français sont massacrés à Vérone, des marins également à Venise. La réaction de Bonaparte est immédiate. Il dépêche Junot et Sułkowski au Sénat de Saint-Marc pour lui signifier sa fin. L'officier polonais écrit à son chef : .

Sulkowski passe six mois à Mombello.

Retour à Paris

De retour à Paris le , l'aide de camp est de toutes les festivités. Lors de ce séjour, il ne quitte pas Bonaparte qui se confie régulièrement à lui sur ses projets de campagne futurs. Il accompagne Bonaparte, alors nommé commandant de l'armée d'Angleterre, sur les côtes de la Manche en compagnie de Bourrienne. Au retour, dans la berline, Sułkowski et Bourrienne l'entendent murmurer : . De retour à Paris, Bonaparte fait accepter le projet égyptien par le Directoire, qui, soucieux d'éloigner le futur empereur, accepte et met à sa disposition. Sułkowski devient de plus en plus indispensable. Parlant arabe, connaissant la Turquie et gendre de l'orientaliste Venture de Paradis, il réunit documents et cartes en vue de préparer cette expédition, dont il est l'un des rares personnages à être mis dans la confidence.

Campagne d'Égypte

Il part pour Toulon en compagnie de son beau-père, Venture de Paradis. Leur voiture brise une roue sur le Pont-Neuf. L'officier, peu superstitieux, dit à son beau-père : . Arrivés à Toulon, ils embarquent sur L'Orient. Sułkowski y retrouve Gaspard Monge, vieille connaissance d'Italie, Geoffroy Saint-Hilaire et le peintre Vivant Denon, avec lesquels il se lie d'amitié.

vignette|Sulkowski par André Dutertre.

Lors de la prise de Malte, il s'illustre à nouveau.

Après quarante jours de navigation, ils arrivent au large d'Alexandrie. Lors de la prise de cette ville, Kléber est blessé d'une balle au front. Sułkowski, deux fois renversé, finit par passer. Il est cité dans le compte-rendu au Directoire. Bonaparte expédie la division Desaix dans le désert. Sułkowski la rejoint.

Il s'illustre lors de la bataille des Pyramides le . Il est à nouveau cité et promu chef d'escadron. Il est aux côtés de Bonaparte lorsque celui-ci reçoit la soumission des cheikhs locaux. Alors que le chef mamelouk Ibrahim Bey fait retraite vers la Syrie, Sułkowski prend part à la bataille de Salahieh, le , où il est grièvement blessé.

Le , il est nommé membre de l'Institut d'Égypte dans la section d'économie politique et dans une commission chargée d'établir un lexique franco-arabe. Durant la deuxième journée de la révolte du Caire, à la pointe du jour, le , Sułkowski est envoyé en reconnaissance à la tête d'une quinzaine de guides. À son retour, attaqués par les émeutiers, quatre guides se sauvent et tous les autres sont tués. Son corps est jeté aux chiens par les insurgés.

Témoin de l'ascension de Bonaparte Proche et estimé de Bonaparte, Sułkowski laisse derrière lui une correspondance riche et précieuse, où il relate avec talent et clairvoyance les épisodes de la campagne d'Italie qu'il vivait alors au tout premier rang des combattants et dans l'intimité de Napoléon.

Hommages Voici le rapport officiel de Bonaparte au Directoire, rédigé le : .

Lavalette, qui s'était pris d'amitié pour ce noble polonais, écrit : .

Selon Belliard, Bonaparte, très affecté par la mort de Sulkowski, aurait aussi dit : . Lazare Carnot voyait en lui un remplaçant possible au futur empereur, si ce dernier disparaissait (Marcel Reinhard dans Lettres de Joseph Sulkowski, aide-de-camp de Bonaparte en Italie).

Sulkowski fut, d'après les historiens les plus reconnus (dont Jean Tulard), l'aide de camp préféré de Bonaparte. Il laisse de nombreuses lettres, des Mémoires historiques, politiques et militaires sur les révolutions de la Pologne (1792-1794), la campagne d'Italie (1796, 1797), l'expédition du Tyrol et les campagnes d'Égypte (1798). Jean-Édouard Goby note aussi un article remarquable par sa précision et sa clarté dans La Décade égyptienne sur la description de la route du Caire à Sâlehyeh.

Mort trop jeune, il a été apprécié par tous ceux qui l'ont côtoyé : Muiron, Vivant Denon, Bonaparte, Jullien, Carnot, Augereau et Bourrienne. À l'annonce de sa mort, Bonaparte est pris de remords. Alors que l'on demande à Bonaparte, après la mort de son aide de camp, pourquoi il ne l'a pas plus honoré de son vivant, celui-ci répond : J. Sulkowski, mémoires historiques, politiques et militaires sur les révolutions de Pologne 1792, 1794, la campagne d'Italie 1796-1797, l'expédition du Tyrol et les campagnes d'Égypte 1798-1799, par Hortensius de Saint-Albin · 1832, p.171.

Il fait partie des 660 personnalités dont le nom est gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile, à Paris. Inscrit en 1836, son patronyme (orthographié SULKOSKY) figure sur le pilier sud, à la colonne 28, au-dessus des noms de LETURCQ (Leturc), MIREUR et DENOYER (Desnoyers), tous tués en Égypte. Après sa mort, une grande mosquée, avec un mur d'enceinte fortifié, située à la périphérie du Caire sur la route de Belbeis, et transformée en fort pouvant contenir 600 hommes et 600 chevaux, est appelée fort Sulkowski.

Références

Annexes

Bibliographie

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Liens externes

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