vignette|Diagramme de Venn du développement durable., à l'intersection de trois préoccupations, dites « les trois piliers du développement durable ».Les descriptions des intersections partielles peuvent varier.
Le développement durable, parfois qualifié de développement soutenable par anglicisme (), est une conception du développement qui s'inscrit dans une perspective de long terme et en intégrant les contraintes environnementales et sociales à l'économie. Selon la définition donnée dans le rapport de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement de l'Organisation des Nations unies (ONU), dit rapport Brundtland, où cette expression est apparue pour la première fois en 1987, .
Cette notion s'est imposée à la suite de la prise de conscience progressive, depuis les années 1970, de la finitude écologique de la Terre, liée aux limites planétaires à long terme. La notion fait toutefois l'objet de critiques, notamment de la part des tenants de la décroissance, pour lesquels cette notion reste trop liée à celle de la croissance économique, mais aussi de la part de ceux qui y voient un frein au développement.
Dix-sept objectifs de développement durable ont été définis en 2015 par l'ONU. Ces objectifs s'inscrivent dans le cadre de l'agenda 2030, adopté par les États membres de l’ONU pour, d’ici à 2030, éradiquer la pauvreté, garantir la prospérité universelle et assurer l'habitabilité de la planète..
Définition du développement durable La première définition du développement durable apparaît en 1987 dans le rapport BrundtlandDu nom de Gro Harlem Brundtland, alors ministre norvégienne de l'Environnement présidant la Commission mondiale sur l'environnement et le développement ; ce rapport intitulé Notre avenir à tous est soumis à l'Assemblée nationale des Nations unies en 1986. La définition est issue du de la première partie. publié par la Commission mondiale sur l'environnement et le développement. : Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de « besoins », et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d'accorder la plus grande priorité, et l'idée des limitations que l'état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l'environnement à répondre aux besoins actuels et à venir.
En 1991, Ignacy Sachs propose une définition proche de ce qu'il nomme l'écodéveloppement : .Sachs, I., 1993. Écodéveloppement. Paris, Syros, Alternatives économiques..
vignette|upright=0.8|La ressource renouvelable qu'est le vent alimente cette éolienne de dans un parc éolien à au large de la Belgique.|alt=La ressource naturelle qu'est le vent alimente cette éolienne de dans un parc éolien à au large de la Belgique.
Parmi les besoins essentiels, représentés par la pyramide des besoins d'Abraham Maslow, figurent en premier lieu les besoins primaires ou physiologiques. Parmi ceux-ci figure notamment le besoin de se reproduire, qui établit pour les individus une filiation et assure de la sorte le renouvellement des générationsSur la filiation, on consultera par exemple l'ouvrage de Darwin La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe..
Face à la crise écologique et sociale qui se manifeste désormais de manière mondialisée (réchauffement climatique, perte drastique de biodiversité, raréfaction des ressources naturelles, pénuries d'eau douce, insécurité alimentaire, déforestation, catastrophes naturelles et industrielles, écarts entre pays développés et pays en développement), le développement durable est une réponse de tous les acteurs (États, acteurs économiques, société civile), culturels et sociaux, du développement. Tous les secteurs d'activité sont concernés par le développement durable : l'agriculture, l'industrie, l'habitat, l'organisation familiale, mais aussi les services (finance, tourisme).
Il s'agit enfin, en s'appuyant sur de nouvelles valeurs universelles (responsabilité, participation écologique et partageL'équité est l'un des principes du développement durable, à la confluence entre les piliers économique et social., principe de précaution, débat.) d'affirmer une approche double : dans le temps : nous avons le droit d’utiliser les ressources de la Terre, mais le devoir d'en assurer la pérennité pour les générations futures ; dans l’espace : chaque humain a le même droit aux ressources naturelles de la Terre (principe de destination universelle des biens).
Trois piliers : environnemental, social et économique
Le premier à avoir révélé la dimension multi-dimensionnelle et systémique des problèmes de notre époque est l'économiste français René Passet dans un ouvrage devenu classique : L'économique et le vivant (1979)René Passet, L'économique et le vivant, édition Payot 1979, édition Economica 1995..
Les experts distinguent habituellement trois domaines de durabilité, qui sont l'environnemental, le social et l'économique. Plusieurs termes sont en usage pour ce concept. Les auteurs peuvent parler de trois piliers, dimensions, composantes, aspects, perspectives, facteurs. Les trois piliers apparaissent dans l'Agenda 21 défini à la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement dite « sommet de la Terre de Rio » en 1992. :
L'idée d'une durabilité avec trois dimensions est une interprétation dominante dans la littérature. Elle est confirmée par une résolution adoptée par les Nations unies au sommet mondial de 2005. :
L'objectif du développement durable est de définir des schémas viables qui concilient ces trois aspects des activités humaines : « trois piliers » à prendre en compte par les collectivités comme par les entreprises et les individusLes 3 piliers du développement durable.. La finalité du développement durable est de trouver un équilibre cohérent et viable à long terme selon ces trois aspects.
Les économistes Ballet Jérôme, Bazin Damien et Mahieu François-Régis estiment que ces 3 domaines (ou piliers) ont des imbrications spécifiques.. Ces auteurs ont montré que le développement soutenable peine à exister en tant que réelle alternative au modèle économique standard car le pilier social est considéré comme une interface entre les piliers économique et environnemental. Depuis les écrits de Amartya Sen et la notion de capabilité, il est admis que la soutenabilité sociale prime sur les deux autres piliers (économiques et environnementaux).. Tenir compte de la dimension sociale comme une dimension à part entière permet de repenser la redistribution, la protection et la précaution sociale.
Pour les entreprises, en anglais, on parle des 3 P, « People, Planet, Prosperity », pour désigner ces trois piliers : People pour le social, Planet pour l'environnement, et Prosperity (ou Profit) pour l'économie. Ils sont associés à la notion de triple performance des entreprises (triple bottom line en anglais)..
L'analyse extra-financière de la performance des entreprises s'appuie sur les deux piliers environnemental et social, auquel s'ajoute un pilier indispensable à la mise en œuvre de stratégies de développement durable : la gouvernance. Ces trois piliers constituent les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG)., le pilier économique étant pris en compte par la comptabilité classique.
La gouvernance consiste en la participation de tous les acteurs (citoyens, entreprises, associations, élus…) au processus de décision ; elle est de ce fait une forme de démocratie participative. Ainsi, plusieurs pays d'Afrique ont adopté des plans socio-économiques impliquant les collectivités locales via des moyens de production autonomes.. Selon les termes du rapport Brundtland (1987), ..
Historique Histoire du mot L'expression sustainable development, traduite par développement durable, apparaît dans la littérature scientifique au début des années 1980 (voir par exemple, les articles par Vinogradov ou Clausen de 1981), et pour la première fois dans une publication destinée au grand public en 1987 dans le rapport intitulé Our Common Future (Notre avenir à tous) de la Commission mondiale pour le développement et l'environnement de l'Organisation des Nations unies rédigé par la Norvégienne Gro Harlem Brundtland. L'historienne Chloé Maurel a montré le rôle important de l'ONU dans la création et la diffusion mondiale de cette notion séminale..
Une controverse sémantique portant sur la question de savoir s'il fallait parler de développement durable ou soutenable a existé depuis la deuxième traduction en français où l'éditeur canadien a traduit sustainable par le mot français soutenableCertains préfèrent parler de développement soutenable : ainsi, lors de la première traduction en français du rapport Brundtland, c'est le terme « développement durable » qui est retenu, tandis que lors de la seconde traduction c'est le terme « développement soutenable » qui est utilisé, à la demande de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement (note de l'éditeur, )..
Les tenants du terme « durable » plutôt que du mot « soutenable » insistent sur la notion de durabilité définie comme cohérence entre les besoins et les ressources globales de la Terre à long terme, plutôt que sur l'idée d'une recherche de la limite jusqu'à laquelle la Terre sera capable de nourrir l'humanité. Cependant, la traduction du terme par soutenable, plutôt que durable, peut s'expliquer aussi par de vieilles traces du mot en langue française. En effet, on trouve le mot soutenir employé dans une optique environnementale dès 1346, dans l'ordonnance de Brunoy, prise par , sur l'administration des forêts, recommandant de les « soutenir en bon état ».. Ainsi, en matière forestière, la notion de forêt cultivée soumise à une exigence de soutenabilité, un renouvellement perpétuel de la ressource, capable d'approvisionner une flotte navaleLa flotte française ayant été décimée lors de cette bataille, ce texte répond au besoin de la reconstituer et d'organiser le domaine forestier par une gestion raisonnée de la ressource pour assurer un approvisionnement régulier et soutenu., existe en France depuis plus de six siècles.
Chronologie
L'émergence du concept de développement durable remonte au début du . L'idée d'un développement pouvant à la fois réduire les inégalités sociales et réduire la pression sur l'environnement a fait son chemin. Nous pouvons en retracer quelques jalons majeurs : 1864 : dans un contexte de révolution industrielle, l'érudit et diplomate américain George Perkins Marsh publie L'Homme et la Nature, où il remet en question le mythe du caractère inépuisable de la TerreGeorge Perkins Marsh, Man and Nature or Physical Geography as Modified by Human Action, 1864. 1909 : émergence du concept de géonomie en Europe centrale. 1909 : Theodore Roosevelt tient un discours dans lequel il se préoccupe de la destruction des ressources naturelles et des générations futures : « Avec la croissance constante de la population et l’augmentation encore plus rapide de la consommation, notre peuple aura besoin de plus grandes quantités de ressources naturelles. Si nous, de cette génération, détruisons les ressources, […] qui seront nécessaires à nos enfants, si nous réduisons la capacité de notre terre à soutenir une population, nous diminuons le niveau de vie, nous enlevons même le droit à la vie des générations futures sur ce continent ».. 1915 : Les premières dénonciations virulentes du gaspillage des ressources naturelles de la société industrielle sont dues à un biologiste et urbaniste écossais Patrick Geddes, considéré comme le précurseur du développement durableDe l'écologie à l'écologie politique, Dominique Bourg