Alfred Sisley, né le à Paris et mort le à Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne), est un artiste peintre et graveur britannique, rattaché au mouvement impressionniste et vivant et travaillant en France.

Il effectue une première démarche pour obtenir la naturalisation française en 1888 qui n'aboutit pas, puis à nouveau en 1898, interrompue par sa mort due à un cancer de la gorge. Le succès, qu'il n'a pas connu de son vivant, va alors survenir.

Il est considéré comme de nationalité française selon la loi du , comme cela a été rappelé lors de l'affaire de la succession de Pierre Sisley en 1937.

Biographie Jeunesse et formation (1839-1871) Sisley naît à Paris au 19, rue des Trois-Bornes, dans l'ancien arrondissement (actuel arrondissement) le Cf. acte de naissance de parents marchands anglais, établis dans la capitale française pour affaires. Son père, William Sisley (1799-1879), d'origine anglaise mais né en FranceTime & Tide Business Guide, Volume 13,Numéros 1 à 26, 1932, : , dirige une affaire d'importation liée à l'entreprise familiale basée à Londres. Sa mère, Felicia Sell (1808-1866), Anglaise, est plutôt attirée par la musique et la vie de société.

Il est baptisé le par le pasteur Athanase Coquerel en l'Église réformée de Paris vraisemblablement au temple protestant de l'Oratoire du Louvre, ..

En 1857, ses parents l'envoient à Londres pour le destiner à une carrière commerciale. Pendant ces années d'apprentissage (1857-1860), il passe plus de temps à visiter les musées qu'à sa formation commerciale, et admire particulièrement les œuvres de Constable et Turner et s'enthousiasme pour ShakespeareIsabelle Cahn, Chronologie in Sisley: Royal Academy of Arts, Londres, 3 juillet-18 octobre 1992, Musée d'Orsay, Paris, 28 octobre 1992-31 janvier 1993, Walters Art Gallery, Baltimore, 14 mars-13 juin 1993, Réunion des musées nationaux, 1992, p. 267. De retour en France en 1860, il obtient de ses parents l'autorisation d'abandonner les affaires et peut alors se consacrer à l’art.

Durant sa jeunesse, il assista aux concerts Pasdeloup qui débutèrent en . Il confia à Arsène Alexandre que le trio du scherzo du septuor de Beethoven (op. 20 en mi bémol majeur) l'avait durablement ravi :

En , il entre à l’atelier de Charles Gleyre, enseignant de l'École des beaux-arts de ParisJean Clay, L'impressionnisme, Hachette, 1971, , . Il s'initie à la pratique du dessin et fait la connaissance de Renoir, Monet et Bazille. Très vite, ils se lient d'amitié. La conception du paysage de Gleyre diffère trop de la perception qu'il en a et les quatre amis quittent l’atelier du maître, dès , pour travailler en plein air et planter leur chevalet dans la forêt de Fontainebleau, à Chailly-en-Bière, Barbizon, ou encore Marlotte, ce qui le rapproche du groupe de MarlotteMarc Schweizer, , Les Artistes. Cette première expérience de travail de groupe, renouvelée notamment en , soude les quatre artistes, les stimule et annonce, l’année même où s’ouvre le premier Salon des refusés, leur combat prochain pour la nouvelle peinture impressionniste. Sa peinture de paysages délicats est influencée par Jean-Baptiste Camille Corot et Charles-François Daubigny.

Les débuts En , il partage un atelier avec Renoir et ils commencent à peindre dans les environs de Paris. Au mois de les deux amis séjournent ensemble chez leur ami Jules Le Cœur, dans le village de Marlotte.. Alfred Sisley y peint deux tableaux du village.. Il va peindre les allées de châtaigniers à La Celle-Saint-Cloud avec Bazille, réalisant ses premières toiles sur le motif dans les bois de La Celle-Saint-CloudAnthony Lacoudre, Ici est né l'impressionnisme : guide de randonnées en Yvelines, préface Claude Bonin-Pissarro, éd. du Valhermeil, 2003, , . Frédéric Bazille fait son portrait lors de l'hiver 1867-1868.

Il fait la connaissance de Marie-Louise Adélaïde-Eugénie Lescouezec, jeune Parisienne originaire de Toul, dans la Meurthe, qu'il rencontre en 1866. Cette union mécontente son père qui le déshériteGustave Geffroy, François Blondel, Théodore Duret, Alfred Sisley. Renoir peignit en 1869 Les Fiancés - Le Ménage Sisley, supposé représenter Sisley et sa femme (Wallraf Richartz Museum, Cologne). Entre 1867 et 1873 Richard Shone, Éditions Phaidon, , 2004, p. 38, il loge au de la Cité des Fleurs aux Batignolles où habitait sa compagneMaryAnne Stevens, in Sisley: Royal Academy of Arts, Londres, 3 juillet-18 octobre 1992, Musée d'Orsay, Paris, 28 octobre 1992-31 janvier 1993, Walters Art Gallery, Baltimore, 14 mars-13 juin 1993, Réunion des musées nationaux, 1992, p. 106. C'est là que son fils Pierre et sa fille Jeanne voient le jour respectivement le et le . Il les peint en 1871, dans un salon, réalisant peut-être son seul portrait.

Installé à Paris, il partage son temps entre le travail à l’atelier, les réunions informelles au café Guerbois, présidées par Édouard Manet, chef de file de la jeune génération de peintres, où se retrouvent des critiques ou des journalistes comme Louis Edmond Duranty, ou encore Émile Zola. Mais cette vie parisienne palpitante et source d’émulation, que Zola décrira très bien dans son roman L'Œuvre, inspirée volontairement de la vie des impressionnistes, est ponctuée pour Sisley inévitablement de séjours à la campagne, prétexte pour une peinture en plein air, dans les environs proches de Paris.

À la fin des années 1860, il s'installe avec sa famille à Bougival, mais jusqu'en 1870, il peint dans son atelier à Paris, puisant des sujets dans la capitale et ses environs. Il présente deux paysages du canal Saint-Martin au Salon de 1870 à Paris.

Il peint dans cette période un petit nombre de tableaux dans une gamme sombre faite de bruns et de verts profonds. D’un aspect sévère, Sisley révèle son admiration pour Camille Corot ou Gustave Courbet, ses premiers maîtres, en affirmant un goût pour les valeurs et l’espace.

Au début de l'occupation prussienne, il réussit à fuir Bougival pour Paris après la déclaration de guerre le , avant de venir s'installer en dans le hameau de Voisins à Louveciennes. Comme il l'évoque plus tard dans une lettre à Adolphe Tavernier, il découvre que son atelier à Bougival a été dévasté par les Prussiens, ce qui explique le faible nombre de toiles antérieures à 1871 qui nous sont parvenues.

C’est à partir de 1870 que sa palette s’éclaircit notamment dans ses paysages nombreux représentant les rives de la Seine et les canaux parisiens. Ce motif des bords de l’eau sera un des sujets favoris de Sisley jusqu'à la fin de sa vie. Il loue une petite maison au de la rue de la Princesse, non loin de celle habitée par Renoir et son frère Edmond. Avec Renoir, ils vont peindre dans la forêt de Marly-le-RoiFrançois Daulte, Sisley: Les Saisons, Éditions La Bibliothèque des Arts, 1992, : ., près de l'aqueduc. Alors que l'Ouest parisien vers Versailles est le siège d'opérations militaires prussiennes et versaillaises, Sisley réalise un grand nombre de paysages de Louveciennes, Marly-le-Roi et Bougival où ne figure aucune trace de guerreBertrand Tillier, La Commune de Paris, révolution sans images ?: politique et représentations dans la France républicaine (1871-1914), Éditions Champ Vallon, 2004, , .

vignette|Boulevard Héloïse, Argenteuil (1872)Washington, National Gallery of Art. Après que son père l'a déshérité, il doit subvenir aux besoins de sa famille par les seuls moyens de son art. Il peint notamment Premières neiges à Louveciennes, représentant la rue de Voisins dans le hameau où il réside. Il réalise également une série de toiles du haut de la côte du Cœur-Volant.

Au début de 1872, alors qu'il séjourne chez Monet, installé après la guerre dans le village riverain d'Argenteuil, il peint un petit groupe de paysages à Villeneuve-la-Garenne. En , par l'intermédiaire de Monet et Pissarro qui le connaissaient depuis leur séjour à Londres durant la guerre, il rencontre Paul Durand-Ruel. Entre 1872 et 1873, le marchand d'art lui achète cinquante-neuf tableaux, soit la quasi-totalité de sa production et il acquerra près de 400 œuvres de Sisley pendant les suivantesFrançois Daulte, Sisley, 1974, p. 25.

En 1873, avec Claude Monet, Auguste Renoir, Camille Pissarro, Edgar Degas et Berthe Morisot, il fonde la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs. La Première exposition des peintres impressionnistes a lieu du au , dans les locaux du photographe Nadar. Sisley y expose six paysages dont cinq œuvres au catalogue de Durand-Ruel : : Route de Saint-Germain - : Île de la Loge - : La Seine à Port-Marly - : Verger - : Port-Marly, soirée d'hiver et une hors catalogue. Le critique d'art François Daulte suggère que La Machine de Marly est l'une de ces six toiles, même si rien ne permet de l'affirmer, faute d'indication précise dans le catalogue. Les critiques, dont Ernest Chesneau, en font l'élogeMaryAnne Stevens, Sisley: Royal Academy of Arts, Londres, 3 juillet-18 octobre 1992, Musée d'Orsay, Paris, 28 octobre 1992-31 janvier 1993, Walters Art Gallery, Baltimore, 14 mars-13 juin 1993, Réunion des musées nationaux, 1992, p. 130 et il échappe aux critiques cinglantes adressées par les journalistes à Monet, Cézanne et autres peintres du nouveau groupe « impressionniste ». Décrit comme le plus harmonieux des artistes représentés, Sisley est félicité pour ses paysages exquis qui traduisent « si complètement, si parfaitement la sensation physique de l'atmosphère, d'être en plein air »The Mac Nay Museum.

Il séjourne à Londres où il s'est rendu grâce au mécénat de Jean-Baptiste FaureGustave Geffroy, François Blondel, Théodore Duret, Alfred Sisley. de juillet à et exécute près de vingt tableaux aux environs de Molesey et de Hampton Court..

Il reste à Louveciennes jusqu'à la fin de l’hiver 1874-1875, peignant nombre de paysages enneigés, donnant des reflets roses, jaunes et bleus à la neige. En 1875, il s'installe à Marly-le-Roi dans une maison près de l'Abreuvoir, y restant jusqu'à la fin de l’hiver 1877-1878, peignant d'autres paysages enneigés. Les scènes de neige de Louveciennes et de Marly reflètent une fascination constante pour la transformation que subit le paysage pendant les mois d'hiver. […] À Marly, Sisley peint souvent dans le confort d'une chambre à l'étage, mais dans Effet de neige à Louvecienes, en 1874, il a clairement placé son chevalet en plein airCatalogue Sotheby's 2017.

Parmi ses sujets de prédilection, on trouve l'Abreuvoir de Marly-le-Roi, les routes fuyantes, les rives de la Seine et la Machine de Marly. Il consacre un ensemble de sept œuvres aux crues de la Seine en ..

Il participe aux trois premières des huit expositions impressionnistes. La Deuxième exposition des impressionnistes se tient en 1876 et la troisième en 1877. En dehors de la septième en 1882, il ne participera pas aux suivantes.

vignette|gauche|Marie BracquemondSous la Lampe (1877)Le couple Sisley dînant chez les Bracquemond à Sèvres, Chicago. De tous les Impressionnistes, c'est Sisley qui séjourne le plus longtemps dans la boucle de la SeineRégion aujourd'hui connue sous le label « Pays des Impressionnistes »., et y réalise le plus grand nombre de tableaux.

En 1877 Richard Shone, Sisley, Phaidon Press, 1998, , , il part de Marly-le-Roi pour Sèvres où il réside jusqu'en 1879, avant de s'installer dans la région de Moret-sur-Loing.

Marie Bracquemond est supposée le peindre avec sa compagne en 1880 : La promenade en bateau. Sisley et sa femme. Mais pour le tableau Sous la Lampe parfois intitulé le couple Sisley dînant chez les Bracquemond à Sèvres, .

Période d’indépendance et de reconnaissance (1880-1895) vignette|John Peter Russell, Madame Sisley sur les bords du Loing à Moret (1887), Sydney, Galerie d'art de Nouvelle-Galles du Sud.