vignette| L'ancien cimetière de Vesoul, France. vignette| Cimetière irlandais, comté d'Offaly. vignette| Cimetière finlandais, municipalité d'Nurmijärvi. vignette| Le cimetière d'Upernavik, au Groenland. Le sol ne pouvant être creusé, les cercueils sont déposés en surface puis recouverts de pierres ou de ciment. Les tombes sont décorées avec des fleurs artificielles. vignette| Cimetière musulman au coucher de soleil à Marrakech, Maroc.
Un cimetière est un groupement de sépultures parfois attenant à un lieu de culte. Espace funéraire qui apparaît au Moyen Âge, il se distingue du champ funéraire préhistorique qui n'abrite pas de monuments, et de la nécropole antique qui est nettement séparée des lieux de culte, dont l'étymologie remonte au bas-latin cimiterium lui-même issu du latin classique coemeterium, ce mot venant du grec ancien , « dortoir, cimetière », appartient jusqu'au au langage des clercs pour désigner l'aire d'inhumation collective où gisent et dorment les morts dans l'attente de leur résurrection chrétienne, alors que le langage courant utilise celui d'aître (du vieux français aitre issu du latin atrium, qui désigne la cour intérieure d'entrée précédant l'entrée d'une villa romaine, d'où par extension le cimetière situé avant l'entrée de l'égliseAître a disparu du français moderne mais reste présent dans le terme anglais « cour d'église ».). Il n'est donc guère étonnant qu'outre le « repos des morts », certains cimetières accueillent également celui des vivants lors de rites d'incubation.
Par extension, le cimetière désigne tout terrain public et sacré où, après une cérémonie, l’on enterre les morts d'un même groupe humain dans des tombes individuelles ou lignagères où leur souvenir est généralement signalé par un monument, des symboles ou des inscriptions. Le terme général de cimetière finit par englober celui de champ funéraire et de nécropole, où l’on peut trouver également ossuaires et columbariums.
Historique Premiers cimetières vignette|Cimetière bouddhiste (Tokyo, Japon). thumb|Cimetière juif d'Essaouira (Maroc) utilisé depuis 1875. thumb| Entrée du cimetière monumental de Codogno, Italie.
Le culte des morts est considéré comme caractéristique de l'espèce humaine. La mise en terre des morts en des lieux dédiés est apparue très tôt dans la préhistoire, bien avant l'invention de l'écriture, avec des constructions particulières (tumulus, nécropole) pour les chefs ou les personnalités religieuses, souvent enterrés avec nombre d'objets symboliques (dont symboles de richesse). Pour cette raison, depuis l'Antiquité, les tombes et les cimetières ont souvent été pillés. Le plus vieux cimetière découvert , au nord de la Jordanie, daterait de plus de . Il était composé de tombes garnies d'offrandesL'existence des « cimetières » daterait de plus de , E. R., Science et Vie d'avril 2011..
Cimetières de l'Antiquité
Dans la civilisation égyptienne antique, le culte des morts était tel qu'une organisation très complexe s'est mise en place, conduisant à la création de cimetières souterrains gigantesques : les nécropoles.
Dans la Rome antique, la Loi des XII Tables interdit pour des raisons hygiéniques d’être inhumé ou incinéré à l’intérieur des cités, les corps sont enterrés dans des catacombes ou des hypogées dans des nécropoles situées généralement le long des axes de communication..
Dans la Gaule romaine, les cimetières sont aménagés en dehors des villes (des remparts lorsqu'ils existent). On trouve des cimetières d'incinération et d'inhumation.
Le cimetière de l'Antiquité tardive au Moyen Âge central Dans les premiers temps du christianisme, les Pères de l'Église accordent simplement aux morts les soins nécessaires aux vivants pour faire leur deuil. Au Haut Moyen Âge (), la mort se vit dans une continuité antique où les familles prennent soin de leurs morts et les enterrent.
C’est essentiellement durant la période carolingienne () que l’Église s’interroge plus avant sur la question du cimetière, des sépultures et des rites funéraires. L’accompagnement du défunt dans sa dernière demeure et dans l’au-delà se codifie selon de nouvelles modalités.
Entre les , lors de la christianisation en profondeur des populations de l’Europe, l’espace funéraire s’organise suivant de nouvelles dispositions et selon de nouveaux rites funéraires. Néanmoins, ce n’est qu’aux qu’apparaît, tel qu’on le connaît, le cimetière chrétien entourant l’église paroissiale.
Le passage de la nécropole antique au cimetière médiéval Les survivances antiques dans l'organisation médiévale de la mort Durant l’Antiquité romaine, la Loi des XII tables (milieu ) interdit les inhumations au sein de la citéA. Bernard, La sépulture en droit canonique, du décret de Gratien au concile de Trente, Paris, Éditions Domat-Montchrestien, 1933. Les premiers chrétiens seront donc inhumés dans les catacombes. Caractéristique de la période antique, la nécropole ne tend à disparaître que vers la fin du . Cette disparition s’accompagne d’un amoindrissement de l’utilisation de sarcophages, typique du mode d’inhumation antique. Les sarcophages commencent en effet à s’éclipser aux tandis que le coffrage, en bois ou en tuile, fait son apparition dès le et se diffuse au .. Le haut Moyen Âge voit s’opérer une généralisation des tombes en pleine terre et des modifications dans le mobilier funéraire sont également observables : les dépôts de types alimentaires perdurent au-delà du , avant de disparaitre à partir de l’époque carolingienne. Le dépôt d’objets, hors vêtements et habillement du défunt, à caractère religieux ou de pouvoir, lui, se maintient.
Pour cette période, on ne peut pas à proprement parler d’un « cimetière » au sens moderne du terme. Les fouilles archéologiques de sites funéraire du haut Moyen Âge tendent en effet à montrer qu’il n‘y a pas de signalement, par une croix ou une marque quelconque, de ces tombes en pleine terre, ni même de plan qui orienterait la répartition spatiale des tombes. Régulièrement, ces champs des morts sont labourés et les anciens ossements, le plus souvent des tibias ou des crânes sont déposés dans un ossuaire ou au pied du nouvel occupant.
À la fin du , les cimetières en « plein champ » (c’est-à-dire une longue rangée de dépouilles sur des dizaines voire des centaines de mètres) sont en grande partie abandonnés au profit d’un nouveau type d’organisation : la première ébauche de cimetière paroissialC. Treffort, L’église carolingienne et la mort : christianisme, rites funéraires et pratiques commémoratives, Lyon, Presse universitaire de Lyon, 1996..
L’importance des reliques dans l’établissement de zones funéraires Dès le apparaissent différents monuments construits sur les tombes des martyrs. Parallèlement à l’utilisation des nécropoles péri-urbaines dites de « plein champ », les chrétiens cherchent en effet à posséder une sépulture au plus près du lieu sacré. Les croyants cherchent la protection du saint par l’inhumation ad sanctos (près du saint). Patrick Perrin va jusqu’à parler d’une tendance « superstitieuse » des Francs à être inhumés près des reliques de saints.
Ces basiliques funéraires, souvent situées en périphérie des villes à l’instar des anciennes nécropoles, vont attirer à elles les tombes des croyants. L’installation de sépultures proches de ces monuments est la première marque d’une nouvelle imbrication entre « un lieu de culte, des tombes et un habitat ».
Une vague de fondation d’églises funéraires s’effectue dans les villes, mais aussi dans les campagnes, comme en témoignent les fouilles archéologiques de cimetières ruraux des , à Hordain dans le Nord-Pas-de-Calais, par exemple (site occupé du à la période carolingienne).
Certaines de ces basiliques cimétériales fixent les nécropoles durablement dans le temps et sont à l’origine de chapelles cimétériales ou d’églises paroissiales, comme, à Saint Martin à Arlon, en Belgique, où le cimetière mérovingien et une église ont été fouillés.
Le terme même de cimetière connaît une évolution : dans la période antique, koimètèrion (dortoir en grec) et cimeterium désignent, en Orient comme en Occident, un lieu funéraire, une tombe individuelle, plus qu’une nécropole. L’historien Michel Lauwers estime que le mot est employé pour désigner la tombe des martyrs et, par extension, les édifices qui leur sont consacrés. Selon Cécile Treffort cependant, le terme coemeterium qualifie aussi le cimetière communautaire, comme le montre la vie d’Eigil de Fulda. Il renvoie donc aussi bien à la sépulture individuelle qu’au site d’inhumations collectives. Il faut cependant attendre le pour que l’emploi du mot se généralise, en particulier dans les livres pontificaux ; auparavant, on ne le trouvait ni chez Isidore de Séville ni chez Raban Maur, par exemple.
Du cimetière paroissial au cimetière laïque
Le « droit » funéraire commence bien avant le Moyen Âge, par exemple avec la Loi des Douze Tables. Différents empereurs comme Constantin (310-337), Gratien (367-383) ou encore Théodose (379-395) légifèrent et interdiction est faite d’enterrer dans les églises (381). Le canon 14 du concile d’Auxerre (561-605) interdit « d’ensevelir les corps dans le baptistère »Les canons des conciles mérovingiens ( – ), Tome II, Sources chrétiennes, Paris, Éditions du Cerf, 1989. La période médiévale voit la mise en place d’un véritable arsenal législatif quant au lieu des tombes, à leur disposition ou encore aux modalités de mises en terre. Le concile de Clermont (535) interdit d’enterrer un corps avec une « nappe ou autres linges sacrés ». De même, les édits royaux et conciliaires tentent de mettre fin aux activités des vivants qui ont lieu sur et dans les cimetières.
L’interdiction d’inhumer à l’intérieur de l’église faite aux fidèles amène également au développement de l’inhumation ad sanctos. Au très Haut Moyen Âge, il existe une séparation entre cimetière et église qui tend très vite à s’amenuiser avec le développement des basiliques cimétériales ou des inhumations au sein de terres « habitées », ce qui amène souvent à la construction de chapelles funéraires familiales. La présence de tombes dans les basiliques péri-urbaines s’effectue assez rapidement, d’autant qu’au , l’ensevelissement intra muros est à nouveau condamné. La condamnation répétée de ce type de sépulture intra muros est la marque de sa conservation malgré sa prohibition. Cette interdiction connaissait des dérogations (les conciles de Germanie au montrent une certaine tolérance à ce sujet) pour les hauts dignitaires ecclésiastiques et laïques (nobles) qui possédaient une place « réservée » à l’intérieur des églises, surtout lorsqu’ils en étaient les donateurs ou constructeurs. Pépin le Bref, par exemple, fit construire un sanctuaire dans la basilique Saint Denis destiné à sa propre sépulture afin d’y être enterré proche des reliques de Saint Denis, abritées dans une église construite par Sainte Geneviève, la patronne de Paris. Les bourgeois acquièrent au le droit de sépulture dans les églises que contre des sommes d'argent de plus en plus élevées.
À l’époque carolingienne, petit à petit, et de façon variable selon les régions, on aboutit finalement au système du cimetière paroissial qui encadre l’église : l'enclos paroissial. Au , on considère l’évolution des « champs de repos » comme achevée.