vignette|redresse=1.1|Le couvent des Cordeliers.
La Société des Amis des droits de l’homme et du citoyen appelée également Club des cordeliers est une société politique fondée à Paris en Les premières mentions de son existence remontent au mois d’avril, au moment où les nouvelles structures municipales viennent se substituer aux anciens districts. Des comptes-rendus de séances inaugurales du 17 avril jusqu’au 18 mai 1790 sont conservés à la Bibliothèque Historique de la ville de Paris. BHVP, Ms 772 ; fol. 272 cité par . Gazette nationale ou Moniteur Universelle, signale le 5 mai 1790 sa séance du . Cité par . et dont l'activité cesse définitivement entre mai et .
Parmi les multiples foyers de sociabilité politique qui fleurirent sous la Révolution française, il occupe une place importante en particulier entre la fuite à Varennes et la proclamation de la Première République. Il se distingue dès sa fondation par une radicalité assumée et une indépendance farouche à l’égard des institutions établies. Lorsque les districts sont supprimés par décret le , la Société prend le relais d’un espace de mobilisation déjà actifAu numéro 217 de la Chronique de Paris, journal rédigé par Condorcet, en date du 5 août 1790 est annoncé que « l'ancien District des Cordeliers s'est formé en club. Nous invitons tous les autres districts à faire la même chose ; ce sera le moyen de faire convoquer plus facilement le Conseil-général, lorsque quelque circonstance l'exigera. », celui du district des Cordeliers, haut lieu d’agitation politique dès 1789.
Bien plus qu’un simple cercle de débats, le Club des Cordeliers fut un acteur politique de premier plan. Son rôle ne se résume pas à une radicalité doctrinale ; il intervint directement dans les affaires publiques, contestant tour à tour le pouvoir exécutif et l’Assemblée constituante.
Contrairement aux Jacobins, dont les membres siègent largement dans les instances législatives, les Cordeliers se tiennent en marge des pouvoirs constitués, ce qui renforce leur liberté d’action et leur capacité d’opposition. Le club, ouvert aux citoyens les plus modestes, se veut une tribune populaire et une vigie démocratique, s'érigeant en défenseur intransigeant de l’application stricte de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Origine du nom « cordeliers » Le nom cordeliers était le surnom des moines franciscains, qui, habillés de manière très simple, portaient une corde en guise de ceinture. Par une curieuse ironie (seulement ?) du sort, les franciscains avaient été, au Moyen Âge, un ordre rival des dominicains, que l'on appelait au Moyen Age les jacobins, en raison de leur installation dans l'hospice de Saint-Jacques-le-Majeur de Paris. Un deuxième couvent parisien fondé par les dominicains devait donner son nom au Club des jacobins, club révolutionnaire influent et pour un temps opposé à celui des Cordeliers.
Si le nom de « Cordeliers », devenu par la suite un sobriquet assumé par les membres eux-mêmes, tire son origine du couvent des Cordeliers où la société tint ses assises jusqu’en , il renvoie aussi au souvenir des actions décisives menées par le district du même nom en 1789-1790Les Cordeliers donne leur propre version de leurs origines dans l'« Adresse aux Parisiens » de Momoro : Journal du Club des Cordeliers, Paris, 1791, n° 10, p. 87-88., notamment dans la surveillance des autorités et la dénonciation des abus du pouvoirIl est ainsi qualifié de « berceau de la Liberté » par Buirette de Verrières dans son Discours prononcé par le Républicain Verrières (…) A l'ouverture de la société des Amis des Droits de l'Homme , ou Club de la Liberté de l'Escaut (1792, p. 8.).. Ainsi, lorsqu’il est question des « Cordeliers », l’expression peut renvoyer à trois réalités distinctes mais entremêlées : un lieu, le couvent où se tenaient initialement leurs séances ; une société politique, fer de lance du républicanisme naissant ; et une section révolutionnaire, celle du Théâtre-Français, qui fut l’une des plus engagées de la capitale. Dans chacune de ces dimensions, les Cordeliers firent de la surveillance du pouvoir, de la défense des sans-culottes et de la lutte contre l’arbitraire les piliers de leur engagement.
Les lieux de réunions et les séances vignette|250px|Le cloître et le Club des Cordeliers en 1793. Si l’effervescence et la radicalité des débats du Club des Cordeliers ont souvent retenu l’attention des contemporains comme des historiens, son organisation interne, rigoureuse et structurée, mérite d’être soulignée. À l’instar des autres sociétés révolutionnaires, les Cordeliers fonctionnaient selon des règles précises, avec des séances présidées par des figures élues, un secrétariat garantissant la continuité des délibérations et un corps de commissaires chargé de veiller à l’exécution des décisions adoptées. Leurs arrêtés et délibérations ne faisaient pas systématiquement l'objet d'une impression contrairement aux pétitions. Leurs procès-verbaux, aujourd’hui disparus, demeuraient sous forme manuscrite, ce qui limite la possibilité d’une reconstitution exhaustive de leurs activités.
Le Club des Cordeliers ne devait pas rester longtemps dans l'ancien couvent des Cordeliers, situé entre la rue Racine, la rue Monsieur-Le-Prince et la rue de l'École de Médecine. Selon Alfred Bougeart, c’est le réfectoire du couvent qui fut d’abord affecté, en 1789, aux assemblées des électeurs du districtAlfred Bougeart, Les Cordeliers : documents pour servir à l'histoire de la Révolution française, Caen, H. Delesques, 1891, p. 74.. Initialement, il partageait les locaux avec la section du Théâtre-Français d’ à , jusqu'à ce que l’église soit fermée par arrêté de Bailly en raison des troubles dans la capitale. Louis-Stanislas Fréron (Martel), Orateur du Peuple, n° 12, t. VI, Paris, janvier 1791, p. 94.. Le , par ordre municipal, le Club des Cordeliers se retrouve sans localRené Farge, « Le local du club des Cordeliers et le cœur de Marat », A.H.R.F., article cité p. 320.. Pendant trois semaines, le club erre et tente de se réunir en divers endroits : le Jeu de Paume de la rue Mazarine, le couvent des Grands-Augustins, et même une salle de bal de la rue des Boucheries-Saint-Germain. Après cette période d’errance, le Club des Cordeliers signe, le , un bail pour une salle située au niveau du 16-18 de la rue DauphineAlexandre Tuetey, Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la révolution français : Assemblée constituante, t. II, Deuxième partie, France, Imprimerie nouvelle, 1892, p. 306., rebaptisée rue de Thionville en 1792, au n° 105 où devait se tenir ses séances jusqu’en 1794. Les murs de cet ancien hôtel de Genlis, qui devait plus tard correspondre l’« Hôtel Impérial », servait depuis 1782 à des réunions littéraires et scientifiques pour la « Société apollinienne » fondée par Antoine Court de Gébelin et rejoint par Cailhava ; la loge franc-maçonne des Neuf Sœurs s'y réunissait depuis 1787Raymonde Monnier, « "Démocratie représentative" ou "république démocratique" : de la querelle des mots (République) à la querelle des anciens et des modernes », Annales historiques de la Révolution française, 325 | juillet-septembre 2001, mis en ligne le 10 avril 2006, consulté le 27 janvier 2013.René Farge, « Le local du club des Cordeliers et le cœur de Marat », A.H.R.F., article cité p. 327.. Initialement conçu comme une salle vaste et meublée, il fut progressivement orné d’éléments symboliques. Les sources attestent qu’un tableau sous verre représentant la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen y fut ajouté ultérieurement, de même que les bustes de Le Peletier et de Marat et une arche, boîte de verre, contenant la pétition sauvée lors de la fusillade du Champs-de-Mars.. À une date postérieure, les cœurs de Verrières et de Marat y furent déposés, conservés dans un vase en agate richement orné (mi-1793). Un témoignage pour le moins hostile, celui de Pierre Joseph Alexis Roussel, commissaire de police sous le Consulat, décrit l’intérieur du club en avec un regard caricatural. Il évoque une salle au mobilier rudimentaire, où le tableau de la Déclaration des Droits de l’Homme était encadré de poignards en sautoir, sous la garde des bustes en plâtre de Brutus et de Guillaume Tell.
vignette|left|250px|Une société populaire en 1793. Dessin de Louis-René Boquet.
En face, ceux de Mirabeau, Helvétius - bustes qui auraient été détruits au cours de cette même séance - et Rousseau surmontaient des chaînes rouillées, censées provenir de la Bastille. Si ce récit, fantaisiste, reflète un évident parti pris négatif, il permet néanmoins d’entrevoir l’iconographie révolutionnaire du clubPierre Joseph Alexis Roussel, Le Château des Tuileries ou récit de ce qui s'est passé dans l'intérieur de ce Palais, depuis sa construction jusqu'au 18 Brumaire de l'an VIII: avec des particularités dur la visite que le Lord Bedford y a faite, France, Lerouge, 1802. p. 266-267.. Dans ses derniers mois d’existence, alors qu’il est en déclin, il retourne dans la salle de danse de Ciriez, rue des Boucheries, lieu brièvement occupé lors de ses premières errances. Enfin, un éphémère projet d'installation du Club à Marseille n'a laissé aucune réalisation concrèteWilhelm Adolf Schmidt, Paris pendant la révolution d'après les rapports de la police secrète, 1789 -1800, t. I « Affaires politiques », Champion, 1880, p. 114-115..
Histoire du Club des cordeliers Aux origines : du district au Club La transformation du district en club s’inscrit dans un contexte plus large de mobilisation populaire et de culture de la vigilance. Dès l’été 1789, à Paris, des groupes de citoyens s’étaient organisés pour surveiller les représentants qu’ils avaient envoyés aux États généraux et pour défendre les acquis de la Révolution face aux menaces contre-révolutionnaires. L’ancien district ne disparaît pas totalement avec la réorganisation administrative de 1790 : ses membres poursuivent leur engagement sous l’égide de la Section du Théâtre-Français, tenant des réunions publiques dans l’ancien réfectoire des Cordeliers. Cette distinction est importante, car elle explique pourquoi des figures comme Danton, Marat ou Desmoulins sont souvent associées au Club des Cordeliers sans en avoir été membres à proprement parler. Danton, quatre fois président du district, préfère militer chez les Jacobins. Camille Desmoulins, quant à lui, devait jouer sur cette ambiguïté en intitulant son journal Le Vieux Cordelier, référence au district et non au club, dans une tentative de rallier les Jacobins modérés contre l’aile radicale de la SociétéLes Cordeliers devaient souscrire à la formule de la Société populaire des Défenseurs des Droits de l'homme et du citoyen, dénonçant Desmoulins comme « vieux Cordelier suivant lui, et suivant elle jeune modéré ». Moniteur Universel, n° 167, 7 mars 1794 ; Réimpression de l'ancien Moniteur : Convention nationale, 3e série, t. VI, Plon, 1861, p. 630. Cette ligne de fracture se creuse encore en 1794, lorsque Desmoulins est définitivement condamné par le club pour son modérantisme. Édouard Fleury, Biographie de Camille Desmoulins : Études révolutionnaires, France, E. Fleury et A. Chevergny, 1850, p. 247. Le club se structure, toléré en vertu du droit de réunion, tout en se distinguant d’autres groupes aux opinions « avancés » comme le projet de Comité central de François Robert ou le Cercle social de l'abbé Fauchet.
Avant la fuite à Varennes