La collégiale Notre-Dame de Vernon est une ancienne collégiale située à Vernon dans l'Eure. Elle se situe face à l'hôtel de ville, en retrait de la rue Carnot.

L'édifice fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862 et renferme plus de trente « objets » classés.

Histoire de l'édifice

Les travaux de l'édifice ont commencé vers la fin . C'est vers 1072 qu'eut lieu la dédicace à de la collégiale par Gilbert Fitz Osbern, évêque d'Évreux, cette église étant construite dans l'environnement d'un temple païen. Sa façade date du . En 1160, Guillaume de Vernon senior fonde le collège de seize chanoines.La collégiale de Vernon possède deux flèches hautes de . D'importants travaux effectués entre 1360 et 1610 ont concerné la nef et la façade de la collégiale pour créer une magnifique construction gothique de six travées et treize chapelles latérales. Elle fut achevée au .

Cette construction est l'une des plus anciennes de Normandie, en pierre calcaire de Vernon, plan en croix latine à transept non saillant ; étages, un vaisseau, voûtes d'ogives, couverture en ardoise. Longueur totale est : Longueur de la nef : , derrière le mur de celle-ci se dressait la Tour au Hauteur de la nef : surplombant les parties les plus anciennes Largeur de la nef : Carré du transept : Longueur du chœur et de l'abside : . Le chœur du entouré d'un déambulatoire voûté d'ogives. Sacristie et salle du trésor du

Par suite des crues de la Seine, le carrelage du sol fut rehaussé de en 1658.

Pendant la période révolutionnaire, la devint le .

Le vicomte Félix Leclerc de Pulligny, archéologue, restaure la collégiale en 1871 et de nombreuses églises et calvaires du Vexin Normand.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la collégiale eut à souffrir des bombardements de 1940 et 1944, durant lesquels elle perdit notamment tous ses vitraux.

Toutefois, grâce aux travaux entrepris, la collégiale reste un des témoins du patrimoine artistique de la ville de Vernon.

Description de la collégiale

L'extérieur de la collégiale

La façade occidentale date des .

La décoration du portail principal est dédiée à la Vierge Marie, à laquelle la collégiale est consacrée. Le linteau a été réalisé par Ferdinand Taluet en 1866. Il évoque quelques scènes de la vie de Marie : l'Annonciation, la Visitation, L'Adoration des Mages et la Présentation de Jésus au temple. Les statues du tympan ont été martelées pendant la Révolution.

Au-dessus du portail, la rose présente un tracé qui rappelle celui de la rose de la Sainte-Chapelle de Vincennes datée autour de 1400.. Quatre grands cercles tangents parcourus de courbes et de contrecourbes qui dessinent des soufflets et des mouchettes, sont inscrits dans un cercle, lui-même inscrit dans un carré. La carré peut, selon une interprétation traditionnelle, symboliser la Terre (le monde matériel), le cercle, le ciel (le monde spirituel) et les quatre petits cercles, les quatre fleuves du Paradis (d'où les courbes qui représenteraient l'ondoiement de l'eau), les quatre points cardinaux et/ou les quatre Évangélistes répandant la parole de Dieu à travers tout l'univers.

Chaque niveau de la façade est souligné par une petite galerie reliant les deux tourelles octogonales qui enserrent la partie centrale.

Sur la croisée du transept, beaucoup moins élevée que le vaisseau central, la tour centrale du est restée inachevée. L'abside est surmontée d'un épi de plomb du .

Le portail nord se caractérise par sa voussure ornée d'anges et par une frise composée de feuilles de vigne, de grappes de raisin et de pommes de pin.

Sur un pilier extérieur de l'édifice, une inscription indique le niveau atteint par la crue de la Seine en 1658 :

À l'extrémité de l'église, des pierres d'attente .

De puissants arcs-boutants soutiennent les piliers de la nef et des gargouilles représentent des monstres et des démons.

L'intérieur de la collégiale Le visiteur de la collégiale sera frappé par la différence d'éclairage et de hauteur entre le chœur ancien et la nef plus récente (le triforium et les grandes verrières participent de cette impression).

La nef Au-dessus du chœur, un Christ en Croix, entouré de la Vierge et de saint Jean a été réalisé vers 1644 par le sculpteur Jean Drouilly.

Adossées aux piliers de l'entrée, les statues des douze Apôtres sont dues à un autre artiste régional, Joseph Décorchemont; elles datent du .

Derrière les orgues, la rosace réalisée en 1975 est l'oeuvre du peintre verrier Jacques Bony.

Le chœur

C'est la partie la plus ancienne de l'église. Le chœur est, en effet, roman. Il est fermé par neuf arcades en plein cintre à colonnes faites d'un seul bloc de pierre. Les colonnes sont surmontées de chapiteaux évasés. Certains sont garnis de décors de feuillage ou montrent des animaux. Les arcades sont surélevées, technique assez rare dans l'architecture romane.

Le remarquable maître autel de style Louis XVI provient de la chartreuse de Gaillon. Il a été installé à cet endroit en 1791.

Le déambulatoire Le déambulatoire serait le premier de style gothique en Normandie, datant des années 1160.

Au-dessus de la porte menant à l'extérieur, à droite de la chapelle de la Vierge, un vitrail évoque un verset de l'Évangile selon Saint Jean : . À noter l'éclat rayonnant des rouges et des jaunes lors de l'éclairage de ce vitrail par un soleil levant.

Porte Renaissance Dans le déambulatoire, la sacristie est accessible par une porte de style Renaissance à panneaux "plis de serviette", encadrée d'un décor de la même époque, sans doute sous l'influence des nouveautés apparues au château de Gaillon (1506-1509) tout proche. Cet édifice a en effet été « un foyer majeur de développement », en se montrant avant-gardiste dans les différentes synthèses et expériences engagées depuis 1495 avec le style Louis XII.

Dans l'exemple présent, le type de chapiteaux déjà vu au château de Blois (1498-1503) et au Château de Fontaine-Henry (1500-1537), ainsi que l’ébrasement de la porte formant comme trois voussures rectilignes de rubans enroulés et de feuilles naturalistes, restent dans l'esprit du style Louis XII. De même, les ornements lombards tels que les denticules et le bas-relief du linteau ne sont pas une nouveauté en soi puisqu'on les retrouve abondamment employés dès la toute fin du XVe siècle, comme autant de nouveaux motifs décoratifs venant enrichir le vocabulaire gothique. D'ailleurs, loin de marquer une rupture avec la période médiévale, l'alternance de candélabres et de dauphins dont la queue se terminent en forme de rinceau, rappellent les engoulants normands.

La nouveauté vient ici du traitement classicisant de l'encadrement de la porte dont l'entablement et les colonnes à balustres rudentées annoncent clairement le style de la « première Renaissance rouennaise », par leurs «similitudes avec certains édifices» de la région (double-anneau à mi-hauteur). 

La chapelle des fonts baptismaux

Cuve baptismale du .

L'ancienne chapelle baptismale thumb|100px|Saint Adjutor À gauche de la chapelle, une statue moderne représente saint Adjutor en moine chevalier, portant une robe de bure, écu au côté, des chaînes dans la main gauche.

La partie haute du vitrail, reste des verrières du , montre la Crucifixion de Jésus entre les deux larrons. La partie basse, moderne et non figurative, dans les tons gris et rouge, sert à mettre la scène en évidence.

Chapelle Saint-Vincent-de-Paul Cette chapelle abrite le mausolée, provenant de l'église Sainte-Geneviève (détruite en 1792), de Marie Maignart, donatrice des orgues, et décédée en 1610, à l'âge de 23 ans. Elle est figurée en orante, agenouillée sur un coussin, et habillée de la robe à vertugadin typique de l'époque Henri IV (voir aussi la plaque, datée de 1596, apposée sur le troisième pilier de la nef). L'épitaphe commence ainsi : Passant arreste un peu ta veue sur ce marbre muet il t'apprendra quelle est la condition de l'estre humain qui va flottant entre la vie et le trépas. Ci gist ...

Comme pour le vitrail de l'ancienne chapelle baptismale, le vitrail reprend des éléments du avec une composition moderne de 1994 de l'atelier Hermet-Juteau.

À droite de la chapelle, une statue de Catherine d'Alexandrie, restaurée. Elle était autrefois sous le porche nord, à l'extérieur.

Chapelle des Frères de Charité thumb|150px|Armes d'un bienfaiteur de la Charité La chapelle correspond à deux travées de la nef. Les voûtes sont remarquables avec leurs nervures de style gothique flamboyant de la fin du .

La Confrérie de charité du Saint-Sacrement fut fondée au par les tailleurs de draps et autres bourgeois de la ville de Vernon. Elle se chargeait de l'inhumation des morts.

Le retable, sans doute du début du XVIe siècle, peint sur bois, horizontal avec la partie supérieure saillante, est une Passion du Christ représentée en cinq épisodes séparés par des colonnes d'esprit Renaissance : Flagellation ; Montée au calvaire ; Crucifixion ; Mise au tombeau ; Résurrection.

Le panneau cintré en bois portant un décor sculpté en haut-relief, situé à l'entrée de la collégiale et représentant les armes de M. de Tilly, marquis de Blaru, bienfaiteur de la Charité, devait figurer au-dessus de la porte de la chambre de charité, détruite au début du .

Chapelle des baptêmes Un triptyque sur bois du représente la Passion, la Mort et la Résurrection du Christ.

Un panneau de bois sculpté représente un ange portant la communion à sainte Avoye, prisonnière. Il date du .

La baie est éclairée par un vitrail aux dominantes rouges et blanches pour évoquer la gloire du Christ lors de la Résurrection.

Chapelle Sainte-Geneviève Un tableau représente une splendide Résurrection attribuée à Annibal Carrache (1560-1609).

Le mouvement ascendant des lignes et des couleurs du vitrail évoque le Cosmos.

En quittant la chapelle, et en allant vers la chapelle de la Vierge, il faut remarquer, à droite, la base d'un pilier qui a été dégagée, laissant ainsi apparaître le niveau originel du sol. En effet, celui-ci a été rehaussé au , à la suite des crues récurrentes de la Seine.

Chapelle de la Vierge

Elle est située dans l'axe de la collégiale et présente une architecture du . On y voit une statue de la Vierge à l'Enfant du en bois polychrome.

Les vitraux évoquent les litanies de la Vierge.

Chapelle de Notre-Dame du Rosaire thumb|right|Chapelle du Rosaire La chapelle est nommée ainsi à cause du tableau placé dans le retable. Il représente saint Dominique recevant le chapelet.

Une belle statue de pierre du représente la Vierge et un tableau de Claude Vignon, de la même époque, représente L'Institution du rosaire.

Le vitrail de l'atelier Hermet-Juteau représente symboliquement les trois chapelets composés chacun de cinq dizaines d'Avé Maria qui correspondent aux mystères de la vie du Christ. On peut noter de bas en haut, les cinq mystères joyeux, les cinq mystères douloureux, les cinq mystères glorieux. Dans le haut de la verrière, les pétales de rose font allusion aux prières dédiées à la Vierge.

Chapelle Saint-Vincent

Saint Vincent, patron des vignerons, est représenté en camaïeu sur le retable.

La verrière de l'atelier Hermet-Juteau évoque la vigne par ses formes et ses couleurs.

Chapelle Sainte-Madeleine

Une peinture moderne représente sainte Madeleine, pécheresse repentante.

C'est le thème de la repentance qu'évoque le vitrail moderne et abstrait de l'atelier Hermet-Juteau. Les formes peuvent suggérer une femme ou une foule en prière ou la chevelure de Madeleine.

Chapelle Saint-Mauxe thumb|100px|Saint Mauxe Le culte de saint Mauxe fut introduit dans la paroisse au . La chapelle abrite la statue polychrome de cet évêque martyr ainsi qu'un tableau représentant une Descente de Croix d'après Jouvenet et datant du .

Belle statue de sainte Anne du .

Les couleurs de la verrière moderne de l'atelier Hermet-Juteau s'inspire de la souffrance et du martyr : rouge sang et gris des cendres.