Le Grand Prix des États-Unis 1966 (), disputé sur le circuit de Watkins Glen le , est la cent-quarantième-neuvième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la huitième manche du championnat 1966.

Contexte avant la course Le championnat du monde thumb|upright|alt=Jack Brabham|Jack Brabham a marqué de son empreinte la saison 1966 ; en plus de ses très nombreux succès en Formule 2, le pilote-constructeur, grâce à ses quatre victoires en championnat, s'est d'ores et déjà adjugé le titre mondial 1966. Après cinq années de Formule 1 , formule dérivée de l'ancienne Formule 2 en vigueur de 1957 à 1960, la Commission sportive internationale (C.S.I.) a décidé lors de son comité exécutif de de porter à trois litres la cylindrée des nouvelles monoplaces, mesure entrée en vigueur le . Le nouveau règlement autorise à nouveau l'utilisation de moteurs suralimentés, avec un coefficient deux pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :

pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur

À l'orée de la saison 1966, la Scuderia Ferrari disposait de nombreux atouts pour faire briller ses couleurs : un puissant moteur V12, éprouvé en endurance, ainsi qu'un duo de pilotes performants avec Lorenzo Bandini et surtout John Surtees, considéré comme l'un des plus rapides du moment et de plus très fin metteur au point. La politique interne de l'écurie a cependant abouti au départ de Surtees, en désaccord avec ses dirigeants, à la fin du printemps, peu après la nette victoire du Britannique au Grand Prix de Belgique. Privée de son chef de file, l'équipe a dès lors connu bien des déboires, seule la victoire de Ludovico Scarfiotti au dernier Grand Prix d'Italie ayant rendu espoir aux tifosi. Les déboires de la Scuderia ont contribué à accentuer la mainmise de Jack Brabham sur les grands prix, le pilote-constructeur ayant remporté quatre victoires consécutives et déjoué les pronostics en imposant une monoplace agile et parfaitement au point dotée d'un V8 dérivé d'un moteur Oldsmobile de série dont la souplesse et la fiabilité sont parvenues à compenser le relatif manque de puissance. À deux manches de la fin, le champion australien s'est déjà assuré un troisième titre mondial.

Le circuit thumb|right|alt=Glen|Vue aérienne du circuit de Watkins Glen, quelques kilomètres au sud du lac Seneca.

C'est à l'initiative de l'avocat Cameron Argetsinger, passionné de sport automobile, que le circuit permanent de Watkins Glen a été réalisé, en 1956. Situé au sud du lac Seneca, il fut tout d'abord le théâtre de courses nationales de voitures de sport organisées par le SCCA avant d'accueillir, à partir de 1961, le Grand Prix des États-Unis. Bénéficiant d'un cadre accueillant, d'installations complètes (un grand garage couvert abrite les concurrents depuis 1963) et d'un tracé sélectif, il est très apprécié des pilotes et du public. Le record officiel du circuit est détenu par Graham Hill, le pilote britannique ayant parcouru les 3,7 kilomètres du circuit à 185,3 km/h de moyenne lors de l'édition 1965 du Grand Prix.

Monoplaces en lice Lotus 33 & 43 "Usine" Le Team Lotus a préparé trois voitures pour l'épreuve américaine, une 43 à moteur seize cylindres BRM ainsi que deux modèles 33, l'un à moteur V8 Climax FWMV MkIX (1970 cm3, 240 chevaux à 8800 tr/min), l'autre à moteur V8 BRM 2 litres (environ 260 chevaux). Alimenté par injection indirecte Lucas, le seize cylindres développe plus de 400 chevaux à 10000 tr/min mais se révèle très lourd (250 kg), aussi la Lotus 43 accuse-t-elle environ 700 kg sur la balance contre 500 pour les petites 33. Premier pilote, Jim Clark a misé sur la fiabilité du moteur Climax et envisage a priori de disputer la course sur une 33, se réservant la possibilité d'utiliser la 43 confiée à Peter Arundell. La troisième monoplace, dotée du V8 BRM, sera aux mains de Pedro Rodríguez. Les Lotus sont chaussées de pneus Firestone.

Lotus 25 privée L'équipe de Tim Parnell a engagé son ancienne Lotus 25 à moteur V8 BRM 2 litres (260 chevaux) et boîte de vitesses Hewland à cinq rapports pour Mike Spence. Elle est équipée de pneus Firestone.

BRM P83 "Usine" thumb|upright=1.1|right|alt=BRM P83|L'imposante BRM P83, à moteur 16 cylindres. L'équipe d'Alfred Owen a été fort occupée les jours précédents à réparer ses moteurs 16 cylindres, après les casses successives subies à Monza et à Oulton Park, apparemment dues à la fragilité des carters ; pour pallier ce problème, la qualité d'acier des carters a été améliorée. L'équipe dispose de trois modèles P83 (une pour Graham Hill, une pour Jackie Stewart et un mulet), ainsi que d'un moteur 16 cylindres de rechange. Malgré ses 400 chevaux, la P83 est pénalisée, sur les circuits sinueux, par son encombrement et son poids élevé (environ 700 kg). Les BRM utilisent des pneus Goodyear.

BRM P261 privée Bob Bondurant ayant été appelé à piloter la seconde Eagle, c'est à l'Écossais Innes Ireland qu'a été proposée la BRM P261 à moteur deux litres engagée par Bernard White. Cette voiture est chaussée de pneus Goodyear.

Brabham BT20 "Usine" Le triple champion du monde Jack Brabham a renoncé à utiliser sa BT19 qui lui a déjà apporté six victoires cette saison (dont deux hors championnat), au profit de la plus récente BT20, techniquement très proche mais dont le châssis multitubulaire est un peu plus rigide grâce à l'emploi de tubes ronds et non plus ovales. Son coéquipier Denny Hulme dispose également d'une BT20, étrennée lors du Grand Prix de France. Le moteur Repco de ces monoplaces de 540 kg est un V8 alimenté par un système d'injection indirecte Lucas, développant 315 chevaux à 7250 tr/min. La transmission est assurée par une boîte de vitesses Hewland à cinq rapports. Brabham est sous contrat avec le manufacturier Goodyear.

Ferrari 312 "Usine" Bien que l'intégration de Moises Solana ait été un moment envisagée pour les épreuves nord-américaines, une seule voiture a été expédiée aux États-Unis par la Scuderia Ferrari, pour Lorenzo Bandini. La 312 du pilote italien est la même que celle utilisée à Monza, avec le V12 à 36 soupapes développant 380 chevaux à 9500 tr/min. Dotée d'une structure monocoque et d'une boîte cinq vitesses, cette monoplace pèse 620 kg à vide. L'écurie italienne utilise en priorité des pneus Firestone.

Cooper T81 "Usine" L'équipe de Surbiton, dirigée par Roy Salvadori, aligne les mêmes châssis T81 qu'à Monza pour John Surtees et Jochen Rindt. La monoplace de Surtees utilise la version avec distributeurs d'allumage latéraux du moteur V12 Maserati, tandis que celle de son coéquipier est équipée de la dernière version avec distributeurs d'allumage placés au centre du vé, censée améliorer l'aérodynamisme. Rindt semble toutefois mécontent de sa motorisation, la puissance réelle mesurée au banc ressortant à 295 chevaux , soit près de 50 de moins que le précédent modèle. Les deux voitures sont équipées d'une boîte de vitesses ZF à cinq rapports et pèsent 620 kg à vide. Les pneus Dunlop n'ont plus la faveur de la marque, les pilotes préférant généralement utiliser des Firestone ou des Goodyear.

Cooper T81 privées Les Cooper T81 vendues en début de saison aux écuries privées sont techniquement identique aux modèles d'usine et reçoivent le même V12 Maserati que celui de Surtees (version 340 chevaux). Celle du Rob Walker Racing Team, confiée à Joseph Siffert, utilise toujours des pneus Dunlop, tandis que celle de Joakim Bonnier est depuis quelques courses chaussée de pneus Firestone.

Honda RA273 "Usine" thumb|upright=1.1|right|alt=McLaren M2B|La McLaren M2B est équipée d'un moteur V8 Ford initialement conçu pour les courses d'IndyCar. La monoplace accidentée à Monza n'est pas réparable et l'équipe japonaise aligne deux RA273 flambant neuves pour Richie Ginther (qui semble complètement rétabli de sa sortie de route en Italie) et Ronnie Bucknum. Inspirées pour la partie châssis de la Lotus 38, les Honda sont réalisées en tôle d'aluminium rivetées. Leur moteur V12, alimenté par un système d'injection indirecte Honda et bénéficiant d'une distribution à quatre soupapes par cylindre, est disposé longitudinalement. Il développe 420 chevaux à 10500 tr/min. La boîte de vitesses est à cinq rapports. Puissantes mais imposantes (plus de 2,50 mètres d'empattement), ces monoplaces sont les plus lourdes du plateau, accusant 745 kg à vide sur la balance. elles utilisent exclusivement des pneus Goodyear.

McLaren M2B "Usine" À la suite des casses successives des V8 Ford initialement conçus pour les 500 miles d'Indianapolis, adaptés à la F1 trois litres par le motoriste Traco, Bruce McLaren avait dû trouver une alternative et s'était ensuite rabattu sur un V8 Serenissima pour les épreuves européennes, moteur peu performant lui ayant toutefois permis de terminer quelques courses. Des modifications ont depuis été apportées au V8 par les techniciens de Ford et les derniers essais sur banc se sont avérés positifs, la fiabilité ayant été grandement améliorée tandis que la puissance maximale atteint désormais 325 chevaux à 9500 tr/minRevue Sport Auto - . Le pilote-constructeur néo-zélandais a donc prévu de l'utiliser pour les derniers grands prix de la saison. Conçue autour d'une structure monocoque englobant le réservoir de carburant, la McLaren M2B est dotée d'une boîte de vitesses ZF à cinq rapports et pèse 530 kg à vide. Elle est chaussées de pneus Firestone.

Eagle T1F & T1G "Usine" Comme à Monza, Dan Gurney dispose de son Eagle T1G à moteur V12 Weslake, à injection directe Lucas. Le système d'alimentation a été amélioré et la puissance maximale atteint maintenant 375 chevaux à 10000 tr/min. Dotée d'une boîte cinq vitesses Hewland, la T1G pèse environ 600 kg à vide. La T1F à moteur quatre cylindres Climax FPF (2,7 litres, 255 chevaux à 8000 tr/min), utilisée par Gurney, aurait dû être aux mains de Phil Hill mais ce dernier souffre d'une hernie discale et a été remplacé par Bob Bondurant. Les Eagle ont une structure monocoque et sont chaussées de pneus GoodyearRevue L'Automobile - novembre 1966.

Coureurs inscrits thumb|upright=1.1|right|alt=Cooper T81|Seul pilote privé engagé, Joakim Bonnier dispose d'une Cooper T81 à moteur Maserati V12.