Les Chiroptères (Chiroptera), appelés couramment chauves-souris (ou chauvesourisOrthographe recommandée par les rectifications orthographiques de 1990.), sont un ordre de mammifères placentaires comptant près de , soit un cinquième des de mammifères connues., avec regroupés en ... C'est le groupe de mammifères le plus important après celui des rongeurs..

Les chiroptères sont les seuls mammifères doués du vol actif, à distinguer du vol plané que pratiquent les écureuils volants, les phalangers ou les galéopithèques.. Ils se déplacent dans les airs grâce à une aile formée d'une membrane de peau entre le corps, les membres et les doigts. La plupart des espèces ne se posent qu'exceptionnellement au sol et s'y meuvent maladroitement.

Ces animaux nocturnes volants sont souvent capables d'écholocalisation. Cette capacité est surtout développée chez les Microchiroptères insectivores ; essentiellement actifs la nuit, ils se dirigent dans l'obscurité en émettant des ultrasons dont ils captent la réflexion, écholocalisant ainsi leurs proies et les obstacles. Les Mégachiroptères, quant à eux, se fient plus à leur vue et à leur odorat.

Deux sous-ordres étaient classiquement admis : les Microchiroptères aux petits yeux et aux grandes oreilles et les Mégachiroptères aux grands yeux et aux petites oreilles. Les Microchiroptères comportent , environ et , de petite taille relative, capables d’écholocalisation, et les Mégachiroptères ne comportent qu'une famille avec environ et dont les fameuses roussettes, de grande taille relative (Dobson 1875). En 2004, une proposition de découpage de l'ordre en deux sous-ordres est émise afin de rompre la paraphylie des Microchiroptères : les Yinpterochiroptera et les Yangochiroptera.

Dans les zones anthropiques ou de déforestation, de nombreuses espèces de chiroptères sont en forte régression ou ont localement disparu. Certaines font l'objet de plans de restauration ou bénéficient d'un statut de protection, notamment en France..

Dans la culture populaire, l'image de la chauve-souris peut être positive ou négative selon les pays. À cause de leur aspect étrange et de leur vie nocturne et, par voie de conséquence, du mystère qui entoure leur mode de vie, elles sont souvent victimes d'idées reçues qui leur ont valu longtemps d'être persécutées.

Étymologie et histoire Origine du mot « chiroptère » vignette|Oreillard de Townsend (Corynorhinus townsendii) en vol, où l'on voit bien déployées ses « mains ailées », et ses doigts hypertrophiés (sauf le pouce) comme armature de ses ailes membraneuses. Chiroptère signifie littéralement « mains ailées ». Le terme chiroptère dérive du grec ancien. Il est composé de chiro et de ptère, empruntés respectivement aux noms grecs (« main ») et (« aile », ordinairement pluriel : , « les ailes », car le singulier signifie plutôt « la plume »)., ce qui donne, étymologiquement, le substantif composé kheiroptera.

Ce nom évoque donc une particularité morphologique de cet animal qui, tout aussi littéralement, « vole avec les mains » : puisque son

Historiquement, l'appellation de cheiroptère a été donnée par Georges Cuvier en 1798, dans son Tableau élémentaire de l'histoire naturelle des animaux (« Mammifères carnassiers volants » ou cheiroptères.). En 1838, elle devient chiroptère (Ac. Compl. 1842)..

Origine du mot « chauve-souris »

vignette| gauche| La chauve-souris n’est pas chauve mais certaines parties du patagium, de la face et des oreilles sont dénudées ou seulement couvertes de poils très fins. Il existe néanmoins un cas particulier où l’on peut rencontrer une chauve-souris réellement « chauve », puisque la plupart des chiroptères naissent nus (comme les souris, d’ailleurs, sans en être). Mais ce n'est pas cette caractéristique qui explique l'étrangeté étymologique du mot chauve-souris. (Ici il s'agit d'une pipistrelle commune nouveau-née ) de environ. thumb|La « chauve-souris » n’est pas une souris. Pourtant on trouve encore au dans un atlas de 1826. une planche qui compare par erreur la chauve-souris à la souris et les réunit dans le genre « Mus » (de la sous-famille des Murinés), comme si les chiroptères étaient des sortes de souris. Les noms indiqués ici sont Mus francol., Vespertilio marginatus, et Meriones robustus (genre de gerbille), noms d’espèces aujourd’hui non valides.

Problème : un mystère sémantique Le vocable français de « chauve-souris » est assez étrange, les chiroptères n'étant pas du tout des rongeurs Muridés (ordre et famille de la souris grise ou souris domestique), encore moins chauves... Plusieurs hypothèses philologiques ont été émises pour expliquer cette énigme étymologique.

Hypothèse L’hypothèse la plus vraisemblable et la plus consensuelle aujourd’hui. , mais toujours discutée., indique que cet étrange vocable est probablement dû à une erreur de transcription des grammairiens du haut Moyen Âge qui ont mixé (ou confondu) par contamination phonétique et paronymie "reconstruite" des termes d’origine celtique (ou gallo-romane), d’origine francique et d’origine latine. Cette erreur de transcription a été pressentie ou envisagée dès la seconde moitié du par Émile Littré dans son Dictionnaire de la langue française..

De plus, dans l'Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, et parfois jusqu’au début du ., on tenait cet animal pour apparenté à la souris, ou bien on le considérait comme une sorte d’hybride entre un oiseau nocturne, comme une chouette (pour ses mœurs nocturnes et sa capacité à voler), et une souris (pour sa forme générale, sa taille et ses poils), d'où la possible appellation de « chouette-souris ».

Par ailleurs, encore , elle serait à l’origine des diverses dénominations des chiroptères dont nous héritons. Elle aurait donc fait passer le chiroptère pour une « chouette-souris » puis pour une « chauve-souris ». Alors qu’il n’est ni oiseau, ni chauve, ni souris.

Étapes En bas latin de Gaule, on trouve le terme de calvas sorices (au pluriel), qui a donné « chauve-souris » , attesté dès le en Picardie et dans les Gloses de Reichenau pour traduire précisément le latin classique vespertiliones (terme générique désignant tous les chiroptères). Il s’agit probablement d’une altération du gallo-roman *cawa sorīce(l'astérisque précédant le mot indique que la forme du mot a été reconstruite par les linguistes), par contamination du latin calvas, « chauves » au féminin pluriel. Cette expression était composée de *cawa (ou * kāwa), mot dérivé du Vieux-francique et qui signifie « chouette », et du mot *sorīce(m), accusatif de *sorīx (en latin classique : sorex, -ĭcis), qui veut dire « souris »Dictionnaire étymologique et historique du français, Larousse, à l'article chauve-souris.Dictionnaire étymologique du français, éditions Le Robert, en , article chouette, 2..Voir aussi les articles suivants dans le Wiktionnaire : chauve-souris, et aussi chauvesouris, et même souris-chauve..

*Cawa (« chouette » donc), se retrouvait lui-même, peut-être à partir d'une racine indo-européenne commune, dans le mot latin tardif căvannus désignant la chouette hulotte ou le hibouLe dictionnaire Gaffiot donne dans sa réédition de 1963 pour căvannus la traduction « hibou » : . Mais dans l’édition consultable en ligne on trouve, pour la même entrée et la même référence d’Eucher de Lyon, la traduction : « chouette hulotte » : ., lui-même emprunté au gaulois *cauannos qui donne le breton kaouenn.

Alors le mot gaulois (gallo roman) de « *cawasorīce », (), signifiait donc à l'origine littéralement « chouette-souris », en raison des mœurs nocturnes de l'animal, de sa capacité à voler comme un oiseau et de sa ressemblance avec la souris commune Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935), cité dans : .. Mais , si bien que mal compris et déformé au fil du temps, ce mot aurait donc dans l'usage oral été assimilé abusivement au latin calvas (« chauves » au féminin devenu pluriel par contamination du "s" initial de sorīx : *cawa-(s)-s-orīx), puis retranscrit par erreur, par les latinistes : calvas sorices.

Ainsi dès le on trouve aussi la forme « calves sorices ». Puis au dans les Gloses du rabbin et lettré Rachi, on trouve la forme « Kalve soriç »Gloses de Raschi, éd. A. Darmesteter, Paris, 1909, , cité dans : ., et la forme « chalve suriz » en 1180 dans les Fables de Marie de FranceMarie de France, Fables, 23, 9, citée dans : .. Enfin on trouve la forme « chauves soriz » tout à la fin du , et encore chez Marie de France (Fable 31), les formes : « chauve suris » et « chauve souriz ». Au chez Jean de Meung, on trouve l’inversion « soris chauve ». Il est imité en cela plus tard par Jean de La Fontaine, qui utilisait indifféremment la forme inversée ou la forme classique (lui aussi pour les besoins de la rime). On note qu’ici la chauve-souris est pour La Fontaine un oiseau. Dans le de ses Fables, toujours cité par Littré, on trouvait déjà la forme non inversée et sans tiret, mais cette fois la « Chauvesouris » est assimilée par la belette tantôt à la souris tantôt à l’oiseau pour en faire sa proie préférée, et le chiroptère joue sur cette prétendue ambiguïté de nature pour se sauver

L'humour avec lequel La Fontaine joue de l'hésitation taxonomique de son époque (à ranger la chauve-souris parmi les oiseaux ou parmi les rongeurs) fait écho à celui du Roman de Renart qui, dès la fin et au , nomme la souris « Chauve » et son "mari" le rat « Pelé », faisant clairement allusion au mot de « chauve-souris » et le renvoyant probablement à sa bizarrerie sémantique sinon à son étymologie douteuse, et en assimilant volontairement chiroptères et rongeurs. D'ailleurs cet extrait est cité dans le Littré et dans le site "La langue française". à l'entrée « chauve-souris ».

Discussion Parallèlement, probablement formé à partir de *cawa sōrice (et donc au sens de « chouette-souris » cette fois), on trouve jusqu’à la fin du en wallon (toujours dans le cadre donc des langues d’oïl) les formes « chawe-sori » et « cauwesoris ». En picard, on trouve les formes « casseuris », et « cateseuris » ; en dialecte de Namur les formes « chau-sori », « chèhau-sori ». Mais comme les formes dérivées de calves sorices et celles dérivées de *cawa sōrice ont continué à cohabiter du au , et se sont toutes deux ultérieurement rencontrées, on ne peut établir avec certitude lesquelles ont servi de modèle aux autres ou les ont altérées. D’ailleurs, pour les linguistes Albert Dauzat et Jean Séguy, Dauzat et Séguy, cités dans : .. Mais cette altération est donc peut-être plus tardive et la cohabitation des deux types serait devenue ultérieurement une fusion au bénéfice de la forme « chauve-souris ».

Enfin, certaines sources remettent en question cette hypothèse du glissement de la « chouette-souris » vers la « chauve-souris », soit en arguant de la difficulté d’établir une antériorité de l’une sur l’autre, soit en tentant d’établir un lien entre les chiroptères et la calvitie. Ainsi le Littré, citant Charles Grandgagnage qui était partisan de cette hypothèse de l’altération de « chouette-souris » en « chauve-souris », le réfute en s’appuyant sur une chronologie qui lui semble mal établie : . De plus, le Littré revient à l’hypothèse première que cette appellation de chauve-souris viendrait simplement du fait qu'il s'agirait vraiment pour nos devanciers d'une souris chauve, .

Plus , on trouve des sources qui justifient cette appellation par une calvitie relative mais réelle de certains chiroptères : . D’autres sources, reprenant l’argument de Littré sur la nudité de leurs ailes et y ajoutant des exemples dans des langues non latines, indiquent que l’altération de *cawa en calva pourrait être intentionnelle et non pas résulter d’une transcription phonétique par inadvertance : .