La Cité de Carcassonne est un ensemble architectural médiéval qui se trouve dans la ville française de Carcassonne dans le département de l'Aude, région d'Occitanie. Elle est située sur la rive droite de l'Aude, au sud-est de la ville actuelle. Cette cité médiévale fortifiée, dont les origines remontent à la période gallo-romaine, doit sa renommée à sa double enceinte, atteignant près de de longueur et comportant cinquante-deux tours., qui domine la vallée de l'Aude. La Cité comprend également un château (le château comtal) et une basilique (la basilique Saint-Nazaire).
Sauvée de la destruction par l'action et la ténacité de l'archéologue Jean-Pierre Cros-Mayrevieille, puis restaurée au de manière parfois controversée sous la direction de Viollet-le-Duc puis de Boeswillwald, la Cité de Carcassonne est, depuis 1997., classée au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO. Le Château et le rempart sont également inscrits au patrimoine mondial en 2026 avec les forteresses royales capétiennes du Languedoc. Le château comtal, les fortifications, et les tours appartiennent à l'État et sont gérés par le Centre des monuments nationaux., tandis que les licesEspace vierge situé entre les deux enceintes de la Cité. et le reste de la Cité font partie du domaine municipal.
Étymologie Au cours de l’Antiquité, vers le , on trouve un oppidum appelé Carsac. Au , les romains fortifient le site, qui prend le nom de Carcaso. La cité est intégrée à la colonie romaine de la Narbonnaise. Dans le dernier quart du avant notre ère, elle est faite chef-lieu de la colonie Julia Carcaso. Après la chute de l'Empire romain, Carcaso, devenue Carcasona, est prise par les Wisigoths de 460 à 725, puis conquise par les Sarrasins, puis par Pépin Le Bref en 759.
Localisation vignette|200px|Croquis d'Eugène Viollet-le-Duc montrant l'emplacement de la Cité Situation La Cité de Carcassonne est située sur la rive droite de l'Aude en surplomb de la ville de Carcassonne située à l'ouest. Elle se trouve entre la Montagne noire et les Pyrénées sur l'axe de communication allant de la mer Méditerranée à l'océan Atlantique. La présence des deux montagnes forme le couloir carcassonnais souvent cité lorsque les climatologues parlent du vent qui souffle dans ce couloir..
Cet emplacement est donc un lieu stratégique du sud de la France permettant de surveiller cet axe de communication majeur : au Nord vers la Montagne Noire, au Sud vers les Corbières, à l'Ouest vers la plaine du Lauragais et à l'Est la plaine viticole vers la Méditerranée..
Site La Cité est construite à l'extrémité d'un petit plateau constitué par le creusement de l'Aude à environ d'altitude au-dessus de la ville basseJean-Pierre Panouillé, Carcassonne, histoire et architecture, Ouest-France, 1999, , .. La première enceinte construite par les Wisigoths suit les dépressions du terrain.. Ce plateau se détache du massif des Corbières sur la commune de Palaja à d'altitude, passe dans la Cité à et finit sa course dans l'Aude à . Du côté Ouest, la pente est assez raide offrant un accès difficile à d'éventuels assaillants. À l'Est, la pente est plus douce et permet un accès aisé des marchandises, mais aussi des attaquants. Aussi, les plus importants mécanismes de défense se trouvent de ce côté de la Cité.
Historique de la cité La Cité a été successivement un site protohistorique, une cité gallo-romaine, une place forte wisigothe, un comté, puis une vicomté, puis finalement une sénéchaussée royale. Chacune de ces étapes, entre la période romaine et la fin du Moyen Âge, a laissé des témoignages dans les bâtiments qui la composent.
La ville gallo-romaine Des restes d'un oppidum fortifié, oppidum CarcasoJean-Pierre Panouillé, La Cité de Carcassonne, coll. « Itinéraires du patrimoine », éditions du patrimoine, 2001, , . Un autre oppidum situé à , l'oppidum de Carsac, aurait eu une influence sur celui de Carcassonne. proche de l'emplacement actuel de la Cité, ont été mis au jour par des fouilles archéologiques. Ce lieu est déjà un important carrefour commercial comme le prouvent les restes de céramiques campaniennes et d'amphores. Vers 300 , les Volques Tectosages prennent possession de la régionJean-Pierre Panouillé, Carcassonne, histoire et architecture, . et fortifient l'oppidum de Carcasso. Pline l'Ancien mentionne l'oppidum dans ses écrits sous le nom de Carcaso Volcarum TectosageFrançois de Lannoy, La Cité de Carcassonne, Ed. Heimdal, 2004, , cite le texte de Pline l'ancien, Historia naturalis.. Ils extrayaient déjà l'or de la mine de Salsigne pour constituer des offrandes à leurs dieux.
En 122 , les Romainsplus précisément le consul Domitius Ahenobarbus, Jean-Pierre Panouillé, Carcassonne, histoire et architecture, . annexent la région qui sera intégrée dans la colonie Narbonnaise créée en 118 Les Romains sont déjà bien connus, car depuis deux cents ans leurs marchands parcourent la région. Sous la Pax Romana la petite cité gallo-romaine de Carcaso, devenue chef-lieu de la colonie Julia Carcaso, prospère sans doute grâce au commerce du vin et à son implantation sur les voies de communication : elle jouxte la voie romaine qui va de Narbonne à Toulouse tandis que les bateaux à fond plat circulent sur l'AtaxNom du fleuve Aude à l'époque des Romains. au pied de l'oppidum. Ce dernier est agrandi par remblayage et les rues et ruelles forment un plan orthogonal, mais aucun lieu public ni monument de culte n'est actuellement connu. Au pied de l'oppidum, une agglomération s'étend le long de la voie romaineFrançois de Lannoy, La Cité de Carcassonne, ..
À partir du , la ville se retranche derrière une première série de remparts. En 333 , des textes d'un pèlerin mentionnent le castellum de Carcassonne. Ces remparts sont encore visibles dans certaines parties de l'enceinte et servent de soubassements aux actuelles muraillesCette première fortification est décrite dans : Jean Guilaine et Daniel Fabre, Histoire de Carcassonne, éditions Privat, , .. Les tours de la Marquière, de Samson et du Moulin d'Avar sont les témoins en partie intacts de cette enceinte primitive situe l'enceinte romaine de la ville de Carcaso.. Cette muraille protège la Cité des attaques extérieures tout en permettant de contrôler les passages sur la voie romaine située en contrebas.
La ville wisigothique Au milieu du Les dates divergent selon les sources : Jean Guilaine et Daniel Fabre, Histoire de Carcassonne, donne la date de 462., les Wisigoths prennent possession du Languedoc, grâce probablement à la victoire d'Athaulf pendant sa marche sur Toulouse. Entre 413 et 435, la Cité est sans doute occupée alternativement par l'armée romaine et par celle des Wisigoths au gré des alliances et de leurs modifications.. La Cité jouit peu à peu d'une relative paix politique jusqu'au règne d'Alaric II, comme l'atteste le nombre important de pièces de monnaie des monarques wisigoths de cette époque. En 507, les Francs chassent les Wisigoths d'Aquitaine, mais ces derniers conservent la Septimanie dont fait partie la Cité de Carcassonne. En 508, Clovis lance en vain une attaque contre la CitéÉcrits de Procope de Césarée.. En 585, une nouvelle attaque de Gontran, roi franc de Burgondie est couronnée de succès. Mais, les Wisigoths reprennent la cité peu après et en restent maîtres jusqu'en 725. Au cours du , Carcassonne devint, avec Agde et Maguelonne, le siège d'un évêché. Une cathédrale wisigothique, dont l'emplacement n'est pas connu, est alors construiteSite du ministère de la Culture sur la Cité..
La ville omeyyade En 725, lors de l'invasion arabo-musulmane de la Septimanie, le wali Ambiza s'empare de CarcassonneIbn al-Athîr, Annales du Maghreb & de l'Espagne, "Expédition d'Anbasa contre les Francs".Henri Pirenne, Mohammed and Charlemagne, Courier Corporation, 2012, . .. La Cité reste entre les mains des musulmansElle est renommée Karkashuna. jusqu'en 759, date à laquelle elle est prise par les Francs conduits par Pépin le Bref. C'est cet épisode qui inspire la légende de Dame Carcas apparaissant au Jean Blanc, , p. 129.
L’époque féodale Le début de la féodalité s'accompagne de l'expansion de la ville et de ses fortifications. Elle est aussi marquée par la construction de la cathédrale à partir de 1096 puis par celle du château comtal au . Ce château est constitué à l'origine de deux corps de logis auxquels est ajoutée en 1150 une chapelle qui donne un plan en U autour de la cour centrale. Vers 1240 le château est rehaussé d'un second étage.
C'est aussi la période des comtes de Carcassonne. Le premier comte désigné par les Carolingiens est Bellon auquel succède Oliba II. La charge des comtes est d'administrer la région pour le compte du royaume carolingien. Au , la locution latine Cité de Carcassonne revient régulièrement dans les textes et chartes officiels. En 1082, la famille Trencavel prend possession de la ville, en profitant des embarras de la Maison de Barcelone propriétaire légitime, et l'annexe à un vaste ensemble allant de Carcassonne à NîmesJean Guilaine et Daniel Fabre, Histoire de Carcassonne, ..
Bernard Aton IV Trencavel, vicomte d'Albi, de Nîmes et de Béziers, fait prospérer la ville et lance de nombreuses constructions. C'est également durant cette période qu'une nouvelle religion, le catharisme, s'implante avec succès dans le Languedoc. Le vicomte de Trencavel autorise en 1096 la construction de la basilique Saint-Nazaire dont les matériaux sont bénis par le pape Urbain II. En 1107, les Carcassonnais rejettent la suzeraineté de Bernard Aton, qui avait promis de rendre la Cité à son possesseur d'origine Raimond-Bérenger III de BarceloneJean Guilaine et Daniel Fabre, Histoire de Carcassonne, . et font appel au comte de Barcelone pour le chasser. Mais, avec l'aide de Bertrand de Tripoli, comte de Toulouse, Bernard Aton reprend le contrôle de la Cité. En 1120, les Carcassonnais se révoltent de nouveau, mais Bernard Aton rétablit l'ordre quelques années plus tard. En 1130, il ordonne le début de la construction du château comtal désigné sous le terme de palatiumNom Cité par le Site du ministère de la Culture. et la réparation des remparts gallo-romains. Dès lors, la Cité de Carcassonne est entourée de sa première fortification complète.
vignette|redresse|Le pape Innocent III, instigateur de la croisade des Albigeois en 1208
À cette époque la Cité est riche et sa population est comprise entre à Ce chiffre est une estimation tirée de La Cité de Carcassonne, éditions du patrimoine, . en incluant les habitants des deux bourgs qui se sont édifiés sous ses murailles : le bourg Saint-Vincent situé au Nord et le bourg Saint-Michel situé au sud de la porte Narbonnaise. La ville se dote en 1192 d'un consulat, composé de notables et de bourgeois dont les noms nous sont parvenus à partir de 1294 par la liste des consuls qui a été tenue sur plusieurs sièclesT.A. Bouges, Histoire ecclésiastique et civile de la ville et diocèse de Carcassonne, Paris, 1741, pages 471 à 496, « Liste des consuls de Carcassonne de 1294 à 1740 » lire en ligne. Ils sont chargés d'administrer la ville qui en 1229 s'est en outre dotée d'une charte coutumière.