L'archiviste est une personne qui se consacre à la collecte, à la gestion et à l’accessibilité pérenne des documents d’archives. Ses missions consistent à préserver les informations de provenance, données essentielles pour comprendre la portée d'un document, garantir son authenticité et démontrer sa fiabilité, ainsi qu'à préserver la manière dont les documents ont été agencés par la personne qui les a créés.
En France, alors que le gestionnaire de documents se charge des documents d'archives dès leur création jusqu'au moment où ils ne seront conservés qu’à des fins archivistiques, l'archiviste assume la responsabilité du document de sa création jusqu'à sa conservation définitive. Ainsi, dans les pays anglo-saxons, l'archiviste désigne la personne ayant la responsabilité sur les archives à conserver ad vitam æternam.
Mission et déontologie L'archiviste a pour mission de garantir et contrôler l'accès à long terme à l'information consignée et organique et de faire connaître ce patrimoine.
Selon le code de déontologie adopté par le Conseil international des archives (CIA) le , l'archiviste assume plusieurs rôles : Assurer l’intégrité et l’authenticité des documents archivés, pour faire de ceux-ci des gardiens fiables de la mémoire du passé ; Respecter le principe de provenance et l’ordonnancement initial des documents ; Préserver les documents de façon qu’ils restent utilisables continuellement ; En user impartialement vis-à-vis de tous les partenaires et tiers intéressés.
La déontologie chez les archivistes a été formalisée dès les années 1950 en Amérique du Nord.
Activités de l'archiviste
L'archiviste est le gardien des archives dont il a la charge, il en assume notamment la conservation, la diffusion et la valorisation. L'archivage couvre l'intégralité de la chaîne documentaire archivistique, quel que soit le support de l'information.
Les activités suivent les principes de l'archivistique. La finalité du travail est de satisfaire toute personne à la recherche de l'information. Les archives publiques relèvent de l'intérêt public.
Historique de la profession L'histoire de la profession d'archiviste est intimement liée à l'histoire de l'écriture, car l'archiviste contrôle l'accès et la préservation de traces écrites (quel que soit le support et le système d'écriture).
Le « gardien de la mémoire » comme homme de pouvoir (Antiquité) À l'origine, l'archiviste est un homme de pouvoir qui garde les textes des lois.
Ainsi, dans la Grèce antique, le métier d'archiviste était rempli par des magistrats :
Dans l'Athènes hellénistique (depuis le ), les archives de la cité sont conservées dans le Métrôon (ancien bâtiment de la Boulè d'Athènes) sur l'agora, au cœur de la vie civique.
Dans la Rome antique, les archives de l'État conservées dans le tabularium sont également gérées par des magistrats : les censeurs, puis les questeurs.
L'« archivaire » comme secrétaire ou notaire () Au Moyen Âge, la fonction d'« archivaire » (terme attesté depuis le ) est plutôt remplie par des clercs, des secrétaires (littéralement « qui conservent des secrets ») ou des chanceliers.
Ainsi, la garde des archives du roi de France Philippe Le Bel est confiée en 1307 au clerc Pierre d’Étampes dont les fonctions sont décrites ainsi : Le métier d'archiviste se professionnalise à partir du avec les débuts de la diplomatique et le système de la « » en Allemagne. De clercs, les archivistes deviennent notaires. Dans les pays d'Europe centrale, la fonction de « registrateur » apparaît dans les administrations au . Le terme d'« archiviste » (formé avec le suffixe -iste plus scientifique) apparaît en français à cette même époque et remplace de plus en plus le terme d'« archivaire ».
L'« archiviste » scientifique et historien () Après la Révolution française, avec l'entrée de l'archivistique dans le giron des sciences auxiliaires de l'histoire, l'archiviste devient un historien érudit. Pendant tout le et une bonne partie du , il ne garantit plus l'accès à des textes de droit, mais à des sources historiques. Il doit bénéficier de solides connaissances techniques (diplomatique, paléographie, sigillographie, héraldique) qu'il acquiert dans des écoles spécialisées nouvellement créées (par exemple dans les écoles italiennes dès le début du ou à l'École nationale des chartes en France dès 1821).
Le « record manager » gestionnaire () thumb|centré|Fonctionnaires de la à Washington DC, États-Unis en 1937.|alt=Photographie noir/blanc présentant des personnes assises à des tables alignées dans un grand bureau ouvert. En raison de la normalisation accrue du métier depuis les années 1970 et de l'informatisation croissante des supports, l'archiviste a repris sa fonction juridique à laquelle il a ajouté une fonction de gestionnaire de ressources : il est devenu un gestionnaire d'information. Parallèlement, il conserve son rôle social dans la valorisation du patrimoine écrit.
Place des femmes dans le métier d'archiviste gauche|vignette|Photo d'identité de Léonce Bouyssou. vignette|Marie-Josèphe Le Cacheux (1906-1993) Marie-Josèphe Le Cacheux (1906-1993), archiviste et historienne française est l'une des deux premières femmes, avec Léonce Bouyssou, à diriger un service d'archives départementales en France. Durant sa carrière, elle préside à la renaissance du patrimoine écrit du Calvados après la bataille de Normandie, ainsi qu'à la construction d'un nouveau bâtiment des archives du Calvados. Elle est promue conservatrice d'archives de par arrêté du , conservatrice en chef en 1969, et admise à la retraite comme conservatrice en chef honoraire en 1970. Elle est l'une des premières archivistes-paléographes à être promue conservatrice en chef sur un poste en province. Simone de Saint-Exupéry est une des premières femmes à entrer à l'école des Chartes.
Contexte professionnel L'archiviste travaille soit dans l'organisme qui produit les documents à archiver (administration, entreprise, association, etc.) et pour répondre aux besoins et aux obligations légales de cet organisme, soit dans un organisme externe au producteur (institution publique ou privée) qui traite, conserve et/ou communique des archives, souvent à vocation patrimonialeEn France, c'est notamment le cas des services d'archives publics que la législation charge de gérer les archives définitives des administrations et des autres personnes publiques..
Compétences et niveaux de qualification L'Euroréférentiel I&D décrit 33 domaines de compétences pour les professionnels de l'information (dont les archivistes) : Compétences en information documentaire : relations avec les usagers et les clients, compréhension du milieu professionnel, application du droit de l’information, gestion des contenus et des connaissances, identification et validation des sources d’information, analyse et représentation de l’information, recherche de l’information, gestion des collections et des fonds, enrichissement des collections et des fonds, traitement matériel des documents, aménagement et équipement, conception de produits et services Compétences technologiques Compétences en communication Compétences en management
En fonction de son institution ou de son rôle, l'archiviste peut avoir d'autres savoirs issus d'autres disciplines (juridiques, historiques, économiques, linguistiques, statistiques, etc.), par exemple connaître le droit dans la mesure où les archives sont d'abord des preuves et où l'archiviste doit sélectionner celles qui seront utiles pour défendre ou établir des droits (notamment en cas de procès), connaître l'histoire puisque les archives sont aussi des sources pour la recherche historique et que l'archiviste doit les sélectionner en fonction de l'utilité qu'elles peuvent avoir pour l'historien actuel et futur. alt=Photo de personnes avec des ordinateurs portables.|vignette|Des archivistes acquièrent de nouvelles compétences en se formant à des projets Wikimedia.|gauche
Les niveaux de qualification, chez les archivistes comme chez les autres professionnels de l'information, sont au nombre de quatre : assistant, technicien, manager et expert.
Plus spécifique aux archivistes (et au cadre français), le Référentiel métiers de l'Association des archivistes français décrit des compétences dans le domaine du cadre réglementaire et organisationnel, dans le domaine de la conservation, de la collecte et du traitement, dans le domaine de la communication, dans le domaine de la valorisation et dans le domaine de la conduite de projet.
Plus que d'autres professions, les archivistes sont tenus au secret professionnel. Par ailleurs, les compétences demandées pour les archivistes ont tendance à transcender les différentes professions des sciences de l'information..
Formation
alt=Photo d'une façade avec une porte.|vignette|Entrée de l'École des Chartes à Paris qui forme des archivistes paléographes.|gauche Alors qu'il existe des archivistes depuis la plus haute Antiquité, la professionnalisation du métier n'est pas très ancienne. Les premières méthodes en archivistique datent du et les premières formations ne sont dispensées, comme discipline pédagogique, que depuis le en Italie, en Allemagne et en France.
Dans la plupart des programmes européens et américains jusqu'aux années 1930, la formation des archivistes est dominée par un enseignement universitaire en histoire et est dispensée dans des écoles et des facultés relevant d'universités de lettres et de sciences humaines. On constate d'ailleurs que, dans beaucoup de régions, la direction des archives nationales (ou des archives cantonales en Suisse) est confiée à des archivistes qui sont aussi professeurs d'histoire.
Après la Seconde Guerre mondiale, les écoles d'archivistique se multiplient dans le monde et, en raison de l'expansion de l'activité gouvernementale et de la production croissante de documents, se détournent petit à petit de l'histoire pour s'aligner sur les méthodes et les formations développées par la bibliothéconomie et par les sciences de l'information. Bien que la provenance des documents diffère entre l'archivistique et la bibliothéconomie, les opérations de la chaîne documentaire restent similaires dans les deux domaines, ainsi que la finalité du travail (retrouver l'information pour l'utilisateur).
Paul Delsalle distingue quatre types d'écoles dans lesquelles un enseignement d'archivistique est donné : Écoles spécialisées en archivistique, paléographie et diplomatique, à l'origine essentiellement tournées vers les documents anciens : par exemple les dix-sept écoles italiennes (Scuole di archivistica, paleografia e diplomatica) dépendant des différentes archives d'État (Archivi di Stato), l'École nationale des chartes formant des archivistes-paléographes en France, l'École de Vienne, l'École de Marbourg en Allemagne ou l'école d'archivistique () aux Pays-Bas. Écoles des sciences de l'information et de la documentation axée principalement sur la gestion des documents (). Écoles de bibliothéconomie où l'enseignement archivistique est second : École de bibliothéconomie et des sciences de l'information à Montréal, Haute école de gestion de Genève en Suisse, l'École des Sciences de l'information au Maroc, etc. Écoles historiques, universités, qui dispensent un programme de formation pour les archivistes à l'intérieur d'une formation historique, par exemple en Europe de l'Est, mais aussi dans certains instituts ou universités en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis.
Dans les pays anglo-saxons, la gestion des archives historiques et la gestion des documents () font en général l'objet de deux programmes de formation distincts. alt=Photo d'un bâtiment|vignette|Pavillon Lionel-Groulx à l'Université de Montréal où se trouve l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information (EBSI) qui forme bibliothécaires, archivistes, documentalistes, etc. francophones en Amérique du Nord.