vignette|upright=1.5|Sécrétion de la salive dans les canaux des glandes salivaires.
La salive est un liquide biologique sécrété par les glandes salivaires, à l'intérieur de la bouche chez la plupart des animaux. La salivation est la production de la salive, tandis que l'insalivation est l'imprégnation des aliments par la salive au cours de leur passage dans la bouche et de leur mastication. Certains animaux ont une salive pouvant devenir allergène pour l'humain (après une morsure de tique par exemple).
Chez l'être humain, elle contient aussi de nombreuses cellules provenant de la langue et des muqueuses de la bouche, ce qui la fait utiliser pour l'échantillonnage de l'ADN individuelGoode, M. R., Cheong, S. Y., Li, N., Ray, W. C., & Bartlett, C. W. (2014). Collecte et d'extraction de l'ADN de la salive pour le séquençage de prochaine génération..
De nombreux virus et bactéries pathogènes pour l'homme et divers animaux sauvages ou d'élevage, transportés par des moustiques, des mouches piqueuses ou les tiques utilisent la salive de leur vecteur pour s'introduire dans l'organisme qu'ils vont infecter (virus de la rage par exemple). Mais d'autres virus (arbovirus...) et des bactéries (borrelia) utilisent aussi certaines réponses immunitaires (innées et/ou adaptatives) de l'hôte infecté vis-à-vis de cette salive pour plus facilement infecter leur hôte et parfois échapper au système immunitaire de l'hôte.
Chez l'être humain Fonctions En lien avec le système nerveux., la salive joue un rôle d'humidification et de lubrification des particules alimentaires, préparant ainsi les aliments à leur digestion. Chez l'être humain et d'autres mammifères, elle contribue directement à la digestion de l'amidon (à condition que la nourriture ne soit pas chaude ; l'amylase salivaire étant dégradée au-dessus de ).
La salive, en mettant en solution les composants des aliments, favorise la stimulation gustative. Ce qui explique que les personnes atteintes du syndrome sec ont une altération du goût. En effet, la salivation est un acte réflexe, mais qui a également une composante culturelle acquise : une « bonne » odeur ou la vue d'un gâteau peut faire saliver. La salivation peut aussi être provoquée par des douleurs, une sensation agréable, voire un souvenir, autant que par le contact mécanique avec les aliments. Elle est au cœur de l'expérience de Pavlov.
Elle facilite le glissement des organes buccaux les uns sur les autres, et notamment lors des salivaires quotidiennes Afkari S, « » Australas Phys Eng Sci Med. 2007;30:313-7.. Chez l'adulte, ceci correspond à deux déglutitions par minute, de jour comme de nuit.
Le rôle lubrifiant de la salive est non seulement important pour le transit buccal des aliments, mais aussi pour la phonation, en diminuant les frictions inter-muqueuses. La production de sons serait impossible si la bouche restait sèche.
Elle a un rôle de défense contre les microbes. Elle permet de prévenir les infections, notamment les caries, en particulier grâce aux mucines qui empêchent les bactéries de se coller aux dents. Elle contient le système sialoperoxydase produisant l'anion antimicrobien hypothiocyanite et a ainsi un rôle de protection de l'œsophage.
La salive a aussi des propriétés désinfectantes. On a montré in vitro que, par exemple, la salive sous-mandibulaire humaine diminue l'infectivité du virus de l'immunodéficience humaine de type 1 (VIH-1). Une fraction protéique dotée d'une activité anti-VIH a pu être isolée et purifiée dans la salive et a été testée pour sa capacité à inhiber l'infection ; deux glycoprotéines sialiées de poids moléculaire élevé ont été identifiées : l'agglutinine salivaire et la mucine, ainsi que plusieurs protéines de poids moléculaire inférieur, encore à décrire. Ces protéines salivaires spécifiques semblent interagir avec le VIH-1 via la Gp120 avec comme résultat une baisse de l'infectivité, notamment en provoquant (rôle probable de la mucine) une agrégation des virus. Cette action n'a été observée que pour le VIH 1 et non pour d'autres adénovirus, ni pour le virus Herpes simplex type 1 (HSV-1), l'HIV-2, ou le virus de l'immunodéficience simienne...Inversement la salive peut être source d'infection et de réinfections du ou de la partenaire lors de relations sexuelles où elle est utilisée comme lubrifiant (pour les gonorrhées notammentFairley, C. K., Zhang, L., & Chow, E. P. (2018). New thinking on gonorrhoea control in MSM: are antiseptic mouthwashes the answer ?. Current opinion in infectious diseases, 31(1), 45-49 (résumé).. Selon une étude récente (2018) un bain de bouche désinfectant avant un rapport oral diminue considérablement le risque de transmission d'une gonorrhée (maladie sexuellement transmissible en forte augmentation).
La salive peut contribuer à certains empoisonnements, notamment chez l'enfant qui aurait en bouche un objet en plomb, ou qui lècherait de la peinture (« Pica »). Elle peut alors fortement aggraver le risque de saturnismeTsuji L, Fletcher G & Nieboer E (2002) Dissolution of Lead Pellets in Saliva: A Source of Lead Exposure in Children |Bulletin of Environmental Contamination and Toxicology|68, 1, 1| URL : https://www.researchgate.net/profile/Evert_Nieboer/publication/7370461_Elevated_Levels_of_PCBs_in_First_Nation_Communities_of_the_Western_James_Bay_Region_of_Northern_Ontario_Canada_The_Use_of_Correspondence_Analysis_to_Identify_Source_of_Exposure/links/577a759f08aece6c20fbd13b.pdf . Dans certaines communautés amérindiennes et inuit où la chasse reste une tradition importante, il est courant que les enfants aient accès à une arme à air comprimé avant de pouvoir utiliser le fusil. Fréquemment entre deux tirs, ils tiennent entre les dents un ou plusieurs projectiles pour pouvoir recharger plus vite l'arme. Une étude a porté sur 144 écoliers des Premières nations de la région ouest de la Baie James dont 152 ont pu participer (95 %). Parmi ces derniers, près de la moitié (41 %) ont déclaré avoir utilisé des fusils à plomb (71 % étaient des garçons et 17 % des filles) ; 52 % de ces élèves ont dit stocker des plombs dans leur bouche entre deux tirs (60 % des garçons et 29 % des filles utilisant ces armes). L'étude a montré que c'est une source significative et supplémentaire de plomb pour ces enfants déjà surexposés en raison d'une consommation plus élevée que la moyenne de gibier tué par des projectiles au plomb toxique sachant que 40 à 50 % du plomb ingéré par les enfants est considéré comme absorbé, ce qui est bien plus que chez les adultesZiegler EE, Edwards BB, Jensen JL, Mahaffey KR, Fomon SJ (1978) Absorption and retention of lead by infants | Pediatric Res 12: 29-34. Le plomb salivaire augmentait de jusqu'à 8 fois après la mise en bouche de seulement deux plombs/diabolos, passant de 1,5± 1,7µg/L à 12,4±5,7mg/L). Les pêcheurs peuvent aussi sertir leurs plomb sur le fil de pêche au moyen de leurs dents.
Le baiser dit intime, profond ou passionné est source d'échange de salive et donc d'une partie du microbiome des partenairesKort, R., Caspers, M., van de Graaf, A., van Egmond, W., Keijser, B., & Roeselers, G. (2014). Shaping the oral microbiota through intimate kissing. Microbiome, 2(1), 41., avec échanges d'ADN susceptible de perturber certaines analyses médicolégales basées sur l'ADNBanaschak, S., Möller, K., & Pfeiffer, H. (1998). Potential DNA mixtures introduced through kissing. International journal of legal medicine, 111(5), 284-285..
Détournement de fonctions Au cours de l'évolution, divers virus et bactéries ont réussi à utiliser ou modifier les caractéristiques de la salive de leurs vecteurs-piqueurs pour se transmettre plus facilement aux animaux et à l'être humain.. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), en 2014 les pathogènes utilisant la salive d'un vecteur pour mieux infecter leur hôte sont responsables d'environ 17 % de toutes les maladies transmissibles chez l'être humain, soit d'un milliard de cas par an, et d'un million de morts directes par an..
Dans ces cas les vecteurs semblent être le plus souvent des arthropodes et essentiellement des moustiques, puces et tiques et quelques mouches piqueuses. Le moustique est le principal vecteur pour ce qui concerne les arbovirus qui sont à eux seuls sources d'une morbidité et mortalité très significatives chez l'être humain.
Depuis la fin du , nombre des maladies émergentes ou ré-émergentes les plus préoccupantes (fièvre du Nil occidental, chikungunya, dengue et Zika pour les virus) et maladie de Lyme ou leishmaniose par exemple pour les bactéries) se sont répandus sur la planète, parfois de manière pandémique en devant source d'urgences répétées en matière de santé publique. En 2018, on manque encore de médicaments et/ou vaccins homologués ou efficaces contre la plupart de ces virus. La production de nouveaux vaccins est compliquée par le nombre de virus et de souches virales contre lesquels la protection est recherchée.
Une piste proposée par Jessica E. Manning et ses collègues en 2018 pour les arboviroses est de créer des vaccins non pas uniquement contre les protéines des virus ou bactéries, mais aussi contre certaines protéines propres à la salive du vecteur (moustiques par exemple), plutôt que contre seulement les protéines virales. Lors de premiers essais, l'immunisation par des antigènes salivaires de phlébotomes pour prévenir l'infection par des leishmania a donné de bons résultats en laboratoire avec le modèle animal. Jessica E. Manning pense que des vaccins ciblant la salive dAedes aegypti pourrait protéger contre de multiples infections virales transmises par ce moustique.
Formation La salive primaire est formée dans les cellules acineuses, elle a la même composition que le plasma. Elle est ensuite modifiée dans le canal excréteur pour former la salive secondaire. Au cours du passage dans ce canal, les cellules canalaires sécrètent activement du K+ et du HCO3− et absorbent activement du Na+ et du Cl−. Son efficacité dépend des glandes salivaires, mais aussi du pancréasGayda T (2015) Influence de la ligature du conduit pancréatique sur le pouvoir amylolytique de la salive et du sang. Archives Italiennes de Biologie, 90(30), 165-170 |résumé.
Propriétés physiques Volume
D'une personne à l'autre, la sécrétion peut varier de par jour : 70 % d'origine parotidienne, 20 % submandibulaire (la production des autres glandes étant relativement négligeable). La sécrétion de repos serait d'environ 100 ml par jour alors que la sécrétion stimulée serait environ dix fois supérieure. Le débit de sécrétion montre des variations nycthémérales (minimum à , maximum entre et ). Un organisme humain peut produire plus de de salive en une vie, soit plus d'une demi-tonne de ce liquide par an. À côté de la phonation et des repas, la déglutition salivaire est, de loin, le travail le plus important fourni par la bouche. En moyenne, il y a deux déglutitions par minute (de jour comme de nuit).
Viscosité La viscosité varie selon l’origine : 1,5 centipoises pour les parotides 3,4 centipoises pour les submandibulaires 13,4 centipoises pour les sublinguales.
pH
Globalement, la salive humaine a un pH approximatif compris entre 6,5 et 7,4.
N.B. Une stimulation de la sécrétion fait augmenter le pH.
Composition biochimique Compte tenu de sa riche composition en électrolytesSchneyer, L. H., Young, J. A., & Schneyer, C. A. (1972). Salivary secretion of electrolytes. Physiological reviews, 52(3), 720-777 |résumé et protéines, la salive pourrait un jour remplacer les prises de sang pour un certain nombre de paramètres.
Une première étape clé dans cette voie a été franchie avec le décryptage complet du protéome salivaire. 1166 protéines ont en effet été identifiées dans la salive .