La place du Capitole (en italien ) est une place monumentale située au sommet de la colline du Capitole à Rome. Elle s'élève sur l'Asylum, la dépression située entre l'Arx et le Capitolium, les deux sommets de la colline du Capitole ; en dessous se trouve le Tabularium, visible depuis le Forum romain. Malgré un premier abandon au Moyen Âge, le Tabularium, dès le , a été choisi comme siège de la commune. On accède à la place notamment grâce à la Cordonata capitolina.
Considérée comme l'une des plus belles places de Rome dès le Moyen Âge, elle a pris sa disposition actuelle au lorsque charge Michel-Ange de la rénover complètement à l'occasion notamment de la visite à Rome de l'empereur Charles Quint. La colline du Capitole contient peu de ruines anciennes au niveau du sol, car elles sont alors presque entièrement recouvertes de palais médiévaux et de la Renaissance. Le projet comprend la reconstruction des façades du palais sénatorial, construit quelques années plus tôt sur les ruines du Tabularium et du palais des Conservateurs au sud, la construction du palais neuf au nord et l'ajout de diverses sculptures et statues, dont la statue équestre de Marc Aurèle (aujourd'hui remplacée par une copie, l'originale ayant été transférée dans le musée à côté) placée au centre de la place, et celles représentant le Tibre et le Nil.
Ce fut jadis un important lieu de culte. Aujourd'hui, il abrite l'hôtel de ville de Rome, dans le Palais sénatorial.
Les musées du Capitole sont installés dans les bâtiments qui entourent la place, le Palais des Conservateurs et le Palais Neuf. Le Tabularium est accessible par le biais du musée.
Histoire
Moyen Âge En tant que caput mundi, la plus petite et la plus noble des sept collines de Rome est devenue le point focal de l'idéologie romaine du Moyen Âge. La fonction sacrée de la colline est effacée lorsque le « Sénat et Peuple de Rome », constitué en commune au , y installe son siège administratif. Mais le popolo, à savoir les grandes familles qui forment le conseil communal et qui s'élisent entre elles aux différentes administrations municipales, reste économiquement faible, et le rêve d'une restauration de l'antique République romaine s'évanouit au plus tard avec le retour des papes d'AvignonZöllner, Thoenes, ..
Le gouvernement de la ville est fermement sous contrôle papal, mais le Capitole est le théâtre de mouvements de résistance urbaine, tels que les scènes dramatiques de la république ravivée de Cola di Rienzo. En 1144, une révolte des citoyens contre l'autorité du Pape et des nobles conduit un sénateur à établir sa résidence officielle sur la colline du Capitole, sur les restes du Tabularium, où la famille Corsi disposait d'une forteresse reprise par le peuple romain. Le nouveau palais du sénateur tourne le dos à l'ancien forum, amorçant le changement d'orientation sur la colline que Michel-Ange accentuera plus tard. Une petite place est aménagée devant le palais du sénateur, destinée à des fins communales. Au milieu du , la cour de justice des corporations est construite à l'extrémité sud de la place. Celle-ci abritera plus tard les Conservateurs au .
L'espace ouvert non pavé devant est destiné aux réunions populaires et est flanqué de bâtiments destinés au quartier général des Banderesi, c'est-à-dire aux capitaines de la milice de la villeLuciana Finelli, Sara Rossi, Pienza tra ideologia e realtà, 1979. En conséquence, la place est déjà entourée de bâtiments.
Depuis , le grand trésorier de la Curie romaine est en même temps Governatore di Roma : les trois conservateurs, fonctionnaires suprêmes de l'exécutif élus par le conseil, lui sont subordonnés, tandis que le pouvoir juridictionnel est détenu par le sénateur nommé le pape. Le conflit d'intérêts s'installe sur la colline même, et cet état de fait associé aux faibles rentrées d'argent de la commune suffit à paralyser toute initiative architecturale.
En 1453, le pape demande à Bernardo Rossellino de construire le palais des Conservateurs, restructurant lourdement les maisons Banderesi pour créer le siège du nouveau pouvoir judiciaire. Rossellino crée un bâtiment avec un portique en plein cintre au rez-de-chaussée et une façade avec des fenêtres à croisées et des loggias couplées. L'orientation des bâtiments préexistants est conservée, suivant des intentions clairement de perspective, selon un principe de conception identique à celui que Rossellino mettra en œuvre à Pienza, créant un carré trapézoïdal. Les travaux de rénovation concernent également le palais sénatorial, mais sont interrompus par la mort du pape. Le palais des Conservateurs est presque entièrement démoli en 1540 par Michel-Ange ; l'arrangement du est documenté dans les dessins de Maarten van Heemskerck exécutés entre 1536 et 1538.
Contributions de Michel-Ange
Projets de
donne l'impulsion du renouveau. Son intérêt pour le Capitole semble d'abord motivé par des considérations purement privées : il se fait bâtir une villa d'été sur le sommet nord de la colline, dans la zone du couvent franciscain de Santa Maria in Aracoeli, reliée par diverses voies (rampes et escaliers) à ses quartiers résidentiels du palais de Venise comme au palais Sénatorial au forum romain. Cette entreprise vise aussi sans doute à rendre aux lieux une part de leur dignité antique et à transformer la place du Capitole en centre civil d'une Rome nouvelle qui reflèterait la restauration de l'autorité pontificale, à l'instar de toutes les villes italiennes qui se sont dotées d'un centre civiqueMurray, . Le pape Farnèse souhaite aussi un symbole de la nouvelle Rome pour impressionner Charles Quint, attendu à Rome en 1538 et aurait eu honte de l'état de la célèbre colline (depuis le Moyen Âge, l'endroit est dans un tel état d'abandon qu'il s'appelle aussi « Colle Caprino »", car il sert à faire paître les chèvresAujourd'hui encore, la pente raide qui monte au Campidoglio depuis le Vico Jugario s'appelle via di Monte Caprino. ). Les premières idées d'un réaménagement global de la colline du capitole remontent au début du pontificat de et datent donc d'après 1534Zöllner, Thoenes, .. La réalisation du projet va s'accomplir graduellement dans le champ de tensions entre le Saint-Siège et la commune, et jusqu'au , en toute une série de petites étapes apparemment dénuées de lien mais continuelles. Les grandes décisions de la planification ne sont pas documentées, et leur datation tout comme leurs auteurs restent à ce jour objet de controverses.
Conception de Michel-Ange Au faîte de sa gloire, Michel-Ange redessine complètement la place en 1534-1538, la représentant dans tous ses détails et la tournant non plus vers le Forum romain mais vers la basilique Saint-Pierre, qui représente le nouveau centre politique de la ville. Sous le Sénat gisent les vestiges du tabularium, et au nord, Santa Maria in Aracoeli est construite sur la roche tarpéienne, première pierre de Rome.
L'artiste s'est d'abord inscrit dans la physionomie de la « Roma moderna » par son projet pour le Capitole. Les premières conceptions de Michel-Ange pour la place et le remodelage des palais environnants datent de 1536. Son plan est très vaste. Il accentue le renversement de l'orientation classique du Capitole, dans un geste symbolique détournant le centre civique de Rome du Forum romain et plutôt en direction de la Rome papale et de l'église chrétienne symbolisées par la basilique Saint-Pierre. Ce demi-tour complet peut également être considéré comme le désir de Michel-Ange de répondre à la nouvelle section en développement de la ville plutôt que les ruines antiques du passé.
Michel-Ange doit mettre de l'ordre sur une colline irrégulière, déjà encombrée par deux bâtiments médiévaux en ruine, placés à angle aigu l'un par rapport à l'autre. Il conserve l'orientation oblique des bâtiments préexistants, obtenant un espace ouvert avec un plan légèrement trapézoïdal (le palais sénatorial et celui des Conservateurs forment un angle de 80 °), sur lequel il aligne les nouvelles façades afin d'agrandir la perspective vers la fuite visuelle constituée par le palais sénatorial.
Le plan de Rome établi par Leonardo Bufalini en 1551 restitue le nouveau schéma urbanistique, dont la conception remonte peut-être à la participation du patricien et humaniste romain Latino Giovenale Manetti, qui occupa plusieurs hautes fonctions communales sous . La participation de Michel-Ange peut être supposée, mais non prouvée.
Dans les conflits entre l'autorité communale et l'absolutisme étatique, Michel-Ange est volontiers rangé parmi les partisans des idéaux de liberté républicaine, mais l'artiste montre aussi des accointances avec le pape et voit les institutions municipales faire obstacle à ses intentionsK. Güthlein, Der Palazzo Nuovo des Kapitols, Römisches Jahrbuch für Kunstgeschicte, 1985.. Cela se traduit par une progression extrêmement laborieuse de ses travaux. Michel-Ange travaille sur le Capitole pendant 26 ans, plus longtemps donc qu'à aucune autre de ses œuvres architectoniques. Son rôle n'est pas ici celui du concepteur seul responsable d'un projet, rôle auquel il accorde par ailleurs tant d'importance : ce genre de fonction n'est pas prévu dans le cadre des institutions communales et le poste d'Architetto del Popolo Romano ne sera créé qu'après sa mortJ. Kempfer, Das Amt des Architetto del Popolo Romano, Francfort, 1997.. L'activité de Michel-Ange pour le Capitole n'a pas plus été évoquée ou commentée par l'artiste que par ses contemporainsZöllner, Thoenes, ..
La commande vise à transformer la place communale en mise en scène de la puissance et de l'autorité. Les dispositifs des forums impériaux de Rome, centrés autour de la statue d'un souverain, en particulier le forum de Trajan, sont présents comme modèles. Michel-Ange s'approprie et réalise en grand style les projets de . Si le Capitole est aujourd'hui encore le siège du gouvernement de la municipalité romaine, il ne laisse aucune place à l'action démocratique. En 1998, un décret du maire est venu interdire toute manifestation sur la place en raison « des valeurs culturelles qui en font un des lieux les plus prestigieux de Rome »Zöllner, Thoenes, .
Première phase : centre de la place, statue équestre de Marc Aurèle
Les contributions de Michel-Ange à la mise en forme de la colline peuvent être classées en trois phases. L'évènement principal de la première (1537-1538) est l'installation de la statue équestre de Marc Aurèle « secundum iudicium d. Michaelis Angeli sculptoris ». En transférant des statues antiques sur le Capitole, la commune de Rome avait voulu se donner une légitimité comme successeur du populus romanus ; le pape reprend cette tradition à son compte et la réinterprète en son sens : les bronzes antiques, incarnations des vertus bourgeoises ou républicaines, sont bannis à l'intérieur du palais des Conservateurs, à leur place vient se dresser une figure du souverain. L'innovation décisive réside dans l'investissement du centre de la place. Elle suppose que l'aire libre de forme trapézoïdale comprise entre le palais Sénatorial, le palais des Conservateurs et la basilique Santa Maria in Aracoeli soit perçue comme une place et intégrée dans le réseau des voies de circulation de la nouvelle ville. Un axe longitudinal résulte de la liaison entre le portail central (à créer) du palais Sénatorial à la Via Nuova Capitolina tracée ou projetée en 1535, laquelle, bifurquant de l'ancienne Via Papalis près de l'actuelle église du Gesù de Rome, devait relier en ligne droite le pied de la colline et la gravir sous forme d'une rampe. L'axe transversal partait de l'entrée du palais des Conservateurs, au-dessus de laquelle devait être placée la louve capitoline en bronze, pour aboutir à la niche centrale du mur de la terrasse à bâtir en contrebas d'Aracoeli.