vignette|300px|Cette œuvre, intitulée American Progress et peinte vers 1872 par John Gast, est une représentation allégorique de la « Destinée manifeste ». Dans cette scène, une femme angélique (parfois identifiée comme Columbia, la personnification du Progrès aux États-Unis du ), porte la lumière de la « civilisation » à l'ouest avec les colons américains, câblant le télégraphe dans son sillon. Les Amérindiens et les animaux sauvages fuient vers les ténèbres de l'ouest sauvage.

La « destinée manifeste » (.) est une expression apparue en 1845 pour désigner la forme américaine de l'idéologie calviniste selon laquelle la nation américaine aurait pour mission divine l'expansion de la « civilisation » vers l'Ouest, et à partir du dans le monde entier. Elle est surtout liée à la conquête de l'Ouest américain.

Cette croyance messianique en une élection divine (prédestination), qui est déjà présente chez les Pères pèlerins puritains arrivés en Amérique sur le Mayflower, est promue aux États-Unis dans les années 1840 par les républicains-démocrates, plus particulièrement par les « faucons » sous la présidence de James Polk.

Origine de l'expression

L’expression Manifest Destiny est apparue pour la première fois en 1845 dans un article du journaliste new-yorkais John O'Sullivan, paru dans le United States Magazine and Democratic Review, où il exhortait les États-Unis à annexer la république du Texas. O’Sullivan utilisa cette expression pour décrire le caractère « de droit divin » de l’irréversible colonisation du continent nord-américain par les Anglo-saxons de la côte EstHoward Zinn, Une Histoire populaire des États-Unis, 1980, Trad.fr. Agone 2002, .

Il déclare : .

La destinée manifeste des États-Unis est de repeupler le continent et d'y implanter leurs institutions, parce qu'elles sont supérieures à celles venues d'Europe. Cette Manifest Destiny implique pour eux une mission à remplir, une sorte de mystique de l'expansion, qui marquera culturellement et politiquement les États-Unis.

Le chapitre 9 verset 7 de la Genèse est l'argument biblique qui justifie la Destinée manifeste (« Quant à vous, soyez féconds et multipliez-vous, répandez-vous sur la Terre »).

Le de la même année, le président Polk annonce au Congrès que la doctrine Monroe devait être mise en œuvre sans concessions et que les États-Unis devaient s'étendre vers l'Ouest et atteindre la côte Pacifique.

Cette destinée manifeste s’accomplit essentiellement durant les années 1840, qui furent une période de croissance extraordinaire pour les États-Unis. En 4 ans, le territoire national s’est agrandi de 1,2 million de kilomètres carrés, soit une expansion de plus de 60 %. Ce processus fut si rapide que les Américains en vinrent à le percevoir effectivement comme un processus inexorable, la destinée manifeste de leur nation étant de dominer le continent, comme O’Sullivan l’avait prédit.

Les différentes manifestations de la Destinée manifeste ne font que refléter des tendances profondes de la société et de l'idéologie américaines, à savoir l'affirmation d'un messianisme qui puise son inspiration dans la certitude d'une mission à remplir. Mais son accomplissement et la réalisation des États-Unis sous leur forme moderne est également due à une série de causes économiques et sociales.

Roxanne Dunbar-Ortiz parle d'une «course à l'innocence».

Causes conjoncturelles thumb|A New Map of Texas, Oregon, and California, Samuel Augustus Mitchell, 1846.

La pression économique et sociale

L'idée de destinée manifeste avait de nombreuses raisons économiques et sociales de rencontrer un certain succès :

Pression à l'émigration dans l'Est Forte natalité dans l'Est pour pourvoir aux travaux agricoles. Forte pression migratoire en raison de la baisse du coût et du risque du voyage . Dépressions économiques dans l'Est de 1818, 1837, 1839 et 1841. L'impossibilité d'établir des colonies agricoles dans le Nord-Est (Vermont) Possibilités à l'Ouest Vastes territoires disponibles après la quasi-extermination des Indiens Découverte en 1811 d'un passage plus aisé à travers les montagnes Rocheuses dans le Wyoming. Découverte de gisements minéraux dans l'Ouest (de l'or en Californie en 1849 puis du pétrole).

Même si les États-Unis n’étaient pas à court de terres inoccupées, les expansionnistes avançaient l’argument qu’il était nécessaire de poursuivre la croissance de la République pour qu’elle survive. Ils voyaient l’abondance des terres comme garante d’une république prospère, et lançaient des avertissements contre la concentration des pouvoirs économiques et politiques. Pour eux, l’expansion territoriale, loin d’affaiblir la République, serait au contraire un moyen de la renforcer en fournissant des opportunités économiques illimitées pour les générations futures.

Les expansionnistes étaient renforcés dans leur conviction par l’urbanisation galopante, et l’explosion démographique due au fort taux de natalité et à l'afflux d'immigrants venant d’Europe. La population américaine est passée de plus de 5 millions en 1800 à plus de 23 millions en 1850. Il fallait donc s’étendre sur de nouveaux territoires pour répondre à cette croissance rapide. On estime qu’environ 4 millions d’Américains ont migré vers les territoires occidentaux entre 1820 et 1850. Ce mouvement a été encouragé par les dépressions économiques de 1818 et de 1839 qui ont poussé de nombreuses personnes à rechercher de quoi vivre sur la frontière.

Les sudistes se trouvaient parmi les champions les plus ardents de l’expansionnisme. De nouveaux États esclavagistes renforceraient le pouvoir politique du Sud à Washington et, tout aussi important, ils représenteraient un débouché pour sa population croissante d’esclaves.

En termes d’intérêts commerciaux américains, l’expansion offrait un plus grand accès à des marchés étrangers lucratifs. Les dirigeants de Washington, désireux d’entrer en compétition avec la Grande-Bretagne sur le marché asiatique, étaient convaincus depuis longtemps de l’intérêt stratégique et commercial de ports établis sur la côte ouest comme San-Francisco et d’autres ports de la Californie mexicaine. Cette volonté de tenir tête à la Grande-Bretagne jouera également un rôle moteur dans l’expansion de l’Union.

Un besoin d'affirmation face au Royaume-Uni

Les prétentions britanniques sur le nord-ouest du continent et leurs relations privilégiées avec le Mexique touchaient directement aux intérêts économiques et politiques des États-Unis en faisant peser la menace d’un contrôle de l’ancienne métropole sur la côte Pacifique.

À cette inquiétude s’ajoutait la peur des propriétaires d’esclaves : en effet, en 1843, les représentants des États du Sud dénoncent un complot britannique visant à abolir l’esclavagisme dans tous les états d’Amérique. Les États du Sud ont demandé l’annexion immédiate de la république du Texas pour garantir la sécurité des intérêts des planteurs dans les régions cotonnières de l’Amérique du Nord.

Cette crainte des desseins britanniques joua considérablement dans le sens de la Manifest Destiny. Au milieu des années 1840, les rumeurs du complot britannico-mexicain pour empêcher l’adhésion du Texas, et d’un plan du Royaume-Uni pour annexer la Californie donnèrent un caractère urgent à l’expansionnisme américain.

Élu en 1844, le président démocrate James Polk se dépêcha d’organiser l’annexion du Texas comme État, et décida de rejeter les revendications britanniques sur l’Oregon. Cette politique audacieuse aboutit à un compromis avec le gouvernement britannique à propos de l’Oregon, mais précipita les États-Unis dans la guerre avec le Mexique en 1846. Polk, qui avait fait de la Manifest destiny son thème de campagne, réalisa parfaitement son programme : tout l’Ouest américain a été annexé durant son mandat.

Les craintes américaines quant aux activités britanniques en Amérique du Nord diminuèrent considérablement dans les années 1850, les États-Unis ayant d’autres soucis : de nombreux Américains, préoccupés par la montée du conflit concernant l’esclavage, se désintéressèrent de la Destinée manifeste. Dans l’ensemble la question de manifest destiny et le mouvement expansionniste disparurent progressivement de l’agenda dans les années qui précédèrent la guerre de Sécession, qui posa la question de l’échec d’une politique expansionniste qui n’avait jamais fait l’unanimité.

L'influence de la religion

La Destinée manifeste et l'Amérique latine En Amérique latine, les États-Unis interviennent militairement en 1824 à Porto Rico, en 1845 et 1847 au Mexique, en 1857 au Nicaragua, en 1860 dans la province alors colombienne du Panama et à nouveau au Nicaragua. En 1847, les gouvernements du Chili, de la Bolivie, de l’Équateur, de la Nouvelle Grenade (Colombie) et du Pérou se réunissent à Lima pour envisager une réaction commune à cet interventionnisme.

En 1898, après avoir vaincu les troupes espagnoles, les forces armées américaines s'emparent de Porto Rico. Par le Traité de Paris du , l'Espagne doit également renoncer à Cuba et aux Philippines. Sous la pression de l'occupation militaire, Cuba doit incorporer à sa Constitution l'amendement Platt, approuvé par le Sénat américain en 1901. En vertu de celui-ci, La Havane reconnait le droit d'intervention des États-Unis pour « préserver l'indépendance cubaine », et maintenir un gouvernement protégeant « la vie, la propriété et les libertés individuelles ». En outre, le document précise que le gouvernement cubain vendra ou louera aux États-Unis le terrain nécessaire à l'établissement de dépôts de charbon ou de stations navales, donnant ainsi naissance à la base de Guantánamo. Interférant dans sa politique intérieure, ses institutions, son système électoral et son régime fiscal, les États-Unis interviennent militairement à Cuba en 1906, 1912 et 1917. Jusqu'en 1934, l'ile ne dispose pas de gouvernement souverain et constitue de facto un protectorat américain.

Au début du , les troupes américaines débarquent au Mexique, au Guatemala, au Nicaragua, en Colombie et en Équateur. En 1903, le Traité Hay-Bunau-Varilla accorde aux États-Unis, en échange de 10 millions de dollars, l'usage perpétuel du canal de Panama et une pleine souveraineté sur une zone profonde de huit kilomètres sur chacune de ses rives. Le traité confère par ailleurs des droits spéciaux à Washington en temps de guerre, faisant pratiquement du Panama, sur le plan militaire, un nouvel État de l'Union. Au Nicaragua, les États-Unis interviennent militairement en 1912 pour vaincre la résistance des libéraux, qui refusaient de reconnaitre un accord permettant aux États-Unis de disposer d'un contrôle sur les finances du pays. Placé au pouvoir par l'armée américaine, le conservateur Adolfo Díaz signe cet accord. L'armée américaine reste présente treize ans au Nicaragua, entre 1912 et 1925.

Au Honduras, les États-Unis interviennent en 1903, 1905, 1919 et 1924, généralement pour restaurer l'autorité de gouvernements menacés par des rébellions. En 1915, un corps expéditionnaire est déployé à Haïti. Pour vaincre les rébellions nationalistes, la loi martiale est proclamée sur l'ensemble du territoire. La même loi martiale imposée en République dominicaine, où la Convention du permet aux États-Unis d'administrer les douanes et de distribuer leurs revenus aux créanciers étrangers.

Cette politique interventionniste est abandonnée dans les années 1930 par Franklin D. Roosevelt. Nombre de régimes autoritaires stables sont soutenus, voire implantés, par les États-Unis : Rafael Leonidas Trujillo en République dominicaine, Juan Vicente Gómez au Venezuela, Jorge Ubico Castañeda au Guatemala, Tiburcio Carías Andino au Honduras, Fulgencio Batista à Cuba, et Anastasio Somoza García au Nicaragua.

Expansionnisme dans le Pacifique