Une controverse scientifique peut être définie comme un débat, amiable ou non, opposant des personnalités ou des groupes au sein de la communauté scientifique ou ses observateurs (épistémologues, philosophes des sciences, sociologues des sciences, journalistes…) sur un point de théorie scientifique ou sur les faits historiques ou philosophiques devant être associés à cette théorie. Toute controverse scientifique est par nature conflictuelle. Mais elle représente un type particulier de conflit en ce que l'opposition y est théoriquement bornée par les principes de la méthode scientifique, qui circonscrivent un consensus relatif sur le système de probation et d'argumentation.

L'histoire des sciences ; elle est donc jalonnée de controverses, dont certaines sont restées célèbres, comme le débat qui opposa Bohr à Einstein sur la véritable nature de la mécanique quantique, sa complétude, son lien au réel et son interprétation..

Si les controverses scientifiques font évoluer la science, qui est par nature réfutable, elles contiennent aussi .

Certaines controverses scientifiques sont liées à la « paternité » d'une découverte ou d'une invention, comme c'est le cas — exemple célèbre — de l'invention du calcul différentiel, controverse où l'on cherche à établir qui, d'Isaac Newton ou de Gottfried Wilhelm Leibniz, fut le premier à le décrire et à l'utiliser. Controverse à laquelle prirent part amplement les deux protagonistes et ., et qui s'éteindra dans la suite de l'histoire des mathématiques, laquelle conclut aujourd'hui que les deux mathématiciens l'ont développé plus ou moins indépendamment, dans des contextes et pour un usage fort différents, et que de toute manière on en retrouve les prémices dès Archimède () ! Plus près de nous, en 1984, on peut citer la controverse sur la paternité de la découverte du virus VIH responsable du sida, qui opposa le français Luc Montagnier à l'américain Robert Gallo, controverse d'autant plus "virulente" qu'elle était majorée par l'importance des enjeux financiers.

Approches sociologiques de la controverse en sciences Selon certains sociologues, elle peut résulter, au pire, en la création de faux espaces délibératifs occultant les points de vue véritablement dissidents et, au mieux, à des forums dits « hybrides », où scientifiques et non-scientifiques interviennent.

On a proposé de ce phénomène la définition suivante : D. Raynaud, Sociologie des controverses scientifiques, Paris, Editions Matériologiques, 2018, ..

Selon cette définition, un débat sur les sciences ou les techniques dans l'espace public ne constituerait pas une controverse scientifique s'il ne pose pas de problème particulier du point de vue scientifique. Le débat doit naître dans l'univers scientifique, le « forum constitutif », pour constituer une controverse scientifique au sens strict.

La sociologie des sciences insiste sur le fait que les controverses scientifiques ne portent pas seulement sur l'interprétation d'un phénomène donné, mais aussi et surtout sur le changement intellectuel que cela implique, non seulement sur le développement de la science, mais aussi du milieu social qui l'entoure. La controverse scientifique joue alors un rôle central entre ceux qui font la science et ceux qui dépendent de ses résultats..

Il existe des controverses en sciences, en politique, et en éthique. Les premières sont généralement perçues comme étant résolues par des appels aux faits, et par un raisonnement rigoureux les concernant. Les controverses politiques le sont par la négociation, et les problèmes éthiques relèvent des deux à la fois.

La plupart des controverses scientifiques recouvrent largement des aspects éthiques et socio-politiques, aussi il arrive souvent que les trois genres de controverses soient étroitement reliées. Dans ce cas, on n'a pas affaire à une seule controverse purement scientifique, mais à une controverse hybride où se surajoutent à la controverse scientifique plusieurs niveaux ou domaines de discussion.

Types de controverses scientifiques Controverse scientifique pure C'est celle qui oppose des scientifiques pour déterminer l'admissibilité d'une théorie nouvelle ou quelle théorie doit être retenue parmi des théories concurrentes apparues à des moments proches.

Une controverse de ce type peut être tranchée par une expérience dont les deux parties sont d'accord avec la démonstration théorique prouvant qu'elle a bien différents résultats suivant quelle est la théorie exacte.

Controverses sur l'interprétation d'une théorie vignette|Bohr et Einstein chez Paul Ehrenfest (11 décembre 1925). Dans certains cas, c'est l'interprétation d'une théorie, en particulier d'un point de vue philosophique, qui crée le débat. Dans ce cas, il peut se révéler impossible de trancher définitivement.

L'opposition entre Albert Einstein et Niels Bohr sur la mécanique quantique est un exemple célèbre; il s'agissait en fait d'une controverse mixte, car le paradoxe EPR permit de départager les protagonistes en partie, mais le réalisme d'Einstein n'est pas entièrement réfuté.

Le sens prêté à une théorie scientifique d'un point de vue de la philosophie est également déterminant. André Metz dit avoir beaucoup peiné à convaincre les philosophes que la théorie de la relativité n'était pas absurde d'un point de vue philosophique. Certains chercheurs étaient en partie guidés dans leurs travaux par des considérations philosophiques : Paul Dirac par exemple recherchait en priorité l'élégance mathématique. Mais malgré toute sa beauté mathématique (aux yeux de Dirac) son équation ne pouvait s'imposer sur ce seul critère, mais parce qu'elle expliquait mieux les expériences que les précédentes équationsIl était sept fois la révolution, Albert Einstein et les autres, Étienne Klein..

Controverses sur les faits expérimentaux Selon Thomas Samuel Kuhn, l'activité scientifique normale (ou science normale) est fondée sur la présomption que la communauté scientifique sait comment est constitué le monde.. C'est pourquoi la communauté scientifique sera portée à occulter toute nouveauté, toute anomalie, propre à ébranler ses convictions de base.

Ce n'est que quand les spécialistes ne peuvent ignorer plus longtemps de telles anomalies que commencent les investigations extraordinaires (la science extraordinaire) qui les conduisent à un nouvel ensemble de convictions : un nouveau paradigme. Les observations faites par Kuhn du comportement de la communauté scientifique montrent que, face à une anomalie, les savants préféreront élaborer de nouvelles versions et des remaniements ad hoc de leurs théories, si du moins ils acceptent l'existence même de l'anomalie comme telle.

Controverses sur l'histoire des sciences Les controverses sur l'histoire des sciences sont le plus souvent des disputes en paternité. L'histoire du calcul infinitésimal fournit un exemple de revendications opposées de deux savants. À l'inverse, la controverse sur la paternité de la relativité n'est pas l'œuvre des intéressés.

La pratique scientifique moderne, malgré sa transparence à tous les niveaux (les avancées sont systématiquement publiées, ou placées comme « prépublication »), n'a pas mis fin à ces controverses. L'énergie noire donne un exemple pour la fin du ..

Le comité Nobel norvégien joue un rôle très important dans les disputes en paternité. La remise d'un prix Nobel pour une découverte valide qu'il en est l'auteur selon le comité. Le comité peut d'ailleurs codécerner le prix aux différents acteurs, trois au maximum (ce qui pose régulièrement problème dans le cas d'un travail collaboratif). La remise du prix n'éteint pas systématiquement les controverses, les participants aux controverses n'hésitant pas à critiquer le comité lui-même. La controverse sur la paternité de la relativité est un exemple dans lequel le rôle du comité est assez difficile à interpréter, puisque le comité n'a tout simplement décerné aucun prix sur le sujet.

Autres polémiques Pour un historien des sciences, les questions relatives à la vie des chercheurs peuvent également faire l'objet de débats. Récemment s'est ouvert celui sur le destin de Lieserl Einstein.

Résolutions des controverses scientifiques Selon , les controverses scientifiques peuvent se distinguer par leur mode de résolution, qu'il appelle clôture ou closure en anglais. : argumentation validée : une position reconnue correcte et son opposition est rendue incorrecte ; consensus : une position majoritaire d'experts est dite meilleure et son opposition parait incorrecte ; procédure : par consensus formalisé pour mettre un terme à la controverse ; mort naturelle : la controverse disparait d'elle-même (absence de pertinence, perte d'intérêt...) ; négociation : l'ensemble des acteurs de la controverse s'accordent pour trouver une solution acceptable par et pour tous. propose une classification en trois types : résolution : quand un accord est atteint selon les critères scientifiques standards ; clôture : quand la controverse se termine par argument d'autorité, voire par empêchement ou contrainte ; abandon : quand la controverse n'a plus d'acteurs qui s'y intéressent.

Le point de vue de la sociologie des sciences Pour les sociologues des sciences, l’étude d’une controverse scientifique permet d’ouvrir la « boîte noire » que tend à devenir tout contenu scientifique une fois construit et accepté.

La controverse, productrice de connaissances Les grands débats qui, de Galilée à nos jours, en passant par Darwin et Freud, ont jalonné l’histoire des sciences, ont suscité l’idée que la controverse permettrait, par l’échange raisonné entre des acteurs désintéressés, de faire émerger d’une situation problématique une réponse objective, parce que la meilleure possible.

Jürgen Habermas (1999) défend la position qu’une vérité est toujours de nature intersubjective. Une vérité est une prétention à la validité qui doit, non seulement affronter le monde objectif des choses, pour vérifier qu’elle y résiste, mais s’imposer au sein d’une communauté humaine. C’est pourquoi l’information qui résulte de la discussion et du débat est la plus décisive. La théorie de l'acteur-réseau, en accordant une importance centrale aux controverses comme processus de construction collective des savoirs, notamment à travers la figure des « forums hybrides », se situe dans le prolongement de cette tradition. L’intérêt de l’approche de Bruno Latour, Michel Callon, Madeleine Akrich, Pierre Lascoumes, pour ne citer que les plus connus des auteurs de ce courant, est d’avoir souligné que la controverse n’était pas à concevoir négativement, comme une irruption malvenue du politique dans la science, mais comme un processus positif de production collective, non seulement des décisions politico-économiques, mais également des connaissances, pouvant amener à des avancées scientifiques fondamentales, et en tout cas à l’émergence de paradigmes rendant possibles ces avancées.