Pierre-Marie Perier de la Bizardière (né à Laval et mort le ) est un navigateur français. Il effectue au un voyage aux Antilles.
Origine Fils d'une ancienne famille lavalloise, il a l'intention de passer aux Isles pour y faire fortune dans le commerce. Ses parents s'adressèrent à Nantes à M. Duchemin-Favardière, Lavallois lui-même, pour obtenir les renseignements utiles. Dans sa réponse celui-ci indique en détail les conditions dans lesquelles une entreprise pareille pouvait s'exécuter avec fruitIl fallait pour les frais de passage à la table du capitaine et des officiers, 300 livres. Un matelas et une couverture, 18 livres. Un coffre pour les hardes, 10 livres. Argent de poche, pour vivre à Nantes et à l'île d'Aix, 150 livres. Vestes, culottes, bonnets de toile ou bazin, beaucoup de chemises et tours de col. Vêtements de laine, le passage se faisant en hiver. Un habit d'été suffit, parce qu'on est presque toujours en veste. Avec 1000 livres on peut faire 3000 livres de vente. La pacotille doit comprendre : Des souliers et surtout des escarpins bien faits. Des toiles blanches en grandes pièces de 80 à 100 aunes, de 24 à 25 sols l'aune. Quelques pièces de toile grise en moindre quantité, de 22 à 23 sols l'aune. Des chemises garnies, bien travaillées, avec de belle batiste. Voilà les bons articles en tous temps.M. Duchemin ajoute les conseils suivants : « L'occupation de M. de la Bizardière, fils, en arrivant aux Isles, sera de chercher une pension médiocre, et de chercher à vendre sa pacotille et à se placer le plus tost qu'il pourra chez quelque négociant, quand même il n'y gagneroit que sa nourriture, car les pensions sont de 1200 livres au moins. S'il estoit un peu entendu, il pourroit acheter en gros et revendre en détail et peu à peu se faire connoistre et grossir son commerce. Il ne peut passer aux Isles sans pacotille, attendu qu'il luy faut de quoy vivre en arrivant et se faire soigner en cas de maladie. Je ne sais quand le convoi partira, ce ne sera, suivant les apparences, que vers le mois de février » (1746)..
Le , le père du jeune voyageur recevait de Paris une lettre d'un ami et concitoyen, nommé Anceny des Touches, établi à Saint-Domingue, qui lui donnait sur la vie aux colonies de nouveaux renseignements« Vous choisissez, lui dit-il, un temps très critique par rapport à la guerre qui rend la vie dure dans cet endroit, étonnamment et de toutes manières, tant par la cherté des vivres que pour le service du roy que les habitants sont obligés de faire pour la sûreté du pays, pour ne pas se laisser surprendre par quelques descentes des ennemis, qui croisent de toutes parts nos mers et nos costes de St-Domingue, et la mer est couverte de vaisseaux britanniques en ce pays, ce qui oblige les habitans à estre jour et nuit sous les armes, ayant voulu éprouver de faire plusieurs descentes en différents endroits de l'isle, où ils ont toujours esté repoussés, Dieu merci ; sans quoy il nous seroit arrivé la mesme chose qu'au Cap-Breton, qu'ils ont pris faute de précautions. « La qualité de bon concitoyen m'ouvre toujours les moyens d'avoir le plaisir de vous offrir mes services pour M. vostre fils, dans les quartiers où je suis étably à St-Domingue … Mais trouvez bon, Monsieur, que je vous fasse observer que, lorsque nous prenons le party d'éloigner nos enfans de nous pour les envoyer en pays étranger, pour y faire fortune, il faut leur connoistre du talent convenable pour le pays où on les destine ; autrement il est bien difficile qu'ils fassent quelque chose de bien satisfaisant pour un père qui aime tendrement ses enfants. « Premièrement, il faut qu'ils sachent écrire très proprement, et tenir les livres de commerce en partie double, et les changes étrangers. Avec cela, il faut une pacotille pour l'ayder à subvenir à ses besoins au cas de maladie, car on en éprouve de grandes dans les commencements qu'on arrive sous les pluyes (?). Il y a un tribut à payer qu'on nepeut guère éviter, où les deux tiers y succombent souvent. Il est bien difficile de commencer et pouvoir faire un peu de commerce avec rien, et avec un peu d'aide on établit sa petite fortune, qui s'augmente tous les jours quand on a du talent. « D'autres ont le talent du barreau pour se faire avocat ou procureur. C'est encore un état, quand on est habile et savant, à faire fortune, une fois qu'on s'est fait connoistre, par quelques bons ouvrages qu'on a suivy. Plusieurs ont le talent des mécaniques ou des arts, ce qui est encore fort propre au pays, et quand on sçait un peu de toutes ces choses on fait souvent sa fortune avec fort peu de choses, moyennant cependant un petit commencement. Sans cela, qui va aux Indes avec rien court risque de s'en revenir de mesme ou d'y crever de misère et de chagrin de ne pouvoir réussir… ». Les renseignements qui venaient à la famille, de tous côtés, sur les dangers de l'entreprise, n'étaient pas encourageants. Une parente, la dame Hubaudière du Tertre, de Vitré, écrivait elle aussi sur le sujet« Une demoiselle (qui fait souvent des envois de bas de Vitré pour les colonies) m'a dit qu'elle se surprenoit que vous voulussiez risquer d'envoyer un jeune homme dans un temps aussi fâcheux que celui-cy, où les plus expérimentés perdent une bonne partie de ce qu'ils ont gagné et d'autres sont pris, qui perdent tout à la fois. Mon neveu a été à l'Amérique d'où il est revenu gueux. Son voyage m'a bien coûté cent pistoles. Il m'a dit que les toiles, les bas, les fichus de bas prix, et des toiles de coton à carreaux en pièces dont ils font, là, des chemises, des couteaux, étoient de bonnes pacotilles. Si vous vous déterminez de l'envoyer, malgré les dangers, et que vous veuilliez des bas, vous aurez la bonté de le marquer de bonne heure, afin que l'on puisse mieux faire. Si vous n'avez aucune connoissance dans ces pays-là à qui recommander votre fils, il sera à plaindre ; mon neveu y avoit un cousin à Leoganne, qui l'avoit demandé, il passa avec un monsieur et une dame d'icy qui y avoient passé plusieurs années, et, malgré tout cela, il n'a rien fait. Ce cousin, qui étoit un monsieur Seré, y a, à la fin, tout perdu et a été pris en s'en revenant et est mort en Grande-Bretagne. Ainsi faites bien vos réflexions. ».
Le départ Le jeune Pierre-Marie Perier ne partit pour Nantes qu'en 1747 et il n'y arriva, dans les premiers jours de janvier, qu'avec de grandes difficultés, les chemins étant en mauvais état et les eaux débordées, et après avoir été rançonné par les maîtres de poste, qui prétendaient que la messagerie seule avait droit de porter des malles.
Pierre-Marie Perier et le jeune du Boulay, son compagnon de voyage, étaient revenus à Laval après leur arrivée à Nantes dans les premiers jours de janvier. M. Duchemin-Favardière, de Nantes, écrit le qu'ils peuvent venir vers le ; que le convoi partira dès que la frégate du Roi sera arrivée ; que M. Pinard, armateur, avait bien voulu se relâcher de 50 livres sur le prix de la pension. Le , le jeune voyageur, agissant sous l'autorité de Pierre-Charles Perier, sieur de la Courteille, son oncle et son curateur, lui donne une procuration générale pour le temps de son absence. Il était arrivé à Nantes dans les premiers jours de février 1746 et était reçu favorablement par M. Pinard, l'armateur, qui promettait de le recommander chaleureusement. À la fin d'une lettre qu'il écrit à la famille Perier, le , M. Pinard rend ainsi compte d'une avarie considérable subie par sa flottille« J'avais commencé la présente lorsqu'on vint me dire le malheur arrivé à tous les navires par un coup de vent très violent. Je fus obligé de cesser ma lettre pour aller voir à y remédier. Je réparerai ce mal en peu, et je serai prêt pour le convoy. Quoique des moins maltraités, cette avarie me coûtera un couple de mille livres. ».
Pierre-Marie Perier, qui avait peut-être eu quelques torts à se reprocher, ne semble pas avoir été bien vu dans sa famille. À peine ose-t-il écrire à ses parents. Son frère, à qui il demande des nouvelles des siens par toutes les postes, ne lui répond même pas. Toutefois, le , sur le point de quitter la terre de France, il se hasarde à écrire respectueusement à son oncle, chanoine de Saint Tugal de Laval, pour se recommander à ses bontés et à ses charitables prières. M. Duchemin-Favardière, à qui le jeune émigrant avait fait une impression favorable, paraissant « déterminé à s'avancer, » lui avait donné quatre lettres de recommandations et lui en avait procuré trois autres pour M. Rodrigues, procureur spécial de l'habitation. Il l'avait spécialement adressé à M. Leroux, qui, en effet, le reçut chez lui.
Le voyage à Saint-Domingue