vignette|Pyrite Octaèdre - Mines de Huaron, Pérou (8×) La pyrite est une espèce minérale composée de disulfure de fer (), polymorphe de la marcassite ; elle contient généralement des traces de métaux précieux comme de l'argent (Ag) et de l'or (Au), ainsi que des traces de métaux lourds et métalloïdes toxiques nickel (Ni), cobalt (Co), arsenic (As), cuivre (Cu), zinc (Zn), thallium (Tl), sélénium (Se) et vanadium (V), et qui rendent son exploitation en tant que minerai très polluante.

Historique de la description et appellations

Inventeur et étymologie

Le terme pyrite est attribué à Dioscoride ; il en fait la première mention connue en l'an 50. La pyrite fut remarquée des anciens pour les étincelles qu'elle produit sous les chocs. Le terme provient du grec – , littéralement « pierre à feu ».

Topotype Le topotype de cette espèce minérale n'est pas référencé.

Synonymes Il existe de très nombreux synonymes pour cette espèce« Index alphabétique de nomenclature minéralogique » BRGM : fer sulfuré (Haüy) ; hépatopyrite ; or des fous (terme commun avec la chalcopyrite) ; durant la ruée vers l'or, la méconnaissance et le désespoir de bien des mineurs les menèrent à confondre la pyrite et la chalcopyrite avec l'or à cause de leur éclat et leur couleur ; paradoxalement, la pyrite contient des traces d'or (l'arsenic et l'or sont des éléments qui entrent dans la structure de la pyrite via une substitution couplée), le métal précieux prospecté dans les sédiments provenant notamment de la diffusion de son élément chimique hors du minéral de pyrite pendant des millions d'années ; Pyrit (Haidenger) ; pyrites ; Schwefelkies (Werner) ; sidéropyrite ; tombazite ; xanthopyrite.

Caractéristiques physico-chimiques

Critères de détermination Du point de vue macroscopique, les cristaux de pyrite prennent souvent des formes dodécaédriques aux faces pentagonales appelé pyritoèdres. De façon générale, la pyrite forme des cristaux d'habitus cubique, octaédrique ou pyritoédrique, dont les faces peuvent être striées.

D'éclat métallique brillant et opaque, la pyrite a une couleur dorée pâle. Son trait est vert-noir à marron et dégage une odeur de soufre.

Sa dureté est entre 6 et 6,5 sur l'échelle de Mohs. Sa cassure est irrégulière et parfois conchoïdale.

Les macles des pyritoèdres sont dites en « croix de fer ». La pyrite est souvent maclée sur , par interpénétration (croix de fer) et sur .

La pyrite est faiblement soluble dans l'acide nitrique. Elle devient magnétique lorsqu'elle est chauffée ; lors de la fusion entre et , elle forme une boulette magnétique.

Variétés Arsenian pyrite : pyrite contenant 3 % d’arsenic. Les cristaux de cette variété ont la particularité d’avoir des faces incurvées ou mal formées. Elle s’est rencontrée en France dans la mine de Salsigne dans l’Aude (gisement épuisé) et dans de nombreuses autres localités dans le monde. Ballesterosite : variété riche en zinc et en étain trouvée à Riego Rubio, Ribadeo, Lugo, Galice, Espagne. Cette seule occurrence mondiale suggère que cette « variété » soit en fait un simple synonyme de la pyrite. Bravoïte (synonyme de mechernichite) : espèce décrite par Hillebrand en 1907 et dédiée au minéralogiste péruvien Jose J. Bravo (1874-1928). Cette espèce est déclassée au rang de variété par l’IMA. Il s'agit d'une pyrite nickélifère de formule (Fe,Ni)S. Il existe une sous variété : l’hengleinite, de formule (Ni,Fe,Co)S, connue à Müsen (Allemagne). La bravoïte possède plusieurs occurrences dans le monde. En France elle est connue dans la vallée d'Aure, Beyrède-Jumet, Hautes-PyrénéesC. Gourault, « Indice de Beyrède-Jumet (Hautes-Pyrénées) », dans Le Cahier des Micromonteurs, vol. 2, 1998, , à Malepeyre, Lubilhac, Haute-LoirePierre G. , Étude minéralogique et métallogénique du district filonien polytype de Paulhaguet (Haute-Loire, Massif Central français), thèse de doctorat, Orléans, France, 1989 et dans plus de cinquante autres gisements. Cayeuxite : variété de pyrite riche en As, Sb, Ge, Mo, Ni et autres métaux, se présentant sous forme de nodules polymétaliques du crétacé inférieur. Elle est dédiée au minéralogiste français Lucien Cayeux Zbigniew Sujkowsrki, « The nickel bearing shales in Carpathian Flysch », dans Arch. Mineral. Warsaw, vol. 12, 1936, . Cobalt-nickel-pyrite : variété contenant de 2 à 3 % de cobalt et 2 à 6 % de nickel, de formule 4[(Fe,Ni,Co)S]. Cobaltoan pyrite : variété cobaltifère de pyrite de formule (Fe,Co)S. Il existe de nombreuses occurrences à travers le monde.

Cristallochimie Elle forme une série avec la cattiérite CoS. Il existe un polymorphe de la pyrite : la marcassite. La pyrite sert de chef de file à un groupe de 19 espèces isostructurelles selon la classification de Strunz : le groupe de la pyrite. + Groupe de la pyrite Minéral Formule Groupe ponctuel Groupe d'espace Pyrite Fe[S] m Pa Cattiérite Co[S] m Pa Vaesite Ni[S] m Pa Penroséite (Ni,Co,Cu)Se m Pa Trogtalite CoSe m Pa Villamaninite (Cu,Ni, Co,Fe)S m Pa Fukuchilite m Pa Krutaïte CuSe m Pa Hauérite Mn[S] m Pa Laurite Ru[S] m Pa Aurostibite AuSb m Pa Krutovite Ni[As] m Pa Sperrylite Pt[As] m Pa Géversite Pt(Sb,Bi) m Pa Insizwaïte Pt(Bi,Sb) m Pa Erlichmanite OsS m Pa Dzharkénite Fe[Se] m Pa Gaotaiite m Pa Mayingite IrBiTe m Pa voir aussi :en:Pyrite group.

Cristallographie La pyrite cristallise dans le système cristallin cubique, de groupe d'espace Pa (Z = 4 unités formulaires par maille), avec le paramètre de maille = (volume de la maille V = , masse volumique calculée = )ICSD No. ; .

Elle est constituée d'ions fer(II) Fe et d'ions disulfure S, autrement notés S-S. La structure de la pyrite est apparentée à celle de la halite NaCl. Les ions Fe forment un réseau cubique à faces centrées, comme les ions Cl de la structure NaCl. Les ions disulfure constituent des bâtonnets S-S dont le centre est en position intermédiaire de la maille cubique face-centrée, c'est-à-dire dans la position des ions Na de NaCl. + Coordonnées des ions dans la structure de la pyrite Ion Positionde Wyckoff Symétrieponctuelle Dans l'unitéasymétrique Par l'application des opérationsde symétrie du groupe d'espace Fe 4a .. 0 0 0 0 1/2 1/2 1/2 0 1/2 1/2 1/2 0 S-S 4b .. 1/2 1/2 1/2 1/2 0 0 0 1/2 0 0 0 1/2 S 8c .3. 0,38 0,38 0,38(coordonnéesarrondies) 0,12 -0,38 0,88 -0,38 0,88 0,12 0,88 0,12 -0,38 -0,38 -0,38 -0,38 0,88 0,38 0,12 0,38 0,12 0,88 0,12 0,88 0,38

Les bâtonnets S-S sont inclinés de 54,74° par rapport aux axes du cube, de telle sorte que : les cations Fe sont en coordination octaédrique, entourés d'anions S, avec une longueur de liaison Fe-S de ; les ions S (extrémité des bâtonnets d'ions disulfure S-S) sont en coordination tétraédrique, chaque S étant entouré de trois ions Fe à distance et de l'autre ions S du pont disulfure à distance ; la longueur des liaisons S-S est . La variabilité de cette longueur dans la famille des pyrites est interprétée comme un écart à une structure purement ionique.

Gîtes et gisements

Gîtologie et minéraux associés La pyrite peut être d'origine sédimentaire, magmatique, métamorphique ou hydrothermale. On la trouve également dans certaines météorites.

En particulier, les sols schisteux et argileux sont susceptibles de contenir des pyrites en milieu pauvre en oxygène, par action de bactéries sur de la matière organique. Le point de départ de cette minéralisation se trouve dans la production d'hydrogène sulfuré par les bactéries protéolytiques qui dégradent les protéines ou par les bactéries sulfato-réductrices qui décomposent les sulfates (produits issus de la décomposition des protéines) en hydrogène sulfuré. D'autres bactéries réduisent les hydroxydes ferriques (hydroxydes issu des roches ou de la matière organique) et libèrent les ions ferreux dans le milieu ambiant. En se combinant avec le fer, l'hydrogène sulfuré conduit à la précipitation de sulfures de fer, précurseurs de la pyrite. Lorsque la pyrite a une origine sédimentaire, elle constitue le minéral authigène caractéristique des environnements marins anoxiques riches en matière organique..

Gisements producteurs de specimens remarquables Espagne Mina Ampliación a Victoria, Navajún, La Rioja Miguel Calvo Rebollar, Minerales y Minas de España. Volumen II. Sulfuros y sulfosales, Museo de Ciencias Naturales de Álava, 2003, 703 p.. Belgique (Région wallonne) Mine du Rocheux à Theux-Oneux (fin d'exploitation en 1880). France Mines de Batère, Corsavy, Arles-sur-Tech, Pyrénées-OrientalesC. Berbain, G. Favreau et J. Aymar, Mines et Minéraux des Pyrénées-Orientales et des Corbières, Association Française de Microminéralogie, 2005, . Carrière de talc de Trimouns près de Luzenac dans l’AriègeDidier , P. , « Le Gisement de talc de Trimouns », in Monde et minéraux, , avril 1987, .. Mine de Saint-Pierre-la Palud (Rhône), exploitée jusqu'en 1972.

Italie Cantiere Vigneria, Miniera di Rio (Miniera di Rio Marina), Rio Marina, Île d'Elbe, Toscane P. Orlandi et A. Pezzotta, I minerali dell'Isola d'Elba. I minerali dei Giacimenti metalliferi dell'Elba orientale e delle Pegmatiti del Monte Capanne, Novecento Grafico, Bergamo, 1997, 245 p.. Pérou Mines de Huaron, San Jose de Huayllay District, Cerro de Pasco, Daniel Alcides Carrión Province, Pasco Department. Slovaquie Banská Štiavnica baňa (ex Schemmittz), Banská Štiavnica, Banská Štiavnické rudné pole, Štiavnické vrchy, Banskobystrický Kraj M. Haber, S. Jelen, E.L. Shkolnik, A.A. Gorshkov et E.A. Zhegallo, « The participation of micro-organisms in the formation of todorokite from oxidation zone (Terézia Vein, Banskà Stiavnica deposit, Slovak Republic) », dans Acta Miner. Petr., vol. 1, 2003..

Exploitation des gisements

Utilisation La pyrite est exploitée aussi bien comme source de soufre que de fer. Cette industrie très polluante tend cependant à être remplacée par d'autres procédés. En 1985, 18 % du soufre produit était obtenu à partir de ce minerai. La quantité extraite est de moins de 8 % plus tard, soit de tonnes extraites par an, dont rien qu'en Chine. Elle n'est pas utilisée comme source de fer pour la fabrication de l'acier car le coût d'extraction est supérieur par rapport à celui de l'hématite () ou à la magnétite (). L'extraction du fer à partir de la pyrite permet également l'obtention d'une fonte, qui doit cependant être soufflée à l'oxygène pour éliminer le soufre en solution. Les derniers procédés de biolixiviation ont permis l'extraction du chrome à partir de la pyrite.

Elle reste le minerai de base de la fabrication de l’acide sulfurique par le procédé des chambres au plomb. Elle est exploitée dans beaucoup de gisements pour le traitement métallurgique des poudres (pelletisation) dans la production de l'or, du cuivre, du cobalt, du nickel…

Le récepteur à pyrite connu sous le nom de poste à pyrite est un récepteur radio à modulation d'amplitude extrêmement simple qui historiquement permit la réception des ondes radioélectriques pendant la Seconde Guerre mondiale.

La pyrite a aussi servi comme pierre à feu Rob Davis, Marcus Hatch, Sally Hoare et al., Earliest evidence of making fire, Nature, 10 décembre 2025, doi.org/10.1038/s41586-025-09855-6 : en témoigne sa présence dans un petit sac, retrouvé sur la momie d'Ötzi, accompagnée d'amadou et de silex.

Problèmes sanitaires et environnementaux Son utilisation dans le remblai autour des fondations de diverses constructions, notamment au Québec et accidentellement comme composant pour le béton à Trois-Rivières, a été à l'origine de critiques en raison de l'affaiblissement des fondations dû aux fissures provoquées par gonflement. Ce gonflement est produit par la réaction de la pyrite avec l'eau, l'air et la chaux () du béton. Les solides produits, hydroxyde ferrique () et gypse (), sont plus volumineux que les réactifs solides car ils incorporent les atomes des fluides réactifs ; eau () et dioxygène () . 4 + 15 + 14 + 8 → 4 + 8 .