Rafiq Hariri ou Rafic Hariri (en ), né le à Saïda et mort assassiné le à Beyrouth, est un homme d'affaires et homme d'État libanais, président du Conseil des ministres à deux reprises.
Musulman sunnite, il fait fortune en Arabie saoudite, pays dont il possède la nationalité, puis au Liban, avant de diriger cinq gouvernements au Liban entre 1992 et 2004, notamment de 1992 à 1998 puis de 2000 à 2004.
Son assassinat spectaculaire en 2005 est à l'origine de la révolution du Cèdre, qui conduit au départ des troupes syriennes du Liban.
Biographie Jeunesse, famille et vie privée Fils d'un ouvrier agricole, il effectue ses études à Saïda, puis il obtient un diplôme de hautes études commerciales de l'université arabe de Beyrouth en 1964. Il milite quelque temps au sein du Mouvement nationaliste arabe de Georges Habache. Père de sept enfants, il se marie à deux reprises, d'abord avec Nida Bustani en 1965, Irakienne dont il divorce par la suite. Il a 3 fils avec cette dernière : Bahaa, Saad et Houssam. En 1976, il épouse Nazik Audi avec laquelle il a 4 autres enfants, dont Fahed.
Sa sœur cadette, Bahia Hariri est également engagée en politique.
vignette|gauche|Ancienne résidence de Rafiq Hariri à Paris, 5 place d'Iéna.
Carrière professionnelle dans les affaires Il quitte le Liban à 18 ans pour l'Arabie saoudite, où il est successivement professeur de mathématiques, puis promoteur dans la construction pétrolière. En 1977, le roi Khaled le charge de construire le palais de Taïf, qu'il bâtit en moins de six mois, ce qui lui vaut la confiance du prince héritier d'alors, le futur roi Fahd. Il devient alors très prospère.
En 1979, il rachète la société française d'ingénierie Oger, fondée en 1950 par Marcel Oger, qui devient Oger international, basée à Paris, filiale de Saudi Oger. Oger reconstruit une grande partie de Beyrouth à la fin de la guerre civile libanaise dans les années 1990. Pour les besoins de ses affaires, il se lie avec Johnny Abdo, chef des services de renseignement de l'armée libanaise, qu'il l'aide durant les années de guerre à commercer avec plusieurs camps à la fois, dont la Syrie. À la tête d'une immense fortune, estimée entre de dollars, le « maître de Koraytem » est présent dans des domaines aussi variés que la banque, particulièrement la Banque Méditerranée fondée par Joseph Abdo Khoury, l'immobilier (Fradim), l'industrie, le BTP (ETI) et les médias (World Audio-Visual Enterprise Holding SA Luxembourg). Il avait, au Liban, sa propre chaîne de télévision, Future TV et
Carrière politique au Liban et présidences du Conseil des ministres vignette|Rafiq Hariri lors d'une réunion au Pentagone, États-Unis, 2001. Il entre dans la vie politique libanaise où il représente les intérêts saoudiensFrédéric Pichon, « La Ryalpolitique n'est pas une realpolitique », Conflits, 8, janvier-mars 2016, p. 24-25 et est un allié des OccidentauxGuillaume Dasquié, « Assad connection », Vanity Fair n°23, mai 2015, pages 110-119 et 176-177., Rafiq Hariri est nommé à la tête de cinq gouvernements entre 1992 et 2004 : il est président du conseil du au , puis du au . À ce poste, il met son carnet d'adresses au service de son pays parfois dans un contexte politico-financier trouble. Il confie ainsi souvent les travaux dans la construction ou le traitement des déchets à des proches liés à l'Arabie saoudite. Il entretient alors des relations étroites avec le président français Jacques Chirac.vignette|Rafic Hariri au Pentagone en 2002.Opposant à l'influence du gouvernement syrien sur son pays à partir de la fin de l'année 2004, il démissionne de son poste de président du conseil en octobre 2004, à cause de tensions avec le président Émile Lahoud, considéré comme une marionnette des Syriens. Il signifie son intention d'unifier les parlementaires d'opposition, dont il devient une composante importante, en vue des élections législatives devant se tenir l'année suivante.
Le président syrien Bachar el-Assad le suspecte de militer auprès de l'ONU pour qu'une résolution soit décidée au sujet du désarmement du Hezbollah et l'évacuation du Liban par l'armée syrienne (elle le sera le , résolution n°1559). Le , alors qu'il reçoit Rafiq Hariri à Damas, il menace de , propos confirmés par Jacques Chirac dans ses mémoires.
Organisation non gouvernementale En 2002, Rafiq Hariri fonde avec Rima Tarabay l'ONG Bahr Loubnan, l'association a pour but de préserver la biodiversité, de lutter contre la pollution et de promouvoir une gestion durable du littoral et de la mer.
Assassinat
vignette|250px|Rue Minet al-Hosn où Hariri a été tué.
L'attentat Le , malgré le blindage de son véhicule, un attentat-suicide commis par une camionnette contenant une seule charge explosive de , composée d'un mélange de RDX, PETN et TNT le tue en même temps qu'une vingtaine de personnes et blesse une centaine de passants sur la route du bord de mer de Beyrouth, à proximité de l'hôtel Saint-Georges. Les services de renseignements syriens sont vite montrés du doigt par l'opposition et une partie de la population. Selon certains témoignages (du chef druze Walid Joumblatt et de la journaliste américaine avec qui Hariri s'est entretenu), il aurait reçu des menaces de la part de la Syrie. En , l'ancien vice-président syrien Abdel Halim Khaddam confirme ces accusations :
Selon ces témoignages, Hariri rappela à M. Assad son engagement de ne pas prolonger le mandat de M. Lahoud, et M. Assad répondit qu'il y avait eu un changement de politique et que la décision avait déjà été prise. Il a ajouté que M. Lahoud devrait être vu comme son représentant personnel au Liban et que « s'opposer à lui est équivalent à s'opposer à Assad lui-même ». Il ajouta alors qu'il (M. Assad) « préférerait casser le Liban sur les têtes de Rafic Hariri et (du leader druze) Walid Joumblatt que de voir sa parole au Liban rompue ». Selon ces témoignages, M. Assad a alors menacé M. Hariri et M. Joumblatt de rétorsions physiques. La rencontre aurait duré une dizaine de minutes et c'était la dernière fois que M. Hariri devait voir M. Assad. Après cette réunion, M. Hariri a dit à ses partisans qu'il n'avait guère d'autre choix que de soutenir la prorogation du mandat Lahoud. Cette commission a aussi reçu d'autres témoignages de menaces faites à M. Hariri par des membres de services de sécurité dans le cas où il ne voterait pas en faveur de la prolongation ou « s'il pensait simplement à quitter le pays ». Rapport de la commission Fitzgerald, .
Conséquences Hariri était personnellement proche de la famille royale saoudienne. Il bénéficiait à ce titre de la double nationalité libano-saoudienne. Il avait fait profiter de ses largesses de nombreuses associations et fondations qui aidaient les Libanais. C'est à partir de ses dons qu'il avait su se bâtir un électorat fidèle qui, à sa mort, proteste vigoureusement contre ses adversaires politiques. L'assassinat de Hariri est aussi ressenti au-delà des traditionnelles barrières communautaires et religieuses. Cette réprobation fait descendre une grande partie de la population libanaise dans les rues de Beyrouth à l'occasion de la manifestation du .
Cet assassinat marque le début de ce que certains appellent la Révolution du Cèdre, qui conduit au départ de la totalité des troupes syriennes fin .
Sa dépouille est inhumée dans un mausolée situé sur la place des Martyrs, au pied de la mosquée dont il a financé la constructionLa mosquée Muhammad al-Amîn à Beyrouth: mausolée involontaire de Rafic Hariri, Revue des Mondes Musulmans et de la Méditerranée, 125 - juillet 2009.
En , son deuxième fils Saad décide de se lancer dans la carrière politique et y rejoint sa tante Bahia Hariri.
Enquête et procès vignette|Mémorial de Hariri.
Le , sur la proposition du procureur allemand , agissant dans le cadre d'une enquête internationale mandatée par l'Organisation des Nations unies (ONU) à la demande de la France, le procureur général de la république libanaise Saïd Mirza procède à l'incarcération de quatre suspects repérés grâce à leur téléphone mobile : Moustapha Hamdane (chef de la garde présidentielle), Jamil Sayyed (ancien chef de la sûreté générale), Ali El-Haj (ex-directeur des forces de sécurité intérieures) et Raymond Azar (chef des services de renseignement de l'armée).
Le , Mehlis remet son premier rapport au secrétaire général des Nations unies Kofi AnnanPremier rapport de la commission Mehlis - 20 octobre 2005. Ce rapport, basé sur des témoignages anonymes, fait état d'une entente entre plusieurs hauts responsables syriens et libanais en vue de l'assassinat de Rafiq Hariri. Ce rapport est critiqué par le gouvernement syrien comme étant orienté politiquement contre lui et dénué de preuves tangibles. La rétractation du principal témoin de la commission d'enquête internationale, Hussam Taher Hussam, déclarant avoir été payé par Saad Hariri pour figurer comme principal témoin à charge contre les autorités syriennes, affaiblit le rapport Mehlis. Le rapport Mehlis se défend en déclarant que Hussam a été manipulé par la Syrie« Affaire Hariri : le principal témoin se rétracte à Damas », Radio France internationale, 30 novembre 2005.« Affaire Hariri : coopération mitigée de la part de la Syrie, selon le rapport de Detlev Mehlis », ONU, 13 décembre 2005..
Un autre élément sur l'enquête menée par Mehlis est l'affaire du témoignage Mohamed Zouheir Siddiq (présenté pendant un temps de l'enquête comme témoin principal par l'équipe de Mehlis). Ce dernier qui avait prétendu être un membre important des services secrets syriens au Liban, n'avait été en fait qu'un simple chauffeur d’un général syrien et il était recherché pour détournement de fonds. Mohamed Zouheir Siddiq a été arrêté en France en à la demande du procureur libanais Saïd Mirza en coordination avec la commission d'enquête « al-Safir: France arrests Zouhair Siddiq », Arabic News, 18 octobre 2005.. La France refuse cependant son extradition au Liban« Le “tribunal Hariri” ordonne la libération de quatre généraux libanais », Le Monde, 30 avril 2009.. Le , la France prétend via son ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner avoir « perdu » Zouheir Siddiq. Certains y voient le signe d'un embarras face à l'effondrement de la thèse de l'implication syrienneÉric Decouty, « Assassinat d'Hariri : la France a “perdu” un témoin », Marianne2, 17 mai 2008.
Début , sous la pression de George W. Bush et Jacques Chirac qui menacent la Syrie de sanctions en cas de non-collaboration à l'enquête, Bachar el-Assad accepte que cinq responsables syriens soient entendus par les enquêteurs de l'ONU, tout en continuant à nier toute implication de la Syrie dans cette affaire.
Le , le Belge Serge Brammertz, procureur adjoint à la Cour pénale internationale succède à Detlev Mehlis, dont le mandat expire le et qui ne souhaite pas être reconduit dans ses fonctions. Kofi Annan officialise la nomination. C'est le précédent président de la commission qui avait proposé Brammertz pour le remplacer.
vignette|Manifestation anti-syrienne après l'attentat contre Rafiq Hariri à Beyrouth. Le , le Conseil de sécurité de l'ONU décide de justesse, par 10 voix sur 15Il faut 9 voix pour qu'un projet de résolution du Conseil de sécurité soit adopté. L'Afrique du Sud, la Chine, l'Indonésie, le Qatar et la Russie se sont abstenus. Un tribunal international voit le jour, Radio Canada, la création d'un tribunal spécial chargé de juger les assassins d'Hariri.
Le huitième rapport rendu public par la commission d'enquête de l'ONU consacrée à l'assassinat de Rafiq Hariri en a fourni plusieurs informations nouvelles sur l'organisation de cette attaqueLe huitième rapport Brammertz, lorient-lejour.com.