vignette|Étagère chargée de différents ouvrages négationnistes.

Le négationnisme est au sens strict la négation de l'existence de la Shoah. Au sens large, c'est un déni de certains génocides ou crimes majeurs, malgré la présence de preuves flagrantes rapportées par les historiens.

Le terme est créé en 1987 par l'historien Henry Rousso pour désigner la contestation de la réalité du génocide mis en œuvre contre les Juifs par l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, c'est-à-dire la négation de la Shoah. Le négationnisme consiste ainsi à prétendre soit qu'il n'y a pas eu d'intention d'exterminer les Juifs, soit que les moyens de réaliser cette extermination, notamment les chambres à gaz destinées à donner la mort, n'ont pas existé.

Par la suite, le négationnisme regroupe la contestation ou la minimisation des crimes contre l'humanité condamnés par le tribunal de Nuremberg, puis par extension la contestation ou la minimisation d'autres faits historiques qu'on pourrait aussi qualifier de crimes contre l'humanité, tels que le génocide arménien perpétré par le gouvernement Jeunes-Turcs de l'Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale, le Holodomor ukrainien par l'URSS (le caractère intentionnel de cette famine est cependant remis en question par de nombreux historiens), le massacre de Nankin par l'armée impériale japonaise, le génocide des Tutsi au Rwanda, les crimes du régime khmer rouge au Cambodge, ou le laogai de Chine.

Bien que le spectre des épisodes visés par les négationnistes soit large, des traits communs se retrouvent dans leurs négations respectivesRichard G. Hovannisian, « », in CDCA, Jack Lang (préf.), Actualité du génocide des Arméniens, Paris, Edipol, 1999. Disponible en ligne sur le site imprescriptible.org., et notamment l'emploi de la méthode hypercritique dans l'analyse des sources et des témoignagesFrançois Bédarida, Histoire, critique et responsabilité, Complexe, 2003, 357 p. , 291 et Jean-Christophe Prochasson, « Témoignages et expériences. Les usages du vrai et du faux de Jean-Norton Cru à Paul Rassinier », in Christophe Prochasson, Anne Rasmussen, Vrai et faux dans la Grande guerre, La Découverte, 2010 , . ainsi que les sophismes suivantsVoir par exemple dans le cas de Robert Faurisson, Barbara Lefebvre, Sophie Ferhadjian, Comprendre les génocides du : comparer-enseigner, Bréal, 2007, 319 p. , 157. : tels détails ne sont pas clairs ou sont contradictoires, donc toute l'explication est fausse, donc les preuves avancées pour cette explication sont en fait des réfutations sophistiques ; l'absence de preuve vaut preuve de l'absence des faits invoqués.

Les négationnistes se revendiquent souvent du « révisionnisme historique », courant d'opinion selon lequel l'approche adoptée par les historiens, qui consiste à vérifier et recroiser le maximum d'archives primaires et de traces matérielles conservées, à considérer avec scepticisme les sources et à remettre les faits en perspective dans leurs contextes de l'époque, ne serait pas objective et contribuerait à véhiculer une « histoire officielle » partisane. Selon les « révisionnistes », il faudrait « revisiter l'histoire » en sortant de cette approche, en prenant davantage en considération les points de vue devenus minoritaires ou réfutés par les chercheurs en histoire et en n'écartant pas d'office les sources secondaires propagandistiques qui auraient leur « part de vérité ». C'est pourquoi le terme « révisionnisme » est polémique et fréquemment utilisé comme synonyme de négationnisme, en particulier en françaisEnzo Traverso, Le passé, modes d'emploi, , La Fabrique, 2005, page de conclusion..

Cas des génocides perpétrés par les nazis

Le , l'Assemblée générale des Nations unies a adopté par consensus une résolution condamnant la négation du génocide des Juifs par l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondialeL’Assemblée générale réitère sa condamnation de tout déni de l’holocauste dans un texte qui compte 103 coauteurs sur 192 États membres, communiqué de presse n° AG/10569, Organisation des Nations unies, 26 janvier 2007.

Qu'elle concerne les crimes des nazis ou d'autres, la démarche négationniste a ceci de particulier qu'elle use d'une méthodologie partiale et malhonnête, opérant la sélection, la dissimulation, le détournement ou la destruction d'informations corroborant l'existence du crime (voire la création de fausses preuves « impliquant » l'inexistence des évènements passés). On peut légitimement parler de négationnisme lorsque de telles méthodes sont employées, lorsque les faits contestés ont été indubitablement établis et lorsque les motivations ne sont pas exclusivement la recherche des faits historiques mais la volonté de promouvoir une idéologie, une croyance ou une mémoire collective magnifiée, en l'exonérant des crimes commis en son nom (par exemple le racisme, le communisme, le panturquisme, l'antisémitisme, l'intégrisme religieux…).

Négationnisme et révisionnisme La notion de négationnisme est fondamentalement à distinguer de celle du révisionnisme.

Le terme « négationnisme » a été créé par l’historien Henry Rousso en 1987Henri Rousso, Le syndrome de Vichy, ed. du seuil, 1987, 1990, . Son utilité est de désigner correctement la démarche de falsification historique comme celle de Robert Faurisson ou d'Henri Roques, qui se qualifient eux-mêmes indûment de « révisionnistes ». Selon les termes d'Henri Rousso, lors de son témoignage au procès intenté par Robert Faurisson envers Robert Badinter en 2007, « il fallait distinguer ce qui me paraît être la démarche normale d'un historien de la négation pure et simple d'un certain nombre de faits établis »Propos reproduits dans ..

Il s'agit donc principalement de dénoncer les méthodes employées par les négationnistes : contre-vérités, falsifications, discrédit jeté sur les témoinsAinsi, en réponse à la demande du militant trotskiste David Rousset d'une commission d'enquête sur l'existence de camps de concentration en URSS, Pierre Daix rédige un article : « Pierre Daix, matricule à Mauthausen », paru dans les Lettres françaises, niant l'existence du Goulag. Plus tard, Pierre Daix a reconnu avoir eu tort - voir à ce sujet l'ouvrage de Tzvetan Todorov, « Mémoire du mal, tentation du bien. Enquête sur le siècle », Robert Laffont, 2000 et aussi Frédéric Verger, « Les Lumières et le goulag » dans la Revue des deux Mondes, , janvier 2011, ..

Le négationnisme vient en parfaite contradiction des évènements qui se sont effectivement déroulés, alors que le révisionnisme essaye de réinterpréter ou de remettre en perspective des faits, en accord avec les données objectives, sans opérer de sélection dans celles-ci.

Motivations Motivations principales Les motivations des négationnistes peuvent être diverses. Dans le cas de la négation du génocide juif commis par les nazis, elles apparaissent être principalement l'antisémitisme et la volonté de défendre le régime nazi et ses collaborateurs (comme le régime de Vichy en France). Mais il existe aussi un négationnisme issu de l'« ultragauche » (comme celui du groupe français La Vieille Taupe fondé par Pierre Guillaume) qui visait initialement à défaire la pensée politique du consensus de l'antifascisme jugé préjudiciable à la possibilité de la révolution. Ce groupe très minoritaireCf. Valérie Igounet, , est, de fait, conduit à se tourner vers l'extrême droite négationnisteDérive dénoncée par François Cerruti, ancien de la Vieille Taupe, adressée à Jacques Baynac, où il évoque , cité par Valérie Igounet, , .

La négation d’un génocide ou d'un crime contre l'humanité (Shoah, Porajmos, génocide arménien, Goulag, crimes des Khmers rouges, Laogai ou génocide des Tutsis par exemple) vise notamment, de facto, à obtenir un non-lieu pour ce qui est admis comme un crime, et à retirer aux victimes leur droit de mémoire et tout droit à des réparations (en l’absence de crime il n’y a plus ni criminels ni victimes). Le négationnisme peut ainsi servir à protéger les auteurs d'un génocide, leurs complices et leurs héritiers idéologiques.

Les thèses négationnistes reposent le plus souvent sur des faits maquillés (destruction d'archives ou de fosses communes par exemple), et sur la contestation ou l'omission délibérée des éléments à charge. Ces thèses peuvent être le fait d'extrémistes (néo-nazis ou fanatiques religieux par exemple), de faussaires (protochronistes par exemple) mais parfois aussi d'auteurs qui se présentent comme des « historiens » qui emploient la méthode hypercritique pour déclarer que les preuves sont insuffisantes.

Aussi le négationnisme est-il, pour le philosophe André Jacob, une « subversion du doute cartésien » consistant à « profiter, sous l'égide de quelque pulsion inavouée, de l'éloignement temporel des événements pour manipuler et en faire douter »André Jacob, En quête d'une philosophie pratique: De la morale à l'éthico-politique, L'Harmattan, 2007, 395 p. p. 357.. Pierre-André Taguieff, analysant le complotisme contemporain, relève pour sa part à propos de la « tentation du relativisme radical, impliquant le règne du doute sans limites », qu'à cet égard, « le négationnisme n'est qu'un miroir grossissant d'un phénomène affectant l'ensemble des sciences historiques et sociales »Pierre-André Taguieff, Court traité de complotologie, Fayard, 2013, 440 p. emplacements 4334 et suiv. sur 9455..

Boris Cyrulnik définit le négationnisme comme un message adressé aux survivants : Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, Odile Jacob, 1999, , p. 141.

Passé et présent Le négationnisme vise des objectifs politiques, en se référant au passé pour agir sur le terrain des conflits du présent, pour Bernard-Henri Lévy. Ainsi, selon lui, la négation de la Shoah constitue l’un des fondements du nouvel antisémitisme, basé sur l’« accusation d’inventer, aggraver ou, simplement exploiter l’hypothétique souffrance des siens »Bernard-Henri Lévy, L'Esprit du judaïsme, Grasset, 2016. afin de promouvoir le sionisme. La négation de la Shoah vise, le plus souvent, à faire pression sur le conflit israélo-palestinien, et à délégitimer l'État d'Israël, selon Lévy, en mettant en jeu l’idée que « les juifs seraient des profiteurs, non de guerre, mais de la Shoah, et n’entretiendraient leur obsession mémorielle que dans le but de couvrir leurs propres crimes ».

Exemples de faits historiques objets du négationnisme La Shoah

vignette|Graffiti sur le mémorial de l'Holocauste du peuple juif à Montevideo (Uruguay) se voulant rétablir « la vérité » en précisant une utilisation du Zyklon B comme désinfectant pour éradiquer le typhus et réduisant le nombre des Juifs « seulement morts du typhus » à 300 000 (photographie de 2017). La négation de la Shoah est à l'origine du terme même de négationnisme.

Déjà responsable d'une oppression violente et mortifère, le régime nazi a procédé entre et début 1945 à une extermination devenue systématique des Juifs européens, en commençant par des tueries en masse dans les territoires soviétiques envahis, d'abord par fusillades ou encore déportations dans des camps de concentration, puis diverses actions de gazage : camions de gazage, puis envoi dans des camps pourvus de chambres à gaz. En 1942, s'ajoutent les déportations de l'Europe occidentale. Très peu de temps avant la libération du camp d'Auschwitz par l'Armée rouge, les déportés en étaient évacués par des marches de la mort, comme l'avaient été et le seront de multiples camps. Les historiens s'accordent pour dire qu'entre 5 et 6 millions de Juifs européens sont morts dans le génocide, en comptant les morts dans les ghettos, les camps, les exécutions directes.