, né le dans l'arrondissement de Shitaya (Tokyo), est un homme politique japonais.

Il est élu en à la Chambre des représentants en remplacement de son père, et entreprend de progresser dans les instances du Parti libéral-démocrate (PLD) au pouvoir, dont il est secrétaire général entre et .

Il le quitte en pour devenir l'un de ses principaux opposants. Il appartient ensuite à de nombreux partis politiques, occupant la présidence ou le secrétariat général de plusieurs d'entre eux. Il fonde et dirige notamment le Parti de la nouvelle frontière (Shinshintō), qui forme la principale force d'opposition pendant ses trois ans d'existence. Il est également président du Parti démocrate du Japon (PDJ), premier parti de l'opposition, entre et , puis secrétaire général jusqu'en . Ayant présidé à la dissolution de nombreuses formations politiques, il reçoit le surnom de .

En raison de ses importantes responsabilités partisanes, il a détenu une influence particulière sur plusieurs gouvernements. Il a ainsi été la cheville ouvrière des coalitions ayant permis la formation des gouvernements de Morihiro Hosokawa et Tsutomu Hata entre et au sein du Parti de la renaissance (Shinseitō). Sous le mandat de Yukio Hatoyama, de à , il est numéro deux du PDJ au pouvoir. Chef de la principale faction du Parti démocrate et opposant aux successeurs de Hatoyama, il finit par quitter le PDJ en . Il évolue entre plusieurs partis avant de se rapprocher en du Parti démocrate constitutionnel (PDC).

Il souffre d'une image controversée, liée à son influence supposée occulte à l'origine de son surnom de et à plusieurs affaires de financement politique. Il est mis en examen à ce sujet puis acquitté en .

Origines familiales et formation

thumb|left|240px|La famille de : Ichirō est le à gauche

Ichirō Ozawa est le fils d'un ancien représentant du électoral de la préfecture d'Iwate auprès de la Chambre basse, Saeki Ozawa, qui fut l'un des principaux lieutenants de Shigeru Yoshida au sein du Parti libéral ainsi que plusieurs fois ministres des Transports (1948-1949), des Communications (1949) puis des Postes et Télécommunications (1949-1950) et de la Construction (1954). Bien qu'officiellement domicilié avec sa famille dans la ville de Mizusawa (qui s'est fondue en 2006 dans celle d'Ōshū) à Iwate, il est né à Tokyo, où son père travaille en tant qu'avocat. Il passe toutefois une grande partie de son enfance, de 3 à 14 ans, à Mizusawa, et y réalise toute sa scolarité jusqu'à la deuxième année du collège. Il revient ensuite à Tokyo, où il fréquente le collège public de Bunkyō puis le lycée public de Koishikawa, dans le même arrondissement.

Ichirō Ozawa obtient un baccalauréat en arts à la faculté d'économie de l'Université Keiō, dans l'arrondissement de Minato à Tokyo, en 1967. Il entre ensuite à l'école supérieure de droit de l'Université Nihon dans l'arrondissement de Chiyoda, mais le décès de son père et son entrée rapide en politique le fait interrompre ses études.

Ascension au sein du Parti libéral-démocrate

Le protégé de Kakuei Tanaka

thumb|left|Ichirō Ozawa (à dr.) et son mentor, Kakuei Tanaka, dans les années 1970

En 1969, après le décès de son père en 1968, il est élu pour la première fois, à l'âge de 27 ans, à la Chambre des représentants pour sa circonscription de l'ancien d'Iwate (la moitié sud de la préfecture) au scrutin majoritaire plurinominal (sauf en 1972, où il arrive deuxième, et en 1983, où il se positionne en quatrième et dernière place éligible, il est sans cesse élu à la première position) puis, à la suite de la réforme électorale de 1994, pour le de cette même préfecture (correspondant au quart sud-ouest de son territoire, autour des villes moyennes de Hanamaki, Kitakami, Ōshū et Mizusawa). Il est l'un des principaux soutiens de Kakuei Tanaka, son mentor et figure dominante de la vie politique japonaise dans les années 1970 et au début des années 1980, au sein du Parti libéral-démocrate. Ichirō Ozawa a lui-même déclaré plus tard, à la suite de son décès en 1993 : « Tanaka ne m'a pas seulement appris l'ABC de la politique à l'époque où je fus élu pour la première fois à la législature nationale, mais prit également soin de moi comme un réel père », et c'est lui qui le fait rencontrer sa future épouse, Kazuko Fukuda, fille du chef d'entreprise Tadashi Fukuda (président directeur général d'une entreprise familiale et locale de BTP, la Corporation Fukuda, plus importante compagnie du secteur dans la préfecture de Niigata, où Kakuei Tanaka était élu) « Chap. 5 : KITEN - 4 : Getting Rid of Kaifu », in S. HUNZIKER, I. KAMIMURA, Kakuei Tanaka : a political biography of modern Japan.

Les responsabilités gouvernementales Dans les années 1980 il gravit les échelons au sein du PLD et devient un jeune et populaire leader. Il obtient ainsi ses seules responsabilités ministérielles à cette époque, en étant président de la Commission nationale de sureté publique (organe gouvernemental chargé de coordonner les actions des forces policières et de sécurité publique) dans le second gouvernement de Yasuhiro Nakasone du au .

Il se fait par la suite remarquer pour ses qualités de négociateurs, tant avec l'opposition sur le plan national que sur le terrain diplomatique. Ainsi, en tant que président de la Commission de la Règlementation et de l'Administration de la Chambre des représentants de 1986 à 1987 puis secrétaire général adjoint du Cabinet de Noboru Takeshita du au , il mène dans l'ombre les discussions pour convaincre les partis d'opposition d'accepter la réforme fiscale engagée par Nakasone (comprenant, en 1987, des coupes dans l'impôt sur le revenu, la suppression de l'exemption d'intérêts d'épargne, la diminution des charges sur les entreprises et la création d'une TVA à 5 %) et reprise par son successeur Takeshita. Il est ainsi considéré comme l'un des principaux artisans de l'adoption de l'impopulaire loi de la taxe sur la consommation du qui crée une taxe indirecte nationale à la consommation sur certains biens et services. Il est également particulièrement présent dans les négociations commerciales qui commencent à avoir lieu avec une administration américaine de plus en plus critique vis-à-vis de la fermeture des marchés japonais : il est chargé ainsi directement des discussions concernant l'obtention de contrats pour des entreprises américaines dans le domaine du bâtiment et des travaux publics en 1987-1988, dans celui de l'armement (il gardera toujours de cette période une relation très proche avec les officiels du domaine de la Défense) en et au sujet de l'accès au marché des télécommunications dans certaines régions japonaises du groupe américain Motorola durant l'été 1989. Il adopte une stratégie du « résultat », se fixant à chaque fois pour objectif d'arriver coûte que coûte à un compromis et refusant de commencer toute négociation tant qu'il n'a pas reçu l'assurance de ses interlocuteurs qu'eux-mêmes souhaitent un accord. Cette tactique, rompant avec la traditionnelle attitude nuancée et contrite des officiels japonais, lui vaut une réputation de redoutable négociateur et lui attire généralement l'estime de ses interlocuteurs T. Shinoda, « Ozawa Ichiro as an Actor in Japan's Foreign Policy Making », IUJ Research Institute, 03/1999.

Succession de Tanaka Après le retrait progressif plus ou moins forcé de Kakuei Tanaka du devant de la scène politique entre 1983 et 1987 (il est condamné le pour corruption dans le scandale dit de l'affaire Lockheed), sa faction, à laquelle appartient Ozawa, le , entre dans une série de luttes intestines et de crises. Tout d'abord, Noboru Takeshita tente de s'affirmer comme le successeur de Tanaka en créant en 1985 une « faction à l'intérieur de la faction », le , avec le soutien de l'un des deux bras droits historiques de Tanaka, Shin Kanemaru, qui est favorable à un renouveau générationnel, et s'oppose ainsi à un autre vétéran, Susumu Nikaidō. Le Sōseikai draine rapidement une grande partie du « Club du Jeudi » (83 sur ses 118 parlementaires) « Chap. 5 : KITEN - 1 : "To ignore providence" », in S. HUNZIKER, I. KAMIMURA, op. cit.. Or, Ichirō Ozawa n'est autre que le beau-frère de Noboru Takeshita (le frère de ce dernier a, comme lui, épousé une fille de Tadashi Fukuda) et devient donc l'un des principaux lieutenants de ce dernier aux côtés d'autres représentants de la nouvelle génération de cadres de la faction comme Tsutomu Hata ou Ryūtarō Hashimoto, tout en continuant dans le même temps à soutenir son mentor Tanaka « Chap. 5 : KITEN - 2 : Noboru Takeshita », in S. HUNZIKER, I. KAMIMURA, op. cit..

Et lorsque Kakuei Tanaka finit par trancher en poussant à la tête de sa faction Susumu Nikaidō en , Noboru Takeshita crée sa propre faction, le ou Heiseikai, en emportant avec lui 113 des 141 parlementaires du « Club du Jeudi ». Ichirō Ozawa rompt alors pour la première fois avec Tanaka en suivant Takeshita. Celui-ci semble avoir gagné et devient Premier ministre de 1987 à 1989, avant d'être à son tour touché par un scandale politico-financier (l'affaire Recruit-Cosmos). Une nouvelle lutte cette fois-ci plus discrète s'engage entre Shin Kanemaru et Noboru Takeshita au sujet de la domination de l’Heiseikai et donc de la position de personnage le plus influent de la vie politique japonaise. Cette opposition se manifeste au sujet du choix du secrétaire général du parti, charge hautement stratégique venant hiérarchiquement en deuxième position juste après celle du président et dont la charge est de gérer les troupes de la majorité en maintenant l'équilibre entre les différentes factions. Takeshita soutient la candidature de Ryūtarō Hashimoto, Shin Kanemaru celle d'Ichirō Ozawa. Le premier l'emporte d'abord après l'élection à la présidence du mouvement de Sōsuke Uno en , mais celui-ci est forcé de démissionner deux mois plus tard à la suite d'un scandale sexuel et son successeur, Toshiki Kaifu, choisit Ozawa comme secrétaire général.