Le conflit israélo-palestinien oppose Palestiniens et Israéliens au Proche-Orient. Il oppose deux mouvements nationaux (le sionisme et le nationalisme palestinien).

Ce conflit, une « guerre de Cent ans » selon Rachad AntoniusSophie Bessis, « Palestine. Un siècle de guerre », Orient XXI, 29 novembre 2024., trouve racine dans des revendications territoriales, historiques, religieuses et culturelles, sur le territoire de l'ancienne Palestine mandataire. Les principaux aspects du conflit comprennent l'occupation israélienne de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, le statut de Jérusalem, les colonies israéliennes, la question des frontières et de la sécurité d'Israël.

L'opposition arabe au sionisme apparaît dès le début du mandat britannique sur la Palestine, avec de nombreuses émeutes et massacres et une révolte arabe entre 1936 et 1939. Après la Seconde Guerre mondiale, alors que le Royaume-Uni s'oppose à l'accueil en Palestine des rescapés juifs des camps de concentration nazis, ce sont les Juifs qui se révoltent. Ne pouvant plus gérer le mandat, les Britanniques en transfèrent la responsabilité à l'Organisation des Nations unies nouvellement créée, qui se prononce en faveur du partage de la Palestine en . Cette décision conduit au déclenchement d'une guerre civile en Palestine, qui six mois plus tard devient la première guerre israélo-arabe. Le conflit conduit à l'exode d'Arabes palestiniens qui deviennent des réfugiés, et à l'arrivée en Israël de réfugiés juifs chassés des pays arabes. La guerre des Six Jours, en , provoque un nouvel exode palestinien depuis la Cisjordanie vers la Jordanie, ainsi que l'arrivée en Israël de près de , chassés de chez eux. Les mouvements de populations ont débouché sur le problème des réfugiés palestiniens, qui sont près de cinq millions aujourd'hui. Israël présente aussi une minorité d'environ deux millions d'Arabes israéliens.

Le Conseil de Sécurité et l'Assemblée générale des Nations unies ont à ce jour émis près d'une centaine de résolutions dans le but de résoudre le conflit, sans jamais y parvenir. Plusieurs négociations et conférences de paix ont également eu lieu, sans qu'elles n'aboutissent à un règlement satisfaisant pour les deux parties.

Histoire Événements antérieurs Avant 1917, la Palestine est sous l'autorité de l'Empire ottoman. Les populations chrétiennes et musulmanes qui y vivent se définissent en termes de communautés religieuses et ne manifestent guère de sentiment de type national. La population juive est divisée en deux communautés : l'ancien Yichouv c'est-à-dire la communauté établie de longue date sur ce territoire, et le nouveau Yichouv composé de Juifs établis depuis les années 1880, motivés principalement par le sionisme. Dès le début du , des Arabes de Palestine protestent auprès des autorités ottomanes contre ces nouvelles arrivées.

En 1917, les Britanniques conquièrent la Palestine qu'ils administrent officiellement à partir de 1920 dans le cadre d'un mandat de la Société des Nations. Le conflit entre le Yishouv et les Arabes de Palestine débute principalement après la Déclaration Balfour de 1917. De 1920 à 1948, de nombreux Juifs et Arabes s'installent en Palestine alors que le Royaume-Uni exerce son mandat sur la Palestine mandataire : la population juive, qui était estimée en 1917 à environ 70 000 personnes, passe à plus de 650 000 au début de 1948, et la population arabe à plus d'un million de personnes. Des conflits éclatent entre Arabes et Juifs dès 1920, mais aussi entre ces populations et les autorités britanniques. En 1921, les Juifs commencent à créer une milice armée, la Haganah, chargée de protéger les installations juives des milices arabes.

Émergence des mouvements nationalistes (fin du - 1920)

Les racines du conflit se trouvent dans le contexte mondial d'exacerbation des nationalismes européens et d'affaiblissement de l'empire ottoman, et dans l'incompatibilité croissante des objectifs du sionisme en Europe avec ceux du nationalisme arabe au Proche-Orient.

L'Organisation sioniste mondiale est créée en 1897 à Bâle, où le mouvement sioniste tient son premier congrès et élit Theodor Herzl à sa tête. La mission qu'elle se donne est de préparer, pour le peuple juif, un foyer national en Palestine, région historique des anciens royaumes de Juda et d'Israël. Pour cela, l'Organisation sioniste mondiale rachète des terres grâce notamment à l'organisme juif d'achats de terres K.K.L. et au soutien de certaines banques. Sont alors promus l'immigration et le sentiment national afin de renforcer la présence juive dans le territoire.

Dans le même temps, les premières grandes vagues d'immigration juive commencent et s'accélèrent avec les nouveaux pogroms, notamment ceux de Kichinev qui amènent quelques dizaines de milliers d'immigrants d'Europe orientale en Palestine.

Parallèlement, en 1908, sont fondés les premiers journaux nationalistes arabes Al-Karmel et Falistin..

À la fin de la période ottomane, la population juive est estimée entre et et la population arabe (musulmans, chrétiens, Druzes et autres) à plus de ..

Conséquences de la Première Guerre mondiale

thumb|right|upright|Accords Sykes-Picot de 1916 : influence et contrôle de la France et de la Grande-Bretagne. L'influence britannique s'affirme de plus en plus au Moyen-Orient : le Royaume-Uni a une présence militaire en Irak dès 1914 et occupe Bagdad en 1917. Il appuie la révolte arabe de 1916-1918 et fait aux Arabes la promesse d'un grand État musulman en échange de leur participation aux côtés des Alliés.

En , le Royaume-Uni et la France concluent les accords Sykes-Picot, qui projettent de diviser la région en deux zones d'influence administrées par ces deux puissances. Les accords Sykes-Picot attribuent la Transjordanie et la Palestine mandataire à la zone d'influence britannique et la zone de la Grande Syrie à la France.

Ces accords n'empêchent pas les Britanniques de promettre non seulement un royaume indépendant aux Arabes, qui sera la Transjordanie, mais aussi la création d'un « foyer national » aux Juifs, par la déclaration Balfour.. Les Britanniques créent un régiment juif (la légion juive), le . Chaim Weizmann participe aussi à la préparation de la conférence de la paix de Paris et il y signe, en 1919, un accord avec Fayçal, futur roi d'Irak..

La Première Guerre mondiale bouleverse la géographie du Moyen-Orient. Le Royaume-Uni, qui y a déjà pris pied, y étend son influence. La Société des Nations entérine en 1922 la déclaration Balfour en faisant de l'établissement du foyer national juif une des missions du mandat britannique en Palestine, qui englobe à l'époque aussi les territoires transjordaniens de l'autre côté du Jourdain. Le Royaume-Uni contente la dynastie hachémite avec la création rapide d'un royaume musulman dès 1921 en Transjordanie, dans la partie orientale de la Palestine, ce qui réduit le territoire destiné au foyer national juif.

Mandat britannique sur la Palestine (1920-1948)

Les tensions entre communautés juives et arabes s'accroissent à partir de 1920, à la suite de l'augmentation de l'immigration juive. À partir de 1921, cette opposition arabe est incarnée par le Grand Mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini. Les premières émeutes anti-juives se produisent en et à Jérusalem, puis en à Jaffa et contre des établissements agricoles (kibboutz et moshav). Ces émeutes font plus d'une centaine de morts juifs et sont attribuées par la commission Haycraft nommée par les Britanniques à la colère arabe contre l'immigration juive. Cela débouche sur la publication du premier Livre blanc, dit le livre blanc Churchill, visant à rassurer les Arabes, en limitant l'immigration juive. Mais ces émeutes débouchent aussi sur la création d'une force de défense juive, la Haganah, en 1921 à partir des premières unités de l'organisation Hashomer, créée en 1902.

Des motivations religieuses sont à l'origine d'affrontements autour du mur des Lamentations à Jérusalem en 1929 et amènent à l'aggravation brutale de la situation avec de violentes émeutes antijuives à Hébron, Jérusalem et Safed, qui font près de juives. Pour la première fois depuis l'époque des Croisés, des Juifs sont tués à Hébron, leur seconde ville sainte. Le quartier juif de Hébron est détruit.

Les Arabes palestiniens constituent le le Haut Comité arabe, sous la direction du grand mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, pour faire face à l'agence juive. En 1936, c'est la grande révolte arabe en Palestine, qui va durer par intermittence jusqu'en 1939, qui sera écrasée par l'armée et la police britanniques, avec le concours de troupes de police juive (Notrim) que les Britanniques ont mis au point avec les autorités du Yichouv. En 1944, des actions armées contre les Britanniques sont organisées par l'Irgoun, organisation sioniste de droite dont fait partie notamment Ménahem Begin, liée à l'Organisation sioniste révisionniste, dirigée par Vladimir Jabotinsky et le Lehi, qui est une petite organisation combattante, scission de l'Irgoun et dont fait partie notamment Ytzhak Shamir, futur Premier ministre de l'État juif dans les années 1990. Après , la pression s'accentue, pour permettre l'accueil en Palestine mandataire des rescapés juifs des camps de concentration nazis. Le Royaume-Uni s'y oppose. La Haganah lance à son tour des actions armées contre le Royaume-Uni ; elle attaque notamment des casernes, des postes de police, des bases de l'armée britannique et elle fait dérailler des trains. L'affaire de l'Exodus 1947, parti de Port de Bouc avec l'accord des autorités françaises, transportant et qui est contraint de retourner en Europe avec des morts à son bord, bouleverse l'opinion mondiale.

upright|thumb|Le plan de partage de l'ONU.

En , le Royaume-Uni abandonne sa tentative de trouver une solution, ne voulant pas se heurter frontalement aux deux parties.

Il transfère alors la question de la Palestine à l'Organisation des Nations unies dont les membres, avec le soutien conjoint des États-Unis et de l'Union soviétique et malgré l'opposition de tous les pays arabes, votent le plan de partage de la Palestine, le . C'est la résolution 181 de l'AGNU, refusée par tous les États arabes. Ce plan de partage divise la Palestine en trois secteurs, l'un arabe (45 %), l'autre juif (55 %) et le troisième, la ville de Jérusalem, sous la tutelle de l'ONU. Les dirigeants arabes palestiniens, favorables à un État unique regroupant Arabes et Juifs, refusent ce plan et annoncent qu'ils s'y opposeront par les armes. Les dirigeants du Yishouv approuvent le partage même si l'Irgoun et le Lehi sont en désaccord avec la superficie du futur État juif.

Le , au musée des Beaux-Arts de Tel Aviv, David Ben Gourion proclame l'indépendance de l'État d'Israël. Dès le , après le départ des troupes britanniques, le jeune État juif est immédiatement attaqué par les États arabes voisins.

Conflit entre Israël et ses voisins (1948-1967)

Première guerre israélo-arabe (1948-1949)

Deux mois avant la guerre, le , les dirigeants du futur État israélien finalisent le « plan Daleth » en vue de garantir l'homogénéité ethnique de l'État israélien et d'agrandir son territoire. Lorsque la guerre éclate, près de 250 000 Palestiniens ont déjà été expulsés par les milices de la Haganah..