, communément abrégé en Rostov, est la plus grande ville du Sud-Ouest de la Russie, et le centre administratif du district fédéral du Sud et de l'oblast de Rostov. La ville forme sa propre subdivision en tant qu'okroug urbain au sein de l'oblast. Ses habitants sont appelés les Rostovites.
Fondée par décret de l'impératrice le , la ville est tout d'abord un poste militaire et de douane dans une région peuplée de Cosaques que l'Empire russe veut coloniser. En 1778, à la suite de la déportation des Arméniens de Crimée, cette population s'y installe, et parallèlement, la ville militaire devient « la porte du Caucase », acquérant le statut de ville en 1807. La ville s'industrialise dans la seconde moitié du , et le chemin de fer y arrive en 1870. Pendant la fin de l'Empire russe, elle est le théâtre de pogroms antisémites, et durant la guerre civile russe, elle est un des quartiers généraux des Armées blanches, avant de tomber aux mains des rouges le . Rostov est prise par les Allemands à la fin 1941, mais ils l’abandonnent peu après face à la contre-offensive soviétique hivernale, avant de la reprendre à l'été 1942. Elle est libérée par l'Armée rouge le . Elle regagne une attention particulière dans le cadre de l'invasion de l'Ukraine par la Russie depuis 2022, lorsqu'elle devient un centre logistique stratégique de l'Armée russe. Dans la nuit du au , elle est investie par le Groupe Wagner, lors de la rébellion armée du groupe.
Par sa population, elle est la onzième ville du pays avec en 2023. Son agglomération, avec sa population de , est la sixième de Russie. Elle est située au sud-est de la plaine de l'Europe de l'Est, sur les deux rives du Don, non-loin de son embouchure dans la mer d'Azov. Rostov-sur-le-Don est un grand centre économique, industriel, scientifique, éducatif, culturel, de transport et est la capitale officieuse du sud de la Russie. La ville a une architecture riche et unique, avec du style art nouveau, de l'architecture soviétique, et du plus moderne. Les sites culturels et classés ne se comptent pas, et le musée régional des beaux-arts de Rostov est l'un des plus riches du pays. En 2018, Rostov-sur-le-Don était l'une des villes qui ont accueilli des matchs de la Coupe du Monde de la FIFA.
Géographie
Topographie et hydrographie Rostov-sur-le-Don est une ville russe située dans la plaine d'Europe orientale qui couvre une bonne partie de la Russie européenne. Elle occupe la rive droite du Don, un des principaux fleuves du pays, la rive gauche n'accueillant que quelques établissements industriels, des installations portuaires, des parcs de loisirs et le Rostov Arena, le plus grand stade de la ville. Rostov-sur-le-Don se trouve à une cinquantaine de kilomètres de la mer d'Azov dans laquelle le Don se jette. Les limites sud de la ville s'étendent jusqu'au delta par lequel le Don se jette dans la mer d'Azov. Un petit affluent, le Temernik a son confluent avec le Don au niveau de Rostov.
La ville forme une agglomération quasi continue avec les deux villes voisines de Aksaï () située au nord-est et Bataïsk () au sud. La ville se trouve dans le fuseau horaire UT+3heures. Moscou se trouve à au nord, Sébastopol en Crimée à à l'ouest-sud-ouest, Sotchi sur les bords de la mer Noire à au sud, Saratov sur la Volga à au nord-est et Stavropol dans le nord du Caucase à 299 km au sud-est.
Climat Rostov-sur-le-Don bénéficie d'un climat de type continental. L'hiver n'est pas très froid avec des températures moyennes de l'ordre de et l'été est chaud avec des températures moyennes de 21 à . La neige recouvre le sol en moyenne 43 jours par an. L'ensoleillement est assez important en été.
Température record la plus froide : () Température record la plus chaude : () Nombre moyen de jours avec de la neige dans l'année : 62 Nombre moyen de jours de pluie dans l'année : 142 Nombre moyen de jours avec de l'orage dans l'année : 31 Nombre moyen de jours avec du blizzard dans l'année : 9
thumb|center|1000 px|Rostov-sur-le-Don.
Toponymie
Histoire Contexte
Les guerres continuelles entre la Russie au nord et les Tatars de Crimée avaient fini par dépeupler les régions situées au nord de la mer Noire, un territoire constitué de steppes grand comme la France.
Au des paysans armés, les Cosaques, entreprennent de s'y installer. La capitale des Cosaques du Don était Tcherkassk (en 1805, Novotcherkassk). Les Cosaques bénéficiaient de la sûreté personnelle, étaient affranchis de la corvée et des impôts. L'Empire ottoman disposait de son côté d'une place forte dans la ville d'Azov avec une garnison considérable et les Tatars occupaient la Crimée formant le khanat de Crimée. Cet objectif stratégique fut attaqué par les Russes à plusieurs reprises tout au long du (entre autres en 1696 sous le règne de Pierre le Grand) ; Azov et la Crimée tombent définitivement aux mains de l'Empire russe au , donnant aux tsars un débouché permanent sur la Mer d'Azov.
Création de la ville vignette|Plan de la ville (1917). Au , la région est officiellement annexée par la Russie. Une nouvelle entité administrative regroupant les territoires conquis au nord de la mer Noire qui prend l'appellation de Nouvelle Russie
L'impératrice Catherine II entreprend une politique active de peuplement et de colonisation de la région. Rostov-sur-le-Don est d'abord un poste de douanes puis un port en 1749, considérée comme la date de création de l'agglomération, enfin la forteresse Saint-Dimitri-de-Rostov y est édifiée en 1761. Cette place devient par la suite un important centre économique et militaire de la vallée du Don, ce qui en faisait « la porte du Caucase ». Les Cosaques, recrutés comme auxiliaires, finirent par former une part importante de l’Armée impériale russe. La voyageuse française Adèle Hommaire de Hell en fait une description lors de son voyage en 1840Adèle Hommaire de Hell, Équipée dans les steppes de Russie 1840-1844, Paris, 1868, rééd. Paris, Arthaud, 1993, préf. Michel Deuff, sq et s'étonne du mélange pittoresque de population : Russes, Grecs pontiques, Cosaques
En 1778, après la conquête du khanat de Crimée par Alexandre Souvorov, Catherine II fait déporter Arméniens de Crimée qui sont réinstallés dans la région du Don en leur accordant des privilèges fiscaux. L'objectif est de stimuler l'économie de la région. Les familles de marchands arméniens créent Nakhitchevan-sur-le-Don, qui devient la plus grande colonie arménienne de Russie.
Cette agglomération sera absorbée en 1928 par Rostov-sur-le-Don et formera le quartier de Proletarsk. Rostov-sur-le-Don acquiert le statut de ville en 1797.
Développement au vignette|Manufacture de tabac au début du .La colonisation de la vallée du Don stimula l'agriculture, avec l'implantation de la vigne et du tabac. Le tabac du Don, en particulier, s’avère d'une excellente qualité et s'impose comme l'un des principaux produits d'exportation. Une manufacture de tabac est construite dans la ville en 1853 puis une fonderie de fer en 1857 qui profite des riches mines de la région.
En 1870 le chemin de fer arrive jusqu'à Rostov et une papeterie y est construite. La ville à l'époque détient la réputation de ville de truands liée à la proximité d'Odessa et des pays caucasiens.
Pogroms antisémites
En 1897, 11 838 Juifs vivent à Rostov-sur-le-Don, représentant 9,95 % de la population totale.. À la fin du , des Juifs locaux jouent un rôle dans la transformation de Rostov-sur-le-Don en un centre économique florissant de l'empire russe. Outre des institutions juives, la ville abrite une branche du mouvement Poalei Zion.
Comme les Juifs du sud de la Russie, les Juifs de Rostov sont victimes de trois vagues de pogroms antijuifs : alt=.|vignette| Moïse Maymona, Опять на родине (« Enfin au pays ! ») (1906). 1881-1884 : après l'assassinat d'Alexandre II, cette première vague gagne les villes et les bourgs du sud et de l'est de l'Ukraine, puis Varsovie et Balta. Elle est perpétrée par des paysans, des ouvriers et la populace urbaine, qui se livrent au pillage des maisons et boutiques juives. Elle amène le gouvernement d'Alexandre III à adopter en une politique systématique de discrimination à l'égard des Juifs, visant à les priver des positions économiques et sociales qu'ils avaient acquises.vignette|Une des conséquences du pogrom au Grand bazar de Rostof (octobre 1905). 1905-1906 : pendant la crise révolutionnaire, les pogroms du 18 au , planifiés, préparés et organisés par les autorités, l'Okhrana (la police secrète), les Centuries noires et une certaine presse, font le plus de victimes.. Si en nombre de tués (176 personnes) et de blessés (environ 500 battus, torturés et mutilés) * "...дети, разорванные на части, без ручек и ножек, женщины с отрезанными грудями, вспоротым и выпотрошенным животом..."(Киевские Отклики. 1905. ) (trad. aut. " "... des enfants déchiquetés, sans bras ni jambes, des femmes aux seins coupés, au ventre déchiré et éviscéré..." (Kievskie Otkliki. 1905, )") "Захотели они (евреи) свободы, - вот мы их уложим две-три тысячи, тогда они будут знать, что такое свобода" (Пристав полицейского участка г. Одессы Рацишевский) (trad. aut. " "Ils (les Juifs) voulaient la liberté, - alors nous leur en déposerons deux ou trois mille, alors ils sauront ce qu'est la liberté" (Bailli du poste de police d'Odessa Ratsishevsky) ") "На чердаке только одного дома найдено 36 зарезанных". (Современные записки. СПб., 1906. № 1. С.73.) (trad. aut. " "Dans le grenier d'une seule maison, 36 ont été retrouvés poignardés à mort." (Encyclopédie juive - Notes modernes. SPb., 1906. No. 1. P.73.) ") "Погром устроить можно какой угодно: хотите на 10 человек, а хотите на 10 тысяч" (жандармский ротмистр Комисаров) (trad. aut. " "Vous pouvez organiser n'importe quel pogrom : vous voulez pour 10 personnes, mais vous voulez pour 10 000" (capitaine de gendarmerie Komisarov) ") "Почти нет квартир без убитых. Детей рвали на части, стариков бросали из окон" (Киевские Отклики. 1905. ) (trad. aut. " "Il n'y a presque pas d'appartements sans morts. Des enfants ont été mis en pièces, des vieillards ont été jetés par les fenêtres" (Kievskie Otkliki. 1905, ) ")., ce pogrom cède la « première place » à celui d'Odessa, il s'avère être en pourcentage de la population juive le plus grand pogrom anti-juif de Russie au début du . 514 magasins juifs, 2 moulins à vapeur, 5 entrepôts de charbon, 8 appartements privés ont été pillés ; 311 bâtiments sont ravagés à la suite de 25 incendies. La même semaine, paradoxalement, est promulgué le manifeste tsariste du , qui proclamait les libertés civiles sur la base de l'inviolabilité personnelle, la liberté de conscience, etc.. 1918-1920 : pendant la révolution et la guerre civile, cette troisième vague de pogroms (qui aboutit au massacre d'environ 60 000 Juifs dans l'ensemble du pays), est essentiellement dirigée par des soldats des armées qui traversent l'Ukraine : armée ukrainienne après la déclaration d'indépendance (1918), armée de Denikine (fin 1919), Armée rouge lors de la retraite de Pologne (1920), des bandes armées antibolcheviks (1920-1921). Ces massacres ne cessent qu'avec la consolidation du pouvoir soviétique.
Capitale des blancs durant la guerre civile russe vignette|Le port dans les années 1900.Pendant la guerre civile russe, Rostov, une des villes principales de la Grande armée du Don, est un centre de ralliement des armées blanches. Le régiment des volontaires de Rostov, composé d’étudiants, participe à la formation de l’armée des volontaires des généraux Kornilov et Alekseïev début 1918.
En , la cavalerie rouge de Semion Boudienny prend définitivement la ville.
Seconde Guerre mondiale
vignette|Troupes allemandes engagées dans des combats dans la zone urbaine de Rostov-sur-le-Don (juillet 1942).