, né le à Sofia (Bulgarie) et mort le dans la même ville, de son nom bulgare complet Pachanko Dimitrov, " tsar des Bulgares (1894-1943). Travailleur, citoyen, tsar", Sofia, Ed. Universitaire "Sveti Kliment Ohridski", 1990 (). (Boris Klement Robert Maria Pie Louis Stanislav Ksavie Sakskoburggotski, en français Boris Clément Robert Marie Pie Louis Stanislas Xavier de Saxe-Cobourg-Gotha), a été roi des Bulgares du au .
Monarque extrêmement populaire en Bulgarie, est l’un des personnages clés des Balkans durant l’entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale.
Fils aîné du roi , il accède prématurément au trône après l’abdication de son père, responsable de l'intervention de la Bulgarie aux côtés du Reich dans la Première Guerre mondiale. Assumant ces erreurs, il reprend à l’âge de vingt-quatre ans un État ruiné au bord du chaos, meurtri par les rivalités entre extrémistes de gauche et de droite. Malgré ses efforts pour stabiliser la vie politique de son pays, Boris est impuissant face à l'autoritarisme de ses présidents du Conseil, Aleksandăr Stamboliski puis Aleksandăr Cankov.
Philanthrope, Boris effectue de nombreux voyages au sein de son pays pour venir en aide à ses sujets les plus démunis. Il se rend également de nombreuses fois à l’étranger pour tenter de rétablir la considération que son pays avait perdue. C’est au cours d’un de ces voyages qu’il rencontre la princesse Jeanne d'Italie, qu’il épouse en 1930.
En 1934, la dépression économique et les luttes politiques entraînent un coup d’État militaire organisé par les officiers du Zveno qui instaurent un régime dictatorial et prévoient l’instauration d’une république. Boris, qui jusque-là est resté à l’écart du pouvoir, parvient, à l’aide de manœuvre politique, à chasser en 1935 les conspirateurs. Cependant, pour éviter une nouvelle crise politique il instaure, pour une période indéterminée, une dictature personnelle.
Hostile aux méthodes brutales des régimes totalitaires, Boris essaie vainement de se rapprocher des démocraties occidentales qui, indifférentes, le poussent à poursuivre ses relations commerciales avec l'Allemagne nazie et rendent son pays dépendant de cette dernière. Toutefois, en tant que pacifiste convaincu, Boris tente de garder tout au long des événements de la Seconde Guerre mondiale une position neutre ; mais en 1941 l’armée allemande, stationnée à la frontière bulgare, contraint Boris à adhérer au Pacte tripartite. Le pays participe alors militairement au conflit mais s'abstient d'entrer en guerre contre l'Union soviétique et, partageant le sentiment populaire, refuse de déporter les juifs bulgares. Deux semaines après une entrevue houleuse avec Adolf Hitler, il meurt de façon inopinée et mystérieuse en . Son fils lui succède.
Sous l’aile d'un père autoritaire Un baptême controversé Le , à cinq heures et dix-huit minutes du matin, le prince régnant de Bulgarie et son épouse Marie-Louise de Bourbon-Parme annoncent par cent-un coups de canon la naissance de leur premier fils, Boris, prince de Tarnovo.
Cette naissance arrive au milieu du contexte politique complexe que traverse, à l'époque, la Bulgarie : celle-ci est alors une jeune principauté orthodoxe, vassale de l'Empire ottoman musulman, ayant pour souverains, Ferdinand et Marie-Louise, deux fervents catholiques. La religion tient donc une importance primordiale dans la région.
La Bulgarie fait également office de poudrière car ses relations avec la Russie orthodoxe sont très mauvaises ; les tsars russes n'aiment pas Ferdinand, fils d'un prince allemand allié à l'Angleterre et d'une mère française (Clémentine d'Orléans), officier autrichien de surcroît, qui fut élu prince par une assemblée bulgare hostile aux intérêts russes.
Aussi, bien que son fils Boris ait déjà reçu le baptême catholique, Ferdinand songe sérieusement à le convertir à l'orthodoxie. Un baptême dans cette religion lui permettrait de se rapprocher davantage de son peuple.
Néanmoins, une telle décision n'est pas sans risque car l'Europe catholique est sous le choc en apprenant la nouvelle. Le pape menace le prince des Bulgares d'excommunication, l'empereur François-Joseph d'Autriche de guerre et la très pieuse Marie-Louise s'y oppose catégoriquement. Ferdinand hésite donc encore un peu, mais la raison d'État l'emporte. Le , Boris est converti au rite orthodoxe et le tsar (qui a succédé à et a épousé une petite-fille de la reine Victoria du Royaume-Uni) devient son parrain. Ferdinand est alors excommunié, et son épouse, outrée et honteuse, décide de partir quelque temps avec leur second fils, le prince Cyrille, baptisé catholique.
Une éducation stricte vignette|gauche|redresse|alt=|Boris âgé d'environ cinq ans.
Le , au lendemain de la naissance de sa seconde sœur, la princesse Nadejda, Boris perd sa mère. Son éducation est alors confiée à sa grand-mère paternelle, la princesse Clémentine d'Orléans, fille du roi des Français , âgée de quatre-vingt-deux ans. Cependant, celle-ci meurt à son tour le . Son père décide alors de prendre en main son éducation.
Il désigne comme précepteur un pédagogue suisse romand, choisit personnellement tous ses professeurs et exige une instruction des plus strictes. Le jeune Boris étudie avec ferveur toutes les disciplines enseignées dans les écoles bulgares et apprend en complément le français et l'allemand qu’il maîtrise avec une grande aisance ; il apprend par la suite, l'italien, l'anglais et même l'albanaisDonnées de Zagreb-Sofia : Une amitié à l’aune des temps de guerre 1941-1945.. De nombreux officiers viennent aussi au palais pour parfaire son éducation militaire.
Son père l'initie surtout aux sciences de la nature. Pris de passion, Boris ne cesse de les étudier tout au long de sa vie, devenant un véritable expert. Ferdinand lui transmet également sa passion pour la mécanique et, tout particulièrement, celle des locomotives. En , alors qu'il n'a que quinze ans, Boris passe les examens pour être mécanicien des chemins de fer.
Toutefois, la vie au palais n'est pas facile pour le jeune Boris. Son père, ou plutôt le « monarque » comme les enfants l'appellent entre eux, est un homme autoritaire, compliqué et violent. D'une attitude hautaine et méprisante, il lui arrive souvent, par le biais de remarques sarcastiques, de pousser au bord des larmes les membres de sa famille. Hors des cérémonies et réceptions officielles, Boris n'est en contact ni avec le monde, ni avec le peuple bulgare. La vie au palais, que le jeune prince surnomme la « prison », n'est donc ni simple, ni facile, ni gaie.
Le témoin de grands événements vignette|redresse|alt=|Boris de Bulgarie, jeune homme.
Le , profitant d'une crise politique de l'Empire ottoman, Ferdinand prend le titre de tsar et déclare l'entière indépendance de la Bulgarie.
À partir de 1911, Boris parvient à s'émanciper de l'autorité paternelle grâce à des voyages à l'étranger où il fait enfin connaissance avec le monde et les hommes. Ces voyages marquent également le début de son entrée sur la scène internationale. Ainsi, la même année, il se rend au couronnement de son cousin à Londres et aux funérailles de la reine Maria-Pia de Portugal à Turin, où il prend contact avec le monde des têtes couronnées et chefs d'État. Le , en visite chez son parrain le tsar , Boris est témoin du meurtre du Premier ministre russe Piotr Stolypine, assassiné sous ses yeux à l'opéra de Kiev.
En , Boris fête ses dix-huit ans et devient majeur. Jusque-là, il pratiquait les deux religions, catholique et orthodoxe ; mais désormais il n'est plus qu'orthodoxe. Ce même mois, il devient également capitaine et chef de compagnie du . Neuf mois plus tard débute la première guerre des Balkans où Serbes, Grecs, Monténégrins et Bulgares s'unissent contre l'Empire ottoman pour libérer la Macédoine. Attaché à l'état-major, Boris n'hésite pas à rejoindre les soldats en premières lignes.
Sortis victorieux de la guerre, la Bulgarie et ses alliés n'arrivent pas à s'entendre sur le partage. La Bulgarie, exaspérée, décide alors d'attaquer ses anciens alliés en 1913, provoquant ainsi la deuxième guerre balkanique, qui se conclut par un véritable désastre, les armées bulgares se faisant décimer par le choléra. Boris, témoin des horreurs de cette débâcle, devient par la suite un pacifiste convaincu.
À la suite de ce fiasco militaire, l'abdication de Ferdinand paraît inévitable. On pousse Boris à quitter le palais, à se réfugier au sein de l'armée pour se désolidariser et se préparer à monter sur le trône. Cependant, ce dernier refuse et réplique : . Ferdinand n'abdique pas et Boris est envoyé à l'École supérieure de guerre, où il est traité au même titre que les autres élèves officiers.
En 1915, Ferdinand, dans un esprit de revanche, décide d'engager la Bulgarie dans la Première Guerre mondiale auprès des empires centraux. Boris émet une protestation contre cette décision. Impitoyable, le roi fait mettre le jeune prince aux arrêts pendant quelques jours ; puis le prince héritier est nommé officier en mission spéciale auprès du quartier général de l'armée bulgare. Sa mission consiste, en grande partie, à veiller à la bonne exécution des opérations et à la bonne coordination des différents fronts. À ce poste, il se rend régulièrement dans les tranchées où il se lie d'amitié avec de nombreux officiers, pratiquant la plus franche et la plus aimable camaraderie.
Un début de règne agité , roi des Bulgares Sous le règne de , la Bulgarie essuie d'importants échecs militaires : la Seconde Guerre balkanique, qui aboutit au traité de Bucarest, où la Bulgarie doit céder de nombreux territoires à ses voisins et leur payer d'importantes réparations ; la Première Guerre mondiale, qui se solde de la même façon lors du traité de Neuilly, avec la perte de divers territoires et de fortes indemnités à verser aux pays vainqueurs..
La population gronde et les vainqueurs exigent l'abdication de Ferdinand. Le monarque s'exécute en faveur de son fils et s'exile avec ses autres enfants à Cobourg, sa ville natale. C'est ainsi que Boris accède le au trône en prenant le nom de .
Le règne du nouveau tsar commence sous de sombres auspices. Isolé de sa famille, il ne revoit ses deux sœurs qu'à la fin de 1921, et son frère Cyrille en 1926. Les mauvaises récoltes de 1917 et de 1918, les rationnements et l'occupation étrangère provoquent la poussée des partis d'extrême gauche : l'Union agrarienne et le Parti communiste. Pourtant, de tous les États vaincus en 1918, seule la Bulgarie demeure une royauté.
Impuissant devant les régimes autoritaires vignette|gauche|redresse|alt=|Timbre bulgare émis en 1919 pour le premier anniversaire du couronnement du roi . Le , un an après l'avènement de , les élections législatives amènent au pouvoir l'Union agrarienne, forçant le tsar à nommer son dirigeant, Aleksandăr Stamboliski, au poste de président du Conseil. Très populaire dans la paysannerie, encore largement dominante à l'époque, le Premier ministre affiche clairement son hostilité à la monarchie. Rapidement, le président du Conseil installe une dictature paysanne et s'attire l'hostilité des classes moyennes et des militaires.
À force de côtoyer Stamboliski, le tsar noue avec lui un véritable . Il tente de le raisonner en le prévenant que ses exubérances ne font qu'excéder la population aisée, mais ce dernier lui rappelle que le roi règne mais ne gouverne pas. Il confie alors à ses proches : .
Finalement, le , un putsch militaire est perpétré et parvient à renverser le gouvernement agrarien. Un des protagonistes du coup d'État bulgare de 1923, Aleksandăr Cankov, met alors en place un nouveau gouvernement autoritaire.