Les Aventures de Rabbi Jacob est un film comique franco-italien réalisé par Gérard Oury, sorti en 1973.
Ultime collaboration entre Gérard Oury et Louis de Funès, le film raconte les mésaventures de Victor Pivert, un industriel français arriviste, cynique et autoritaire, empli de préjugés racistes, antisémites et xénophobes, ne demandant qu'à se rendre au mariage de sa fille. Englué malgré lui dans les péripéties d'une révolution dans un pays arabe menée par Mohamed Larbi Slimane, poursuivi par les barbouzes du colonel Farès et des policiers français, il se fait passer pour un vénérable rabbin revenu d'Amérique dans le quartier juif de Paris. L'acteur principal est entouré notamment de Claude Giraud, Henri Guybet, Suzy Delair et Marcel Dalio.
Après les succès rencontrés par Le Corniaud (1965), La Grande Vadrouille (1966), Le Cerveau (1969) et La Folie des grandeurs (1971), Gérard Oury concrétise une vieille envie de traiter de la petite communauté juive orthodoxe parisienne, entendant délivrer un message humaniste de tolérance aux spectateurs français voire au-delà, sans se départir du ton burlesque habituel du cinéaste, de sa construction de vaudeville et du jeu extravagant de Louis de Funès. Le tournage a notamment lieu à Paris et ses alentours, au sein des studios de Billancourt et à New York. Cette fois-ci seule tête d'affiche, Louis de Funès s'investit énormément dans ce tournage long et complexe, en particulier pour les éprouvantes séquences de l'usine de chewing-gum et la scène du ballet hassidique.
Élaboré dans un contexte de montée des tensions israélo-arabes au Moyen-Orient, qu'il évoque implicitement, le film apparaît dans les salles lors de l'éclatement de la guerre du Kippour et provoque un détournement d'avion contre sa sortie. Grand succès populaire avec , il finit en tête du box-office français de l'année 1973. La critique, d'ordinaire rude à l'égard d'Oury et de de Funès, est enthousiaste envers cette comédie aux accents politiques et son message pacifiste. Unique percée outre-Atlantique de Louis de Funès, le film est même nommé pour le du meilleur film en langue étrangère en 1975.
Les Aventures de Rabbi Jacob demeure un « film culte » du cinéma comique français et l'un des premiers à mettre en scène la communauté juive de France.
Synopsis De New York, le rabbin est parti vignette|alt=Un taxi New-Yorkais de couleur jaune.|C'est à bord d'un taxi jaune et noir new-yorkais que Rabbi Jacob, son secrétaire et son assistance se rendent à l'aéroport JFK. À New York, dans la communauté hassidique de Brooklyn, des Juifs à longues barbes et papillotes, habillés de longs caftans et de grands chapeaux noirs, déambulent dans les rues en tenant des discussions animées tandis que des enfants, à la tête encadrée des mêmes papillotes et portant de grandes , jouent au baseball sur la chaussée. Les jeux et discussions sont interrompus pour saluer Rabbi Jacob, vénérable rabbin de ladite communauté, qui s'apprête à gagner Paris pour assister à la d'un jeune parent, David Schmoll. Juif typique de ce milieu, il s'exprime avec un fort accent yiddish, quelle que soit la langue dans laquelle il parle. Après avoir embrassé la de sa porte au milieu des acclamations de ses fidèles, il prend pudiquement congé de sa femme et reçoit un gâteau au fromage avec ses dernières recommandations pour le voyage qu'il entreprend avec son secrétaire Samuel. De nombreux envahissent le taxi pour accompagner leur vénéré à l'aéroport JFK, ce qui de prime abord encombrant, se révèle assez pratique pour passer outre aux embouteillages. Au cours du trajet, Rabbi Jacob se laisse aller à une douce rêverie, fredonnant J'irai revoir ma Normandie car .
À Paris, un vendredi vignette|Une Citroën DS 21 Pallas noire similaire à celle de Victor Pivert.|alt= En Normandie, à bord d'une Citroën DS équipée d'un téléphone automobile et surmontée d'une barque à moteur baptisée , Victor Pivert (Louis de Funès) et son chauffeur Salomon (Henri Guybet) rentrent à Paris au départ de Deauville pour célébrer le mariage d'Antoinette avec le zézayant Alexandre, fils d'un général. Pivert, incarnation du grand petit-bourgeois français, persifleur, chauvin sur les bords et sûr de la supériorité des valeurs de son petit monde, double aussi allègrement qu'illégalement les voitures qui ont le tort de se trouver sur son chemin, insultant au passage celles des automobilistes étrangers. Or, ce raciste patenté (), qui s'étrangle en découvrant un mariage interracial autant qu'il s'amuse de voir les Noirs convoler dans des Rolls blanches, apprend avec un mélange de stupeur et de consternation que son chauffeur Salomon est juif, neveu d'un rabbin — Rabbi Jacob — de surcroît. Magnanime, il décide, bien qu'il soit juif, ). Recevant un appel de sa femme Germaine (Suzy Delair), dentiste de son état, jalouse de nature et furieuse du retard de son mari, Victor Pivert tente de détourner la conversation en lui faisant part, sur le ton de la confidence, de la judéité de leur chauffeur. Celui-ci, tendant l'oreille, en perd la conduite des yeux et provoque une sortie de route. La voiture tombe dans un lac et se retourne sur le toit, mais supportée par la , flotte et ne coule pas.
vignette|redresse|gauche|Le café Les Deux Magots, situé boulevard Saint-Germain, où Slimane est enlevé par Farès et ses sbires. L'un de ceux-ci proteste : Au même moment, à Paris, le sémillant Mohammed Larbi Slimane (Claude Giraud) se rend au café Les Deux Magots. Menant une révolution dans un pays arabe (non nommé) du tiers-monde. Il pense avoir rendez-vous avec un camarade dissident, mais comprend rapidement qu'il a été piégé par la police secrète de son pays. Il tente vainement d'échapper au commando dirigé par le sinistre colonel Farès avant d'être assommé, enfermé dans un coffre et emmené en quelque endroit perdu pour interrogatoire.
Une veille de chabbat à l'usine Le Yankee vignette|alt=Un bâtiment industriel avec une haute cheminée, isolé au beau milieu de champs.|En pleine campagne, Victor Pivert s'abrite dans l'usine de chewing-gum Le Yankee, croisant ainsi la route de Slimane, séquestré par les maramouches du colonel Farès.
Pivert erre sur la route, priant saint Antoine de Padoue de lui venir en aide en lui promettant de se trouver un nouveau chauffeur, . Il a en effet congédié Salomon car ce dernier, entendant que les employés de l'usine de Monsieur s'étaient mis en grève, en avait fait de même et regimbé à remorquer la voiture tombée à l'eau. Il avait de même refusé d'en allumer les phares et, sortant de l'eau, s'était mis à chanter le en pleine campagne pour cause de Chabbat. Apercevant une lumière, l'industriel remercie saint Antoine et aboutit inopinément dans l'usine de chewing-gum Le Yankee, que Farès a choisie pour son isolement afin de juger le dissident politique Slimane avant de l'exécuter.
Distraits par un appel de Pivert qui croit téléphoner à la police, Farès et ses sbires laissent Slimane sous surveillance légère. Celui-ci parvient à s'échapper, entraînant malgré lui dans sa cavale un Victor Pivert tombé dans la cuve de gomme liquide verte (chewing-gum à la chlorophylle ou mélisse) en fuyant Farès et sa suite. Pris en poursuite par ces derniers ainsi que par la police française qui, dépêchée par Salomon, croit l'avoir vu abattre deux hommes de main de Farès, Pivert est sommé par Slimane qui le tient en joue, de se rendre à l'aéroport d'Orly. Le séditieux entend regagner son pays avant le soir avec son otage, assuré d'en devenir le Premier ministre s'il y parvient.
Le samedi à Orly Débarrassé on ne sait comment du chewing-gum dont il était recouvert de la tête au pieds, et rasé de frais, Pivert, devenu otage de Slimane, se rend à Orly au volant de sa DS, remise à l'endroit, mais à court d'essence. Pendant qu'on lui fait le plein, Pivert tente d'alerter deux motards de la Gendarmerie par un "festival" de grimaces, mais sa tentative tourne court lorsque Farès s'arrête par hasard à la même station. Cependant, ce dernier se lance à leur poursuite alors que le pompiste n'a pas encore terminé son office, et la voiture des poursuivants accrochée à la pompe se disloque dès la première accélération. Quant à l'industriel, il est contraint de faire croire à sa femme qu'il s'enfuit avec Thérèse Leduc, le jour même du mariage de sa fille. Folle de jalousie, Germaine part aussitôt à Orly. Pendant qu'elle descend les escaliers, le commissaire divisionnaire Andréani (Claude Piéplu) accompagné par deux policiers, arrivent au cabinet dentaire. C'est la réceptionniste qui les accueille. Le commissaire est venu pour interroger Victor Pivert. Sur cet entrefaite surgit l'infortunée patiente que Germaine a abandonné dans son fauteuil de dentiste, sans avoir achevé ses soins. La réceptionniste lui explique qu'elle est partie rejoindre son mari à Orly. Sur ces mots, les trois policiers partent immédiatement à Orly.
En arrivant à Orly, Pivert tente vainement d'attirer l'attention d'un membre des Compagnies républicaines de sécurité.
left|vignette|Louis de Funès déguisé en rabbin (portrait au crayon). Toutefois, profitant du "faible" de Slimane pour les rousses, il parvient à lui fausser brièvement compagnie, pour retrouver sa femme qui, arrivée en trombe dans l'aéroport, s'est emparée du microphone du bureau des renseignements. Cependant, Farès et ses sbires ressurgissent et Pivert ne doit son salut qu'à l'intervention in extremis de Slimane. Les fugitifs parviennent à tromper l'attention des barbouzes, toujours sur leurs talons, en se grimant en rabbins hassidiques. Mais, une fois arrivés dans le hall de l'aérogare, ils sont pris pour le vénérable Rabbi Jacob et son assistant, par Tsippé Schmoll dite "la Mamé", belle-sœur de Rabbi Jacob, à la vue et l'ouïe quelque peu défaillantes. La Mamé, venue accueillir le rabbin avec ses enfants et David, trouve que son cher beau-frère a attrapé un accent américain et s'empresse de lui donner une en prononçant . alors qu'elle s'apprêtait à quitter l'aéroport, Germaine est accostée par Farès et ses hommes, puis enlevée à bord de la DS.
Un Chabbat dans le vieux quartier juif de Paris vignette|La rue des Rosiers, centre du vieux quartier juif de Paris, en 1965.|alt=Photo en noir et blanc d'une rue entourée de modestes immeubles à trois étages aux façades défraîchies. Les enseignes des commerces sont en français et en hébreu, et arborent des étoiles de David. Quatre voitures et quelques passants apparaissent. Entretenant la méprise, « Rabbi Jacob » et son sont entraînés, malgré eux, à la rue des Rosiers, au cœur du vieux quartier juif de Paris avec ses commerces juifs aux devantures calligraphiées en français et en yiddish. Le « bon catholique » qui a adopté sans trop de peine l'accent requis, prend un bain de foule parmi les Juifs et Juives en liesse venus acclamer le vénérable , pour recevoir sa bénédiction (que Pivert donne en signant la croix, avant de se faire corriger par Slimane) et lui offrir divers présents dont un « modeste ». Quelque peu désarçonné lorsque certains se ruent vers lui pour embrasser le moindre pan de son caftan, de ses ou de ses mains, Pivert tente tant bien que mal de donner le change, en adoptant la méthode enseignée à « Rabbi Jacob » par « Rabbi Seligman » : .