vignette|upright=2|Le Sommeil d'Arthur à Avalon (1881-1898) par Edward Burne-Jones.
L'île d’Avalon ou d’Avallon est, dans la littérature arthurienne, le lieu où est emmené le roi Arthur après sa dernière bataille à Camlann.
C'est aussi, selon certaines sources, l'endroit où fut forgée l'épée d'Arthur, Excalibur. C'est enfin l'île où vivait supposément la fée Morgane.
Ce site légendaire a donné lieu à toutes sortes d'interprétations en littérature et dans le folklore.
Les sources anciennes La première mention de l'île d'Avalon apparaît sous la forme latine insula Avallonis dans l’Historia Regum Britanniae écrite entre 1135 et 1138 par Geoffroy de Monmouth. L'auteur nous dit qu'après la bataille de Camlann où Arthur fut mortellement blessé en combattant Mordred (fils du roi Arthur) le roi de Bretagne fut conduit sur cette îleGeoffroy de Monmouth, Historia regum Britanniae, Livre 11, lire en ligne en anglais : :En 1155, le poète normand WaceWace, Roman de Brut, v.4437-4438, lire en ligne la version en ancien français, commentée et annotée par Antoine Le Roux de Lincy, p. 230. offre une adaptation de l'Historia et reprend le motif consacré par Geoffroy de Monmouth :
Dans certains manuscrits de l’Historia comme dans les Brut, c'est aussi sur cette île que fut forgée l'épée Excalibur : (ce qui peut aussi signifier qu'elle fut forgée à partir du minerai de l'île).
Entre-temps, en 1149, fut publiée la Vita Merlini, ou Vie de Merlin. Ce manuscrit est aussi attribué à Geoffroy de Monmouth bien que Merlin y prenne un caractère fort différent de celui que possédait le célèbre personnage lorsqu'introduit par Geoffroy dans l’Historia. Par contre, l'auteur de la Vita y décrit toujours l'île d'Avallon comme étant le lieu où fut conduit Arthur après la bataille de Camlann. Notons cependant que le nom Avallon n'y apparaît pas. L'auteur préférant parler de Vita Merlini, Geoffroy de Monmouth, lire en ligne en anglais.
Ce nom d'île fortunée donné à Avalon est probablement emprunté à Isidore de Séville () (Etymologiae, XIV) lorsqu'il décrit les îles Canaries, ou directement à Pomponius Mela ( ) lorsque ce dernier évoque Pomponius Mela, Livre III, 10.
Dans la Vita Merlini, l'auteur décrit aussi les fameuses habitantes de l'île d'Avalon :
Ces neuf sœurs parmi lesquelles on reconnaît la célèbre Morgane sont là encore probablement les neuf prêtresses qui sont invoquées, par le même Pomponius Mela, dans sa description de l'île de Sein :
Entre 1138 et 1149, Geoffroy de Monmouth, s'était posé la question de la mort d'Arthur. Alors qu'il concluait dans l’Historia par : , il écrit dix ans plus tard, dans la Vita Merlini :
Geoffroy voulait donc désormais laisser planer le doute sur le retour d'Arthur.
Avalon connut une postérité par la suite, y compris chez en dehors de la légende arthurienne, notamment dans la Matière de France, comme le souligne Antoine Le Roux de Lincy dans une note de son édition du Roman de Brut. Ainsi, c'est là que Morgue (Morgane) a conduit son bien aimé Ogier le Danois pour l'élever. C'est aussi à cet endroit qu'est porté Renoard (Renouard), un des héros de la chanson de geste Guillaume d’Orange, le marquis au court nez.
Étymologie L'association d'Avalon, dont la consonance rappelle celle du mot Walhalla, avec la légende arthurienne est probablement une création de Geoffroy de Monmouth. Le nom même est sujet à caution. Aucune source armoricaine ancienne ne mentionne ce lieu et les auteurs des Brut gallois remplacent systématiquement insula Avallonis par ynys AuallachR. Bromwich Trioedd Ynys Prydein, University of Wales Press, 1961., ce qui montre que le nom Avalon n'était pas commun au Pays de Galles. Avallach est lui un nom d'homme très courant au Moyen Âge dans les généalogies galloises.
Les triades galloises nous disent bien qu'Arthur fut enterré dans une grande salle sur l’île d’Avallach : (TYP n51) mais ces triades sont contenues dans des manuscrits tardifs (). L'île est juste nommée dans le ms.Pen.185 : (TYP n90). Avallach y est l'une des trois îles en perpétuelle harmonie. Les deux autres étant (Caer Caradawg) et (Bangor). Cette triade est à superposer à une autre triade du ms.Pen.228 qui identifie Avalach/Avalon à l'île de Verre, elle-même identifiée à l'abbaye de Glastonbury : (TYP n90). On voit ici que les compilateurs de ces triades connaissaient à la fois les textes latins de Geoffroy de Monmouth et les développements que leur avaient donnés les moines de Glastonbury (voir plus bas).
Il reste cependant possible qu'il ait existé des traditions concernant une île des pommes comme métaphore de l'Autre Monde. Peut-être cette île des pommes s'appelait elle-même Avalon. Roger Sherman Loomis mentionne par exemple l'existence dès 1130 de l'expression employé dans un manuscrit continental.
La présence d'une ville de la Gaule nommée Avalon, chez les Burgondes, pourrait même valider cette hypothèse. Même si dans ce cas précis, et puisque l’Historia mentionne comme dernière bataille d'Arthur, avant Camlann, une bataille menée en Bourgogne dans le Val Suzon, entre Autun et LangresC'est-à-dire à Dijon dont les douves, nous dit Grégoire de Tours au étaient nourries par la rivière Suzon., il reste possible que le nom soit venu à l'esprit de Geoffroy de Monmouth par confusion avec le nom de cette ville de Bourgogne.
Dans tous les cas, que ce soit sous la forme Avalon, Avallon, Avallach ou Afallach, le nom est fondé sur la désignation de la pomme et du pommier. En effet, se dit aval ou afal en brittonique (breton, gallois) et aballos en gauloisVenceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et dictionnaire, éditions Robert Laffont, Paris, 2000, . Le terme anglais apple, l'allemand Apfel, le néerlandais appel, le luxembourgeois apel, le danois aebel, le suédois äppel, le finois ëppel, le norvégien eple et l'islandais epli participent de cette même étymologie. Même dans l'esprit de Geoffroy de Monmouth, le nom devait désigner un endroit remarquable par ses pommiers, puisqu'il l'identifie à l’insula pomorum (île des fruits). La ville d'Avallon (Yonne) doit probablement aussi se rattacher étymologiquement à la pomme et au pommier. , historien britannique, publia en un article dans la revue Speculum, dans lequel il fait le lien entre cette ville et l'île. Selon lui, Geoffroy de Monmouth a adopté une orthographe curieusement modifiée de "Avallach", qui aurait été influencée par le toponyme "Avallon""This was a Celtic Otherworld. In Welsh the name is Avallach or Afallach. Geoffrey has adopted an oddly changed spelling which is thought to have been influenced by the place-name Avallon in Burgundy. "Avallon" is Gaulish and means "place of apples" as its counterpart in Britain supposedly does." Speculum, 1981, t. LVI, p. 315-316.
Localisation thumb|Ernest Guérin ː Comment les fées emmenèrent Artur dans l'isle d'Avallon, mai 1917. L'île d'Avalon, comme toute l'histoire d'Arthur contée par Geoffroy de Monmouth, va connaître un certain succès dans la seconde moitié du . Marie de France la décrit comme une île très belle, tout en précisant qu'elle ne la connaît pas puisqu'elle écrit : (Lai de Lanval, v. 641-643).. Ce qui semble montrer qu'elle ne se visitait pas au et qu'elle n'est déjà plus vue que comme une légende.
Dans Érec et Énide, Chrétien de Troyes la place dans l'actuelle Cornouaille continentale, puisque c'est là que se trouve le berceau des anthroponymes Gradlon et Guyomarc'h :
La localisation d'Avalon à Glastonbury, dans le Somerset, à la fin du est certainement liée au souhait des moines de cette abbaye de développer un pèlerinage et de se placer sous la protection du roi Richard Cœur de Lion en faisant vivre la renommée du désormais célèbre roi breton : initialement, la découverte (qui put paraître miraculeuse), juste l'année suivant l'accession au trône de Richard, d'une tombe ornée d'une croix sculptée, servit grandement cette démarche. Sur la croix en question était en effet gravée l'inscription :
Le Haut Livre du Graal (première moitié du ) semble vouloir s'appuyer sur la localisation d'Avalon à Glastonbury. Lancelot arrive en effet à (HLG, 822)Le Haut Livre du Graal, éd. par Michel Zink, Lettres gothiques. qui n’est pas une île mais une vallée encaissée faisant bien dix lieues de longueur. Là se trouve le tombeau de la reine Guenièvre et celui contenant la tête de Loholt, fils d’Arthur. Les restes de Loholt y avaient en effet été déposés après que ce dernier fut traîtreusement décapité par le sénéchal Keu : (HLG, 710). Le tombeau d’Arthur est lui aussi déjà prêt à recevoir le noble corps.
Comme le souligne Antoine Le Roux de Lincy dans une note de son édition du Roman de BrutWace, Roman de Brut, lire en ligne la version en ancien français, commentée et annotée par Antoine Le Roux de Lincy, p. 52-53., James Ussher reprend cette assimilation dans son Brittanicarum Ecclesiarum Antiquitates (Antiquités des églises britanniques), publié au James Ussher, Brittanicarum Ecclesiarum Antiquitates, lire en ligne en latin dans Whole works; now for the first time collected, with a life of the author and an account of his writings, volume VI, pp 38-42 :L'auteur du Haut Livre du Graal affirme même que son texte est copié d'un manuscrit latin qui a été trouvé (HLG, 1052).
Chez Robert de Boron, alors qu'Arthur s’apprête à partir combattre Rion à Tarabel, la (MerlinProseV1, 213) vient lui demander son aide. Elle est ceinte d’une épée dont elle ne peut se débarrasser. Seul le meilleur chevalier au monde pourrait l’enlever. C’est Balaain le Sauvage qui s'acquittera de cette mission. Dans le Roman de l’Histoire du Graal, Joseph d'Arimathie avait confié le Saint-Graal à son beau-frère Hebron qui lui-même l’avait confié à son fils Alain, ce dernier le transporta alors dans les Vaux d’Avaron : Il est possible que le lieu où l'on conduit ainsi le Saint Graal soit l’île d’Avalon.
Les habitants de divers lieux ayant comme racine défendent la thèse de la présence du roi Arthur en dormition. C'est le cas de l'île d'Aval en Pleumeur-Bodou (Côtes-d'Armor), qui est en fait un îlot accessible à marée basse. Le roi y serait enterré sous un mégalithe.
Interprétation mythologique L'île d'Avalon peut donner lieu à diverses interprétations mythologiques qu'il faut néanmoins prendre avec précaution.
Si l'on se réfère à la tradition mythologique celte et plus largement, indo-européenne, l'île d'Avalon fait figure d'une sorte de pays des morts, comme les Champs Élysées, ou à tout le moins d'un Autre Monde. Le séjour d'Arthur en son sein n'est en effet pas définitif, le monde attendant le retour du roi qui doit intervenir tôt ou tard. Elle n'a donc pas nécessairement d'emplacement correspondant au monde réel, encore que son entrée puisse se situer à un endroit connu.
De fait, Arthur y est conduit sur une barque par trois sœurs, et la référence aux pommes (aval dans les langues celtiques) dans le nom d'Avalon rappelle sa dimension d'immortalité, qui n'est une vie éternelle que par défaut : les blessures d'Arthur ne s'y soignent pas.
La tradition mythologique grecque donne des éléments parallèles avec la barque de Charon et les pommes d'or du jardin des Hespérides, qui se trouvent également au bout du monde dans un jardin, c'est-à-dire un lieu clos. Dans les légendes irlandaises, Avalon est appelée Emain Ablach.
Dans les arts et la culture populaire Littérature « Arthur Avalon » est le nom de plume de sir John George Woodroffe (1865-1936). Dans le poème The Statesman's Holidays de William Butler Yeats, le vers apparaît trois fois. Dans Morgane la sirène (1898) de Charles Le Goffic, le roman situe Avalon à l'Île Aval à Pleumeur Bodou. Non loin de là, le château de Kerduel. aurait été la résidence du roi Arthur. Adapté en film avec Morgane la sirène (1928) de Léonce Perret. Dans Le Silmarillion de J. R. R. Tolkien, un port elfique se nomme « Avallónë ».