vignette|Trombinoscope d'artistes des Disques Barclay (majoritairement d'Europe francophone) en 1970.
vignette|L'Olympia de Paris, scène emblématique de la chanson française.
La chanson française ou chanson francophone est un ensemble de genres de compositions musicales en langue française dont les plus anciennes connues datent de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance. Sur le plan musical, elle se constitue principalement à partir des airs du folklore, des sonneries de chasse et des airs militaires, comme de la musique religieuse et de la musique classique ou savante.
La création de la protection des droits d'auteur puis l'avènement des enregistrements sonores au et leur développement dans la première moitié du marquent véritablement un tournant et un essor du genre, influencé dès lors par les courants musicaux successivement en vogue, tels le musette (valse, java, tango) ou la musique dite « typique » d'Amérique latine ou des Antilles (cha-cha-cha, rumba, mambo, samba puis bossa nova) et les adaptations de succès italiens, ibériques, britanniques, slaves ou germaniques et bien sûr les importations massives de la culture nord-américaine comme le jazz (ragtime, charleston, swing), le blues et le gospel, la country, le doo-wop et le rock, le folk, la pop, le disco ou le rap.
Après une diffusion dans des lieux dédiés comme les goguettes, les cabarets ou les cafés-concerts, voire sur la place publique par les chanteurs de rue, les progrès techniques (fabrication et diffusion du disque phonographique, usage du microphone, retransmission radiophonique, cinéma parlant et chantant, médiatisation) permettent de populariser à grande échelle les chansons et leurs interprètes.
Pour la période moderne, l'usage veut souvent que soient regroupés dans la catégorie « chanson française » des artistes ou des œuvres francophones, quelle que soit leur origine (Québec, Belgique, Suisse, Afrique), tels Félix Leclerc, Jacques Brel ou Henri Dès.
Histoire Origines vignette|Cantilène de sainte Eulalie, suivi du début du LudwigsliedPour mieux visualiser le texte Numérisation du parchemin (Réf. Bibliothèque municipale de Valenciennes 150 (olim 143) fol.141v). La chanson française peut être différenciée selon les époques. La plus vieille est probablement la Cantilène de sainte Eulalie, premier texte « littéraire » de langue française daté du . Le plus vieil air que l'on chante encore est Le Carillon de Vendôme du ..
Les prémices vérifiables de la chanson existent déjà au début du Moyen Âge comme les chants de guerre de l'époque de l'Empire franc, les chants folkloriques et les chants choraux, dont certains remontent à l'époque pré-chrétienne. Seuls subsistent quelques-uns d'entre eux. La Chanson de Roland, qui appartient au genre chanson de geste, est considérée importante, comme chant de la guerre et de destruction dans la lutte contre les païens. Les littéraires et les historiens datent donc du haut Moyen Âge le début d'une « culture de la chanson » au sens étroit du terme. Les premières chansons de divertissement françaises remontent au . Un genre important est la chanson de geste, qui apparaît à la même époque que les Croisades. Les troubadours viennent pour la plupart de la chevalerie et cultivent une forme spéciale de chanson courtoise. Dans le nord de la France, leurs semblables sont appelés trouvères..
Chanson médiévale Chanson de geste
vignette|redresse|Couverture de l’Édition populaire de la Chanson de Roland (1881), illustrée par Luc-Olivier Merson. La chanson de geste est un récit versifié (un long poème) le plus souvent en décasyllabes ou, plus tardivement, en alexandrins, assonancés regroupés en laisses, strophes présentant la même assonance, de taille variable, relatant des exploits guerriers appartenant, le plus souvent, au passé. La plupart des chansons de geste puisent dans un passé mythifié et notamment le règne de Charlemagne, d'autres sont globalement contemporaines des personnages de la chanson, comme Hugues Capet, chanson du .. Souvent anonyme, l'auteur de la geste est un troubadour (ainsi appelé au Sud) ou trouvère (au Nord) qui la destinait à être chantée et accompagnée musicalement, devant un public large, populaire ou noble. Parmi les plus connues figurent Chanson de Roland, et Renaut de Montauban ou les Quatre Fils Aymon.
Chanson courtoise (grand chant) Les troubadours, des poètes occitans souvent nobles, développent l'art du chant courtois entre 1000 et 1350. Leurs œuvres sont colportées par les ménestrels. Plus de sont répertoriées. Vers la fin du , au nord de la Loire, les trouvères adaptent le chant courtois.. Le thème prédominant du grand chant est l'amour courtois, mais les sujets sont plus vastes que dans le canso occitan , surtout après le . Le grand chant monophonique du haut Moyen Âge () est à bien des égards le prédécesseur de la chanson polyphonique du bas Moyen Âge ().
La chanson d'Aube ou Alba () figure parmi les œuvres connues.
Renaissance Chanson bourguignonne
thumb|redresse|Guillaume Dufay et Gilles Binchois. vignette|redresse|Page manuscrite de Dame, mon cuer en vous remaint, rondeau à trois voix de Guillaume de Machaut. La chanson bourguignonne est un genre de chanson française polyphonique de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance. Les premières chansons ont tendance à être sous la forme de ballade, rondeau ou virelai. Bien que certains compositeurs donnent plus tard à la poésie populaire des formes variées, les premières chansons sont à deux, trois ou quatre voix, puis à quatre voix au . Parfois, les chanteurs sont accompagnés par des instruments.
Le premier compositeur important de ce type de chansons est Guillaume de Machaut, qui, au cours du , compose des œuvres à trois voix dans les formes fixes. Guillaume Dufay et Gilles Binchois (1400-1460), chapelain de Philippe le Bon, qui écrivent des chansons dites « bourguignonnes » parce qu'ils sont originaires de cette province Bourgogne, sont les plus importants compositeurs de chansons de la génération suivante (vers 1420-1470). Leurs chansons, bien que de style assez simple, sont aussi généralement à trois voix avec un ténor structurel. Le musicologue David Fallows inclut le répertoire bourguignon dans . Ces œuvres sont généralement à trois voix (discantus), avec une voix supérieure active montée au-dessus de deux voix inférieures (ténor et alto) partageant généralement la même tessiture. Après la mort de Josquin des Prés (1521), la chanson bourguignonne est supplantée par la chanson parisienne..
Chanson parisienne Clément Janequin (1485-1558) ou Claudin de Sermisy (~1495-1562) perpétuent la tradition du chant polyphonique, généralement à quatre voix donnant naissance à la « chanson parisienne ». La chanson parisienne se libère des formes fixées à l'époque précédente. Devenant plus libre et plus simple, elle recherche les effets descriptifs en multipliant les jeux de voix et de rythmes. Les onomatopées s'inspirent des éléments de la nature ou de la vie quotidienne comme le chant des oiseaux et les bruits de batailles. Ces œuvres introduisent de longs passages en onomatopées, chantées au milieu d'autres paroles. On peut considérer Janequin comme le premier musicien bruitiste, qui tente de retranscrire dans ses compositions ce qu'il entend. Quand on écoute La Guerre ou Les Cris de Paris, on a l'impression d'entendre, outre la musique, les sons présents à cette époquePhilippe Caron, « Le Chant des oyseaux de Janequin : un coffre sémantique à plusieurs fonds », Clément Janequin, un musicien au milieu des poètes, éd. O. Halévy, I. His et J. Vignes, Paris, Société française de Musicologie, 2013, ..
Au , la diffusion de « musique imprimée » contribue à la diffusion de la chanson française. En 1571, l'éditeur Adrien fait paraître le Livre d'airs de cours mis sur le luth. Les partitions de plus de à 3, 4 et de Clément Janequin sont ainsi désormais préservéesAudrey Boucaut-Graille, « La diffusion imprimée des chansons de Clément Janequin », Clément Janequin, un musicien au milieu des poètes, éd. O. Halévy, I. His et J. Vignes, Paris, Société française de Musicologie, 2013, ..
Après 1550 la chanson polyphonique est supplantée par la « chanson en forme d'air », ancêtre de la chanson de cour du . Celle-ci privilégie la voix supérieure, confiant les autres aux instruments, préfigurant la monodie accompagnée du baroque.
Air de cour
vignette|Un air de cour pour voix et luth, extrait du Ier livre de 1624. L'air de cour apparaît dans les dernières années du , dans la continuation de la chanson française de la Renaissance sous l'influence des humanistes de la fin du . De la chanson, il garde la simplicité de la carrure et de la mélodie. Il continue souvent à être écrit à quatre ou cinq voix.
La vogue du luth modifie la nature du chant français. De plus en plus, l'écriture polyphonique à quatre ou cinq voix est remplacée par une seule ligne mélodique accompagnée par le luth, puis par le clavecin. La France reste fidèle au style de la chanson avec sa carrure et sa mélodie indépendante de l'accent des mots.
Parmi les compositeurs d'airs de cour, on trouve Jean-Baptiste Besard, qui fait paraître un recueil de transcriptions pour chant et luth en 1603 ; Giulio Caccini, compositeur et chanteur florentin qui séjourne à la cour de France en 1604 et fait découvrir la récitation chantée et l'art de l'ornementation vocale ; Étienne Moulinié, qui introduit les doubles ornementés en 1629 ; Pierre de Nyert, qui, de retour d'Italie, opère la véritable synthèse du chant français et de la manière italienne ; puis Bertrand de Bacilly, Jean de Cambefort, Sébastien Le Camus, Jean-Baptiste Boësset, Robert Cambert, et surtout Michel Lambert, qui pratiquent l'air de cour.
Au milieu du , l'art du chant à la française parvient à un très grand raffinement. Bertrand de Bacilly laisse dans ses Remarques curieuses sur l'art de bien chanter « le code de cet art subtil, précieux, et virtuose ».
Tragédie lyrique
La tragédie lyrique (ou tragédie en musique) est un genre musical spécifiquement français, en usage au cours des , principalement représenté sur la scène de l'Académie royale de musique de Paris, puis diffusé dans les autres grandes villes françaises et étrangères. Jean-Baptiste LullyHenry Prunières, Lully : Biographie critique illustrée de douze planches hors texte. Les Musiciens célèbres, Librairie Renouard, édition Henri Laurens, Paris., veut se démarquer de l'opéra italien alors en vogue dans le reste de l'Europe en raison du goût prononcé des Français pour le théâtre et la danse. La « tragédie en musique » est l'aboutissement d'une fusion des éléments du ballet de cour, de la pastorale, de la « pièce à machines », de la comédie-ballet et de l'opéra-ballet. Ses créateurs ambitionnent d'en faire un genre aussi prestigieux que la tragédie classique de Corneille et Racine : à l'exemple de cette dernière, la tragédie en musique comporte cinq actes. Les premiers compositeurs d'opéra en langue française sont Robert Cambert* Daniela Dalla Valle et Rainer Zaiser, « Le succès du premier opéra en français : La Première comédie française en musique, pastorale de Pierre Perrin et Robert Cambert », Papers on French seventeenth-century literature 174 (2007), ., puis Jean-Baptiste Lully à partir de 1673.
Chanson populaire Les origines de la chanson populaire remontent à des temps immémoriaux, bien que les plus anciennes encore connues ne datent que du Moyen Âge. Ses porteurs sont des chanteurs ambulants (parmi lesquels des prêtres) qui chantent des chansons sur les places de marché. En raison de leur contenu, en partie critique envers les autorités, leur diffusion est limitée par des ordonnances et des lois.
Les deux poètes François Villon (au ) et François Rabelais (au ) sont considérés comme des sources d'inspiration importantes jusqu'au .