Le néoplatonisme est une doctrine philosophique, élaborée par des platoniciens de l'Antiquité tardive à la suite du médio-platonisme. Philon d'Alexandrie est le précurseur de ce mouvement vers 40, puis il se développe à Rome à partir de 232 par Ammonios Saccas, maître de Plotin, et les élèves de ce dernier, Porphyre et Jamblique. Le néoplatonisme est une école très influente dans l'Antiquité, avec de grands continuateurs comme Proclus, jusqu'à l'exil de ses derniers représentants comme Damascios et Simplicios de Cilicie en 529, à la suite de la fermeture des écoles et lieux de culte païens par l'empereur Justinien.
Le néoplatonisme ou platonisme de l'Antiquité tardive tente de concilier la philosophie de Platon avec certains courants de la spiritualité orientale comme les Oracles chaldaïques, ainsi qu'avec d'autres écoles de la philosophie grecque, notamment celles de Pythagore et d'Aristote. L'œuvre d'Aristote finit par être conçue par les néoplatoniciens comme une introduction à l'œuvre de Platon.
Le mot « néoplatonisme » a été inventé par Thomas Taylor, dans sa traduction des Ennéades de Plotin en 1787, et repris par Heinrich Friedrich Karl vom Stein en 1864 dans . Ce mot peut cependant être source de confusion pour le public non averti. En effet, ces philosophes tenaient compte aussi d'autres philosophies, comme celle d'Aristote. Les néoplatoniciens se disaient eux-mêmes simplement platoniciens, mais cette appellation n'est plus exacte aujourd'hui tant leurs rapports à la philosophie de Platon furent complexes : tout en lui étant restés fidèles, ils diffèrent amplement de lui.
Le néoplatonisme se caractérise par l'importance donnée au Premier Principe, l'Un, en métaphysique, et par des expériences mystiques. Le néoplatonisme eut pendant des siècles une profonde influence sur la philosophie juive, la philosophie chrétienne et la philosophie islamique, ainsi que sur des philosophes comme Hegel et Schelling. Il existe un néoplatonisme propre à la Renaissance appelé néoplatonisme médicéen.
Origines Il est possible de voir un précurseur du néoplatonisme en la personne de Philon d'Alexandrie qui, vers 40, traduit le judaïsme en termes d'éléments stoïciens, platoniciens et néopythagoriciens et soutient que Dieu est et ne peut être atteint qu'à travers l'extase. Il ajoute que les Oracles de Dieu fournissent le matériel moral et les connaissances religieuses. C'est Philon qui fait circuler l'idée que Platon admet deux mondes, dont un monde intelligible ()Philon d'Alexandrie, (De la fabrication du monde) (vers 40), trad. du grec Roger Arnaldez, Cerf, 1961, .. Platon, pourtant ne parle pas de deux mondes mais de deux lieux, le lieu intelligible et le lieu sensible en rapport d'analogie, de ressemblance (La République, VI, 508b). Platon n'admet qu'un Tout, un monde (le cosmos) et non deux mondes séparés.
Les plus importants précurseurs du néoplatonisme, sont les médio-platoniciens, tels que Plutarque (vers 80) et les néopythagoriciens, surtout Numénios d'Apamée (vers 150).
Les premiers philosophes chrétiens, tels que Justin de Naplouse (vers 135) et Athénagoras d'Athènes, ont essayé de concilier le néoplatonisme avec le christianisme. Les chrétiens gnostiques d'Alexandrie, surtout Valentin (vers 150) et les disciples de Basilide, ont aussi représenté des éléments du néoplatonisme. Le néoplatonisme de Plotin et Porphyre aura une influence notable sur Augustin d'Hippone.
Il n'y a cependant pas de preuves d'une quelconque influence de philosophies juives ou chrétiennes chez Plotin. Alexandrie, d'où le néoplatonisme est originaire, est baignée dans des pratiques religieuses orientales. C'est uniquement le néoplatonisme tardif, à partir de Jamblique, qui propose un rapprochement entre Platon et les Gnostiques.
Écoles Les écoles du platonisme les plus anciennes, depuis la fondation de l'Académie de Platon en -388, sont : L’école paléoplatonicienne ou platonisme ancien. Elle comprend les disciples immédiats de Platon : Speusippe (premier scolarque, recteur, de l'Académie de Platon en -348), Philippe d'Oponte, Eudoxe de Cnide, Héraclide du Pont, Xénocrate (deuxième scolarque en -339). Suivent Philon de Larissa (douzième scolarque en -129), etc. Speusippe et Xénocrate tirent du côté de Pythagore, du NombreW. Burkert, Lore and Science in Ancient Pythagoreanism, trad. de l'all. en an., Cambridge (Mass.), 1972.. Mais quand Pythagore met les nombres dans les choses, Platon sépare Nombres et réalités sensiblesAristote, Métaphysique, M, 6, 1080b ; M, 7, 1083b10 ; N, 2, 1090a23. ; L’école médioplatonicienne ou moyen-platonismeP. Merla,; From Platonism to Neoplatonism, La Haye, 1960. J. M. Dillon, The Middle Platonists, Londres, 1977. ou platonisme éclectique : Eudore d'Alexandrie (40 av. J.-C.), Ammonios d'Athènes (maître de Plutarque en 66), le fameux Plutarque de Chéronée (46-125), Théon de Smyrne (vers 130 ?), Atticus, Alcinoos le Philosophe, auteur du Didaskalikos. Enseignement des doctrines de Platon, vers 150), Apulée de Madaure (125-180), Maxime de Tyr (), Numénios d'Apamée (vers 155). À partir de Numénios, la distinction entre néopythagorisme et néoplatonisme se brouille. Parmi les lettres attribuées à Platon, les , VI, IX, XII et XIII viennent d'un « milieu pythagoricien fin du ou début du »Luc Brisson, Platon, Lettres, Garnier-Flammarion, 1987. ; la II relève peut-être de la pensée d'Eudore d'AlexandrieP. T. Keyser, « », , 80, 1998, p. 241-267..
Le néoplatonisme s'est développé en plusieurs écolesJean-Paul Dumont, Éléments d'histoire de la philosophie antique, Nathan Université, 1993, p. 681., depuis Ammonios Saccas en 232 jusqu'à la fermeture de l'école néoplatonicienne d'Athènes par Justinien en 529 ou jusqu'au milieu du pour l'école néoplatonicienne d'Alexandrie : L’école néoplatonicienne de Rome : Ammonios Saccas (fondateur du néoplatonisme en 232, maître de Plotin), Plotin (244, maître de Porphyre, Amelius, Roghatianus, premier scolarque en 244), Porphyre de Tyr (264, secrétaire et éditeur de Plotin, second scolarque en 270), Jamblique (305, élève de Porphyre), Cornelius LabeoPaolo Mastandrea, Un neoplatonico latino Cornelio Labeone. Testimonianze e frammenti, Leyde, éd. Brill, 1979. (). Ammonios Saccas, poursuivant le moyen-platonisme, affirme le concordisme Platon/Aristote : « Ce fut Ammonios d’Alexandrie, l’inspiré de Dieu, qui le premier, s’attachant avec enthousiasme à ce qu’il y a de vrai dans la philosophie et s’élevant au-dessus des opinions vulgaires qui rendaient la philosophie un objet de mépris, comprit bien la doctrine de Platon et d’Aristote, les réunit en un seul et même esprit, et livra ainsi la philosophie en paix à ses disciples Plotin, Origène [le Platonicien] et leurs successeurs » (Hiéroclès d'Alexandrie, cité par Photios). Plotin se présente comme un exégète des enseignements de Platon : « Cette doctrine n'est pas nouvelle. Elle fut professée dès les temps les plus anciens, mais sans être développée explicitement; nous ne voulons ici qu'être les interprètes des premiers sages et montrer par le témoignage même de Platon qu'ils avaient les mêmes dogmes que nous » (Ennéades V.1.8) ; L’école néoplatonicienne d'Apamée (en Syrie), théurgique : Amelius (268 ; disciple de Plotin en 246, maître de Jamblique), JambliqueJoseph Bidez, « Le philosophe Jamblique et son école », Revue des études grecques, 32 (1919), p. 29-40. (313), Sopatros d'Apamée (325, successeur de Jamblique), Édésios de Cappadoce (parti à Pergame), Eustathe de Cappadoce ; L’école néoplatonicienne de Pergame, première ramification de l'école syrienne, d'orientation magique : Édésios de Cappadoce (disciple de Jamblique, fondateur de l'école de Pergame vers 330), Maxime d'Éphèse (disciple d'Édésios de Cappadoce, et maître du futur Julien l'Empereur dès 351), Chrysanthe, Julien l'empereur (350), Priscus (385, vivant à Athènes), Eunape de Sardes (historien de l'école avec sa Vie des sophistes, 395)Eunape de Sardes, Vies de philosophes et de sophistes (395), trad., Manucius, 2009, p. 21 sq.. L’école néoplatonicienne d'Athènes, deuxième ramification de l'école syrienne, d'orientation mystique : Nestorios le Hiérophante (hiérophante à Éleusis de 355 à 380), Plutarque d'Athènes (premier scolarque de l'école d'Athènes, vers 400), Syrianos (deuxième scolarque, en 435), Proclos (disciple de Plutarque d'Athènes et de Syrianos, troisième scolarque en 438), Ammonios, fils d'Hermias (maître de Jean Philopon, d'Athènes comme élève, d'Alexandrie comme maître), Marinos (quatrième scolarque, biographe de Proclos, 485), Hégias, Isidore de Gaza (maître de Damascios, sixième scolarque en 490), Zénodote (495), Damascios (huitième et dernier scolarque de l'école d'Athènes en 520, maître de Simplicios à Athènes), Simplicios de Cilicie (« dernier représentant », de retour à Athènes en 533). L'école naît donc à Athènes vers 400, avec Plutarque d'Athènes, Syrianos, puis elle émigre à Alexandrie vers 430, avec Hiéroclès d'Alexandrie, Hermias, Ammonios, fils d'Hermias. En 529, l'empereur romain d'Orient Justinien fait fermer l'école d'AthènesH. J. Blumenthal, "529 and its sequel. What happended to the Academy", Byzantion, 48 (1978), p. 369-385., aussi sept philosophes néoplatoniciens (Damascius le Diadoque, Simplicios de Cilicie, Priscien de Lydie, Eulamios de Phrygie, Hermias de Phénicie, Diogène de Phénicie, et Isidore de Gaza) durent quitter Athènes et se réfugièrent en Perse, chez le roi de Perse Khosrô , puis à Harrân, en Mésopotamie ; après le traité de paix signé en 532 entre Khosrô et Justinien , les philosophes retournèrent, malgré les instances du roi de Perse, dans l’empire byzantin ; L’école néoplatonicienne d'Alexandrie, troisième ramification de l'école syrienne, d'orientation exégétique : Hypatie (tuée en 415), Synésios de Cyrène (élève d'Hypathie, évêque de Ptolémaïs en 410), Hiéroclès d'Alexandrie (peut-être vers 430), Hermias, Ammonios, fils d'Hermias (vers 500), Jean Philopon (disciple et assistant d'Ammonios, fils d'Hermias ; 517), les Prolégomènes à la philosophie de Platon (début du VI s.), Olympiodore le Jeune (scolarque en 541), Étienne d'Alexandrie (vers 620). Jean Philopon s'est converti au christianisme vers 529, sans doute à cause de la mesure de Justinien . Pour Ilsetraut Hadot, (Le problème du néoplatonisme alexandrin. Hiéroclès et Simplicius, 1978).
Après Damascios (470-544), les penseurs sont moins philosophes, davantage compilateurs ou alchimistes. Certains sont considérés comme commentateurs en alchimie : Synésios peut-être identique à Synésios de Cyrène), Olympiodore l'Alchimiste peut-être identique à Olympiodore le Jeune, Étienne d'Alexandrie (Stephanos d'Alexandrie (v. 620)Les alchimistes grecs, t. IV.1 : Zosime de Panopolis, Les Belles Lettres, 1995, p. XIX. Textes d'Étienne (Stephanos) d'Alexandrie : F. Sherwood Taylor, The alchemical works of Stephanos of Alexandria, Ambix, I, 1937, p. 116-139, II, 1938, p. 39-49. Pour les autres : Collection des anciens alchimistes grecs (CAAG).. Olympiodore le Jeune oppose contemplatifs et théurgistes : « Beaucoup, comme Porphyre et Plotin, préfèrent la philosophie, d'autres, comme Jamblique, Syrianos et Proclos, préfèrent la théurgie () »<ref>Olympiodore d'Alexandrie le Jeune, In Platonis Phaedonem, édi. par W. Norvin, 123.3. Eric Robertson Dodds, Les Grecs et l'irrationnel (1959), Flammarion, coll. "Champs, 1977, p. 301, en grec.</ref>.
Le platonisme a continué en créant : le gnosticisme platonisantM. Tardieu et J.-D. Dubois, Introduction à la littérature gnostique, t. I, Cerf, 1986, p. 27. : Ménandre (fin du ), Basilide (vers 120), Cérinthe, Satornil, Hermogène, Isidore, Bardesane d'Édesse (vers 220) ; les écrits séthiens (Allogène, Zostrien, Les trois stèles de Seth, Marsanes) : triade Être/Vie/IntellectRuth Majercik, "The Existence-Life-Intellect Triad in Gnosticism and Neoplatonism", Classical Quaterly, 42.2 (1992), p. 475-488. ;