Georges Bensoussan, né le à Ahfir au Maroc, est un historien français spécialiste d'histoire culturelle de l'Europe des et, en particulier, des communautés juives.
Ses travaux sont notamment consacrés à l'antisémitisme, à la Shoah, au sionisme et aux articulations entre Histoire et mémoire. Il est rédacteur en chef de la Revue d'histoire de la Shoah, responsable éditorial au Mémorial de la Shoah (Paris) et conférencierakadem.org, interventions sur akadem sur le site communautaire juif Akadem.
Il place la Shoah dans l'histoire globale du monde et de l'Occident en affirmant qu'il s'agit d'un « aboutissement », et non d'une anomalieEurope, une passion génocidaire. Essai d'histoire culturelle, Éditions Mille et une nuits, coll. « Essai », Paris, 2006..
Dans plusieurs de ses ouvrages dont notamment Les Territoires perdus de la République (2002), il se penche sur la résurgence de l'antisémitisme dans les banlieues françaises et plus particulièrement parmi les jeunes d'origine maghrébine.
À la suite de propos de Georges Bensoussan sur France Culture considérés comme polémiques, la chaîne est l'objet d'une mise en garde par le CSACCIF, Licra, Mrap, SOS Racisme et LDH. et l'historien est poursuivi pour incitation à la haine raciale . Il est relaxé en en première instance« Relaxe de Georges Bensoussan » sur lefigaro.fr, et mise en garde d'Alain Finkielkraut : « Provocation à la haine : l’historien Georges Bensoussan relaxé » sur lemonde.fr. et en en appel: la justice a donc tranché en sa faveur à chaque étape de la procédure.
Biographie Georges Bensoussan naît au Maroc, d'où est originaire sa famille. Après une scolarité secondaire menée à Paris et des classes préparatoires au lycée Henri-IVPierre Assouline, « Les mondes perdus de Georges Bensoussan », L'Histoire, 382, décembre 2012, ., il poursuit des études d'histoire à l'université Paris I (doctorat de cycle en 1981 sous la direction d'Albert Soboul : La Révolution française dans les manuels scolaires (histoire et instruction civique) de 1867 à 1914« Information et documentation », Revue Française de Pédagogie, 1981, vol 57 1, .), tout en étant professeur d’histoire en lycée à ParisPierre Assouline, « Les mondes perdus de Georges Bensoussan », art. cit.. En 1991, il fait partie de l'équipe qui lance Sens Magazine autour de Michel Cool et Bernard StephanYves Marie Labes, « Un nouveau magazine de culture et de réflexion. L'éthique à la une de « Sens Magazine » », Le Monde, lundi 30 septembre 1991, .. En 2003, il obtient son habilitation à diriger des recherches.
Depuis 1993, il dirige la revue d'histoire du Mémorial de la Shoah (aujourd’hui la Revue d'histoire de la Shoah) avant d’être nommé, en 2002, responsable éditorial du Mémorial. Il y a créé à la fin des années 1990 le service de formation consacré à l’enseignement de l’histoire de la Shoah.
En 2008, il marque son hostilité à l'introduction de l'enseignement de l'histoire de la Shoah en école primaire« On ne peut pas entrer au cœur de la Shoah avec des enfants de 10 ans », Le Monde, 15 février 2008..
En 2010, il signe JCall, l’appel d’intellectuels juifs européens pour une paix israélo-palestinienne fondée sur le principe « deux peuples-deux États ».
Bensoussan déclare avec Marc Knobel, en , au sujet de l'attaque du Hamas contre Israël d'octobre 2023, qu'elle ne constitue pas un pogrom. Il fait valoir que les pogroms d'Europe de l'Est étaient fondamentalement des explosions de violence spontanées et chaotiques, tandis que les actes du Hamas ont été planifiés et exécutés de manière coordonnée par l'organisation terroriste palestinienne. Il propose ainsi la formule « Massacre d'un type génocide ». Il est en cela nuancé par les conclusions de l'enquête de Human Rights Watch publiée en juillet de la même année, désignant des « crimes contre l’humanité » ayant eu lieu ce jour-là. Pour éclairer son propos, il rédige à la demande de son directeur Dominique Reynié pour Fondapol une étude sur les pogroms en Palestine, ayant eu lieu entre 1830 et 1948.
Travaux Il est surtout connu pour sa contribution à l’histoire de la Shoah qu’il dit aborder selon l’expression de Michel Foucault « en se déprenant du connuIl cite régulièrement, depuis longtemps, l’expression « comprendre, c’est se déprendre du connu ». Par exemple: Georges Bensoussan, « L’enseignement de la Shoah », Les Temps modernes, février 1992, repris partiellement dans Revue d’Histoire de la Shoah, 1996, no 156, . Encore: « Il a parlé au CCR Neumünster de l’échec des Lumières et des génocides et de la Shoah dans l’Europe du siècle », Europaforum, 11-06-2008. ». Suivant notamment Philippe ArièsQu’il cite dans Auschwitz en héritage ? D'un bon usage de la mémoire (1998) & Georges Bensoussan, éditorial, Le Monde Juif, 150, 1994, ., il n’y a pas, pour lui, d’histoire sans anthropologieVoir par exemple Revue d’Histoire de la Shoah, 190, janvier-juin 2009, « Rwanda. Quinze ans après. Penser et écrire l’histoire du génocide des Tutsi ».. D’un point de vue méthodologique, il cherche en priorité à dégager le substrat intellectuel du social pour comprendre les phénomènes historiques, et décrypter le discours caché des conduites sociales. Il rejoint ainsi Zeev SternhellVoir le compte rendu que donne Christophe Prochasson de L’idéologie du Rejet (1993), dans Annales. Histoire, Sciences Sociales, 1995, vol. 50, 6..
Une part significative de son travail consiste à déconstruire certaines « évidences » en réexaminant les paradigmes admis. Selon lui, le sionisme n’est pas né d’une réaction à l’antisémitisme, mais d’un désenchantement de l’Europe des nationalitésCf. son Une histoire intellectuelle et politique du sionisme (1860-1940), Fayard, 2002 ; nouvelle édition revue et augmentée, 2003., Israël n’est pas née de la Shoah, même si celle-ci va contribuer à légitimer son existenceUn nom impérissable. Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d'Europe (1933-2007), Seuil, 2008. et le conflit israélo-arabe n’est pas à l’origine de la disparition des communautés juives en terres arabesJuifs en pays arabes : Le grand déracinement 1850-1975, Tallandier, 2012.. Enfin et surtout, la Shoah est un fait d’histoire qu’il convient de ne pas trivialiser en la banalisant ou en l’instrumentalisantAuschwitz en héritage ? D'un bon usage de la mémoire, Mille et une nuits, 1998. Également Georges Bensoussan, « Histoire, mémoire et commémoration. Vers une religion civile », Le Débat, 82, novembre-décembre 1994.. Le fil rouge dans sa pensée, c'est l'étude des soubresauts des modernisations confrontées aux résistances et aux héritages du passé des sociétés et des cultures où ces modernisations se produisent : c'est l’analyse des longs détours de la modernité qui enracinent la Shoah au cœur de la vieille Europe, le sionisme au cœur de la sécularisation des sociétés et le destin des Juifs en pays arabes dans l’effritement lent des sociétés traditionnelles. Pour chaque sujet traité, il cherche à mettre en exergue la part d’universel que toute histoire singulière porte en elle.
Ouvrages sur la Shoah Que Sais-je ? (1996) Il est l’auteur de l’ouvrage consacré à la Shoah dans la collection encyclopédique Que sais-je ?, Histoire de la Shoah, depuis 1996, aux Presses universitaires de France ( mise à jour, 2012, traduit en plusieurs langues). Il y fait une présentation synthétique, historiographiquement à jour des faits principaux de la Shoah, de leur réception contemporaine et de leur mise en histoire et en mémoireVoir description détaillée sur le site des PUF..
Auschwitz en héritage ? (1998) Dans son essai Auschwitz en héritage ? D'un bon usage de la mémoire publié en 1998 (nouvelle édition augmentée en 2003), il tente de montrer que si la Shoah suscite en 1998 un sentiment de saturation (ce qui était d’ailleurs déjà le cas en 1946), c'est moins que l’on en parle « trop » que l’on en parle mal.
La question politique, estime-t-il, laisse la place à un lamento qui évite de s'interroger sur les structures de pensée d'un monde occidental, et germanique au premier chef, qui a conduit à ce désastre. Selon lui, l'histoire de la Shoah est aujourd'hui affadie sous la forme d'une religion civile, un moralisme pétri de « bons sentiments » qui induit l'idée, erronée, d'une parenthèse barbare. Auschwitz, soutient-il, n'est pas l'aboutissement de l'« intolérance » ni même du seul antisémitisme, mais le mariage de l'archaïsme (la passion antisémite) et des « anti-Lumières de progrès » dont l’histoire en Occident est, à quelques exceptions près, sous-estimée. Plutôt que de multiplier les cérémonies mémorielles et les invocations moralisantes, il plaide pour une « histoire politique » de la Shoah.
Auschwitz en héritage ? est très bien accueilli dans la presse« Ce livre devrait être remis entre toutes les mains, surtout celles des professeurs d'histoire. Sa clarté, sa densité, sa précision en font un outil désormais indispensable à l'enseignement de la Shoah qui devrait aller au-delà du seul antisémitisme, même si ce délire européen a été la toile de fond de la catastrophe. » (Les Inrockuptibles, janvier 1999). À propos de la de 2003: « Ce formidable bouquin, bref, exhaustif, peut aider chacun de nous à retrouver ses repères et à faire le tri d'une histoire souvent largement déformée par des reconstructions politiques, des comparaisons stupides ou des oublis souvent volontaires. » Paris-Match, 13 novembre 2003., notamment par Le Monde diplomatique qui en donne un compte rendu élogieuxNicole Fouché écrit: « Sa réflexion, solidement argumentée, analyse les fondements de l'inhumanité des sociétés de masse, à même d'éclairer cette banalité du mal fait de tueurs ordinaires d'assassins de bureau et d'appareil d'État », Le Monde Diplomatique, janvier 1999, ..
Europe. Une passion génocidaire (2006) Il poursuit son analyse des origines de la Shoah en publiant en 2006 Europe. Une passion génocidaire. Essai d'histoire culturelle (Paris, Mille et Une Nuits). Dans cet ouvrage, il entend réhabiliter une histoire culturelle longtemps suspectée d'essentialisme, pour montrer que les concepteurs de l'assassinat de masse des malades mentaux, d'une partie des Tziganes d’Europe et surtout des Juifs ont trempé dans un bain culturel spécifique. En particulier, dans l'espace germanique de la fin du et de l’après Grande Guerre.
Il plaide, en suivant Michel Foucault, pour une « archéologie intellectuelle de la ShoahDès son ouvrage de 1993, L'idéologie du rejet, il se réfère à Foucault — qu'il cite par ailleurs explicitement — puisque le sous-titre comprend l'expression « archéologie du fantasme antisémite », et dans son dernier ouvrage en 2013, Juifs en pays arabes, il écrit encore qu'il travaille en « historien [qui] se fait archéologue ». », en essayant de retracer l'histoire des « anti-Lumières », à commencer par les vieux courants de l’antijudaïsme chrétien, qui s’étaient employés durant un millénaire à faire des Juifs une « question ». Pour lui, on ne peut comprendre la législation nazie, en particulier les Lois de Nuremberg (1935), sans référence à l'histoire longue de la culture européenne. Ainsi, les années 1880-1914, ont-elles constitué la matrice d'une « brutalisation » de la société que la Grande Guerre allait exacerber. Dans ce livre, il reste fidèle à sa préoccupation d'une histoire sociale des idées et d’une histoire culturelle du social : il entend montrer que la Shoah est un événement sans précédent mais non sans racines, qu’il n’est donc pas un accident dans la marche continue du progrès tel que l'enseigne une conception réductrice des Lumières, mais que cette tragédie s’ancre au contraire dans le temps long de l'histoire.