Philibert Commerson (, Châtillon-les-Dombes - , île Maurice) est un médecin, explorateur et un naturaliste français. Son nom est parfois écrit par ses contemporainscomme on peut le voir dans les citations ci-dessous de Bougainville et Sonnerat Commerçon, conformément à la prononciation.

Il est connu pour avoir accompagné Bougainville comme naturaliste dans son voyage autour du monde, et pour avoir secrètement aidé Jeanne Barret à participer au voyage et devenir ainsi la première femme botaniste à avoir fait le tour du monde. Ensemble, ils collectèrent des milliers d'espèces de plantes nouvelles, d'insectes, de poissons et d'oiseaux qui furent offerts au Jardin du roi. Une mort précoce, à l'âge de 45 ans, ne lui laissa pas le temps de publier ses travaux. En 2011, 42 genres nommés par Commerson sont valides et plus de 100 espèces végétales portent son nom. Mais Commerson n'a en fait rien publié lui-même, étant mort prématurément. Il a simplement laissé des herbiers avec des annotations. C'est pourquoi ses noms apparaissent sous une forme comme Comm. ex Juss.

Jeunesse 1727-1754 Philibert Commerson est le fils de Georges-Marie Commerson, notaire et conseiller du prince de Dombes, et de Jeanne-Marie Moz. Il vit le jour le à Châtillon-les-Dombes (actuellement Châtillon-sur-Chalaronne), une petite commune de l'Ain actuel, à une quarantaine de kilomètres au nord de Lyon. Il reçut de la part de son père une éducation très stricte.

Alors qu'il était en classe de 3, à Bourg-en-Bresse, un professeur lui fait découvrir lors de promenades, les joies de la botanique. Après deux années de rhétorique à Bourg, il poursuit ses études au collège bénédictin de Cluny. Bien que destiné par son père au métier de notaire, Philibert Commerson ne l'entend pas ainsi et part en 1748 étudier la médecine à la Faculté de Médecine de Montpellier où il obtiendra le grade de docteur en 1754* Jean-Marie Pelt, "Philibert Commerson, sa travestie et ses bougainvilliers" dans La Cannelle et le panda : les grands naturalistes explorateurs autour du Monde, Fayard 1999 . Il exercera peu son métier de médecin mais sa passion dévorante pour les plantes guidera toute sa vie. Voilà comment le décrit, quelques années après sa mort, François Beau, son beau-frère (cité dans Allorge, 2003).

Sa passion pour la botanique est telle, qu'il n'hésite pas à chaparder des plantes et fruits dans le Jardin des plantes de Montpellier de feu Richer de Belleval, au point où son professeur de botanique de l'université lui en interdit l'accès. Ses frasques d'étudiant lui seront pardonnées, car ses talents de collecteur et descripteur de plantes sont reconnus. À l'époque, la botanique constituait une part importante du cursus de médecine et il put s'y investir avec la frénésie de la jeunesse. Il préférait l'observation précise de la Nature aux discours pompeux et creux des Diafoirus brocardés par Molière. Plutôt que de s'incliner pieusement devant le mystère de Dieu, la botanique permet de construire pas à pas, une image ordonnée du monde, validable par l'observation de chacun et pouvant être organisée par la raisonDe Théophraste à Dioscoride, les Grecs de l'Antiquité avaient accompli des percées considérables dans la connaissance des plantes. L'ouvrage de Dioscoride fut abondamment recopié au Moyen Âge et l'objet de quelques exégèses, sans qu'il soit jamais porteur d'un progrès notable dans l'analyse botanique. Les progrès s'opèrent à partir de la Renaissance, quand les botanistes commencèrent à faire des enquêtes de terrain, à dessiner les plantes et à prendre leur autonomie vis-à-vis de l'autorité des Anciens..

De cette époque, reste un herbier de la flore du Languedoc.

Un médecin naturaliste de la Bresse 1754-1764 Son diplôme en poche, il quitte Montpellier le et part herboriser dans les Cévennes, en Savoie puis en Suisse. Sur la route, il va rendre visite à Voltaire à Ferney, près de la frontière suisse. Le philosophe des Lumières ne lui propose pas moins que de devenir son secrétaire mais Commerson décline l'offre et préfère reprendre ses herborisations vagabondes vers sa Dombes natale. Il déclara malicieusement que l'homme avait l'air d'un filou et était en proie à des terreurs nocturnes. Toutefois, toute sa vie sera guidée par l'esprit des Lumières.

À plus de trente ans, Commerson semblait toujours dépendre de ses parents. Il crée dans sa ville natale un petit jardin botanique et se rend en visite dans les autres jardins botaniques de la région. Il se constitue un réseau de correspondants « à graines » qui s'étend jusqu'à Rouen, Genève, la Grande Chartreuse. Sa réputation de naturaliste va jusqu'aux oreilles de Carl von Linné qui le charge de décrire les plantes marines, les poissons et les coquillages de la Méditerranée. On ne sait rien du voyage qu'il fit à cette occasion mais on a quelques notes manuscrites conservées au Muséum et une très belle collection de poissons de la Méditerranée conservée à Stockholm. Un éditeur lui propose de publier un ouvrage d'ichtyologie mais il ne lui donne pas suite. Commerson était un perfectionniste toujours insatisfait de son travail et ne publia jamais rien.

Sa passion de la collecte de spécimens naturalistes était sans limite. .

En 1760, à 33 ans, il épouse la fille d'un notaire, Antoinette Vivante Beau. Le couple s'installe dans un village du Charolais, à Toulon-sur-Arroux, où il ouvre un cabinet de médecin. Son beau-frère, François Beau, est le curé du village.

Après deux années d'union heureuse, sa femme meurt en couches en 1762, en donnant naissance à un fils, Anne François Archambault Commerson (1762-1834). Philibert Commerson très affecté, sombre dans le désespoir.

Il lui faudra deux ans pour accepter la perte de l'être cher. Il s'investit encore plus dans son travail pour oublier sa douleur. Son beau-frère nous indique qu'. Plus tard, il dédia à la mémoire de sa bien-aimée Antoinette Beau, un arbre observé à l'île Maurice, sous le nom de Pulcheria commersonia qui rassemblait leurs deux patronymes (en latin pulcher « beau »), tout comme le fruit renfermait deux semences en forme de cœurs unis. Mais le genre Pulcheria ne restera pas dans la postérité car il ne l'a pas publié. La plante s'appelle maintenant Polycardia phyllanthoidesTropicos (Lam.) DC. (famille des Celastraceae). Par contre, Lamarck a publié le nom Boea Comm. ex Lam. (1785) (Gesneriaceae), dédié à François Beau par Commerson, pour une plante trouvée au détroit de Magellan.

Paris et le monde scientifique 1764-1766 thumb|Le Jardin du Roi, 1636 Commerson va être tiré de sa réclusion par un jeune astronome, Jêrome de Lalande, originaire de la région voisine, qui mène une brillante carrière à Paris. Il écrivait souvent à cet ami d'enfance des lettres empreintes du plus vif enthousiasme pour la botanique. Lalande qui admirait son courage et sa passion, le convainc de « monter à la capitale » pour élargir ses perspectives. En , Commerson s'installe dans un appartement sis au 13 de la rue des Boulangers, tout près du Jardin du Roy, le futur Jardin des Plantes. Son fils est confié à son oncle maternel, l'abbé Beau.

Pour tenir sa maison, Commerson fait venir de Bourgogne, une jeune servante de 24 ans, Jeanne Barret qu'il avait probablement employée comme gouvernante après la mort de son épouse. D'origine très modeste, son père était un saisonnier agricole, mais très curieuse, elle apprend vite au contact du naturaliste comment classer les herbiers et autres collections d'histoire naturelle. Elle deviendra une botaniste avertie, comme en témoignera plus tard Bougainville. Une grande complicité va s'établir entre eux et probablement beaucoup plus bien qu’il fût de 13 ans son ainé. Plusieurs ouvrages romancés ont brodé sur ces amours secrètesvoir la bibliographie de l'article Jeanne Barret.

À cette époque, Commerson fréquente le monde scientifique de la capitale. Il rencontre les naturalistes de la famille de Jussieu, Michel Adanson et Buffon. Lalande l'introduit aussi auprès des mathématiciens et astronomes qui gravitent autour de l'Observatoire et du Palais du Luxembourg où la belle et brillante mathématicienne, Nicole-Reine Lepaute, tient salon et à qui il dédiera plus tard une plante (l'hortensia).

C'est aussi grâce à Lalande et surtout aux recommandations du médecin académicien Poissonnier que Commerson sera nommé « médecin naturaliste du Roy » pour accompagner Bougainville dans son voyage autour du monde.

Le voyage autour du monde avec Bougainville (1767-1768) vignette|gauche|alt=carte du voyage|La circumnavigation de Bougainville.

Le , le roi Louis XV donne instructions au Sieur de Bougainville de restituer les îles Malouines aux Espagnols et de passer le détroit de Magellan pour effectuer un tour du monde. Les deux vaisseaux envoyés iront « à la Chine », en reconnaissant au passage les terres intéressantes. Le voyage doit durer deux ans.

Commerson sembla un moment hésiter à partir pour l'aventure dans les terres inconnues. . Mais il n'en fait rien en raison dit-il d'.

vignette|alt=dessin de La Boudeuse|La Boudeuse. Alors que la frégate La Boudeuse commandée par Bougainville navigue déjà, Commerson embarque à Rochefort, le , dans la flûte L'Étoile avec son « valet de chambre, gagé et nourri par le Roy », un certain Jean Baret ou Barret. La métamorphose de Jeanne en Jean BarretSophie Miquel, Nicolle Maguet, « Du nouveau sur Jeanne Barret aux Archives nationale de l'île Maurice », dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 2020, tome 147, livraison, . s'est faite apparemment à l'insu de tous.

Commerson, très incommodé par le mal de mer, obtint du capitaine La Giraudais de partager sa cabine avec son fidèle valet pour qu'il puisse lui porter secours « de jour comme de nuit ».

L’Amérique du Sud ( - ) vignette|gauche|Exubérance de la flore tropicale (Embouchure de la rivière Caxoera, 1820, Brésil) Après trois mois de navigation, L'Étoile aborde les îles Malouines. Bougainville qui est déjà sur place remet l'île à l'Espagne le , comme prévud'après la chronologie précise de Bideaux et Faessel (2001), qui ont donné une édition critique du Voyage autour du Monde très bien documentée, voir les références ci-dessous. Ils mettent ensuite la voile pour le Brésil pour un nouveau rendez-vous.

La rencontre des deux navires se fera le à Rio de Janeiro. Lors de cette escale brésilienne, Commerson s'empressera d'aller herboriser à terre. Et comme tout naturaliste européen découvrant pour la première fois l'exubérance de la flore tropicale, il s'extasie devant la générosité de la nature : .

vignette|Le bougainvillier, aux bractées pourpres Au cours d'une de leurs explorations, ils tombent en arrêt devant une liane flamboyante. . Elle sera baptisée Bougainvillea spectabilis Willd, en hommage au capitaine de l'expédition, Louis Antoine de Bougainville, qui se montre un capitaine exemplaire, féru de sciences naturelles et de mathématiques, inspiré de l'esprit des Lumières. L'échantillon collecté par Commerson existe toujours. L'holotype est conservé dans l'herbier national français au Muséum de Paris et est visible en ligneHERBARIUM MUSEI PARISIENSIS. Parfois, ils motivent plus malicieusement leurs dénominations, comme le Colletia cruciata, un arbuste aux épines imposantes, en dédicace à un botaniste et magistrat Philibert Collet, un Châtillonais comme Commerson mais qu'il n'apprécie pas outre mesure. Autres isotypes récoltés : Machaerium punctatum (Poir.) Pers., un bel arbuste de la famille des Fabaceae, ou Cleome rosea Vahl ex DC, une Capparaceae. Lors de leur séjour sud-américain, les deux infatigables explorateurs, auront collecté et mis en herbier végétales.

Après une escale d'un mois à Rio de Janeiro, les deux navires feront voile vers l'estuaire du Río de la Plata entre Montevideo et Buenos Aires où ils resteront quatre mois.