Le géorgien (en géorgien : , romanisation : kartuli ena ) est une langue appartenant au groupe des langues kartvéliennes de la famille des langues caucasiennes. Elle est la langue officielle de la Géorgie, un pays dans le centre du Caucase.

Le géorgien est la langue maternelle d’environ d’individus en Géorgie (soit 83 % de la population du pays) et celle d’environ à l’étranger (notamment en Turquie, en Iran, en Russie, aux États-Unis et en Europe).

Le géorgien est également la langue littéraire de tous les groupes ethniques habitant sur le sol géorgien, particulièrement pour ceux qui parlent une autre langue du Caucase central telles le svane, le mingrélien et le laze. Le géorgien moderne s’écrit à l’aide d’un alphabet de 33 lettres appelé mkhedruli.

La grammaire géorgienne est caractérisée par des déclinaisons (sept cas), l’absence de genres, un système verbal particulièrement complexe et une syntaxe à fracture d’actance. Le géorgien possède des consonnes éjectives typiques des langues caucasiennes et des suites de consonnes complexes.

Classification droite|vignette|Répartition des langues kartvéliennes. Le géorgien fait partie des langues kartvéliennes, comme le svane et le mingrélien (parlés dans le nord-ouest de la Géorgie) et le laze (langue parlée sur la côte orientale de la Mer Noire, plus particulièrement de Trabzon à la frontière géorgienne).

Certains chercheurs émettent l'hypothèse que la structure grammaticale du géorgien ressemblerait à celle du sumérien et que les deux langues seraient apparentéeshttp://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=2798 .

Histoire La langue géorgienne appartient au groupe kartvélien, qui fait partie de la famille des langues caucasiennes. De cette famille, le géorgien est la seule langue qui a un alphabet et une vieille tradition littéraire. Les plus anciens textes connus rédigés en géorgien datent de la seconde moitié du . Selon les chroniques grecques, le géorgien était parlé en Colchide et dans l’Ibérie caucasienne dans le passé lointain.

L’ancienne littérature géorgienne est une importante partie du christianisme orthodoxe. La plus ancienne période littéraire géorgienne () est très riche en hymnographie et dans les travaux hagiographiques. Les chroniques historiques de la Géorgie ont également leur importance dans l’étude de l’histoire et des cultures caucasiennes, aussi bien du nord que du sud. Elles sont aussi importantes pour l’étude de régions voisines, comme le Proche-Orient. En raison de sa position stratégique entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest, la Géorgie devint un des centres de la traduction durant le Moyen Âge. Ces traductions étaient alors effectuées aussi bien dans le pays (comme aux académies de Pharissiau ., de Gélatidu . et d’Iqaltoau .) que dans les monastères géorgiens situés à l’étranger, dont ceux situés en Syrie, sur le mont Sinaï en Égypte, ou bien Olympie et Athos en Grèce, et ailleurs en Europe de l’Est. Les travaux littéraires traduits en géorgien ajoutèrent plusieurs importantes informations aux études des histoires et des cultures des pays du Proche-Orient et aidaient à reconstituer certains écrits originaux perdus en grec, syriaque, persan et arabe.

Certains travaux orientaux furent ainsi introduits en Europe grâce aux traductions géorgiennes. Par exemple, le géorgien Visramiani () est l'adaptation du poème persan Vis et Ramin, tandis que la Sagesse de Balahvar () est, sur base d'une adaptation arabe ou persane, la version chrétienne de l’histoire de Bouddha, devenue en Occident celle de Barlaam et Josaphat.

Après l'arrivée du christianisme en Géorgie (en 337), les idées religieuses et théologiques se développèrent dans un nouveau niveau. Plusieurs de ces traités sont considérés comme des grandes œuvres de la pensée orthodoxe. En plus de ces travaux, on peut trouver ceux du fameux philosophe géorgien Pierre l’Ibère, datant du . Aujourd’hui, la Géorgie est considérée comme le berceau de la Renaissance orientale (du ). Le poème philosophique et allégorique de Chota Roustaveli, Le Chevalier à la peau de panthère est la plus grande œuvre littéraire de cette période.

vignette|Chota Roustaveli, un des plus grands écrivains du Moyen Âge. La langue géorgienne est caractérisée par de nombreux emprunts à plusieurs autres langues avec lesquelles elle entra en contact au cours de l’histoire. La langue a donc un vocabulaire très varié, aussi bien que beaucoup de dialectes. Toutefois, la structure grammaticale ne reflète pas nécessairement ces emprunts, et la structure grammaticale ne ressemble qu'aux trois autres langues du groupe kartvélien. Le géorgien parlé actuellement est très influencé par des mots russes ou empruntés du persan, celui-ci ayant été important surtout au .

La Géorgie avait déjà perdu son indépendance une fois en 1801 et, en 1921, la République socialiste soviétique de Géorgie fut créée. Joseph Staline, chef de l’URSS et lui-même né en Géorgie, avait autorisé les pays caucasiens à garder leur identité nationale mais, après sa mort, la politique de déstalinisation de Nikita Khrouchtchev entraîna l’entrée de la Géorgie dans une longue période de russification qui atteignit son apogée en 1978 lorsque le président du Soviet suprême de la RSS de Géorgie Edouard Chevardnadze décida de changer l’ de la Constitution géorgienne (concernant le statut officiel du géorgien) afin d’adopter le russe comme langue officielle. Cela provoqua une révolte des Géorgiens qui atteignit son point culminant le ; à la suite de cette révolte, de nombreux Géorgiens furent assignés à domicile à Moscou. Toutefois, le gouvernement soviétique recula et Chevardnadze ne changea jamais la langue officielle de la Géorgie. Le est le jour de la langue nationale.

Littérature L’œuvre la plus ancienne de la littérature géorgienne qui subsiste encore est le Martyre de la sainte reine Chouchanik (rédigé entre 474 et 484), et des centaines de palimpsestes datant des , indiquent qu’à cette époque, les évangiles, les épîtres de saint Paul et les Psaumes avaient déjà été traduits. Il subsiste également plusieurs traductions de la Bible dans sa totalité, qui datent des .

left|150px|vignette|Le roi d’Iméréthie fut également un célèbre poète de son siècle. La littérature géorgienne connut son âge d’or sous le règne de la reine Tamar de Géorgie (1184–1212) durant lequel la Géorgie atteignit également son apogée dans les domaines politique et culturel. L’œuvre la plus célèbre issue de cette époque reste Le Chevalier à la peau de panthère, du poète Chota Roustaveli, qui vécut à la fin du et est toujours considéré comme le poète épique national de la Géorgie. À cette période, les récits et les mythes persans commencèrent à exercer une influence littéraire prépondérante : c’est dans les écrits du poète royal Théimouraz de Kakhétie, qui seront condamnés par l’un de ses successeurs, et du poète royal Artchil de Karthlie, que cette influence fut la plus marquante. Elle resta forte jusqu’à la montée du nationalisme géorgien, qui naquit au .

Les écrivains marquants de ce dit siècle du patriotisme furent le roi de Karthli, son fils Vakhoucht Bagration et le moine catholique Saba Soulkhan Orbéliani, auteur d’un recueil de contes moraux et d’un dictionnaire géorgien, ainsi que de poèmes et d’un journal narrant ses grands voyages en Europe de l’Ouest. Les poètes David Gouramichvili et Bessarion Gabachvili sont aussi de grands auteurs de l’époque.

Le fut marqué par la forte influence de l’Europe de l’Ouest. Parmi les poètes de cette époque, Alexandre Tchavtchavadzé et Grigol Orbéliani figurent en bonne place. Leur art est resté célèbre pour ses thèmes patriotiques et son éloge exagéré du vin et des femmes. Quant à Nicolas Baratachvili, il fut fortement influencé par cette Europe de l’Ouest qui lui fit rédiger des poèmes lyriques de style byronien. À la fin du , l’homme de lettres géorgien le plus influent était le patriote Ilia Tchavtchavadzé, qui sera assassiné par des militants socialistes puis vénéré comme saint de l’Église orthodoxe géorgienne.

De 1921 à 1991, la Géorgie fut rattachée à l’Union soviétique et, même si la plupart des œuvres littéraires continuèrent à être écrites en géorgien, elles relevaient de la tradition culturelle de l’Union des républiques socialistes soviétiques et, de ce fait, étaient souvent propagandistes et moralistes. Aujourd’hui, l’art de l’écriture géorgienne est quelque peu délaissé par les grands du pays, mais on peut toutefois encore entendre parler de fameux auteurs, tels qu'Aka Mortchiladzé ou Irina Assatiani.

Emprunts Comme indiqué plus haut, le géorgien est une langue au vocabulaire très riche. Une grande partie en fut directement empruntée à des langues étrangères, voisines ou non. On retrouve des similitudes entre le vocabulaire fondamental de la langue géorgienne et certaines langues indo-européennes anciennes dans les domaines de l’élevage, de l’agriculture, des parties du corps humain et des chiffres. Les emprunts aux langues iraniennes, anciennes (Scythes, Alains, Ossètes, Parthes), moyennes et nouvelles sont patents, en particulier dans les prénoms. La langue grecque a enrichi la langue géorgienne dans le domaine de la terminologie religieuse. Les emprunts à l'araméen (langue officielle de l’ancienne Ibérie), l'hébreu (ზეთი, zet'i pour huile), l'assyro-babylonien (თარგმანი, t'argmani pour interprète), le syriaque (კუპრი, koupri pour goudron), l'arabe (დავა, dava pour discussion), l'azéri (თოხლი, t'okhli pour agneau) et l'arménien sont complètement assimilés. Plus récemment, aux , les langues russe et anglaise ont apporté leurs lots de mots nouveaux et parfois de « doublons ».

Prononciation Les tableaux ci-dessous donnent les phonèmes en alphabet phonétique international ainsi que leur écriture en mkhedruli et leur translittération en système national de romanisation du géorgien.

Voyelles Le géorgien a un système vocalique simple avec cinq voyelles orales sans distinction de longueur.

  Antérieures Postérieures Fermées ი i უ u Moyennes ე e ო o Ouverte ა a

Consonnes Le géorgien possède 28 consonnes, dont 6 éjectives.

Bilabiales Labio-dentale Dentales Alvéolaires Post-alvéolaires Vélaires Uvulaire Glottale Occlusives Aspirées ფ p თ t ქ k Éjectives პ p’ ტ t’ კ k’ ყ q’ Sonores ბ b დ d გ g Affriquées Aspirées ც ts ჩ ch Éjectives წ ts’ ჭ ch’ Sonores ძ dz ჯ j Nasales მ m ნ n Roulée რ r Fricatives Sourdes ს s შ sh ხ kh ჰ h Sonores ვ v ზ z ჟ zh ღ gh Latérale ლ l

Les sons et sont transcrits par certains auteurs comme et , sans aspiration. La prononciation exacte de varie entre , , [] et . რ r est souvent prononcé battu () plutôt que roulé (). La prononciation de ვ v varie entre et . Il se dévoise devant les consonnes sourdes : ვჭამ vch’am (« je mange ») [].

Alphabet

vignette|droite|« Géorgien » (kartuli) écrit en géorgien. Le géorgien s’écrit selon un alphabet dit mkhedruli qui a remplacé lasomtavruli, . L’alphabet actuel comporte : et . Étant unicaméral, il ne distingue pas de capitales et minuscules.

Les 33 lettres modernes de l’alphabet mkhedruli sont les suivantes :

აaniბbaniგganiდdoniეeniვviniზzeniთtaniიiniკk’aniლlasiმmaniნnariოoniპp’ariჟzhaniრraeსsaniტt’ariუuniფpariქkaniღghaniყq’ariშshiniჩchiniცtsaniძdziliწts'iliჭch’ariხkhaniჯjaniჰhae

Ponctuation En géorgien, la ponctuation généralement suit le modèle européen. Les guillemets sont ceux utilisés en allemand (par exemple, „მამაო ჩვენო, რომელი ხარ ცათა შინა“ mamao chveno, rumeli khar tsata shina « Notre Père qui êtes aux cieux »).

Grammaire