désigne en japonais un accident majeur résultant de la conjonction dans l'espace et le temps d'un accident nucléaire grave (impliquant potentiellement ou effectivement une fusion du cœur d'un réacteur) et un tremblement de terreGENPATSU-SHINSAI: CATASTROPHIC MULTIPLE DISASTER OF EARTHQUAKE AND QUAKE-INDUCED NUCLEAR ACCIDENT ANTICIPATED IN THE JAPANESE ISLANDS qui l'a déclenché. C'est une situation dans laquelle un pays (ou plusieurs) doit gérer une double crise, cumulant les effets des dégâts du séisme, ceux de l'accident, à ceux d'un contexte de désorganisation due au tremblement de terre et à ses possibles répliques (potentiellement doublées au Japon de tsunamis). Dans de telles circonstances, les facteurs techniques et scientifiques se combinent alors au facteur humain, en rendant la gestion de crise particulièrement complexe et difficile, rendant possible un accident majeur (), ou plusieurs, par effet domino.

Depuis quelques années, les autorités japonaises et de Tokyo envisageaient un tel scénario, dans un plan d'urgence basé sur une probabilité de 87 % de survenue d'un séisme de magnitude 8,0 avant 30 ans, (le tremblement de terre qui a déclenché le tsunami de l'océan Indien en 2004 dépassait 9,0 de magnitude, et un second séisme près du Japon en dépassait 8,0).

À titre d'exemple, les accidents nucléaires de Fukushima de 2011 sont de type « genpatsu-shinsai »

Construction linguistique, et origine de l'expression Genpatsu-shinsai est un néologisme associant les mots , abréviation journalistique pour , et ........

Cette expression semble avoir été inventée et d'abord utilisée par le sismologue japonais Katsuhiko Ishibashi de l'université de Kobe, qui est aussi l'un des principaux conseillers du gouvernement japonais sur la sécurité nucléaire en cas de tremblement de terre. Il l'a médiatisé en commentant les impacts du tremblement de terre de Chuetsu-oki (), en précisant que jamais le monde n'avait été aussi proche d'une telle catastrophe (2007/07/21) : Genpatsu-shinsai: . La crise qui a eu lieu à Kashiwazaki l'a incité à renouveler ses appels à immédiatement fermer cinq réacteurs nucléaires à Hamaoka, une ancienne centrale nucléaire construite à Shizuoka directement au-dessus une faille géologiquement active (de de long), à environ 100 kilomètres (60 ) à l'ouest de Tokyo. Selon l'opérateur (Chubu Electric), le bâtiment répond aux normes gouvernementales antisismiques de l'époque (magnitude de 6,5 ), mais selon les sismologues, il est d'assurer la sécurité d'une centrale nucléaire sur un tel site. La centrale de Hamaoka représente, selon Mitsuhei Murata (ancien diplomate et professeur à l'université Tokai Gakuen parfois présenté comme anti-nucléaire), le plus grand risque de Genpatsu-shinsai pour le Japon.

Évènements de type genpatsu-shinsai

En 2011 au Japon L'accident nucléaire de Fukushima fut initié vendredi par un séisme de magnitude 9 (sur l'échelle de Richter, calculée par l'USGS « », , article de Michael Reilly, , le 11 mars 2011, 17h22 GMT (1722 GMT, 11 March 2011), lien), lui-même provoquant un tsunami sur les côtes du Nord-Est de Honshu, ce qui a rendu en tout ou partie inopérants les systèmes de refroidissement du complexe.

Dans le Complexe nucléaire de Fukushima et en particulier dans la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, plusieurs systèmes de refroidissement et installation ont été gravement endommagés, justifiant pour la première fois au Japon le décret d'état d'urgence nucléaire.. Après en avoir minimisé les conséquences les premiers jours, ce séisme s'imposa dans les esprits comme un véritable et genpatsu-shinsai.

La gestion de la crise a été fortement complexifiée par l'absence d'électricité sur place, le manque d'accès à de l'eau douce pour le refroidissement, et des répliques sismiques ayant nécessité l'évacuation de tout ou partie des personnels ; Par exemple : le , une réplique dont l'épicentre était situé à environ de la centrale, et dont la magnitude a été évaluée à 6,6 sur l'échelle de Richter, a causé une interruption du système refroidissement de 3 réacteurs, non réparé immédiatement car on avait du évacuer par précaution les équipes en placeCommuniqué de presse 26 du 12 avril 2011 à 18h00 « L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi et ses conséquences au Japon » Paris, le 12/04/2011 18:04. Le séisme a causé une coupure de 50 minutes de l'alimentation électrique permettant le refroidissement des réacteurs 1, 2 et 3, qui avait été rétablie le , mais qui a pu être rétablie rapidement. Il a été suivi d'un léger tsunami ( de haut) ; le lendemain (), à 5h07, une réplique de 6.3 sur l’échelle de Richter locale ne semble pas avoir eu d'effets graves ou direct sur les réacteurs, mais a déclenché un incendie au niveau du bâtiment d’échantillonnage des rejets en mer (incendie repéré à 6h38 et maîtrisé avant 7h00) ; les injections d'eau douce en circuit ouvert pour refroidir les réacteurs 1 à 3 et les piscines 1 à 4 sont encore nécessaires, tant qu'un circuit fermé ne peut être réparé (TEPCO veut installer un circuit fermé de refroidissement, lui-même refroidi par un second circuit utilisant une source froide telle que l'eau de mer de manière à ne plus émettre d'eau contaminée). L'ASN rappelle qu'en attendant que cette solution soit opérationnelle, . Des fissures importantes visibles dans le béton en surface laissent penser que la circulation de l'eau dans le sous-sol peut avoir été facilitée par le tremblement de terre.

Séisme de 2007 de Chūetsu-oki Avant cela, une crise grave a été évitée de peu lors du séisme de 2007 de Chūetsu-oki de magnitude 6,8 (qui s'est produit le lundi , à heure locale dans la région de Niigata). Plusieurs incidents sérieux ont été signalés par l'exploitant dans l'une des plus grandes centrales nucléaires du monde (Kashiwazaki-Kariwa située sur la côte à au sud-est de l'épicentre), y blessant sept personnesRéseau "Sortir du nucléaire" : Bilan du séisme au Japon. Le réacteur 1 avait alors été exposé aux plus fortes secousses jamais enregistrées pour un réacteur nucléaire au JaponTableau comparatif des accélérations subies et des accélérations de conception. L'information avait été relativement noyée parmi celle portant sur les nombreux autres dégâts induits par le tremblement de terre. Des études et sondages d'opinion sur ce qu'on a appelé l'« incident TEPCO » ont montré que, contrairement à ce qui s'était passé pour l' « accident JCO Y. Murata, T. Muroyama, T. Imanaka, M. Yamamoto et K. Komura, Volume 255, Number 2, 359-364, (Résumé) » de Tokaimura (seuil de criticité atteint, en 1999) le grand public japonais avait finalement été peu marqué par cet évènement, les personnes lisant peu la presse en ayant même peu ou pas entendu parlerAnalyse de l'impact sur le public de l'« incident TEPCO » par l'Agence japonaise INSS , même si un petit public plus sensibilisé l'a mieux étudié ou retenu comme évènement grave ayant pu modifier leur conception du risque quant aux conséquences d'une défaillance d'une centrale nucléaire au Japon. Le bilan de l'accident par le gestionnaire du site TEPCO avait mis en évidence anomalies au total sur le siterevue de presse de l'Ambassade de France au Japon du 2 août 2007, dont parmi les anomalies les plus gravesCommuniqué de l'institut de radioprotection et de sûreté nucléaire : l'absence sur site d'un personnel suffisant (le tremblement de terre s'est produit durant des vacances nationales, et il ne restait que 4 personnes disponibles pour lutter contre l'incendieRevue article intitulé « », voir page 7 sur 134 ; l'absence de matériel anti-incendie suffisant pour éteindre un incendie alimenté par l'huile d'un transformateur électrique (à l’extérieur du bâtiment du réacteur). Ce sont les pompiers municipaux, qui après un certain temps (90 min) ont dû éteindre le feu ; C'était le de feu induit par un tremblement de terre dans une centrale nucléaire, feu non prévu bien que cette centrale soit presque sur une ligne de faille ; toutes les piscines de désactivation ont débordé, dont celle de la tranche 6 qui a laissé s'échapper d'eau radioactive en mer ; TEPCO a ensuite avoué que les litres d'eau contaminée déversés dans l'océan étaient en fait 50 % plus radioactifs que ce que l'opérateur avait précédemment indiqué ; il a fallu sept heures pour que l'opérateur informe le public qu'il y avait un problème grave dans la centrale, et des informations contradictoires et incomplètes ou fausses ont ensuite été données durant plusieurs jours sur les fuites et autres dysfonctionnements ; l'opérateur (TEPCO) a d'abord annoncé qu'une centaine de fûts de déchets nucléaires solides était tombé lors des secousses sismiques, mais les inspecteurs ont plus tard constaté qu'en réalité, ce sont des empilements de plusieurs centaines de fûts qui ont été renversés, et que les couvercles de plusieurs dizaines d'entre eux s'étaient ouverts, déversant leur contenu ; l'émission d'iode radioactif n'a été annoncée que 3 jours après le tremblement de terre ; la grue de levage du lourd couvercle du réacteur 6 ayant été endommagée, on n'a pas pu vérifier dans des délais compatibles avec la sécurité du site l'intégrité de l'intérieur du réacteur (barres de contrôle notamment) avant plusieurs moisrevue de presse de l'Ambassade de France au Japon du 8 août 2007 ; sur la tranche 7, des radionucléides (cobalt 60, iode 131, iode 133 et chrome 51) étaient présents dans le filtre du système de ventilation, prouvant qu'une pollution radioactive avait bien été libérée dans l'air ; en , TEPCO a reconnu devant la justice 199 cas de falsification de documents donnés aux inspecteurs, dans trois centrales nucléaires, dont la centrale de Kashiwazaki-Kariwa.

Conséquences potentielles Un genpatsu-shinsai touchant la centrale nucléaire d'Hamaoka pourrait produire un nuage radioactif qui selon Mitsuhei Murata atteindrait Tokyo en 8 heures, touchant en quelques heures des centaines de milliers de personnes et des millions par la suite Nature : David Cyranoski ; ; Quake shuts world's largest nuclear plant ; Nature 448, 392-393(26 July 2007) ; doi:10.1038/448392a (Résumé). Le Japon pourrait ne pas pouvoir se remettre des conséquences d'un tel accident. Kiyoo Mogi de l'université de Tokyo, ancien président de la haute autorité japonaise chargée de la prédiction des tremblements de terre (Coordinating Committee for Earthquake Prediction), a déclaré au journal Nature qu'il ne savait pas quelles étaient à ce stade les centrales présentant les risques les plus graves, mais que lui-même et d'autres experts du domaine nucléaire préconisaient d'arrêter la centrale de Hamaoka à Shizuoka .

Le facteur humain, qui s'est déjà montré important, tant négativement que positivement dans le domaine du nucléaire (à Tchernobyl par exemple) voir l'erreur humaine grave (lors de l'accident de criticitéK. Furuta, K. Sasou, R. Kubota, H. Ujita, Y. Shuto and E. Yagi ; Human Factor Analysis of JCO Criticality Accident ; Cognition, Technology & Work Volume 2, Number 4, 182-203, DOI: 10.1007/PL00011501 (Résumé) de Tokai-mura au Japon) voient leur importance accrues par le contexte.

Dans le pire scénario, un enchainement de circonstances ou de catastrophes seraient éventuellement susceptible de contribuer à un collapsus écologique local ou plus global.

Précaution et prévention Elles passent par une meilleure préparation des réponses (gestion de crise), et par une adaptation préventive des constructions et systèmes, ce qui demande de pouvoir s'appuyer sur de meilleures données prospectives et des scénarios crédibles.