Barak Tame Sopé Mautamata, né en 1951 "The 5th Prime Minister", The Vanuatu Daily Post, 30 juillet 2020, est un homme politique et homme d'affaires vanuatais, figure du movement indépendantiste dans les années 1970 et Premier ministre de 1999 à 2001 avant sa destitution pour corruption.
Biographie Enfance et études Né à Port-Vila sous le régime du condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides, il est issu du peuple autochtone de l'île d'. Il est scolarisé dans une école primaire francophone, puis effectue son enseignement secondaire dans des écoles anglophones. Grâce à une bourse d'études, il poursuit son enseignement secondaire à la grammar school Essendon à Melbourne, en Australie, puis étudie la science politique et l'administration publique à l'université du Pacifique Sud à Suva, aux Fidji ; il en sort avec un diplôme de licence en 1973. C'est là qu'il rencontre sa future épouse, la poète ; ils se marient en 1974 "Vanuatu's new government makes investors nervous", The Pacific Islands Monthly, janvier 2000, p.14. Après ses études, il travaille pour l'administration coloniale britannique aux Nouvelles-Hébrides, puis devient en 1974 l'assistant de George Kalsakau, qui est le fondateur et directeur général d'une association de coopératives néo-hébridaisesZorian Stech, Une confrontation comme nulle autre dans le Pacifique : la France, la Grande-Bretagne et la vie politique au condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides (1945-1980), thèse de doctorat, université de Montréal, avril 2017, p.104.
Carrière politique Militant indépendantiste Il participe en 1971 à la fondation du Parti national des Nouvelles-Hébrides (par la suite le Vanuaaku Pati), parti anglophone de gauche militant pour l'indépendance du pays ; il en est le secrétaire général de 1974 à 1988. Il considère les coopératives auxquelles il travaille comme étant le fondement pratique du socialisme que promeut le partiZorian Stech, Une confrontation comme nulle autre dans le Pacifique, op. cit., p.104. Dans le même temps, avec le révérend John Bani, à partir de 1974 il noue des liens avec le gouvernement tanzanien de Julius Nyerere, le parti voyant le socialisme africain de ce dernier comme un inspiration pour un « socialisme mélanésien » néo-hébridaisZorian Stech, Une confrontation comme nulle autre dans le Pacifique, op. cit., p.105. L'un des « membres les plus durs du parti », Barak Sopé prône la non-coopération avec les autorités coloniales, refusant les discussions et les compromisZorian Stech, Une confrontation comme nulle autre dans le Pacifique, op. cit., p.141. Perçu comme le principal stratège du mouvement indépendantiste "Lini blocks Sopé's power bid", The Pacific Islands Monthly, janvier 1988, pp.13-14, c'est lui qui annonce que le parti boycottera les élections législatives de 1977 -par lesquelles les autorités coloniales enclenchent pourtant un processus d'autonomie politique devant mener à l'indépendance- à moins que seuls les autochtones aient le droit de vote, que le parti remportant les élections puisse gouverner seul et ne soit pas contraint à former un gouvernement d'union nationale, et qu'un référendum pour l'indépendance se tienne avant la fin 1977 "Vanuaaku's stand on poll", Pacific Islands Monthly, octobre 1977, p.32. Ces conditions n'ayant pas été acceptées par les autorités, le Vanua'aku Pati ne prend pas part au vote, et proclame son propre « gouvernement populaire par intérim », procédant à des cérémonies de levée de son drapeau sur les différentes îles de la colonie « avec plus ou moins de succès selon le degré de soutien dont il bénéficie à différents endroits » "New Hebrides' new era", Pacific Islands Monthly, mars 1978, p.28. La France et le Royaume-Uni ont enclenché un processus de transition vers l'indépendance, mais Barak Sopé fait en sorte que le Vanua'aku Pati refuse d'y participer ; il explique qu'il veut pour le pays « une indépendance gagnée et non pas concédée », fruit donc d'une lutteZorian Stech, Une confrontation comme nulle autre dans le Pacifique, op. cit., p.266.
Pour autant, le parti prend part aux élections législatives de 1979, qui doivent produire le gouvernement qui mènera le pays à l'indépendance. Barak Sopé n'est pas candidat mais, les élections ayant été remportées par le Vanua'aku Pati et Walter Lini étant devenu Premier ministre, Sopé devient son directeur de cabinetZorian Stech, Une confrontation comme nulle autre dans le Pacifique, op. cit., p.301.
Après l'indépendance : années 1980 Les Nouvelles-Hébrides accèdent à l'indépendance en et deviennent la république de Vanuatu. Walter Lini nomme Barak Sopé « ambassadeur itinérant » auprès du monde. En 1982 il visite ainsi Séoul, Tokyo, Pékin et Paris pour y développer les relations du Vanuatu avec ces pays et pour solliciter une aide au développement ; il rencontre notamment le président français François Mitterrand pour réparer les relations entre le Vanuatu et la France "The fruitful roving of Barak Sope", The Pacific Islands Monthly, août 1982, pp.35-36. Il se lance par ailleurs dans les affaires, dans des entreprises de tourisme et de débardage, et devient riche. En 1981 il devient membre du comité de direction de l'entité publique Corporation des Terres urbaines de Port-Vila, et est accusé au cours des années suivantes d'avoir, à ce poste, détourné environ de vatu à son propre profit.
Dans le même temps, Georges Cronsteadt et Guy Prévot, respectivement député de Luganville pour l'Union des Partis modérés et député de Port-Vila pour le Parti fédéral des Nouvelles-Hébrides, qui ont la nationalité française, sont déchus et expulsés du pays par le gouvernement Lini en après la répression du mouvement sécessionniste sur l'île d'Espiritu Santo, que la France est accusée d'avoir soutenu "Boulekone on 'surviving colonial mentality'", Pacific Islands Monthly, 52, 3, mars 1981, 14. Sela Molisa et Barak Sopé, candidats pour le Vanua'aku Pati, remportent respectivement ces sièges lors des élections partielles le et le . Barak Sopé fait ainsi son entrée au Parlement de Vanuatu« Conseil des élections », Journal officiel de la république de Vanuatu, , 10 "Pacific Report", The Pacific Islands Monthly, 53, 10, octobre 1982, 5.
Après les élections de 1983, il est fait ministre des Travaux publics. Durant la législature 1983-1987, Walter Lini et lui sont toutefois en désaccord sur la politique étrangère, Barak Sopé visitant la Libye de Mouammar Kadhafi et voulant développer les relations du Vanuatu avec ce pays malgré les réticences de Walter Lini. En , Lini subit un accident vasculaire-cérébral. Barak Sopé, toujours secrétaire-général du Vanua'aku Pati, argue alors publiquement que Lini n'est plus en état d'exercer ses fonctions, et le défie pour la direction du parti, et par extension pour le poste de Premier ministre. Walter Lini répond en le limogeant du gouvernement Ralph R. Premdas et Jeffrey S. Steeves, "Politics in Vanuatu : the 1991 Elections", Journal de la Société des Océanistes, vol. 100-101, 1995, p.222. Après les élections de novembre 1987, il brigue à nouveau le poste de Premier ministre, mais Walter Lini est réélu Premier ministre par les députés "Port Vila erupts", The Pacific Islands Monthly, juillet 1988, pp.10-12. En , Walter Lini accepte de le réintégrer au gouvernement, le faisant ministre du Tourisme, de l'Immigration et des Transports, domaines qui s'accordent avec les activités d'homme d'affaires de Barak Sopé.
Le , le ministre des Terres, William Mahit, abolit la Corporation des Terres urbaines de Port-Vila, en partie à cause des soupçons de corruption qui pèsent sur Barak Sopé en tant que membre de son comité de direction. Le , Barak Sopé répond en lançant une manifestation d'environ militants qui défilent à Port-Vila en accusant Walter Lini de communisme et de fascisme. Après la manifestation, un résidu de quelque 150 émeutiers, ivres, pénètrent de force dans des locaux du gouvernement, réclament un coup d'État à l'instar du coup d'État qui a eu lieu deux jours plus tôt aux Fidji, et mettent à sac et pillent les commerces de la rue Higginson de Port-Vila, faisant un mort et de très importants dégâts matériels. Walter Lini répond en faisant expulser Sopé du Vanua'aku Pati ; le parti perd ainsi « son secrétaire-général et principal idéologue ». Barak Sopé et ses partisans répondent en fondant le Parti progressiste mélanésien (PPM).
Le , Barak Sopé et les quatre autres députés du PPM (William Edgell, Charles Godden, Anatole Lingtamat et Jimmy Simon) sont exclus du Parlement par le président du Parlement, Onneyn Tahi, à la demande du gouvernement Lini, invoquant une loi de 1983 qui rend vacants les sièges de députés qui changent de parti politique en cours de législature. Barak Sopé ainsi que Maxime Carlot (chef de l'Union des partis modérés) qualifient alors Walter Lini de « dictateur », et dix-huit des vingt députés de l'UPM boycottent le Parlement. Le , ayant été absents du Parlement trois jours consécutifs, ces dix-huit députés sont expulsés à leur tour par Onneyn Tahi, qui considère qu'ils ont démissionné de leur mandat. En septembre, la Cour suprême confirme la légalité de la destitution de ces vingt-trois députés, ouvrant la voie à la tenue d'élections partielles "Sope's desperate gamble falters", Pacific Islands Monthly, septembre 1988, p.10.
Les élections partielles de 1988 sont boycottées par l'UPM et par le Parti progressiste mélanésien, et très largement remportées par le Vanua'aku Pati. Le taux de participation à ces élections ayant été de seulement 40 %, Barak Sopé demande au président de la république, Ati George Sokomanu, qui dispose uniquement de pouvoirs de réserve, de limoger Walter Lini ; il argue que la faible participation aux élections partielles montre que le gouvernement Lini a perdu le soutien de la population. Le , le président Sokomanu limoge Walter Lini, dissout le Parlement de Vanuatu, nomme Barak Sopé Premier ministre par intérim et convoque de nouvelles élections législatives pour février. La police réagit en arrêtant Sokomanu, Sopé et les ministres que ce dernier a nommés, et la Cour suprême déclare anticonstitutionnels la dissolution du Parlement et le limogeage du Premier ministre Lini. Le , Barak Sopé est condamné par la justice à cinq ans de prison pour conspiration séditieuse et pour incitation à la mutinerie contre le gouvernement. Maxime Carlot est condamné à cette même peine pour les mêmes motifs, le président de la république déchu Ati George Sokomanu à six ans de prison, et Willie Jimmy à deux ans de prison "Sope, Sokomanu guilty of mutiny and sedition", The Pacific Islands Monthly, mars 1989, p.13.
Années 1990 et 2000 Ministre Après avoir purgé sa peine de prison, Barak Sopé organise une pétition et recueille quelque signatures pour que Jimmy Stevens, qui avait mené en 1980 le mouvement sécessionniste d'Espiritu Santo et qui est gravement malade, soit gracié et libéré de prison. Le président de la république, Fred Timakata, le gracie en 1991, pour raisons médicales et au nom de la réconciliation du pays "Jimmy Stevens is free", The Pacific Islands Monthly, septembre 1991, p.12.
Sopé mène ensuite le PPM aux élections législatives de 1991, mais ne remporte que quatre sièges Ralph R. Premdas et Jeffrey S. Steeves, "Politics in Vanuatu : the 1991 Elections", op. cit., p.224. Il tente néanmoins de forger une coalition avec l'Union des partis modérés (UPM), qui refuse cette alliance car Sopé exige d'être Premier ministreibid, p.226.