thumb|L’Allsherjargoði d’Islande Sveinbjörn Beinteinsson pendant un blót en 1991.
L’Ásatrú est une religion du néopaganisme germanique ou précisément germanique du Nord dit aussi nordique ou scandinave. Elle tire la plupart de ses enseignements des sagas dites les sagas islandaises, dans l'Edda poétique et dans l'Edda de Snorri. Cette religion s'inscrit dans le mouvement reconstructionniste qui vise à faire revivre les religions ethniques polythéistes qui existaient avant l'arrivée des religions monothéistes.
Sens du mot Le mot Ásatrú signifie littéralement « foi ou croyance dans les AsesSnorri Sturluson, L’Edda, récits de mythologie nordique, éditions Gallimard, traduit par François-Xavier Dillmann, 51, . », en islandais moderne.
Selon le professeur Régis Boyer, le substantif trú proviendrait du vieux haut allemand, mais on retrouve en fait cette racine étymologique dans toutes les langues germaniques. Le mot islandais trú vient du vieux norrois trú, qui a également donné trúgv en féroïen, tro en norvégien bokmål, danois et suédois et qui vient lui-même du proto-germanique *trewwō, qui a donné l'allemand Treue, le français trêve, le gotique 𐍄𐍂𐌹𐌲𐌲𐍅𐌰 (triggwa), le vieil anglais trēow.
L'Ásatrú comporte deux familles de divinités : les Ases et les Vanes. Les pratiquants de l’Ásatrú sont appelés Ásatrúar ou encore Ásatrúiste, qui constitue un pur néologisme, faute de terme plus approprié. Le mot Ásatrú se traduit dans plusieurs langues : Asentreu (allemand), Anstrêve (français), Asatro (danois), Asatro (suédois), Åsatru (nynorsk).
Le mot "áss" (en vieux norrois) remonterait au gotique ans, renvoyant à l’idée de « poutre » (les représentations des divinités étant sculptées sur des poutres de boisRégis Boyer, Les Vikings, histoire, mythes et dictionnaire, Paris, Robert Laffont, 433, .). Le mot áss a été introduit par les auteurs chrétiens évhéméristes, principalement par Snorri Sturluson, pour affirmer que les dieux dits païens immortels n’étaient en fait que de simples magiciens mortels venus d’AsieRégis Boyer, Le Christ des Barbares, Paris, Éditions du Cerf, p.33-34., dans le but d’éradiquer les croyances dites païennesRégis Boyer, Yggdrasill, la religion des anciens Scandinaves, édition Payot, P 8 . (Trojumanna saga, saga des Troyens)Régis Boyer, L’Islande médiévale, Guide des belles lettres, 179, 202, 211..
Beaucoup plus anciens que les Ases, les Vanes sont les puissances de la fertilité-fécondité autochtones des pays nordiques« Les Vikings » histoire, mythes et dictionnaire. Régis Boyer Robert Laffont p431, .. Le culte des Vanes possède une origine matriarcale, car les peuples autochtones de Scandinavie (c’est-à-dire les peuples en place en Scandinavie avant l’arrivée des Indo-Européens) vouaient, croit-on, un culte à la Déesse MèreRégis Boyer, Le Christ des Barbares, Éditions du Cerf, p.23;35. avant la christianisationRégis Boyer La Grande Déesse du Nord,Paris, Berg, 1995 et Les Vikings : histoire, mythes, dictionnaire, éditions Robert Laffont, collection bouquins 424, 431..
Forn Siðr Les peuples scandinaves ne donnaient pas de nom à leur culte avant l’arrivée du christianisme. Pour Régis Boyer, à la suite de l’arrivée des missionnaires chrétiens en Scandinavie tels qu’Anschaire de Brême vers 829 et du roi Harald de Danemark qui réussit à imposer le christianisme dans son pays vers 960, les textes médiévaux de Scandinavie mentionnent le terme "Forn Siðr", expression signifiant « ancienne coutume » ou « ancienne pratique » en vieux norrois, pour désigner la religion originelle de ces peuples, ou religion nordique ancienne.
La Forn Siðr a été presque éradiquée à partir du à la suite du prétendu incendie du temple de Gamla Uppsala en 1087 et à l’établissement de l'archevêché de Suède en 1164 au même endroit.
thumb|Les trois dirigeants de la Sveriges Asatrosamfund (la Société de l’Ásatrú de Suède) durant une cérémonie printanière exécutée à l’ancien monument Ales Stenar près de Kåseberga à Österlen en Scanie, dans le Sud de la Suède dans le cadre du thing annuel de la Société le 26 avril 2008.
Depuis le Selon l’auteur suédois Hans Gustav Otto Lidman (1910-1976), l’église « en bois debout » de Skaga, située dans le parc national de Tiveden (à environ 140 km à l’Ouest de Stockholm), serait un des derniers lieux de pratique du paganisme nordique. À trois reprises, cette dernière a été détruite, dont en 1826, à la suite de la pression du diocèse de Skaga qui voulut mettre fin à la controverse entourant l’utilisation d’un puits sacrificiel à proximité de l’église en questionLidman, H. (1972) Gudanatt, dagar och nätter i Tiveden, Askild & Kärnekull, Stockholm..
Après avoir eu peu, voire pas, de pratiquants durant des siècles, l’Ásatrú réapparut sous une forme organisée quoique rudimentaire, sous l’impulsion des romantiques tels qu’Erik Gustaf Geijer (1783-1847) et la société littéraire Götiska Förbundet, en Suède.
Le mot Ásatrú a été utilisé pour la première fois dans un opéra inachevé du compositeur norvégien Edvard Grieg en 1870 et dans un article du périodique islandais Fjallkonan en 1885.
Par la suite, des groupes organisés apparurent en Allemagne au début du avec la Germanische Glaubens-Gemeinschaft (c’est-à-dire la communauté de la foi germanique, en haut allemand moderne), une organisation fondée le par le peintre, écrivain, poète et professeur universitaire Ludwig Fahrenkrog.
La seconde renaissance de l’Ásatrú débuta à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix. En 1973 le gouvernement islandais reconnaît l’Ásatrú comme une religion d’État officielle, principalement grâce aux efforts de Sveinbjörn Beinteinsson. Dans le même temps, aux États-Unis, Stephen McNallen, un officier de l’armée de terre américaine, lança l’édition d’un journal intitulé « The Runestone » et créa The Ásatrú Free Assembly renommée par la suite Ásatrú Folk Assembly.
Le , la Société des Ases et des Vanes au Danemark, fondée en 1997 à Odense obtient du ministère des affaires religieuses le statut de religion reconnue. Elle rassemble des groupes locaux dans plusieurs régions du Danemark et compte autour de 800 fidèles.
De nos jours, on peut trouver des pratiquants de l’Ásatrú à travers le monde entier mais principalement en Scandinavie, en Europe de l’Ouest, aux États-Unis, au Canada en Australie et en Nouvelle-Zélande. Il n’existe en revanche pas d’estimation fiable du nombre exact de fidèles. Selon l’organisation américaine Irminsul aettir, on dénombre officiellement Ásatrúar déclarés dans le monde entier.. Selon le blogue The Norse Mythology Blog, 16700 personnes se déclarent « heathen » dans le monde en 2013.
Kindreds Les Ásatrúar se réunissent souvent en petits groupes nommés en anglais « kindred » signifiant « parenté ». Dans un sens plus large, le mot « hearth » peut aussi être utilisé pour désigner un de ces groupes, ce qui signifie en français, un « foyer » au sens d’une unité composée de personnes vivant dans un même lieu. On comprend tout de suite que le dénominateur commun de ces groupes demeure avant tout la reconnaissance d’un ancêtre commun. L’équivalent celtique pourrait être le clan, un mot gaélique signifiant « enfants , Eneas MacKay, Bookseller 43 Murray Place, Stirling, 1912. ».
Si on se fie aux principaux groupes aux États-Unis et en Scandinavie par exemple, les kindreds constituent en général des organisations démocratiques, inspirées des Thing datant de l’époque des Vikings. Ils sont également en faveur de la liberté d'expression en s’inspirant directement de la Déclaration universelle des droits de l'homme notamment, restant ainsi fidèles aux valeurs véhiculées dans les sagas. Les kindreds ne sont pas gérés par une autorité centrale suprême et aucun dogme ne vient restreindre leur liberté.
Aujourd’hui, les Ásatrúar se rencontrent souvent sur Internet, par l’entremise de forums de discussion, pour organiser des rencontres et des cérémonies (voir blót et Symbel).
Organisations nationales et internationales thumb|Le marteau, Mjöllnir, fréquemment porté en pendant par les Asatruars, est l’un des symboles majeurs de l'Asatru. Les Ásatrúar et les kindreds peuvent, s’ils le désirent, faire partie d’organisations à l’échelle nationale ou internationale, principalement retrouvées aux États-Unis et en Europe. Voici des exemplesConsultez le site Web http://www.irminsul.org/. : American Vinland Association (basée à San Francisco, en Californie) Asatru Alliance (basée dans la ville de Payson, en Arizona) Ásatrúarfélagið (basée à Reykjavik, en Islande) Åsatrufellesskapet Bifrost (basée à Lysaker, en Norvège) Asatru Folk Assembly (basée à Nevada City, en Californie) Confederation of Independent Asatru Kindreds (basée à Adamsville, en Alabama) Sveriges Asatrosamfund (basée à Stockholm, en Suède) The Troth (basée à Berkeley, en Californie) Comunidad Odinista de España - Ásatrú (basée en Albacete, Espagne)La première confession religieuse Ásatrú reconnue par un État souverain en dehors de la Scandinavie, la quatrième dans le monde) Forn Siðr Blótsfélag Sjánghais (basée en Chine) Les Enfants d'Yggdrasil (basée en France)Association loi de 1901 Ásatrú reconstructioniste française Brimir (basée en France)
Éthique
Aucun code d’éthique ne fait l’unanimité chez les pratiquants. D’autant plus que l’observance d’un code de conduite constitue un concept relativement récent, si on étudie l’histoire de cette religionRégis Boyer, Les Vikings, histoire et civilisation, Paris, Plon, 337 ..
Croyances vignette|220px|Vegvísir et variantes telles que le Ægishjálmur, le Veiðistafur et le Hólastafur, sont perçus comme des symboles de protection représentant les 9 mondes dans l'Yggdrasil.
Voici les neuf piliers fondamentaux compris dans l’Ásatrú, comme établis lors du Freespirit festival de 1994, par Lewis Stead, le rédacteur en chef d’Ásatrú Today, The Journal of Norse Paganism : L’étude de l’histoire, de la civilisation et des langues scandinaves dont l’islandais, le danois, le suédois, le féroïen, le nynorsk, le bokmål, le gutnisk et l’övdalsk par exemple, ainsi que le vieux norroisPour présenter les langues scandinaves, Régis Boyer - université de Paris IV, France.. La croyance en l’existence des neuf mondes représentés par l’arbre Yggdrasil, soit Ásgarðr, (le monde des Ases), Ljösláfheimr (le monde des Elfes lumineux), Vanaheimr (le monde des Vanes), Jötunheimr (le monde des géants), Miðgarðr (le monde du Milieu, c’est-à-dire la Terre), Muspellsheimr (le monde du feu), Nilfheimr (le monde des brumes), Svartalfheimr (le monde des Elfes sombres), Helheimr (un des royaumes de la mort). La croyance en de « nobles vertus » en guise de code d’éthique, pour certains pratiquants. La croyance en un panthéon majeur propre aux peuples scandinaves (Ases et Vanes). La croyance en un panthéon mineur (les elfes dit Alfar, les Valkyries, les Landvættir, etc.). Le culte des ancêtres. Une relation privée avec les divinités Ases et Vanes. L’étude et l’utilisation des runes (le nombre de runes utilisées peut varier). L’utilisation de symboles spécifiquement scandinaves : le marteau de Thor, le valknut, Irminsul, le fylfot, la croix odinique, cœur de Hrungnir, etc.
La grande majorité des Ásatrúar ne voient pas la mythologie nordique comme une vérité littérale, mais comme une vérité métaphorique. Il n’existe pas de théologie orthodoxe de la religion Ásatrú, bien qu’il existe des variantes. La Nature est adorée, relativement à sa représentation dans le panthéon nordique, mais également révérée dans la pratique. Cependant, l’Ásatrú n’est pas une religion repoussant les innovations techniques.