James MorrisonSon acte de décès le nomme James DOUGLAS MORRISON, dit Jim Morrison Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API., né le à Melbourne (Floride) et mort le à Paris (France), est un chanteur et poète américain, cofondateur du groupe de rock américain The Doors, dont il fut membre de 1965 à sa mort.

Sex-symbol au comportement volontairement excessif, il devient une véritable idole du rock, mais aussi intellectuel engagéInterview de Jim Morisson - Ben Fong-Torres, Rolling Stone, printemps 1971. dans le mouvement du protest song, en particulier contre la guerre du Viêt Nam, il ne revendique toutefois aucune idée politique. Attiré par le chamanisme, on lui attribue une réputation de « poète maudit » que sa mort prématurée, à , dans des circonstances mal élucidées, transforme en légende, notamment fondatrice de ce qui est connu sous le nom de Club des 27.

Le culte que lui vouent ses fans éclipse cependant une œuvre poétique d'une grande richesse que Morrison lui-même a pu considérer comme sa principale activité, au moins à partir de l'été 1968 déclare Morrison en janvier 1969, lors d'une interview accordée au magazine Jazz&Pop. Il dit aussi, sur l'album posthume An American Prayer : (, ce qui semble signifier qu'il se sent plus écrivain que chanteur)..

Biographie Un enfant instable mais brillant (1943-1965) thumb|redresse|George Stephen Morrison, le père de Jim Morrison. Jim Morrison est l'aîné des trois enfants issus du mariage entre George Stephen Morrison, officier de l'United States Navy, et Clara Clarke, femme au foyer qui lui donne une éducation sévère et qui est décrite comme une mère castratrice.. Il a une sœur, Anne et un frère, Andy. Il naît deux ans (presque jour pour jour) après l'attaque de Pearl Harbor. Au moment de sa naissance, la guerre du Pacifique fait rage entre troupes américaines et japonaises.

Jim Morrison vit entre les déménagements liés aux changements d'affectation de son père, de Washington D.C. à la Californie, en passant par Albuquerque au Nouveau-Mexique. En 1957, la famille Morrison en est déjà à son neuvième déménagement. L'instabilité de Jim Morrison se développe très tôt par des jeux étranges, des facéties, de l'indiscipline, mais aussi dans ses dessins, mûrs pour son âge.

Une expérience mystique précoce À quatre ou cinq ans, lors d'un trajet familial en voiture de Santa Fe à Albuquerque, Jim Morrison est témoin d'un grave accident, qu'il décrira plus tard comme l'un des plus importants moments de sa vie. Il y fait allusion notamment dans la chanson Ghost Song : « Indians scattered on dawn's highway bleeding / Ghosts crowd the young child's fragile eggshell mind. » (« Indiens éparpillés sur la grande route à l'aube, sanguinolents/des fantômes qui s'attroupent dans l'esprit du jeune enfant, fragile comme une coquille d'œuf »). Tout petit et secoué par des sanglots hystériques, alors que son père s'est arrêté pour prêter son aide, il insiste pour aider lui aussi. Il raconte, sur le disque posthume An American Prayer, que ces Indiens défunts ont sauté dans son âme().

Adolescent caractériel et génie incompris En , le père de Jim Morrison repart en mission, ce qui amène la famille à déménager à Los Altos. L'année suivante, naît le troisième enfant de la famille, un garçon baptisé Andrew (Andy) Lee. En 1951, Steve Morrison est nommé en poste à Washington, D.C., où la famille emménage pour la seconde fois. Elle n'y reste cependant que quelques mois, car Steve est envoyé en mission en Corée en 1952, la famille Morrison s'installe alors à Claremont en Californie. En 1955, Steve est nommé à nouveau à Albuquerque où les Morrison reviennent. Ces multiples déplacements et les missions fréquentes assignées à Steve Morrison (neuf environ), qui terminera amiral, réduisant sa présence auprès de sa famille, ont certainement joué un rôle dans la personnalité complexe de Jim Morrison, qui découvre son huitième domicile alors qu'il n'a que onze ans. En particulier, il se lie peu avec ses camarades de classe et présente un comportement de plus en plus instable, turbulent, voire asocial. Lecteur vorace, il se désintéresse de la vie familiale et s'évade dans les romans. Il martyrise volontiers son petit frère - il va jusqu'à lui jeter des pierres, à le réveiller en pleine nuit sans motif, à lui jouer toutes sortes de tours dangereuxJerry Hopkins et Danny Sugerman, No One Here Gets Out Alive.. Il invente également des mensonges de plus en plus élaborés, ce qui lui permet de raffiner son talent de conteur et de « tester » les réactions de ses interlocuteurs. Il aime aussi agir de manière totalement inattendue, contrevenant aux codes sociaux les plus élémentaires, pour déstabiliser son entourage : ainsi, lors d'un repas de famille solennel, intime-t-il à sa mère, d'un ton très poli, de . Les parents de Jim Morrison sont d'autant plus déconcertés que leur fils réussit remarquablement en classe et maintient des moyennes excellentes dans toutes les matières.

En 1958, Jim Morrison lit le grand classique de la littérature beat, le roman de Jack Kerouac On the Road (Sur la route). Très impressionné par le personnage de Dean Moriarty, sorte de voyou terrifiant et magnifique, il s'identifie à lui et commence à son ricanement caractéristique.

Jusqu'en 1962, Jim Morrison effectue ses années d'école secondaire en excellent élève, avec une moyenne de 88,32 %. Très au-dessus de la moyenne nationale, son quotient intellectuel est évalué à 149. Son appétit de lecture ne se dément pas, son intérêt va pour la littérature et la poésie, de James Joyce, William Blake, Arthur Rimbaud, aux « beat poets » Allen Ginsberg, Lawrence Ferlinghetti et surtout Michael McClure, avec qui il se liera d'amitié en 1968, mais également pour l'histoire antique (il se passionne pour les Vies parallèles de Plutarque) et pour la philosophie, surtout pour les écrits de Friedrich Nietzsche qui le marquent considérablement. De même, son professeur de littérature de la dernière année de lycée avait déclaré : . Ses résultats, ses centres d'intérêt, mais aussi le statut de son père, lui valent d'être approché par plusieurs fraternités importantes, auxquelles il refusera toujours de se joindre, avec dédain. Il reste distant dans tous ses rapports sociaux, participe rarement aux fêtes, n'appartient à aucun club, mais cette froideur n'entame en rien sa popularité : beau garçon, volontiers charmeur, capable de tenir un auditoire en haleine avec des histoires invraisemblables mais narrées avec une grande force de conviction, il constitue, selon les témoignages de ses camarades d'école, un véritable pôle d'attraction au sein du lycée.

À cette même époque, il accomplit un acte inaugural : rassemblant tous les cahiers dans lesquels, depuis plusieurs années, il tenait son journal, prenait des notes de lecture, réalisait des croquis ou des esquisses, copiait des citations, élaborait des vers, il les jette à la poubelle. Il déclarera plus tard : Self-Interview prologue du recueil Wilderness. : Cette « libération » lui permet d'élaborer un style poétique très personnel, d'un abord obscur mais d'une grande force évocatrice. Il écrit dès cette époque le poème Horse Latitudes, qui figurera sur le deuxième album du groupe, Strange Days.

Un étudiant atypique thumb|Photo d'identité judiciaire prise lors de son arrestation en 1963. Sitôt sorti de l'école secondaire, Morrison s'installe chez ses grands-parents à Clearwater pour suivre des cours au St. Petersburg junior college. En particulier, il s'inscrit dans deux cursus qui le marqueront profondément : d'une part, un cours sur la « philosophie de la contestation », qui lui permet d'étudier Montaigne, Jean-Jacques Rousseau, David Hume, Jean-Paul Sartre et Friedrich Nietzsche ; d'autre part, un cours sur la « psychologie des foules » inspiré de l'ouvrage de Gustave Le Bon La Psychologie des foules.

Morrison se montre, dans ce cours, très brillant. Le professeur James Geschwender reste stupéfait devant ses connaissances. Il maîtrise parfaitement non seulement l'ouvrage de Gustave Le Bon, mais aussi Sigmund Freud et Carl Gustav Jung. Morisson dialogue avec son professeur pour incorporer l'apport de la psychanalyse à la réflexion de Le Bon. Dans son mémoire final, s'appuyant sur l'idée jungienne de l'inconscient collectif, Morrison évoque l'idée de névroses touchant de nombreuses personnes dans un groupe (des « névroses sociales », si l'on ose dire) et spécule sur la possibilité de traiter ces névroses par des thérapies de groupe. James Geschwender déclarera plus tard que ce mémoire .

Pendant l'été 1963, Jim Morrison s'inscrit à un cours d'histoire médiévale européenne. Il écrit un mémoire s'efforçant de prouver que le peintre Jérôme Bosch avait fait partie des adamites. Les arguments présentés par Morrison ne sont pas suffisamment convaincants pour le professeur, qui n'en reste pas moins éberlué par la culture générale de son élève. Il est une première fois arrêté à Tallahassee, le , pour avoir fait une farce douteuse alors qu'il assiste, ivre, à un match de football américain..

À ce moment pourtant, Morrison désire depuis plusieurs mois changer d'université pour s'inscrire à l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA), la toute nouvelle faculté de cinéma. La famille Morrison s'oppose à cette nouvelle orientation, mais il maintient sa décision. En janvier 1964, alors que son père est promu capitaine de vaisseau, Jim Morrison entre à UCLA. Dès le début de l'année, tout en continuant à « tester » les gens (en particulier ses colocataires auprès de qui il se rend rapidement insupportable), il s'encanaille, s'enivre de manière de plus en plus régulière, fréquente les quartiers « chauds » des bas-fonds de Los Angeles, et touche sans doute dès cette époque aux drogues hallucinogènes, en particulier le LSD..

Il faut préciser qu'en 1964, et en particulier à UCLA, il est extrêmement facile de se procurer du LSD, cette drogue n'est réglementée que depuis 1962 aux États-Unis, et de nombreux programmes de recherche universitaires portent sur les propriétés du LSD ou d'autres substances psychoactives : il suffit donc aux étudiants aventureux de s'inscrire comme « volontaires » pour obtenir des doses non seulement quotidiennes, mais gratuites. De plus, Morrison se trouve doublement incité à « expérimenter » les drogues, d'un point de vue poétique d'abord, qui le rattache à des poètes comme Henri Michaux, Edgar Poe, Arthur Rimbaud, Aldous Huxley, Thomas de Quincey et aux poètes de la beat generation, très admirés par Morrison. D'un point de vue mystique ensuite, la consommation de psychotropes le rapproche du chamanisme, dont la transe est souvent provoquée par des hallucinogènes naturels comme la mescaline ou encore l'ayahuasca.

À l'été 1964, Jim Morrison emmène son frère Andy - qui a - pour un bref voyage jusqu'à la ville d'Ensenada, au Mexique. Andy est sidéré par l'assurance de son frère, qui roule à toute vitesse dans les rues de la ville, connaît bien les bars et discute en espagnol argotique avec les tenanciers et les prostituées.