Claude Marie Marc Boucherville de Baissac, (DSO) et de la Croix de Guerre, connu sous le nom de Claude de Baissac (né le à Curepipe, Maurice ; mort le ), est un agent du Special Operations Executive (SOE) pendant la Seconde Guerre mondiale.
Baissac est le chef d'un réseau majeur du SOE, appelé Scientist. Il opère à Bordeaux et dans le Sud-Ouest de la France de à , organisant l'approvisionnement de la Résistance intérieure française en armes et collectant des informations sur les navires qui entrent et sortent du port de Bordeaux, contournant ainsi le blocus. Après la dénonciation de son réseau, il retourne en Angleterre, mais reprend son engagement dans l'Ouest de la France de à la Libération de la France, menant des missions de sabotage contre les Allemands. Sa sœur (aînée de deux ans), Lise de Baissac, est à l'époque également agent du SOE et travaille à ses côtés.
Identités Comme agent du SOE, section F, il adoptera plusieurs identités : Nom de guerre (field name) : « David » (première mission, en Aquitaine) ; « Denis » (deuxième mission, en Normandie). Nom de code opérationnel : SCIENTIST (en français SAVANT) Pseudo (à l'entraînement ?) : « Clément »Source : Daniel Grandclément, p. 66. Pour accéder à des photographies de Claude de Baissac, se reporter au paragraphe Sources et liens externes.
Origine Claude de Baissac est né à l'Île Maurice. Son père, Marie Louis Marc de Boucherville Baissac (1878-1945), et sa mère, Marie Louise Jeanette Dupont, formaient un couple dont il était le benjamin des trois enfants. Originaires d'une famille de grands propriétaires terriens à Maurice, ils étaient sujets britanniques, comme la majorité des Mauriciens à l'époque. La famille s'est installée à Paris en 1919[url=https://www.oxforddnb.com/view/10.1093/ref:odnb/9780198614128.001.0001/odnb-9780198614128-e-93513 Voir en ligne] Villameur, Lise Marie de Baissac. Son grand-père, Louis Édouard Baissac (1841-1907), était le frère de Charles Baissac, qui a décrit le créole mauricien et collecté les contes traditionnels de l'île.
Claude de Baissac effectue ses études au Lycée Henri IV et vit en France jusqu'en 1928Michel Chaumet, J'ai dit merde à De Gaulle » : Des Anglais dans la Résistance, 2025.
Jeunesse Avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Claude de Baissac dirige le service commercial d'une compagnie minière. En 1940, alors que Paris est occupé par les Allemands, son frère (benjamin), Jean de Baissac, s'engage dans l'armée britannique. Avec sa sœur Lise, Claude se rend en Dordogne, dans le sud de la France, dans l'espoir de rejoindre l'Angleterre. Il reçoit le soutien du consulat américain pour organiser son voyage, traverse la frontière espagnole et se rend à Lisbonne, où lui et sa sœur attendent pendant cinq mois l'autorisation de se rendre à Gibraltar, puis au Royaume-Uni. Ils arrivent en Écosse en 1941. En 1942, il est approché par le Special Operations Executive (SOE) alors qu'il s'occupe des ventes d'une aciérie.
Claude et Lise sont ensuite recrutés par le Special Operations Executive (SOE). Grâce à leur maîtrise de l’anglais et du français, les Mauriciens étaient souvent sollicités comme agents en France par le SOE. 14 agents franco-mauriciens serviront dans cette organisation durant la Seconde Guerre mondialeAnthony Taunton Fenton, Lise Villameur Voir en ligne.
Seconde Guerre mondiale En , Claude de Baissac intègre le SOE aux côtés de Francis Suttill, Harry Peulevé et Roger Landes. Ses compétences en leadership étaient reconnues, mais il était également perçu comme « imprévisible » et « têtu ». Maurice Buckmaster le qualifia plus tard de « l'officier le plus difficile que j'ai eu à gérer, sans exception »Tom Keene, Cloak of Enemies, 2012, The History Press, Stroud, Gloucester, , . Claude de Baissac et sa sœur, Lise de Baissac, partageaient la réputation familiale d'être « exigeants mais déterminés »Beryl E. Escott, The Heroines of SOE, 2010, The History Press, Stroud, Gloucestershire, , . Selon l'historien officiel du SOE, Michael R. D. Foot, Claude de Baissac avait un « caractère exceptionnel », mais « ne supportait pas facilement les imbéciles »Michael R. D. Foot, SOE in France, 2004, Her Majesty's Stationery Office, London, Kindle Location 5021–5029, la remière fois publié en 1966.. Il était décrit comme « un homme imposant, à l'allure de quelqu'un qui s'attend à être obéi »Paddy Ashdown, A Game of Spies , 2017, William Collins, London, , p. 23..
Première mission en France La première mission de Claude de Baissac (nom de code « David » ) débuta dans la nuit du 29 au . Lui et son opérateur radio, Harry Peulevé (nom de code « Jean » ), furent parachutés sans escorte depuis un Halifax près de Nîmes. Ils viennent installer le nouveau réseau dans le sud-ouest. Malheureusement, ils furent largués à une altitude trop basse et atterrirent mal, ce qui entraîna une entorse de la cheville pour Claude de Baissac et une fracture de la jambe pour Harry Peulevé. Claude de Baissac laissa son compatriote derrière lui, qui du renter en Angleterre, et, après s'être remis de sa blessure, il se dirigea vers Bordeaux fin août pour établir le réseau Scientist. Sa mission consistait à préparer des opérations de sabotage contre les navires forçant le blocus entre la France et l’Extrême-Orient et transportant des matériaux essentiels, comme le caoutchouc d'Asie du Sud-Est destiné à l'Allemagne nazie.
Au cours des mois suivants, Claude de Baissac reçut plusieurs renforts : Roger Landes (nom de code « Stanislas »), radiotélégraphiste, parachuté en France du au ; Mary Herbert (nom de code « Marie-Louise »), messagère, débarquée par bateau les et ; et Charles Hayes, expert en explosifs, arrivé en parachute les et . Un deuxième opérateur radio, Marcel Defence, rejoindra l'équipe le . Grâce à trois nouvelles radios performantes, Roger Landes pouvait localiser des stations à différents endroits, minimisant ainsi les risques de capture. Lise de Baissac, qui était à Poitiers, assurait la liaison entre Scientist et d'autres réseaux. Le réseau Scientist de de Baissac et le réseau Prosper de Francis Suttill, basé à Paris, étaient parmi les plus prometteurs du SOE en FranceSarah Rose , D-Day Girls, 2019, Broadway Books, New York, , . Certains groupes de résistance se concentrent sur l’attaque d’abris de sous-marins dans le port et d'autres opèrent dans la campagne landaise. Il travaille étroitement avec Francis Suttill et son réseau Prosper-PHYSICIAN à Paris.
À Bordeaux, de Baissac réussit rapidement à former deux groupes de résistants : un orienté à gauche, un groupe de saboteurs parmi les ouvriers du port et un autre, plus important, orienté à droite de résistants dirigés par d'anciens officiers de l'armée française. Il avait également des contacts à Paris pour maintenir le lien avec Prosper. Chaque réseau du SOE devait fonctionner indépendamment, mais cette séparation n'était pas totalement respectée en raison d'une pénurie d'opérateurs radio.
En , un raid commando, l'Opération Frankton, fut lancé par les Royal Marines contre des navires dans le port de Bordeaux. Claude de Baissac ignorait les plans de ce raid et s'apprêtait à mener une opération similaire. Le raid ne réussit que partiellement, et Claude de Baissac, furieux, dut annuler son propre projet de sabotage en raison d'un renforcement de la sécurité allemande. En , un documentaire de la BBC intitulé Le raid le plus courageux de la Seconde Guerre mondiale, commenté par Paddy Ashdown, ancien officier du Special Boat Service (SBS), souligna le manque de coordination entre les agences gouvernementales comme une « erreur majeure »BBC, The Most Courageous Raid of WWII Voir en ligne. Cette situation empêcha les commandos et Claude de Baissac de coordonner leurs efforts pour frapper plus durement les Allemands.
En , France Antelme informe Claude de Baissac de l'existence à Bordeaux d'une très forte organisation de résistance, dirigée par un certain André Grandclément, et fort désireuse de recevoir armes et matériel. Le contact est établi et l'entente vite réalisée. André Grandclément apporte ses groupes et ses contacts avec l'OCM, et Claude de Baissac les moyens.
Claude de Baissac continua à recueillir des informations sur les mouvements des navires à Bordeaux et, à l'automne 1943, le blocus avait été largement contourné.
Il rentra à Londres dans la nuit du au à bord d'un Westland LysanderOpération : TRAINER, première organisée par Henri Déricourt ; terrain : sans nom, au sud de Poitiers, à 4,5 km au N de Marnay ; doublé de Lysander ; pilotes : flg. off. Rymills, flg off. Vaughan-Fowler ; personnes amenées (4) : Francine Agazarian, J. Goldsmith, Pierre Lejeune, Roland Dowlen ; personnes remmenées (4) : Claude de Baissac, France Antelme, Raymond Flower, André Dubois. [Source : Hugh Verity, p. 262.].
Ayant fait son rapport à Londres, Claude de Baissac fut de nouveau parachuté en France le . Lors de son passage à Londres, Claude de Baissac informa le quartier général du SOE qu'il disposait d'une force de à hommes, principalement en Gascogne, pour résister à l'occupation allemande. En prévision d'une invasion alliée de la France en 1943, le SOE commença à livrer de grandes quantités d'armes et de fournitures aux résistants par parachutage. À l'automne, le réseau Scientist rapportait que près de hommes, dispersés dans le sud-ouest de la France, avaient été recrutés par la Résistance intérieure française. Cependant, selon Michael R. D. Foot, l'expansion de ce réseau était trop rapide pour garantir sa sécurité, et les Allemands en prirent rapidement conscience.
A partir d', l'appartement d'André Grandclément, cours de Verdun, devient un véritable salon où se retrouvent entre amis, pour parler de résistance, Claude et Lise de Baissac, Roger Landes, Jean Renaud-Dandicolle, Jouffrault père et fils, Charles Corbin, Roland Chazeau, Maleyran, Charles Hayes.
Le , arrivée de Marcel Defence (nom de code « Dédé »), qui vient comme opérateur radio pour assister Roger Landes « Aristide ». Francis Suttill « Prosper » avertit de Baissac qu’il a l’impression qu’un membre de son réseau, Henri Déricourt, travaille pour les Allemands.
Désastre Le , la Gestapo capture les dirigeants de Prosper-PHYSICIAN, Francis Suttill, Gilbert Norman et Andrée Borrel. Claude de Baissac lui-même échappe de justesse à l'arrestation : ne voyant pas apparaître Suttill au rendez-vous fixé à 10 h 30, il se rend à l'ancien domicile d'Andrée Borrel51, rue des Petites-Écuries.. Heureusement, dès qu'elle l'aperçoit, la concierge montre le plafond en lui soufflant : « La Gestapo est là ! » Il n'a que le temps de déguerpirSource : Bob Maloubier, Triple Espion, p. 173.. Dans les jours qui suivent, les Allemands arrêtent des centaines d’agents et de résistants du réseau Prosper-PHYSICIAN, dans la région parisienne, et des autres réseaux et groupes qui lui sont rattachés. Le résultat est la destruction de la plupart des activités du SOE dans le nord de la France. En , le réseau SCIENTIST est entraîné dans la chute : les premières arrestations interviennent à la fin du mois. C'est aussi le début des graves difficultés pour le réseau de Grandclément en Aquitaine.
Claude de Baissac a demandé ou reçu l'ordre de retourner en Angleterre pour éviter d'être arrêté et lui et sa sœur, Lise de Baissac , sont rentrés en Westland Lysander dans la nuit du 16 au avec Nicolas BodingtonTentative of History of In/Exfiltrations into/from France during WWII from 1940 to 1945 (Border Crossings, Parachutes, Planes PU & Sea Landings), rev108-31122023 (), Le Plan Sussex 1944, p. 97. Roger Landes, Charles Hayes, Marcel Défense et Mary Herbert (enceinte de l'enfant de de Baissac) sont restés à Bordeaux pour continuer à travailler. Roger Landes était furieux que Claude de Baissac ait emmené sa sœur Lise de Baissac avec lui en Angleterre et laissé Mary Herbert derrière lui. Roger Landes « Aristide » prend sa succession, qui durera jusqu'à fin novembre.