La grammaire hébraïque (en , , « examen méticuleux de la langue hébraïque »Cf. Sander & Trenel, Dictionnaire hébreu-français page 128.) est l'étude systématique des règles qui régissent l'hébreu.

Longtemps demeurée réservée à l'hébreu biblique, elle a connu une évolution rapide au cours du , l'hébreu redevenant une langue parlée après être demeurée liturgique et littéraire.

La langue hébraïque est partiellement analytique car elle exprime les formes datives, ablatives et accusatives à l'aide de prépositions plutôt que par des variations morphologiques. La flexion joue cependant un rôle majeur dans la formation des verbes, la déclinaison des prépositions à l'aide de suffixes pronominaux, la construction génitive des noms, et la formation du pluriel des noms et des adjectifs.

Aperçu historique

L'hébreu (hébreu : לָשׁוֹן עִבְרִית, lashon ivrit, langue hébraïque) est une langue sémitique parlée par les Hébreux, descendants selon la Bible du patriarche Eber. Leur langue est proche des dialectes cananéens de leurs voisins immédiats, Cananéens et Phéniciens, et des dialectes des habitants des colonies par eux fondées, dont Carthage en Afrique du Nord. Considéré par les enfants d'Israël comme « langue de sainteté » (לָשׁוֹן הַקֹדֶשׁ lashon haqodesh), avec laquelle fut créé le mondeBereshit Rabba 18:4, c'est en cette langue principalement qu'est rédigée la Bible.

Initialement conçue comme une technique accessoire de l'exégèse biblique, visant à lire avec exactitude toutes les subtilités du Texte révéléVoir T.B. Sanhédrin 99a, Soucca 28a, Houllin 4a et Sifra sur Lev. 18:5 & 20:8 pour l'usage général du mot diḳdouḳ dans la tradition tannaïtique ; pour son sens particulier de prononciation exacte et correcte du Texte, duquel est dérivé l'usage actuel, voir Mishna Berakhot 2:3 et T.J. Berakhot 4d (42), elle devient, au Moyen Âge, un champ d'étude indépendant, étroitement associé à l'exégèse juive de la Bible d'une part, à la poésie hébraïque d'une autre utilisé entre autres pour la composition de poèmes, liturgiques ou profanes, en hébreu.Elle peut d'ailleurs être considérée comme la seule science spécifiquement juive du Moyen Âge, car bien que son étude ait été fortement stimulée par l'exemple de la philologie arabe, et modelée sur elle, elle conserve un caractère propre, en grande partie du fait de sa relation à la Massore, un recueil de traditions d'écriture et de prononciation du texte biblique.

Avec la Haskala, équivalent juif du mouvement des Lumières, puis surtout avec la montée vers la terre d'Israël de Juifs venus d'horizons divers sans partager une langue commune, naquit et se répandit l'hébreu moderne principalement mis en forme et adapté à l'ère actuelle par Éliézer Ben-Yehoudah. Les mécanismes de cette renaissance linguistique ont été particulièrement étudiés par Noam ChomskyNoam Chomsky, Aspects of the theory of syntax, MIT Press, 1965.

Prononciation de l'hébreu

Phonétique La phonétique analyse une langueorthographe massorétique : לָשׁוֹן, translittération phonétique : [lāšōn], transcription francophone : lachon, traduction littérale : langue, idiome, donnée par les professeurs Sander & Trenel, opus citatum, page 329. (לשׁוֹן), conçue comme système de sons fondamentaux, les phones, d'un point de vue formel indépendant de son pouvoir de communication. Elle étudie la phonation, production des phones, et l'acoustique, leur perception auditive. La phonétique hébraïque se focalise sur les sons propres à l'hébreu, qu'elle classe en trois groupes fondamentaux : les tenouotce mot dérive de la racine נוע mouvoir, trembler, vibrer, citée par Shmuel Bolozky dans 501 Hebrew Verbs fully conjugated page 412 (voir bibliographie). (תנוּעוֹת) assimilées à des voyelles, les chevade la racine chaldéenne שוא (Sander & Trenel, opus citatum page 735) dérive la racine hébraïque שוה (Shmuel Bolozky op.cit. page 766). (שוא) et ḥatoufotהֲטָף au singulier (Brigitte Donnet-Guez Grammaire de l'hébreu facile et pratique page 25, voir bibliographie), ce mot dérive de la racine חטפ (Sander & Trenel op.cit. page 176). (חטוּפוֹת) qualifiés d'euphonèmes, et les itzourimde la racine עצר (Shmuel Bolozky op.cit. page 534). (עצוּרים) assimilés à des consonnes.

Phonologie La phonologie étudie comment les signes vocaux nommés phonèmes se combinent pour donner voix aux mots et aux phrases d'un langage utilisé comme outil de communication entre les hommes d'une même culture. L'étude phonologique de l'hébreu permet de bien entendre (au sens d'écouter et de comprendre) l' ivritorthographe massorétique : עִבְרִית , translittération phonétique : [ʿiḇərīṯ], transcription francophone : ivrit, traduction littérale : hébraïque, ce mot dérive de la racine עבר signifiant traverser (Shmuel Bolozky op.cit. page 501). (עברית), langage du peuple de la Bible. Ainsi, la manière dont l'hébreu construit des radicaux dérivés guezarotorthographe massorétique : גְּזָרוֹת , translittération phonétique : [gəzārōṯ], transcription francophone : guezarot, traduction littérale : dérivées. (גזרוֹת) à partir de racines chorachimorthographe massorétique : שָׁרָשִׁים , translittération phonétique : [šorāšīm], transcription francophone : chorachim, traduction littérale : racines, (Brigitte Donnet-Guez, op.cit. page 22, note la prononciation exceptionnelle de ce mot). (שרשים) qui contiennent certains types de phonèmes spéciaux (des gutturales gueroniotorthographe massorétique : גְּרוֹנִיִוֹת , translittération phonétique : [gərōniyiōṯ], transcription francophone : gueroniot, traduction littérale : gutturales. (גרוֹניוֹת) par exemple) dépend de règles purement phonologiquesShmuel Bolozky op.cit. page V de l'Introduction, distingue les structures chlemim (intactes) et guezarot (dérivées)..

Orthophonie

L'orthophonie, prononciation correcte de la langue, est la conclusion pratique de ces deux études complémentaires de la tradition orale des différentes communautés juives au fil des temps. Pour y atteindre le hazzan étudiera préalablement la découpe des mots en syllabes havarotorthographe massorétique : הֲבָרוֹת , translittération phonétique : [həḇārōṯ], transcription francophone : havarot, traduction littérale : .... (הברוֹת), la pose de l'accent tonique neguinaorthographe massorétique : נְגִינָה , translittération phonétique : [nəgīnāh], transcription francophone : neguina, traduction littérale : .... (נגינה), et surtout la cantillation à l'aide des teamimorthographe massorétique : טְעָמִים , translittération phonétique : [ṭəʿāmīm], transcription francophone : teamim, traduction littérale : .... (טעמים).

Écritures

Les systèmes d'écriture de l'hébreu, qui dérivent de la calligraphie du phénicien, ont évolué au fil des temps, et se présentent aujourd'hui sous deux aspects, l'écriture carrée utilisée en imprimerie, et l'écriture dite cursive utilisée par les soferim pour les documents manuscrits. L'écriture de l'hébreu par des moyens informatiques a permis l'évolution de ces deux types fondamentaux vers une grande diversité de polices de caractères hébreux contemporains hybridesZippy Lyttleton et Tamar Wang, Colloquial Hebrew page 23 (voir bibliographie), offrent quelques exemples d'écriture hybride dans l'étiquetage de produits commerciaux et leur publicité. Les articles de la presse israélienne, accessibles d'un clic par Google, nous montrent aussi des caractères alphabétiques évolués..

Orthographes L'orthographe de l'hébreu bibliqueétat de langue considéré comme hébreu classique. utilisait un alphabet qualifié abjad qui notait les consonnes à l'exclusion de toute voyelle ou euphonème. L'évolution de l'hébreu classique introduisit dans l'orthographe l'usage de caractères isotoniques qui pouvaient être utilisés normalement (ils signalaient alors une consonne) ou fonctionner comme matres lectionismères de lecture, traduction littérale de hèm haqria.. Exemple :

L'orthographe massorétique introduisit dans l'écriture de l'hébreu l'usage de signes diacritiques en marge du texte pour signaler sa vocalisationvoir Nikkoud. Elle écrit les signes isotoniques qui appartiennent à la racine, mais ignore les autres qu'elle remplace par des points marginaux, créant ainsi ce que la tradition nomma écriture défective. Exemple :

L'orthographe de l'hébreu moderne utilise une écriture pleine qui remplace systématiquement les niqoudim vocaliques par les caractères isotoniques utilisés en fonction de voyelle, souvent redoublés lorsqu'utilisés en fonction de consonne. Exemple :

Translittération La translittération de l'hébreu en caractères phonétiques permet au lecteur, même peu familier du système massorétique d'écriture des voyelles, de lire au premier abord un texte hébreu de manière phonologiquement très précise. Exemple : le mot דגש, orthographié דָּגֵשׁ par les massorètes, se translittère ainsi : [dāgēš].

Transcription La transcription francophone devrait tendre à rendre la prononciation exacte de chaque phonème hébreu par des lettres ou combinaisons de lettres utilisées pour signaler un phonème similaire en français courant. Une grande confusion semble pourtant régner dans ce domaine, qui mélange à plaisir les transcriptions francophones, anglophones, germanophones, ou même des transcriptions purement fantaisistes. Exemple : à la transcription francophone daguech du mot דָּגֵשׁ correspond la transcription anglophone dagesh ou la transcription germanophone dagesch...

Morphologie

Cette partie de la grammaire hébraïque, la morphologie de l'hébreu, étudie successivement les notions de morphème, de trait grammatical, d'utilitaire grammatical, et de mot lexical (qui comprend les verbes et les noms de l'hébreu).

Morphèmes La linguistique nomme morphème l'unité élémentaire qui fonde la morphologie de l'hébreu. Le morphème partage avec le phonème le fait d'être un élément sonore, et se distingue de lui par le fait d'être signifiant.

Traits grammaticaux Le morphème signale un caractère spécifique du motce terme hébreu vient du chaldéen מִלָּה [millāh] (voir Sander & Trenel op.cit. page 367). (מלה) qui l'intègre, relativement à un trait grammatical. Le genre, le nombre, la personne, la fonction, le mode, la voix, l'aspect et le temps sont les huit traits grammaticaux de la langue hébraïque qu'étudie la morphologie de l'hébreu.

Utilitaires grammaticaux La morphologie de l'hébreu décrit aussi la formation des utilitaires grammaticaux, à savoir ces mots et parties de mots correspondant à ce que la grammaire du français nomme prépositions, pronoms, démonstratifs et possessifs.

Mots lexicaux L'analyse des mots en lexèmes, racines et radicaux mène ensuite la morphologie de l'hébreu à reconstruire les paradigmes verbaux et nominaux de la langue hébraïque. Elle aborde sous ce titre la conjugaison du verbe et la flexion du nom en hébreu.

Verbe hébreu

Pour passer du thème verbal au verbe conjugué, il convient de présenter d'abord le prototype verbal, de décrire ensuite la structure des conjugaisons, de présenter enfin quelques verbes spéciaux.

Prototype verbal L'article en épigraphe présente de trois manières le prototype verbal, schématique, structurelle, et traditionnelle.

Formes conjuguées du verbe Les trois conjugaisons différenciées de l'hébreu sont : une conjugaison perfective ou passée, une conjugaison imperfective ou future, et une conjugaison impérative dérivée de la précédente.

Formes nominales du verbe Les formes nominales du verbe sont l'infinitif, le participe présent actif, et le participe présent passif.

Verbes spéciaux Parmi les verbes spéciaux se détache le verbe être. Le verbe avoir n'existe pas en hébreu, qui utilise une périphrase.

Nom hébreu