Le dôme du Rocher ou la coupole du Rocher (en arabe : ) est un sanctuaire érigé à la fin du sur ordre du calife Abd al-Malik sur le mont du Temple, sur l'« Esplanade des Mosquées ». Ce site représente le troisième lieu saint de l'islam comprenant également la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem-Est.
Le dôme du Rocher est désigné par l'UNESCO comme site du patrimoine mondial.
Présentation Sur ordre du calife Abd al-MalikJoseph van Ess, « ‘Abd al-Malik and the Dome of the Rock », in Julian Raby, Jeremy Johns (eds.) Bayt al-Maqdis: `Abd al-Malik's Jerusalem, vol. 1, Oxford : Oxford University Press, 1992., le dôme du Rocher est érigé puis achevé en l'an 691 ou dans la seconde partie de l'année 692Pendant très longtemps, la datation de 691, appuyée sur l'inscription du dôme mentionnant la date de l'an 72 de l'hégire, était couramment admise. En 1999, dans une recherche sur le contexte de création du dôme, Sheila Blair a repoussé cette date à la deuxième moitié de l'année 692. Voir S. Blair, « What is the date of the Dome of the Rock? », in Julian Raby & Jeremy Johns (Eds.), Bayt al-Maqdis. 'Abd al-Malik's Jerusalem, Part I, Oxford University Presse, coll. « Oxford studies in islamic art », IX, 1999, . Son dôme s'effondre en 1015 puis est reconstruit en 1022 et rénové en 1089, 1318, 1448, 1830, 1874, 1962 puis complètement en 1994. Lors de cette dernière restauration, on pose des plaques de cuivre recouvertes d'une fine couche de nickel et d'or.
Le bâtiment dérive de modèles de l'architecture byzantine, avec une influence perse sassanide. Si on connaît le nom des personnes qui en ont supervisé la construction (Raja ibn Haywa, Yazid ibn Sallam et Sahaba), on ignore celui de son architecte. Les carreaux qui le recouvrent ont quant à eux été installés par Soliman en 1545-1552 ; certains présentent des sourates qui rejettent la trinité chrétienne.
Sous le dôme du Rocher se trouve une grande pierre appelée « Rocher de la Fondation ». La tradition musulmane y voit l'endroit depuis lequel Mahomet s'est élevé au ciel lors de l'Isra et Miraj. Mais la tradition juive reconnaît dans ce même rocher le mont Moriah, le massif montagneux sur lequel, d'abord, Abraham monta avec son fils Isaac afin de l'offrir à Dieu en holocauste« Dieu dit : Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t'en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai. » (Genèse 22.2), puis sur lequel sont bâtis successivement les temples de Jérusalem (le temple de Salomon et le temple dit « d'Hérode »)« Salomon commença à bâtir la maison de l'Éternel à Jérusalem, sur la montagne de Morija, qui avait été indiquée à David, son père, dans le lieu préparé par David sur l'aire d'Ornan, le Jébusien. » (2 Chroniques 3.1). Enfin, le rocher fut aussi considéré par les Juifs de la région comme l'emplacement du centre du monde.
Le dôme du Rocher occupe une place de premier plan dans l'art et l'architecture de l'islam, et l'historien de l'art Oleg Grabar y voit le « premier monument qui se voulut une création esthétique majeure de l'islam »Oleg Grabar, La formation de l'art islamique, Paris : Flammarion, « Champs », 2000 (2de ed.), .
Le Haram al-Sharif est considéré comme un troisième lieu saint islamique après les villes de La Mecque et MédineLes mondes de l'islam 3/10 : lieux saints et pèlerinages.
Désigné par l'UNESCO comme site du patrimoine mondial, le dôme du Rocher est appelé « le monument le plus reconnaissable de Jérusalem ».
Histoire Contexte pré-islamique vignette|Maquette du second temple de Jérusalem sur le mont du Temple, (Musée d’Israël, Jérusalem) Le dôme du Rocher est situé au centre du mont du Temple, site sur lequel se trouvait autrefois le temple de Salomon, érigé par ledit roi d'Israël, mais détruit et pillé lors du siège de Jérusalem en 586 av. J.-C., puis le Second temple de Jérusalem reconstruit entre -538 et -417 - lequel avait été considérablement agrandi sous Hérode le Grand au avant notre ère, et appelé Temple d'Hérode.
L'emplacement exact du temple juif n'est plus connu avec certitude ; il existe plusieurs opinions différentes à ce sujet (le temple serait plus au nord, ou plus au sud selon une étude de l'architecte Tuvia Sagiv Tuvia Sagiv, « Determination of the location of the Temple based on the angle of sight of Agrippa II » sur templemount.org, 2004 ).
Le Temple d'Hérode est détruit en 70 de notre ère par les Romains sur l'ordre de l'empereur Titus, et après la révolte de Bar Kokhba en 135, un temple romain dédié à Jupiter Capitolinus est à son tour construit sur le site par l'empereur HadrienChisholm, Hugh, ed. (1911). "Aelia Capitolina". Encyclopædia Britannica ( ed.). Cambridge University Press. . Lester L. Grabbe (2010). An Introduction to Second Temple Judaism: History and Religion of the Jews in the Time of Nehemiah, the Maccabees, Hillel, and Jesus. A&C Black. ..
Jérusalem est gouvernée par l'Empire romain du au siècle. À cette époque, le pèlerinage chrétien à Jérusalem commence à se développer. L'église du Saint-Sépulcre est construite sous l'empereur Constantin dans les années 320, mais le mont du Temple demeure abandonné après l'échec d'un projet de restauration du temple juif sous l'empereur Julien (361 à 363)(trad.) « Julien pensa reconstruire à grands frais le fier Temple une fois à Jérusalem, et confia cette tâche à Alypius d'Antioche . Alypius se mit vigoureusement au travail, et fut secondé par le gouverneur de la province, lorsque de terribles boules de feu éclatèrent près les fondations, ont continué leurs attaques, jusqu'à ce que les ouvriers, après des brûlures répétées, ne puissent plus s'approcher : et il a renoncé à la tentative ». Ammien Marcellin, Res Gestae, 23.1.2–3. ; sous les dominations séculaires romaine comme byzantine, l'esplanade reste jonchée seulement de ruines éparsesOleg Grabar, La formation de l'art islamique, Paris : Flammarion, « Champs », 2013 , ..
En 638, la Jérusalem byzantine est conquise par les armées arabes d'Omar ibn al-Khattâb, deuxième calife du califat de Rashidun.
Parmi les premiers musulmans, le mont du Temple est appelé Madinat bayt al-Maqdis (« Ville du Temple ») reprenant ainsi l'expression hébraïque, sans référence au Coran Ben-Dov, M. Historical Atlas of Jerusalem. Translated by David Louvish. New York : Continuum, 2002, .
Construction thumb|right|Le Rocher de la Fondation à l'intérieur de l'édifice, lieu le plus saint du judaïsme.Comme le révèle une des inscriptions en arabe qui courent autour du bâtiment, le dôme du Rocher est construit en l'an 72 de l'Hégire, c’est-à-dire en 691 ou 692 de l'ère chrétienne, sous le règne du calife Abd al-MalikSur la frise, le nom d'Abd al-Malik, calife omeyyade, a été effacé pour être remplacé par celui d'Al-Ma’mūn, calife abbasside plus tardif. cf ..
Il s'élève sur le Haram al-Sharif, à l'endroit où le premier Temple (hébreu : Beit HaMikdash) des Juifs aurait été édifié par le roi biblique Salomon, soit le mont du Temple. Les musulmans s'identifiant comme les « véritables enfants d'Israël » désireux de construire le troisième Temple, les traces archéologiques comme les historiens arabes ou occidentaux à travers les siècles rappellent que le Dôme du Rocher est un vestige des deux sanctuaires juifs de David puis de Salomon, érigés au sommet du mont du TempleReuven, Peretz; Avraham, Assaf (2016-01-01). ""Endowment to the Sakhrat Bayt al-Maqdis and al-Aqsa Mosque" Early Islamic Inscription from the Village of Nuba". New Studies in the Archaeology of Jerusalem and Its Region. www.academia.edu..
Au , une inscription dédicatoire en kufi (issue du village de Nuba près de Hébron) annonce : « ... ce territoire, Nuba, et toutes ses frontières et toute sa région, sont une donation au Rocher de Bayt al-Maqdis [traduction littérale de l'hébreu Beit HaMikdash « Maison de Sainteté », soit le Temple de Jérusalem] et à la mosquée Al-Aqsa, car il a été dédié par le Commandeur des Croyants, Omar ibn al-Khattab, à la gloire d’Allah » ; le géographe du même siècle Muhammad al Muqadassi écrit dans sa description de la Syrie et de la Palestine que les fondations de la mosquée d’Al-Aqsa « ont été posées par David ». Au , le voyageur et théologien Nasir-i Khusraw note que « Salomon, que la paix soit sur lui, voyant que le rocher était le orienté vers la Qiblah, y a construit une mosquée circulaire sur le rocher, le rocher se tenant au sein de la mosquée, qui est devenu l’oratoire du peuple ». Ce n'est qu'à partir de 1965, que le Conseil suprême des Affaires islamiques publie un « Guide concis du Dôme du Rocher et d’Haram al-Sharif » où les anciens temples juifs ne sont plus mentionnés.
Après la conquête musulmane de Jérusalem (vers 635-638), le calife et compagnon du prophète Mahomet Omar ibn al-Khattab est informé par Ka'ab al-Ahbar, un rabbin converti à l'islam (ou crypto-juif) David Nirenberg, Antijudaïsme : Un pilier de la pensée occidentale, 2023, Labor et Fides , que le « sanctuaire [masjid] de David », que le calife désire voir mais qu'il ne reconnaît pas tel que décrit par Mahomet, est identique au site des anciens temples juifs de Jérusalem. Horrifié de voir l'état dans lequel se trouvait ce lieu saint, il l'aurait fait nettoyer et y aurait prié. Il ordonne ensuite la construction d'une mosquée à cet emplacement. Certains historiens médiévaux, en particulier le chroniqueur byzantin Théophane le Confesseur, relèvent que cet acte de Omar ibn al-Khattab est salué par les Juifs de l'époque «The Secrets of Rabbi Simon ben Yohai (post-680?)», sur christianorigins.com. Extrait de Robert G. Hoyland, Seeing Islam as Others Saw It: A Survey and Evaluation of Christian, Jewish and Zoroastrian Writings on Early Islam, Princeton (NJ), The Darwin Press, Inc. 19997. .
En plus du Dôme, le Haram al-Sharif (« Noble sanctuaire »), appelé aujourd'hui « esplanade des Mosquées » ou « esplanade du Temple » ou « mont du Temple », comprend de nombreuses constructions, dont la mosquée al-Aqsa (construite avant 679) ou encore le dôme de la Chaîne (Qubbat al-Silsila)
Élément central et majestueux de cet ensemble, le dôme fut restauré à de nombreuses reprises. Dès le début du , le calife abbasside Al-Mamun fait ainsi effacer le nom d'Abd al-Malik pour le remplacer par le sien sur l'inscription Copie de l'inscription et bibliographie. L'inscription a été copiée, transcrite et traduite dans Combe, É., Sauvaget, J., Wiet, G., Répertoire chronologique d’épigraphie arabe, I, Le Caire, 1931, Imprimerie de l’Institut français d’archéologie orientale, année 72, et 10, . « Furthermore, the later caliph al-Ma'mum fit to substitute his own name for that to the founder, 'Abd al-Malik, thus showing his acceptance of the aims and purposes of the building » : Grabar, O, Ettinghausen, R. Islamic art and architecture, 650-250, New Haven & London : Yales University Press, 2001 (2nd ed.), .. Ensuite, depuis les Fatimides jusqu'aux Ottomans, chaque dynastie maîtresse de Jérusalem a cherché à poser sa marque sur l'édifice, tout en conservant sans doute le plan et les proportions originelles« Fait rarissime pour le Moyen Âge et pour la Palestine, cet édifice prestigieux n'a subi aucune transformation essentielle. En dépit d'une série de restaurations, il conserve son plan d'origine et ses proportions intactes » Rosen-Ayalon, Myriam. Art et archéologie islamiques en Palestine. Paris : PUF, "Islamiques", 2002, .
Des croisades au vignette|Intérieur du Dôme du Rocher (1884) Encore durant le bas Moyen Àge, les rituels religieux musulmans pratiqués au Dôme du Rocher sont « inspirés par d’anciennes traditions qui se déroulaient dans le Temple biblique ».