Adam von Trott zu Solz est un juriste, diplomate et résistant allemand au nazisme, né le à Potsdam et mort le à la prison de Plötzensee à Berlin.
Adam von Trott appartenait au groupe des conjurés du complot du et servait de relais entre le colonel von Stauffenberg et le cercle de Kreisau dont il était membre. Il était le précurseur d'une politique étrangère au sein de la résistance allemande au nazisme et aurait accédé à un poste de secrétaire d'État au ministère des Affaires étrangères si l'attentat contre Hitler et le renversement du régime avaient réussi. Il était en relation directe avec des cercles gouvernementaux britannique et américain et utilisa ces contacts au profit de la résistance. Son caractère tolérant et son ouverture d'esprit ont joué un grand rôle dans la collaboration entre les différents groupes politiques et sociaux au sein de la résistance allemande contre le nazisme.
Famille et origines vignette|Le berceau familial d'Imshausen abrite aujourd'hui la Fondation Adam von Trott Imshausen. Adam von Trott zu Solz est issu d'une famille noble ancienne appartenant à la chevalerie de Hesse et qui trouve ses racines dans le nord de la Hesse depuis le . La branche dont il descend est localisée dans la région autour d'Imshausen et de Solz entre Bad Hersfeld et Eisenach. Cette lignée a donné de nombreux hommes politiques et diplomates. Son prénom Adam lui a été donné en souvenir d'un de ses ancêtres qui avait été au un envoyé du Prince-Électeur de Brandebourg à la cour de l'empereur Charles Quint.
Être au service de l'État avait une importance capitale pour la familleGenealogisches Handbuch des Adels, Adelige Häuser A Band XXIV, , , C. A. Starke Verlag, Limburg (Lahn) 1996. . Son grand-père, Werner von Trott zu Solz (1819-1858), avait été l'envoyé du Prince-Électeur de Hesse à la cour du roi du Wurtemberg et son père, August von Trott zu Solz (1855-1938), avait gravi les échelons jusqu'aux hautes responsabilités de l'État après que la Hesse était tombée aux mains de la Prusse en 1866 : après avoir été Landrat (haut fonctionnaire régional), il était devenu en 1899 président du gouvernement de la région de Cassel avant de devenir en 1905 haut président de la province de Brandebourg, devenant ainsi proche de la cour royale. C'est à cette période que la famille déménage à Potsdam où Adam von Trott zu Solz voit le jour. Lorsque le libéral-conservateur Theobald von Bethmann Hollweg devient chancelier en 1909, August von Trott zu Solz est nommé ministre de l'enseignement, poste qu'il quitte en 1917 lorsque Bethmann Hollweg quitte le gouvernement.
Les ancêtres silésiens de sa mère Eleonore von Schweinitz (1875-1948) étaient aussi célèbres : le grand-père maternel Hans Lothar von Schweinitz, général prussien, était ambassadeur à Vienne et à Saint Petersbourg après avoir eu une carrière brillante au sein de l'armée prussienne. La grand-mère d'Adam von Trott était Anna Jay, descendante directe de John Jay le premier Chief Justice des États-Unis, père fondateur des États-Unis et ami de George Washington.
C'est dans cette tradition familiale cosmopolite que naît Adam von Trott zu Solz en 1909.
Études et formation Études à Berlin, Imshausen et Hannoversch Münden (1909-1927) vignette|redresse=1.0|Adam von Trott et son père. Adam von Trott zu Solz est le cinquième d'une fratrie de huit enfants. Peu après sa naissance, son père obtient un poste au sein du ministère de l'Enseignement, et la famille part s'installer à Berlin où Trott passe son enfance. Confrontée à des obligations extérieures, la mère confie l'éducation de ses enfants à une nurse britannique, Louisa Barett. Cette dernière vient de Tunbridge Wells et c'est par elle que Trott entre très tôt en contact avec la culture britannique. C'est là qu'il faut chercher les fondements de son anglophilie qu'il manifestera ultérieurement. Cette enfance dorée est toutefois remise en question par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il a alors cinq ans. Les Britanniques et les Allemands étant devenus ennemis, Louisa Barett retourne en Grande-Bretagne où Trott la retrouvera des années plus tard.
vignette|left|Plaque commémorative apposée sur le Gymnasium de Hannoversch Münden. Trott entre peu de temps après à l'école maternelle du Collège français de Berlin. En 1917, son père quitte ses responsabilités ministérielles et retourne en tant que haut président dans sa province de Hesse-Nassau. Après deux ans passés à la Volksschule de Cassel, Trott passe quelques mois au Wilhelmsgymnasium (Lycée) de Cassel. Pendant la guerre, la famille aisée des von Trott est elle aussi rationnée. Trott ressent encore plus mal la . En 1920, August von Trott zu Solz prend sa retraite, la famille part alors pour son domaine d'Imshausen qu'Adam von Trott ne connaissait que pour y avoir passé des vacances. À partir de là il suit des cours privés, ce qui ne l'empêche pas de lier des amitiés.
À Pâques 1921, ses parents décident de l'envoyer dans un lycée de Cassel. Bien que (ou parce que) ce dernier a une chambre chez le pasteur Jäger, le jeune garçon âgé de douze ans développe un esprit critique manifeste envers le conservatisme chrétien : Le quotidien de l'école ne le satisfait pas. Il n'est pas incité à développer ses qualités et ses résultats fluctuent au gré de son humeur. En 1922, il intègre le « Bund der Nibelungen », un groupe de la « Bündische Jugend » (mouvement inspiré du scoutisme) qui avait fait scission avec le Wandervogel (mouvement lycéen berlinois de l'époque). Quatre ans plus tard, il quitte toutefois le groupe, déçu par l'absurdité manifeste de son idéalismeMalone, ..
En 1923, Adam von Trott zu Solz entre au de Hannoversch Münden. Il est à l'internat du Kloster Loccum situé dans la ville où sa vie quotidienne est soumise à une pression intense. Le jeune homme, sportif et grand (il mesure plus d') se plonge dans l'étude de Goethe et de Hebbel tout comme celle de l'antiquité grecque, en particulier de Démosthène. Il prend pour la première fois connaissance des écrits de Wilhelm von Humboldt qui auront sur lui une influence non négligeable, lui qui les qualifiera plus tard comme des écrits faisant partie d'une . Jusqu'à l'obtention de son baccalauréat en 1927, il reste élève au lycée de Hannoversch Münden, et les années qu'il y passe restent dans son souvenir comme une époque .
Études à Munich, Göttingen et Berlin (1927-1930) Après son baccalauréat, il se décide à faire des études de droit et ainsi perpétuer la tradition familiale. Il choisit lui-même de s'inscrire à l'université Louis-et-Maximilien de Munich. Mais pendant le premier semestre universitaire, il ne se préoccupe guère de la chose juridique : il préfère apprendre l'escrime, prend des cours privés d'anglais et effectue son premier voyage à l'étranger en AutricheMalone, .. À la même époque, la ville de Munich fait parler d'elle comme étant le centre du mouvement national-socialiste naissant. Âgé de 17 ans, il est à cette époque confronté à la personnalité de Hitler, et note après un discours de ce dernier : . Grâce à sa mère qui a conservé de nombreux contacts avec des organisations sociales et religieuses, il participe en à une conférence internationale ayant pour thème l'éducation chrétienneWuermeling, ..
vignette|redresse=1.0|Adam von Trott zu Solz étudiant. Après seulement un semestre à Munich, il rejoint l'université de Göttingen. En 1928, il intègre la fraternité étudiante « Corps Saxonia Göttingen » où il se lie d'amitié avec Fritz-Dietlof Graf von der Schulenburg. Tracy Strong du YMCA, que Trott avait rencontrée en 1927, l'invite à passer les vacances semestrielles à Genève. C'est l'occasion pour Trott de rencontrer pendant trois semaines des jeunes du monde entier et de débattre dans une atmosphère détendue sur la paix dans le monde. Il y rencontre aussi Willem Visser 't Hooft.
Son intérêt pour les questions internationales ne fait que s'accroître. En , il a de nouveau la possibilité de participer à une conférence chrétienne, cette fois à Liverpool, où il rencontre le recteur du Mansfield College de l'université d'Oxford qui l'invite à venir y passer une session d'études. Trott peut ainsi s'y inscrire en sciences politiques. Il noue très vite de nouvelles amitiés en Grande-Bretagne comme avec , travailliste engagé et plus tard historien renommé, et avec , futur ministre de l'enseignement en Inde. Après son trimestre passé à Oxford, Trott écrit : .
C'est en Grande-Bretagne qu'il prend la décision de prendre ses distances avec l'Université de Göttingen, trop provinciale à son goût. Il s'en désinscrit en 1929 et s'inscrit à la Friedrich-Wilhelms-Universität à Berlin. Il s'éloigne très vite des cercles trop traditionnels des fraternités étudiantes, et entre en contact avec des groupes socialistes berlinois. Albrecht von Kessel, avec qui il entretenait des rapports amicaux, écrit à son sujet : .
Mais la vie sociale intense de Trott à Berlin compromettant ses études, il retourne à Göttingen en 1930. Il y suit des cours du professeur de droit international Herbert Kraus qui auront sur lui une forte influence dans le domaine juridique. Grâce à Kraus, il développe un grand intérêt pour la philosophie de Georg Wilhelm Friedrich Hegel. En , Trott passe avec succès un concours administratif au Tribunal régional principal (Oberlandesgericht) de Celle, obtenant la mention « tout à fait satisfaisant » après des épreuves en droit civil, droit commercial, droit pénal et droit constitutionnel.
Immédiatement après son examen, Trott commence une thèse sous la direction de Kraus et du professeur en philosophie du droit Julius Binders, intitulée : « Philosophie de l'État de Hegel et Droit international » : il termine en ce qui s'avérera être son œuvre la plus significative en philosophie du droit. Dans sa thèse, Trott essaie d'aller à l'encontre de la récupération croissante que font de Hegel les cercles radicaux de droite : il se donne pour tâche de raviver les positions de Hegel et de l'idéalisme allemand pour pouvoir les appliquer à son époque en droit et en politique ; sa réflexion est centrée sur la liberté de conscience de tout individu, d'où son refus de toute restriction des droits de l'homme pour préserver plutôt ce qu'il nomme « l'existence d'une substance morale » ; en politique étrangère, cela ne peut s'imposer que par un droit international reconnu par tous et auquel aucun État ne peut se soustraire sans recevoir de sanction. De l'idée hégélienne de l'absolue moralité de l'État, Trott ne retient pas la conclusion d'un positivisme juridiqueVoir : Adam von Trott zu Solz, Hegels Staatsphilosophie und Internationales Recht, .. La thèse est couronnée par la mention summa cum laude.
Boursier Rhodes à Oxford (1931-1933) vignette|redresse=1.0|Trott à Oxford. Après ses études à Göttingen, Adam von Trott zu Solz se porte candidat à la Bourse Rhodes pour partir étudier à Oxford. Ses professeurs Kraus et von Bernstorff le recommandent. Bernstorff, un homme libéral empreint de cosmopolitisme et plus tard ennemi du national-socialisme, avait lui-même été l'un des derniers boursiers d'avant-guerre au sein de l'ambassade allemande à LondresDoenhoff, ff.. Quand Trott est reçu à la Bourse Rhodes, la nouvelle déclenche en lui des .