vignette|upright=1.6|L'Opéra Garnier est inauguré le avec des extraits de La Juive de Jacques Fromental Halévy et des Huguenots de Giacomo Meyerbeer. Jusque-là, les grands opéras étaient donnés dans la salle de la rue Le Peletier, qui fut l'opéra de Paris de 1821 à 1873.
Le grand opéra est un genre d'opéra du , généralement en quatre ou cinq actes, caractérisé par une distribution et un orchestre de grande envergure, de prodigieux décors et de spectaculaires effets de scène, basé sur une intrigue tirée d'un événement historique dramatique. Le terme s'applique plus particulièrement à de tels ouvrages montés à l'Opéra de Paris de la fin des années 1820 jusqu'aux alentours de 1870. Il a aussi été employé pour désigner la salle d'opéra de Paris, à savoir successivement l'opéra Le Peletier (de 1821 à 1873) et l'opéra Garnier (à partir de 1875). Il est également utilisé familièrement à l'égard d'ouvrages plus récents ou même d'œuvres contemporaines françaises, allemandes, italiennes ou d'autres pays européens aux proportions monumentalesVoir les définitions du Grove Dictionary of Music and Musicians, pour grand opera et opera.
Les origines vignette|gauche|Décors de l’acte I du Moïse et Pharaon de Rossini pour l’Académie royale de musique en 1827 Paris, au tournant du , attirait de nombreux compositeurs, français comme étrangers, essentiellement d'opéras. Plusieurs auteurs italiens de cette période comme Luigi Cherubini démontrèrent que l'usage du récitatif était adapté à la puissance des drames qui avaient été écrits. D'autres, comme Gaspare Spontini, écrivirent des œuvres à la gloire de Napoléon. Ces opéras étaient composés dans une large mesure à l'attention de l'Empereur. D'autres facteurs qui conduisirent à la suprématie parisienne des spectacles d'opéra tenaient à la faculté de l'Opéra de Paris de monter des œuvres considérables, de recruter d'éminents peintres de scène, décorateurs et techniciens, et à la longue tradition du ballet français et de la mise en scène : le théâtre avait dans ses rangs des metteurs en scène et des décorateurs innovants comme Henri Duponchel, Pierre-Luc-Charles Cicéri (auquel on doit le premier spectacle éclairé au gaz : Aladin ou la lampe merveilleuse de Nicolas Isouard en 1823) ou Jacques Daguerre (inventeur du Diorama, il supprima l'ancien système italien des châssis qui empêchait les effets de perspective).
vignette|Décors de l’acte III de Moïse et Pharaon.
Plusieurs opéras sont considérés comme les précurseurs du grand opéra français : La Vestale (1807) et Fernand Cortez (1809, révision 1817) de Gaspare Spontini, Les Abencérages (1813) de Luigi Cherubini, Le Siège de Corinthe (1827) (adaptation pour Paris de son Maometto II) et Moïse et Pharaon (1828) (adaptation pour Paris de son Mosè in Egitto) de Gioachino Rossini. Ils possèdent les caractéristiques de taille spectaculaire normalement associées au grand opéra français. Un autre important précurseur est Il crociato in Egitto de Giacomo Meyerbeer, devenu l'archétype du genre. Dans Il crociato, créé par Rossini à Paris en 1825 après le succès de Venise, Florence et Londres, Meyerbeer mélangea le style de chant italien avec un style orchestral hérité de ses habitudes germaniques introduisant une bien plus large gamme d'effets théâtraux et musicaux que le traditionnel opéra italien. Il crociato, avec ses exotiques actions historiques, ses musiques de scène, ses spectaculaires costumes et son choc de cultures, présentait tous les traits sur lesquels était basée la popularité du grand opéra.
Le ballet dans le grand opéra vignette|gauche|Edgar Degas, Musiciens à l'orchestre (1872, Musée Städel) Caractéristique du grand opéra : le ballet placé au début du deuxième acte pour satisfaire la demande des aristocratiques et richissimes mécènes. L'une des caractéristiques du grand opéra tel qu'il a été développé à Paris autour de 1830 est constituée par la présence d'un grand ballet placé au début du troisième acte. Cette exigence n'était pas liée à des considérations esthétiques mais à la satisfaction de la demande des aristocratiques et richissimes mécènes, plus intéressés par les danseuses que par l'opéra et qui ne voulaient pas voir leurs habitudes dînatoires perturbées. Le ballet devenait donc un important élément du prestige social de l'opéraVoir Crosten, pp. 31-32.. Les compositeurs qui refusaient de se plier à cette tradition pouvaient en souffrir les conséquences comme Richard Wagner avec sa tentative de monter une révision de Tannhäuser sous la forme d'un grand opéra à Paris en 1861, qui dut être retiré de l'affiche après trois représentations, en partie parce que le ballet se trouvait au premier acte. Auber a composé un ballet destiné à être intercalé au troisième acte de Don Giovanni de Mozart.
En France Les débuts (1828-1829) Les grands opéras créés à Paris,à l'opéra Le Peletier200px|L'Opéra Le Peletier (1821-1873) en 1821
Les débuts (1828-1829) La Muette de Portici, Auber, (1828) Guillaume Tell, Rossini, (1829) L'âge d'or (1830-1850) Robert le diable, Meyerbeer, (1831) Ali Baba, Cherubini, (1833) Gustave III, Auber, (1833) La Juive, Halévy, (1835) Les Huguenots, Meyerbeer, (1836) Guido et Ginevra, Halévy, (1838) Le Lac des fées, Auber, (1839) La Favorite, Donizetti, (1840) Les Martyrs, Donizetti, (1840) La Reine de Chypre, Halévy, (1841) Charles VI, Halévy, (1843) Dom Sébastien, roi de Portugal, Donizetti, (1843) Jérusalem, Verdi, (1847) Le Prophète, Meyerbeer, (1849) L'Enfant prodigue, Auber, (1850)
La première œuvre communément considérée comme un grand opéra est La Muette de Portici (1828) de Daniel-François-Esprit Auber. Cette histoire de révolution qui se déroule à Naples en 1647 et se termine sur une éruption du Vésuve dans lequel l'héroïne se précipite, incarnait le sensationnalisme musical et scénique qui allait devenir la marque de fabrique du grand opéra. Eugène Scribe, l'auteur du livret, occupait une place prépondérante dans le théâtre français depuis qu'il s'était spécialisé dans la transcription pour le mélodrame de sujets historiques adaptés au goût du public de l'époque. La Muette était son premier livret pour l'opéra ; il écrivit ou fut ensuite associé à l'écriture des livrets des grands opéras les plus célèbres. La réputation de La Muette s'accéléra encore après qu'elle fut devenue le symbole d'une véritable révolution, lors de sa représentation à Bruxelles en 1830.
Elle fut suivie en 1829 par Guillaume Tell, le chant du cygne de Gioachino Rossini. Toujours plein de ressources, Rossini, qui avait grandement contribué à la création d'un style d'opéra italien auquel était attaché le théâtre européen, sut reconnaître le potentiel offert par les nouvelles technologies, la taille plus importante des théâtres et des orchestres, l'instrumentation moderne, et prouva avec cette œuvre qu'il pouvait s'élever au niveau d'un grand opéra. Mais sa confortable situation financière et le changement de climat politique après la Révolution de Juillet l'incitèrent à abandonner la profession et ce fut sa dernière composition pour le public.
L'âge d'or (1830-1850) Après l'accession au trône de Louis-Philippe, le nouveau régime décida de privatiser l'Opéra jusque-là à la charge de l'État. Louis Véron, un homme d'affaires réputé pour ne rien connaître à la musique emporta le contrat. Or, il se montra rapidement avisé en investissant résolument dans la formule du grand opéra pour répondre au goût du public. Sa première production fut une œuvre de Meyerbeer prévue de longue date mais dont la première avait été différée pour cause de Révolution. Ce fut un choix heureux tant pour Véron que pour Meyerbeer – comme le notait Berlioz, Meyerbeer avait Hector Berlioz, tr. D. Cairns, Mémoires, Londres, 1969, p. 569. Son nouvel opéra, Robert le Diable, coïncidait parfaitement avec les sentiments libéraux des années 1830. Son puissant mélange de mélodrame, de spectaculaire, de lubricité (le ballet des fantômes des nonnes débauchées), d'arias et de chœurs dramatiques s'accordait tout à fait avec les nouveaux canons du goût dictés par la riche bourgeoisie. Le succès de Robert le Diable fut aussi spectaculaire que sa production.
Au cours des années qui suivirent, Véron produisit le Gustave III d'Auber (1833, livret de Scribe, qui l'adaptera plus tard pour Un ballo in maschera de Verdi) et La Juive de Jacques Fromental Halévy (1835, livret de Scribe également), et commanda un nouvel opéra à Meyerbeer, Les Huguenots (1836, livret de Scribe et Deschamps), dont le succès allait s'avérer le plus durable parmi tous les grands opéras au cours du .
Sa fortune faite à la tête de l'Opéra, Véron passa opportunément le relais à Henri Duponchel qui continua à appliquer cette heureuse recette avec des résultats financiers peut-être encore plus considérables. Entre 1838 et 1850, l'Opéra de Paris mit en scène de nombreux grands opéras dont les plus remarquables furent La Reine de Chypre (1841) et Charles VI (1843) d'Halévy, La Favorite et Les martyrs (1840) et Dom Sébastien, roi de Portugal (1843, livrets de Scribe) de Donizetti, ou Le Prophète (1849, Scribe encore) de Meyerbeer. 1847 vit la création du premier opéra de Giuseppe Verdi pour l'Opéra de Paris, Jérusalem, une adaptation dans le style du grand opéra de I Lombardi alla prima crociata.
Les années 1850 et 1860 vignette|gauche|C'est par le traitement qu'en fit Giuseppe Verdi dans Les Vêpres siciliennes que le grand opéra vit son développement le plus significatif. Illustrées ici par Francesco Hayez
Le développement le plus significatif du grand opéra après 1850 se trouve dans le traitement qu'en fit Giuseppe Verdi dans Les Vêpres siciliennes (1855), par ailleurs beaucoup plus souvent joué, dans sa version en italien, dans la péninsule et dans les autres maisons d'opéra, qu'en France. Le goût pour le luxe et l'extravagance dans le théâtre français commença à décliner après la Révolution française de 1848 et les nouvelles productions se révélèrent commercialement moins viables que les précédentes. Le populaire Faust (1859) de Charles Gounod débuta comme opéra comique et ne devint un grand opera qu'après sa réécriture de 1860. Les Troyens d'Hector Berlioz (composé entre 1856 et 1858 et révisé ensuite), ne fut représenté dans sa totalité que pratiquement un siècle après la mort de Berlioz mais l'esprit de cette œuvre était déjà très éloigné du goût bourgeois pour le grand opéra des années 1830-1840.
Dans les années 1860, le goût pour le grand style était de retour avec La Reine de Saba de Charles Gounod. Elle fut cependant rarement donnée en entier (le grand aria pour ténor fut immortalisé sur cylindre par Enrico Caruso). Le grand Meyerbeer mourut le . Son Africaine fut donc représentée à titre posthume en 1865. Giuseppe Verdi revint à Paris pour ce que beaucoup considèrent toujours comme le plus important des grands opéras français, l'immortel Don Carlos (1867). Le Roi de Lahore de Jules Massenet est estimé par Grove comme Grove, Opera. Ambroise Thomas donna ce style à son Hamlet en 1868, et finalement, pour conclure la décennie, le Faust revisité était représenté à l'Opéra de Paris dans sa forme grand opéra. Gounod a ajouté un ballet et des morceaux à Roméo et Juliette originairement créé à l'opéra-comique en 1867 et qui intégra sous cette nouvelle forme l'opéra de Paris en 1888. Il ne faut néanmoins pas oublier les dernières grandes productions de Fromental Halévy que sont Le Juif errant (1852) et La Magicienne (1858) à qui Berlioz avait hâtivement prédit une gloire comparable au Don Giovanni de Mozart. Dans La Reine de Chypre, Halévy avait évoqué la famille de Lusignan. Dans La Magicienne, il évoque la fée Mélusine que la légende présente comme la fondatrice de la maison des Lusignan. Pour l'anecdote, mentionnons qu'Adolphe Adam s'est aussi essayé au Grand Opéra avec Richard en Palestine et Le Fanal.
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