La traviata est un opéra en trois actes de Giuseppe Verdi créé le à La Fenice de Venise sur un livret de Francesco Maria Piave d'après le roman La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas (fils) (1848) et son adaptation théâtrale (1852).

Victime d'une distribution défaillante, l'œuvre s'est heurtée, lors de sa création, à l'incompréhension du public, dérouté par un drame romantique au caractère intimiste, privé de la distance héroïque traditionnelle et servi par un réalisme musical inaccoutumé. Mais, reconnue à sa juste valeur dès les représentations suivantes, La traviata est devenue au l'une des œuvres les plus jouées dans les opéras dans le monde. L'œuvre de Verdi a bénéficié du talent d'interprètes exceptionnels comme Maria Callas et Renata Scotto qui savaient allier prouesses vocales et qualités dramatiques, ou comme plus récemment Anna Netrebko, Pretty Yende ou Lisette Oropesa.

Œuvre parmi les plus célèbres du répertoire, elle fait partie, avec Rigoletto (1851) et Il trovatore (1853), de la « trilogie populaire » qui a conféré à Verdi, de son vivant, une gloire internationale incontestée.

Genèse Au cours de leur séjour parisien de à , Verdi et Giuseppina Strepponi assistent à une représentation de La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils, adaptation de son roman, créée le au théâtre du Vaudeville. Selon les propos de Maria Filomena Verdi, la fille adoptive du compositeur, rapportés par ses descendants, le maestro aurait entrepris la composition du futur opéra dès ce moment, alors qu'il ne disposait pas encore du livret. Toutefois, il connaissait vraisemblablement le roman à l'origine de la pièce malmenée par la censure parisienne.

Antonio Gallo, impresario du Teatro San Benedetto et ami de Verdi, avait demandé dès au compositeur une nouvelle œuvre pour VeniseLettre de Verdi à Gallo dans .. En c'est au tour de Carlo Marzari, secrétaire de la Fenice, d'approcher Verdi, lequel s'engage à écrire un opéra destiné à la saison de carnaval 1853. Un contrat est signé au printemps avec Guglielmo Brenna représentant La Fenice, prévoyant un cachet de lires autrichiennes (6900 francs-or). Le sujet n'en est pas encore défini. Francesco Maria Piave travaille pourtant sur un livret, dont nous ne savons rien, jusqu'en , lorsque le musicien décide brusquement d'adapter La Dame aux camélias que vient de lui faire parvenir l'éditeur parisien Marie Escudier.

L'ébauche du scénario, bouclée en cinq jours, est envoyée à Venise, alors que Verdi travaille encore à la composition d’Il trovatore. Le futur opéra porte alors le titre d’. Dans une lettre adressée en à son ami napolitain Cesare de Sanctis, Verdi explique : Or, au grand mécontentement de Verdi, l'administration de la Fenice transpose prudemment l'action, située à l'origine à une époque contemporaine, au début du , soit cent cinquante ans en arrière, ce qui lui permet de faire accepter le sujet par la censure.

Création vignette|gauche|Fanny Salvini-Donatelli, créatrice du rôle de Violetta à la Fenice. Pendant tout ce temps, des négociations sans fin au sujet de la distribution se déroulent entre le compositeur, depuis sa villa de Sant'Agata qu'il a regagnée après l'intermède parisien, et le théâtre vénitien, Piave faisant d'incessants allers et retours pour travailler avec Verdi et servir d'intermédiaire. Verdi s'est réservé par contrat le droit de décider après les débuts de la prima donna nouvellement engagée dans la troupe de La Fenice, Fanny Salvini-Donatelli, si celle-ci pourrait ou non chanter le premier rôle. Bien qu'elle se soit plutôt montrée à la hauteur lors de la représentation d'ouverture de la saison, Verdi, prévenu contre la soprano, informe le théâtre de la nécessité de la remplacer. Il veut , . Il aligne des noms, indécis, et, rattrapé par l'échéance contractuelle après laquelle il ne peut plus exiger de changement dans la distribution, baisse les bras en déclarant être sûr d'un fiasco, Carlo Marzari ayant mais . L'œuvre est mise en répétition sous la direction de Piave et Verdi arrive à Venise le pour en réaliser, en quinze jours, l'orchestration et diriger les dernières répétitions. Lors de la générale, il se fait inutilement acerbe : il est trop tard.

La première est donnée le , dans des décors et des costumes du , avec une distribution qui n'est pas celle souhaitée par Verdi et des interprètes déroutés par le réalisme si peu conventionnel de l'œuvre. Malgré son physique et son âge inadaptés au rôle et en dépit de son manque de sens dramatique (elle chante ses airs à l'avant-scène, sans mise en situation), seule la soprano est à la hauteur de la musique de Verdi, le baryton Felice Varesi se plaignant de n'avoir rien à chanter en comparaison de ce que Verdi avait écrit pour lui dans Macbeth ou Rigoletto.

Interprètes de la création Violetta Valéry (soprano) : Fanny Salvini-Donatelli (prima donna, soprano) Flora Bervoix, son amie (mezzo-soprano) : Speranza Giuseppini (comprimaria, mezzosoprano) Annina, camériste de Violetta (soprano) : Carlotta Berini (seconda donna, soprano) Alfredo Germont (ténor) : Lodovico Graziani (primo tenore) Giorgio Germont, son père (baryton) : Felice Varesi (primo baritono) Gastone, vicomte de Letorières (ténor) : Angelo Zuliani (tenore comprimario) Le baron Douphol, protecteur de Violetta (baryton) : Francesco Dragone (baritono comprimario) Le marquis d’Obigny, ami de Flora (basse) : Arnaldo Silvestri (secondo basso) Le docteur Grenvil (basse) : Andrea Bellini (basso profondo) Giuseppe, serviteur de Violetta (ténor) : Giuseppe Borsato (secondo tenore) Un domestique de Flora (basse) : Giuseppe Tona (corifeo basso) Un commissionnaire (basse) : Antonio Manzini (corifeo basso) Amis de Violetta et Flora, matadors, picadors, tsiganes, serviteurs et masques (chœurs) Orchestre et chœurs du Teatro La Fenice de Venise Maestro al cembalo : Giuseppe Verdi Premier violon et directeur d’orchestre : Gaetano Mares Décors : Giuseppe Bertoja

Réception écrit Pascale Saint-André.

Pourtant, la prima donna n'en est pas entièrement responsable, du moins vocalement. Elle est même acclamée dans le premier acte, tout comme la direction de l'orchestre par le chef Gaetano Mares vaut à Verdi un rappel après le prélude. Ce ne sont pas non plus la voix enrouée de Lodovico Graziani ou la fatigue d'un Felice Varesi en fin de carrière et ne comprenant pas son rôle qui provoquent les réactions les plus négatives du public, mais l'inadéquation de la morphologie de Fanny Salvini-Donatelli au frêle personnage de Violetta mourante : un physique trop bien en chair rend la situation ridicule. Dès le deuxième acte, le public rit.

La critique locale, quant à elle, soutient la soprano et n'accable ni la modernité du sujet ni la musique de Verdi, imputant l'incompréhension manifestée par le public face à ce sujet non conventionnel et à son traitement inhabituel à la défaillance du reste de la distribution. Le critique le plus implacable se trouve finalement être Verdi lui-même qui répand le leitmotiv de ce fiasco annoncé dans toute sa correspondanceVoir à ce sujet les lettres de Verdi dans ).

Ce fiasco claironné par Verdi jusque dans la Gazzetta musicale di Milano, empoisonnant la réputation de ses interprètes, n'empêche pas La traviata de se maintenir à l'affiche durant neuf représentations auxquelles le public finit par réserver un accueil honorable et qui rapportent à un Verdi, d'une parfaite mauvaise foi, des bénéfices bien plus substantiels que ceux procurés par ses autres œuvres. Cette fureur, qu'elle soit feinte ou réelle, spontanée ou stratégique, a un objectif : interdire toute production dont il ne posséderait pas la totale maîtrise.

Carrière de l'œuvre Ce n'est qu'à force d'amicale insistance que Piave et Gallo parviennent au bout d'une année à convaincre le maestro de remonter l'opéra au Teatro San Benedetto. Tenant compte finalement des objections de la critique précédente, et des remarques de Felice Varesi qui avait répondu pied à pied à cette attaque en règle, Verdi révise cinq numéros du second acte avec l'aide d'Emanuele Muzio qui se charge d'en faire parvenir la nouvelle édition à Tito Ricordi. De nouveau à Paris pour travailler dès le mois d' avec Eugène Scribe à la préparation des Vêpres siciliennes pour l'Opéra, il confie la direction et la mise en scène de la nouvelle production de La traviata à Piave. La distribution emporte cette fois l'assentiment du compositeur.

Le La traviata triomphe au Teatro San Benedetto de Venise dans la distribution suivante : Violetta : Maria Spezia ; Alfredo : Francesco Landi ; Germont : Filippo Coletti ; Chef d'orchestre : Carlo Ercole Bosoni.

Tito Ricordi écrit à Verdi :

Son ami Cesare Vigna, médecin aliéniste, grand mélomane et critique musical qui avait bien analysé les raisons de l'incompréhension de l'œuvre l'année précédente renchérit : Mais la plus belle récompense pour Verdi se trouve dans cet article de la Gazetta privilegiata di Venezia titré « Une réparation » sous la plume de Tommaso Locatello qui avait défendu la soprano lors de l'édition de La Fenice :

La série de représentations du Teatro San Benedetto est aussitôt suivie de créations sur toutes les scènes italiennes et internationales. Dès lors, commence pour l'opéra une carrière innombrable. Ce n'est qu'en 1906, cinq ans après la disparition de Verdi, que l'opéra sera pour la première fois représenté dans les décors et les costumes 1850 voulus par le compositeur l'action étant toujours jusque-là située en 1700, comme indiqué sur le livretCf. programme de la Fenice en ligne..

Le site OperaGlass classe La traviata au huitième rang des opéras les plus représentés dans le monde.. L'Avant-scène opéra donne par exemple les chiffres de 445 représentations à l'Opéra-Comique entre 1886, année de la première et 1977, année de la dernière représentation et de 335 représentations au Palais Garnier entre 1926 et 1970..

Quelques interprètes historiques de Violetta

vignette|upright=1.2|La traviata mise en scène par Jean-Pierre Ponnelle en 1980 à l'opéra national du Rhin avec Catherine Malfitano (Violetta). L'opéra reposant essentiellement sur la soprano, les prises de rôle sont très attendues, dont certaines sont entrées dans l'histoire de l'opéra. Celle de Maria Callas, le à la Scala de Milan sous la direction de Carlo Maria Giulini et dans la mise en scène de Luchino Visconti, reste à ce titre la plus emblématique. (Alexandra David-Néel a interprété Violetta à l'opéra de Hanoi en 1895-1897)

Parmi les Violetta de renommée internationale, on peut citer :

Fanny Salvini-Donatelli : Violetta de la création (1853) Maria Spezia : Violetta de la reprise (1854) Rosina Penco : créatrice du rôle au Théâtre-Italien (1856) Anna de La Grange : créatrice du rôle à New York (Academy of Music, 1856) Sofia Vera-Lorini : créatrice du rôle à Buenos Aires (1856) Mariana Piccolomini : créatrice du rôle au Her Majesty's Theatre (1856), reprise au Théâtre-Italien (1858) Angiolina Bosio : créatrice du rôle au Covent Garden (1858) Désirée Artôt : créatrice du rôle à La Monnaie (1858), reprise à Covent Garden (1864) Wieser : créatrice du rôle à la Scala (1859) Adelina Patti : Covent Garden (1861), Théâtre-Italien (1864), La Fenice (1877), Metropolitan Opera (1892) Christine Nilsson : créatrice du rôle au Théâtre-Lyrique (1864), reprise à Covent Garden (1869) Caroline Salla : créatrice du rôle à l'Opéra-Comique (1886) Marcella Sembrich : créatrice du rôle au Metropolitan Opera (1886) Lillian Nordica : Covent Garden (1887) Nellie Melba : Metropolitan Opera (1896), Covent Garden (1902) Rosina Storchio : La Fenice (1908), Teatro Colón (1910) Geraldine Farrar : Metropolitan Opera (1908) Luisa Tetrazzini : débuts à Covent Garden (1908), Metropolitan Opera (1912) Claudia Muzio : Teatro Colón (1920), créatrice du rôle au San Francisco Opera (1924), reprise à la Fenice sous la direction d'Arturo Toscanini (1926) Amelita Galli-Curci : Metropolitan Opera (1921)