Eugène Ysaÿe (), né le à Liège et mort le à Forest (Bruxelles), est un violoniste, compositeur, organisateur de concerts, pédagogue et chef d'orchestre belge.

Biographie

Eugène Auguste Ysaÿe naît à Liège le dans une famille modeste au 233 rue Sainte-Marguerite et est baptisé le lendemain dans l'église du même nom. Son grand-père Georges (1787-1851) est cloutier et violoniste amateur. Son père Nicolas (né le à Ans — décédé le à Arlon) est violoniste, pianiste, chef d'orchestre et compositeur. Sa sœur aînée Marie (1851-1929) est chanteuse légère ; son frère aîné Joseph (1855-1922) est violoncelliste, compositeur et directeur de l'Académie de musique d'Arlon ; son frère puîné, Théophile dit Théo (1865-1918) est pianiste et compositeur.

Eugène commence ses études de violon à l’âge de quatre ans avec son père, qui devient en 1864 chef d'orchestre au Pavillon de Flore. En , il entre au Conservatoire de Liège, dans la classe de (1831-1898), qu'il quitte après avoir obtenu un second prix en 1867. Il perd sa mère, Marie-Thérèse Sottiau (1831-1868), le , alors qu'il a tout juste dix ans. Selon la légende familiale, Henri Vieuxtemps passe dans la rue et l'entend jouer ; il aurait pris alors le garçon en charge, pour qu'il réintègre le conservatoire dans la classe de Rodolphe Massart (1840-1914). À l'âge de quinze ans, il obtient son premier prix dans l'institution. Après avoir étudié en privé à Bruxelles avec Henryk Wieniawski (qui avait remplacé au Conservatoire de Bruxelles Vieuxtemps, devenu paralysé d'un bras), il reçoit une bourse pour se perfectionner dès avec Vieuxtemps à Paris, ville qui devient son port d'attache jusqu'en 1879 et dans laquelle il rencontre, lors des soirées musicales organisées par son maître, de nombreux musiciens dont Anton Rubinstein.

Au printemps 1879, il joue en privé à Francfort avec Clara Schumann, puis devient dès septembre premier violon dans l'orchestre du Konzerthaus de Benjamin Bilse, à Berlin, orchestre dont sera issu, plus tard, l'Orchestre philharmonique de Berlin. Dans cette ville, il rencontre le violoniste allemand Joseph Joachim, qu'il impressionne en jouant la Fantasia appassionata de Vieuxtemps. Après avoir renoncé à son poste berlinois en , il entame sa première tournée en Norvège en et y fait la connaissance d'Edvard Grieg. Il se rend ensuite à Zurich en juillet de la même année pour participer au festival de musique organisé par Franz Liszt. Il commence sa première tournée en Russie, qui dure quatre mois, en et y retrouve Anton Rubinstein. Il se réinstalle à Paris au début 1884 et fréquente le cercle des admirateurs de son compatriote liégeois César Franck qui lui dédie, à l'occasion de son mariage avec Louise Bourdau (1868-1924) le à Arlon, sa célèbre sonate pour violon et piano.

Il pratiqua la musique de chambre avec Hugo Becker et Ferruccio Busoni. Ensemble ils constituèrent un trio avec piano.

L'élève de Franck, Ernest Chausson, lui dédie quant à lui son Poème pour violon et orchestre et son Concert pour violon, piano et quatuor à cordes. D’autres musiciens célèbres lui dédient aussi de nombreuses œuvres, Claude Debussy son quatuor, Camille Saint-Saëns son quatuor opus 112, Gabriel Fauré son premier quintette, et de nombreux compositeurs belges (Joseph Jongen, Guillaume Lekeu, François Rasse, Victor Vreuls, etc.). Au cours de ses voyages, il attire beaucoup l’attention avec, entre autres, son interprétation du Poème de Chausson qu'il impose dans ses programmes, allant même jusqu'à refuser de jouer si les organisateurs n'incluent pas l'œuvre.

En 1889, il crée le Quatuor Ysaÿe, avec Mathieu Crickboom au second violon, tandis que le se déroule, au Cirque Royal à Bruxelles, la première séance des Concerts Ysaÿe, société de concerts qu'il met sur pied en la dotant d'un orchestre. Sa première tournée aux États-Unis débute en au Carnegie Hall de New York. De 1886 à 1898, il est professeur au Conservatoire royal de Bruxelles. Il enseigne en privé, dans sa maison bruxelloise située au 48 de l'avenue Brugmann où deux plaques rappellent que c'est son dernier domicile, ainsi que dans ses villégiatures de Godinne puis du Zoute. Sa réputation de pédagogue s'amplifie et les violonistes accourent du monde entier pour recueillir ses conseils. Parmi eux, Mathieu Crickboom, Alfred Marchot, Nicolas Laoureux, Alfred Dubois, Irma SètheCfr. A. Ysaÿe, Eugène Ysaÿe, Sa vie - Son œuvre - Son influence, pp. 449-451, Gabriel BouillonIbid., p. 500, l'Australienne Joyce Brown, , , Josef Gingold, William Primrose, Louis Persinger, , Ibid. p. 137, Ibid., passim, Nathan Milstein, .

De 1918 à 1922, Ysaÿe accepte le poste de chef permanent de l'orchestre symphonique de Cincinnati tout en enseignant au conservatoire de la ville.

vignette|upright|Résidence d'Eugène Ysaÿe à Godinne où il habita de 1902 à 1911.

Ses instruments personnels sont d'abord un Guadagnini puis, dès 1894, un Guarnerius del Gesù de 1740 (qui fut ensuite la propriété d'Isaac Stern). Le Stradivarius, lHercule, qu'il acquiert après avoir fait fortune aux États-Unis en 1895, lui fut volé au cours d'un concert à Saint-Pétersbourg en .

vignette|upright|Sépulture d'Eugène YsaÿeL'inscription se lit : "Monument érigé par le Comité national belge de la Société des auteurs compositeurs et éditeurs de musique.

Nommé « Maître de chapelle de la Cour de Belgique » par le roi de Belgique en 1912., il devint très tôt le conseiller musical de la Reine Élisabeth de Belgique et le concours créé par celle-ci, qui portait d’abord le nom de « Concours Ysaÿe », fut appelé en 1951 : Concours musical international Reine-Élisabeth-de-Belgique (CMIREB).

Chapelle musicale Reine Élisabeth : son origine est liée à deux fortes personnalités : la reine Élisabeth, élève d'Ysaÿe et soucieuse d'aider les jeunes talents et Eugène Ysaÿe, un des plus grands violonistes et compositeurs de son époque.

Peu avant sa mort, il put encore entendre, de son lit d'hôpital, la retransmission en direct de la création de sa dernière œuvre, un opéra en langue wallonne : Piére li houyeû. Il put même, grâce à un duplex avant-gardiste (1931) organisé par la Reine Élisabeth, s'adresser directement au public du Théâtre royal de Liège, tandis que son portrait était projeté sur un grand écran.

Eugène Ysaÿe a été choisi comme un des « Cent Wallons du siècle », par l'Institut Jules Destrée, en 1995.

Il est inhumé au cimetière d'Ixelles.

Famille thumb | gauche | Nicolas Ysaÿe entouré de ses fils Joseph, Théo et Eugène. Joseph Ysaÿe, né à Liège le et décédé à Arlon le , frère aîné d'Eugène, est un violoncelliste, chef d'orchestre, compositeur, professeur puis directeur de l'Académie de musique d'Arlon. Théo Ysaÿe (né en 1865 à Verviers — décédé le à Nice), frère d'Eugène, pianiste et compositeur, a fait ses études musicales aux conservatoires de Liège, de Berlin et de Paris. Il fut pendant quelque temps l'accompagnateur de son frère mais, de santé fragile, il ne pouvait pas suivre le rythme des tournées de concerts et s'est consacré à la composition. Il était professeur au conservatoire de Genève et nous a laissé un grand nombre de compositions peu éditées. Antoine Ysaÿe, un de ses fils (1894-1979) : biographe de son père ; organisateur des Concerts Ysaÿe — Conseiller technique à la SABAM — Président de la Fondation Ysaÿe. Serge Ysaÿe (né en 1919, décédé en 2007 à Bruxelles), docteur en médecine, petit-fils d'Eugène Ysaÿe, fils aîné d'Antoine Ysaÿe. Jacques Ysaÿe (né le à Ixelles - mort le à Uccle), chef d'orchestre à la télévision belge sous le nom de Jack Say, est le petit-fils d'Eugène. Compositeur, il remporta la « Gondole d'or » de Venise avec son Caprice Jazz pour violon et grand orchestre. Il a orchestré le Concerto pour violon et orchestre à cordes de son grand-père, et Paganini Variations, notamment. Michel Ysaÿe (né le à Uccle - mort le à La Louvière), est le troisième petit-fils d'Eugène Ysaÿe. Il s'est attelé à perpétuer la mémoire de son grand-père par l'intermédiaire des réseaux sociaux et en réunissant des documents iconographiques et autres concernant Eugène Ysaÿe dans le but de les mettre à la disposition du public. Marc Ysaÿe (né le à Ixelles), batteur du groupe rock Machiavel et directeur des programmes de Classic 21, une des radios de la RTBF, est le fils de Serge, le petit-fils d'Antoine et l'arrière-petit-fils d'Eugène. Christian Ysaÿe, né en à Ixelles., fils de Jacques, a été chanteur-enfant sous le nom de Kiki, puis batteur dans le groupe Blue Rock... Delphine Ysaÿe alias « Delphine Pointbarre », fille de Marc Ysaÿe et arrière-arrière-petite-fille d'Eugène, est comédienne ainsi qu'animatrice radio et télé.

Œuvres vignette|upright|Buste d'Eugène Ysaÿe au boulevard Piercot à LiègeClassification selon le Catalogue des œuvres publié par Marie Cornaz (2019)Marie Cornaz, "Catalogue des œuvres", dans À la redécouverte d'Eugène Ysaÿe, Turnhout, Brepols, 2019, pp. 278-299..

Violon solo

YA1 : Étude ; composée en 1886. YA2 - YA7 : Six sonates pour violon seul, opus 27, composées en 1923-1924 et dédiées à six violonistes différents : Sonate en sol mineur : Joseph Szigeti Sonate en la mineur : Jacques Thibaud Sonate en ré mineur : Georges Enesco Sonate en mi mineur : Fritz Kreisler Sonate en sol majeur : Mathieu Crickboom Sonate en mi majeur : Manuel Quiroga ; à noter qu'Ysaÿe avait d'abord composé une version en do majeur redécouverte par Philippe Graffin. YA8 : 10 Préludes. YA9 : Exercices et gammes. Violoncelle solo

YB1 : Sonate en do mineur, opus 28 ; dédiée au violoncelliste Maurice Dambois.

Violon et piano

YC1 : Première polonaise en mi mineur ; composée en 1881. YC2 : Légende norvégienne en sol mineur ; composée en 1882 et dédiée à Alexander Bull ; redécouverte en par la section de la musique de la Bibliothèque royale de Belgique., cette pièce est recréée dans cette institution le par le violoniste Marc Bouchkov et le pianiste Georgiy Dubko et est ensuite enregistrée par les mêmes musiciensCD Harmonia mundi HMN 916106 (Harmonia nova 2), Marc Bouchkov, violin, Georgiy Dubko, piano, 2017.. YC3 : Grande valse de concert en mi bémol majeur ; composée en 1882 et dédiée à César Thomson. YC4 : Mazurka de concert en sol mineur ; composée en 1882 et dédiée à Arthur Guidé. YC5 - YC6 : Deux mazurkas de salon (Dans le lointain en sol majeur - mazurka en la mineur) dédiées à Simon Weinberg. YC7 : Polonaise brillante en ré majeur ; dédiée à Henryk Wieniawski. YC8 - YC11 : Scènes sentimentales ( en ré bémol majeur ; Scène en sol majeur ; Scène (seul !) en la majeur ; Sérénité) ; composées en 1885. YC12 : Lointain passé (mazurka ) en si mineur, opus 11 ; dédié à Alfred Marchot. YC13 - YC16 : 4 Études-Poèmes (la majeur ; mi bémol mineur, dédiée en 1914 à Alexandre Birnbaum ; sol mineur, dédiée en 1914 à Louis Siegel ; sol mineur, dédiée en 1914 à Laurent Angenot et orchestrée sous le titre Petit poème romantique pour Gabriel Ysaÿe en 1920) ; composées en 1900-1901. YC17 : Scène au rouet en si mineur ; dédiée à son épouse Louise Bourdau.

Deux violons

YD1 : Sonate en la mineur ; achevée en et dédiée à la Reine Élisabeth de Belgique qui était son élève.

Trios à cordes

YE1 : Trio pour deux violons et alto en la mineur ; une première version est esquissée fin 1914 pour être ensuite transformée en une mouture pour deux violons (YD1) en ; à la suite des difficultés techniques de la Sonate, Ysaÿe reprend ses ébauches pour achever en 1916 un trio en trois mouvements, qu'il retravaille en un mouvement en 1925. YE2 : Premier trio de concert pour violon, alto et violoncelle en fa dièse mineur ; composé en 1927 et dédié à Léon Van Hout, il sera créé en 1964 au château de Chimay, raison pour laquelle il est baptisé « Le Chimay ». YE3 : Deuxième trio pour violon, alto et violoncelle en sol mineur; composé en 1927 et dédié à Émile Férir.

Quintette à cordes

YF1 : Quintette pour deux violons, deux altos et violoncelle en si mineur ; dédié à Théo Ysaÿe.

Orchestre