L'Opéra national de Paris, ou simplement Opéra de Paris dans sa forme courte, est la compagnie française d'opéra et de ballet ayant succédé à celles réunies dès 1669 au sein de l'Académie royale de musique.

L'Opéra a produit des œuvres lyriques dans les différentes salles qu'il a occupées au cours de son histoire, ainsi que des ballets, dansés par les membres de sa compagnie de ballet, accompagnés par les musiciens de son orchestre symphonique. Les œuvres lyriques étaient autrefois chantées par des artistes lyriques attachés de façon permanente à la compagnie, mais qui sont désormais invités.

Depuis la fin du , l'activité de l'Opéra de Paris s'organise entre les deux salles de l'opéra Garnier (inauguré en 1875) et de l'opéra Bastille (inauguré en 1989). Dans le langage courant, le terme « opéra de Paris » désigne souvent le palais Garnier au sens architectural du terme. Entre 1939 et 1990, la compagnie était unie à l'Opéra-Comique (salle Favart) sous l'appellation de Réunion des théâtres lyriques nationaux.

La compagnie a le statut d'établissement public français à caractère industriel et commercial (EPIC) placé sous la tutelle du ministère français de la CultureYann Gaillard, « Quatre établissements culturels et leurs tutelles », rapport d'information (2006-2007) fait au nom de la commission des finances du Sénat, 12 juillet 2007.. Elle a pour mission de rendre accessible au plus grand nombre les œuvres du patrimoine lyrique et chorégraphique et de favoriser aussi la création et la représentation d'œuvres contemporaines. L'Opéra national de Paris contribue par ailleurs à la formation professionnelle et au perfectionnement des chanteurs et des danseurs, par son centre de formation d'art lyrique et par l'école de danse de Nanterre. Enfin, le secteur animation et jeune public de l'Opéra national de Paris élabore chaque saison un programme pédagogique.

Depuis 2021, l'Opéra national de Paris est dirigé par Alexander Neef. L'Opéra national de Paris est membre de la Réunion des opéras de France (ROF), de RESEO (Réseau européen pour la sensibilisation à l'opéra et à la danse) et d'Opera Europa.

En , l'Opéra annonce la nomination de Gustavo Dudamel comme prochain directeur musical, à compter du , pour un contrat initial de six saisons. En , Dudamel annonce sa démission de son poste de directeur musical de l'Opéra, à compter d'.

Historique

1669-1793 : l'Académie royale de musique

Les prémices de l'opéra à Paris 150px|thumb|gauche|Panneau Histoire de Paris « Théâtre National de l'Opéra de Paris ». Le , Mazarin fait représenter dans la salle du Petit-Bourbon face au palais du Louvre, pour le divertissement du jeune , La finta pazza de Francesco Sacrati. Précurseur de l'opéra-ballet, c'est le premier opéra donné à Paris. La salle est démolie le pour faire place à la colonnade du Louvre. La salle des Machines qui lui fait suite est installée au Palais des Tuileries et inaugurée le avec l'Ercole amante de Francesco Cavalli, commandé par Mazarin pour le mariage de Louis XIV mais dont la représentation est retardée. En dehors de la création le de la tragédie-ballet Psyché de Jean-Baptiste Lully et Philippe Quinault, elle n'est cependant plus utilisée.

L'Académie royale de danse L'Académie royale de danse est fondée à l'initiative de en 1661. Les treize « académistes » font partie de l'entourage du roi et de la cour. Ils sont, pour la plupart, à la fois danseurs et musiciens et ont pour mission de former des artistes de la danse et de codifier l'art chorégraphique.

La liberté et la considération dont jouissent les musiciens de la Chapelle royale, de l'Académie royale de danse puis de l'Académie de l'opéra en musique et en vers français, et plus tard de l'Académie royale de musique occasionne un violent conflit avec les membres de la Ménestrandise. Guillaume Dumanoir, qui en est le directeur, s'oppose à la création de l'Académie de danse. Sa plainte provoque une riposte de la part des académiciens démontrant que la danse n'a pas besoin d'instruments de musique. La confrérie des musiciens de Saint-Julien publie alors contre les « prétendus Académiciens » un virulent libelle titré Le mariage de la musique avec la dance, contenant la réponce au livre des treize prétendus Académistes, touchant ces deux arts et signé « Dumanoir, joueur de violon du cabinet de sa Majesté, l'un des vingt-cinq de sa grand'Bande, et pourvu aussi de l'Office de Roy des Joueurs d'instrumens et des Maîtres à dancer de France ».

Dix ans plus tard, les maîtres de danse de l'académie s'abstiennent toujours de présenter leurs lettres de créances. , nouveau directeur de la Ménestrandise, tente de les obliger à payer les taxes d'inscription à la corporation. Cela concerne leurs activités en dehors de l'Académie royale de musique comme les bals, les mariages et les concerts. Un décret du conseil royal donne tort à Guillaume Dumanoir et retire à la Ménestrandise son monopole sur les activités des musiciens. Forts de ce décret, le , les maîtres de danse obtiennent le monopole de leur enseignement et peuvent exercer sans être inscrits à la corporation. Après dix ans de contentieux, Dumanoir obtient, le , la possibilité pour les membres de la Ménestrandise, en concurrence avec les membres de l'Académie, de recevoir le titre de maestro et de donner des leçons de danse. La « Déclaration du Roy, portant Règlement pour les Fonctions des Jurez Syndics en titre d'Office de la Communauté des maîtres à danser, et joüeurs d'Instrumens tant hauts que bas, hautbois de la Ville et Faubourgs de Paris » stipule, afin de mettre fin aux plaintes, que personne ne pourrait danser ou tenir spectacle sans être en possession du titre reconnu de maître, à l'exception des treize membres de l'Académie royale de danse qui pourraient ainsi continuer à exercer leur art en complète liberté.

Bien que l'objet de l'Académie soit de réfléchir, d'analyser et de normaliser en matière de danse, aucun document relatif à son activité ni à cette théorisation n'est parvenu jusqu'à nous. Le profil de l'Académie se modifie progressivement et ses membres se consacrent essentiellement à la formation des danseurs de la plus ancienne compagnie de danse académique classique qui deviendra le ballet de l'Opéra national de Paris. La compagnie est intégrée en 1669 à la nouvelle Académie royale de musique. L'école de danse de l'Académie royale de musique, qui donnera naissance à l'école de danse de l'Opéra national de Paris, est créée en 1713 « pour parvenir à élever des sujets propres à remplir les emplois qui manqueront ». Au départ, une troupe nombreuse, exclusivement masculine jusqu'en 1681, danse dans les divertissements et les intermèdes d'opéras. Puis le ballet d'action, qui fleurissait déjà sur d'autres scènes françaises, s'impose. Peu à peu, le recrutement de ses membres se fait davantage dans les rangs du ballet de l'Opéra que dans l'entourage royal et l'Académie de danse disparaît effectivement au début des années 1780.

L'Académie d'opéra

L'Académie d'opéra chargée de diffuser l'opéra français auprès du public, non seulement à Paris mais aussi dans d'autres villes du royaume, est fondée le à l'instigation de Jean-Baptiste Colbert. N'ayant comme seules ressources financières que les entrées des spectateurs (et non, comme pour la Comédie-Française ou le Théâtre-Italien, une « subvention » royale), l'Académie obtient le privilège de faire chanter en public des « opéras ou représentations en musique et en vers français », avec interdiction à quiconque d'en faire de même sans avoir obtenu l'autorisation des détenteurs. Le premier à bénéficier du privilège accordé par Lettres patentes du roi est le poète Pierre Perrin.

Pierre Perrin, a donc profité du privilège royal lui permettant pour « l'établissement des Académie d'Opéra ou Représentations en Musique en Vers françois, et dans les autres villes du Royaume »., pour 12 ans. Ainsi, Pierre Perrin était la seule personne autorisée à donner des représentations lyriques dans tout le royaume.

Pierre Perrin s'associe à Robert Cambert, à Alexandre de Rieux, marquis de Sourdéac, ainsi qu'à son acolyte Champéron afin de créer leur propre spectacle. Pour ce faire, ces derniers ont loué une salle, la salle du jeu de paume du Béquet, avec pour mission de la transformer à la date du .. Cependant, puisqu'ils n'avaient pas songé à l'autorisation des autorités de police, lorsque la première représentation privée de Pomone est donnée, toute représentation est interdite en cette salle par le lieutenant La Reynie.

Le , Pomone, considéré comme le premier opéra français, composé par Robert Cambert sur un livret de Pierre Perrin, est créé sous l'égide de l'Académie d'opéra dans la salle du Jeu de paume de la Bouteille. Cette représentation est un succès puisqu'au moins 146 représentations suivirent cette première. L'Académie d'opéra était cependant contrainte de vivre de ses propres recettes, sans bénéficier d'aide royale particulière.

L'Académie royale de musique

thumb|École française du début du XVIIIe siècle, Représentation de Bellérophon de Jean-Baptiste Lully à l'Académie royale de musique de Paris. vignette|Incendie de la première salle de l'Académie royale de musique au Palais-Royal le . vignette|Plaque commémorative du 202 rue Saint-Honoré, qui rappelle l'Académie royale de musique. vignette|Antoine Danchet, Hesione, tragédie représentée par l'Académie royale de musique, le vingt-uniéme jour de décembre 1700, Bibliothèque de la Sorbonne, NuBIS, cote MS 1200, pièce 35.

L'académie royale de musique est fondée en 1672.

Escroqué par ses deux associés et emprisonné pour dettes, Pierre Perrin est contraint de céder son privilège à Jean-Baptiste Lully en 1672, avec le succès que l'on sait. Lully et ses successeurs vont d'ailleurs négocier âprement la cession du privilège, pour tout ou partie, à des entrepreneurs de province : Pierre Gautier achète en 1684 l'autorisation d'ouvrir une académie de musique à Marseille, puis les villes de Lyon, Rouen, Lille et Bordeaux en font autant dans les années qui suivent, pendant la gestion de Francine.

Après la mort de Molière en 1673, Lully chasse la troupe du comédien occupant une des salles du Palais-Royal, appelée théâtre du Palais-Royal et y installe l'académie d'opéra. Lully fait transformer la salle par Carlo Vigarani qui l’aménage en s’inspirant des théâtres d'opéra italiens : trois rangs de loges, amphithéâtre incliné, améliorations de la machinerie. La première représentation dans cette salle a lieu le avec la tragédie lyrique Alceste ou le Triomphe d'Alcide de Lully.

A la mort de Lully, en 1687, son gendre Jean-Nicolas de Francine obtient le privilège mais est néanmoins obligé de s'endetter pour maintenir l'activité de l'opéra en dépit du soutien du roi. En 1698, le privilège est reconduit pour une durée de dix ans. En 1704, Francine vend son privilège à Pierre Guyenet, qui s'engage à honorer les dettes et les salaires en retard de la troupe... Guyenet essaie différentes initiatives pour gérer l'entreprise (abonnements, vente des oeuvres complètes de Lully) mais est ruiné au bout de quelques années.

Francine revient en 1715, à la suite des appels des créanciers de Guyenet, qui avaient hérité du privilège. Malgré le soutien du roi, l'opéra ne sera toujours pas rentable lorsqu'il cédera sa place à André Cardinal Destouches en 1728. Il ne restera à la tête de l'académie que jusqu'en 1730, devant céder la place à d'autres administrateursJean Gourret, Ces hommes qui ont fait l'Opéra, 1984, ..

Pour compléter les recettes de l'opéra, le Bal de l'Opéra est créé par une ordonnance royale en date du , sa première édition a lieu le . Il est organisé pendant le Carnaval de Paris et deviendra très prisé pendant plus de 120 années.

En 1728, l'attribue à des syndics et à la ville de Paris, mais l'institution reste royale.