Groix () est une île et une commune française du département du Morbihan en région Bretagne. Surnommée l'« île aux grenats », elle se trouve au large de la côte sud de la Bretagne, au nord-ouest de Belle-Île-en-Mer , à l'embouchure de la rade de Lorient et en face de Ploemeur. Elle constitue une commune (commune de l'Île de Groix), et, jusqu'à 2015, constituait aussi le canton de Groix (qui fait maintenant partie du canton de Lorient-2).
Elle est accessible par bateau au départ de Lorient, de Port-Louis et du port de Doëlan. Historiquement, elle fait partie du pays vannetais et du Kemenet-Héboé.
Géographie
Description Groix est située à au sud de la pointe du Talud, sur le continent. Longue de et large de (au maximum), elle se compose essentiellement d'un plateau de micaschiste d'une altitude moyenne de dans sa moitié ouest (l'altitude maximale est de au fort du Grognon, ainsi qu'au hameau de Créhal), s'abaissant régulièrement vers le sud-est jusqu'à une altitude d'environ à la pointe des Chats. L'île offre un paysage contrasté entre l'ouest caractérisé par de hautes falaises (Pen-Men) entaillées de vallons profondément encaissés, et l'est caractérisé par des falaises basses, des plages et un large platier rocheux (pointe des Chats, port de Locmaria)..
Le vallon de Kerlivio a été transformé en lac et réserve d'eau douce par la construction d'un barrage de retenue en amont de Port Melin..
Outre le bourg, en position relativement centrale (au centre-est) à l'intérieur de l'île, l'habitat est réparti traditionnellement en gros hameaux situés eux aussi pour la plupart à l'intérieur des terres en raison du littoral inhospitalier (Kerhoët, Kersauce, Kerloret, Kerlard, Kervédan, Quelhuit, etc.) à l'exception des ports (Port Tudy, Locmaria, Port Lay). Par contre un habitat plus récent, recherchant la vue sur mer, et constitué principalement de résidences secondaires, s'est développé, surtout entre Port Tudy et Port Mélite.
L'île est séparée du continent par un pertuis dénommé « Coureaux de Groix ». L'absence de plateforme littorale permet à la houle d'atteindre directement les falaises, qui sont souvent spectaculaires, avec de nombreuses grottes et entailles.
Géologie et minéralogie vignette|Plage de sable à grenats à Groix. Groix recèle des particularités géologiques d'un tel intérêt qu'une réserve naturelle géologique baptisée « François Le Bail » a été créée, en 1982, vaste de , sur ses côtes est et sud : Groix possède plus de soixante espèces minérales, dont le très rare glaucophane bleu, qui affleure ici à l'air libre, l'épidote et le grenat. Le glaucophane et l'épidote sont des minéraux formés il y a plusieurs centaines de millions d'années sous l'action du chevauchement de deux plaques terrestres primitives la Laurentia et le Gondwana ayant abouti à l'élévation de la chaîne hercynienne. Groix est principalement constitué de micaschistes (à grenat et glaucophane) teintés de rouge et de bleu par ses composants. L'île de Groix est surnommée « l'île aux grenats » en raison de leur abondance dans des dépôts sableux au pied des falaises constituées de roches métamorphiques du secteur oriental de l'île, dans le secteur de la pointe de la Croix (plage du Trech, plage des Sables Rouges, etc.)Louis Chauris, "Minéraux de Bretagne", Les éditions du Piat, 2014, []..
Plusieurs théories s'affrontent quant à la formation géologique de l'île. Les recherches sur la géologie de l'île de Groix sont en effet internationales et concurrentielles. . Une des théories, la plus admise, est la remontée d'un « bouchon » de croûte océanique allégée par une pollution sédimentaire (prisme d'accrétion) lors d'un phénomène de subduction/obduction au DévonienSchéma de la subduction.. Les basaltes de la croûte océanique sont métamorphisés en schistes verts ou en schistes bleus (composés de glaucophane, grenat, épidote et même ponctuellement d'omphacite), et les matériaux d'origine continentale en micaschistes et gneissLes sédiments argileux ou grauwackeux donnant des micaschistes et des gneiss, les niveaux riches en alumine donnant des micaschistes à chloritoïde et grenat, en carbone (quartzites graphitiques), interstratifiés avec des sédiments résultant de la désagrégation de roches basiques (basaltes) et ultra basiques (péridotites). Ce matériel basique correspond au fragment de l'ancien plancher océanique dont les produits de démantèlement par l'érosion se sont sédimentés en alternance avec des apports continentaux. .. Cette remontée suffisamment lente a permis au métamorphisme des roches (métamorphisme de haute-pression et basse-température) la formation de phénocristaux de grenats, de glaucophane et de micas blanc (muscovite) Notice explicative de la feuille Île de Groix à 1/25 000 par C. Audren, C. Triboulet, L. Chauris, J.P. Lefort, J.L. Vigneresse, J. Audrain, D. Thiéblemont, J. Goyallon, P. Jégouzo, P. Guennoc, C. Augris, A. Carn, Éditions du Service géologique national, 1993.. L'étude pétrologique des roches basiques (pauvres en silice) et sédimentaires métamorphisées, dans lesquelles les premières sont emballées, montre des conditions de pression et de température qui correspondent respectivement à (environ de profondeur) et pour la partie orientale de l'île (Figure 1 : depuis l'ouest de Stanverec sur la côte nord à Locqueltas sur la côte sud), (environ de profondeur) et pour la partie occidentale de l'île. Lors de l’exhumation, la transformation inverse peut s’effectuer si les bonnes conditions sont réuniesCette rétromorphose nécessite l'introduction d'eau en quantité abondante pendant le chemin rétrograde (système ouvert). Plusieurs origines sont possibles pour ce fluide : fluide métamorphique produit par la déshydratation d'une unité qui n'aurait pas subi la même histoire métamorphique ; fluide qui serait lié à la formation de granites syntectoniques et qui circule le long de grandes zones de cisaillement, comme la zone de cisaillement de Quiberon.. Ainsi, leur retour vers la surface s'est effectué sans augmentation de température (chemin isotherme) surtout dans la zone occidentale de l'île, où on observe une rétromorphose du faciès schiste bleu et amphibolite au faciès schiste vert..
L'île en elle-même (plus visible dans la partie sud) est une représentation verticale des matériaux par tranche de densité : léger à l'ouest (métamorphisme très remanié, présence de « boudins ») plus lourd à l'est (phénocristaux de grenats).
Les Grands Sables et les autres plages vignette|La plage convexe des Grands Sables. La plage principale de l'île offre plusieurs aspects intéressants : elle est convexe (phénomène qui serait unique en Europe selon l'historien local Thierry Goyet et les locaux..), elle se déplace très rapidement et elle est constituée de deux sables de couleurs différentes.
Sa forme convexe est due à deux courants marins, l'un venant du nord-ouest, l'autre du sud-ouest, qui longent l'île sur ses deux côtes nord et sud et qui drossent les sables à leur point de rencontre. Celui-ci évoluant selon la puissance relative d'un courant par rapport à l'autre, la plage se déplace. Ses allées et venues anciennes sont documentées. Depuis les tempêtes de 1987 et surtout depuis 1994, les Grands Sables se sont fortement déplacés vers le nord-ouest, passant même au nord de la pointe de la Croix. Son retour en arrière, à moins d'un renforcement du courant de nord-ouest, est improbable désormais.. Si elle progressait toujours vers l'ouest elle pourrait éventuellement ensabler Port Tudy.
Hydrographie
La commune est située dans le bassin Loire-Bretagne. Elle est drainée par divers petits cours d'eau..
Climat
Plusieurs études ont été menées afin de caractériser les types climatiques auxquels est exposé le territoire national. Les zonages obtenus diffèrent selon les méthodes utilisées, la nature et le nombre des paramètres pris en compte, le maillage territorial des données et la période de référence. En 2010, le climat de la commune était ainsi de type climat océanique franc, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) s'appuyant sur une méthode combinant données climatiques et facteurs de milieu (topographie, occupation des sols) et des données couvrant la période 1971-2000.. En 2020, le climat prédominant est classé Csb, selon la classification de Köppen-Geiger, pour la période 1988-2017, à savoir un climat tempéré à été frais et sec.. Par ailleurs Météo-France publie en 2020 une nouvelle typologie des climats de la France métropolitaine dans laquelle la commune est exposée à un climat océanique.. Parallèlement l'observatoire de l'environnement en Bretagne publie en 2020 un zonage climatique de la région Bretagne, s'appuyant sur des données de Météo-France de 2009. La commune est, selon ce zonage, dans la zone « Littoral doux », exposée à un climat venté avec des étés cléments.. Elle est en outre dans la zone H2a au titre de la réglementation environnementale 2020 des constructions neuves..
Pour la période 1971-2000, la température annuelle moyenne est de , avec une amplitude thermique annuelle de . Le cumul annuel moyen de précipitations est de , avec de précipitations en janvier et en juillet. Pour la période 1991-2020, la température moyenne annuelle observée sur la station météorologique de Météo-France la plus proche, sur la commune de Quéven à à vol d'oiseau., est de et le cumul annuel moyen de précipitations est de ... . Faune, flore et écologie Il y a sur l'île de Groix quelques couleuvres à collier et couleuvres vipérines. On observe également la présence de crapauds, , surnommés « gro » en norrois. Les lapins sont très nombreux, mais toutefois à cause de l'apparition d'une maladie jusqu'ici inconnue sur l'île. Les faisans sont aussi présents en grand nombre et observables toute l'année.
Les terrains des batteries du Grognon sont gérés par le Conservatoire du littoral.
Navigation vignette|Le Feu de la Croix. Les parages de Groix sont réputés dangereux comme l'atteste une version de la tétralogie d'Ouessant :
Pour les navires de guerre qui partent de Brest, le dicton devient plus optimiste :
Port Tudy et les autres ports de l'île
Groix a longtemps été une île sans port. Dubuisson-Aubenay écrit en 1636 : « L'île est partout environnée de rochers, sauf aux abords de Saint-Tudy et de Locmaria, où il y a une ouverture. (...) En ces deux endroits on pourrait aménager deux petits ports ».
Une première jetée est construite en 1792 à Port Tudy, remplacée à partir de la décennie 1860 par un môle long de , complété par deux jetées, l'une de , l'autre de ; malgré ces travaux, le port restait insuffisamment protégé du ressac lors des tempêtes : celles de 1891, 1911 et 1917 provoquèrent plusieurs naufrages dans le port. Ce n'est qu'en 1935, avec le prolongement de la jetée nord-ouest, que le port est enfin totalement protégé..
Port Tudy constitue le plus grand port de pêche et de plaisance de l'île. Il accueille la navette (ferry) qui fait la liaison entre l'île et le continent (Lorient et Port-Louis). Le port n'accueille plus guère de chalutiers, il reçoit en revanche de nombreux bateaux de plaisance, les navettes entre l'île et Lorient ainsi que des bateaux-taxis.
Port Lay a été le premier port de Groix : un môle en pierres sèches y est construit en 1832, mais il est détruit à deux reprises en 1836 et 1840 lors de tempêtes. Une cale-débarcadère y est achevée en 1850, mais le port est trop petit. C'est à Port Lay que la première presse à sardines s'est implantée en 1803, suivie d'une conserverie de sardines et thons en 1863L'usine Jego, qui employa jusqu'à ; elle a fermé en 1963.. La première école de pêche de France ouvre en 1895 à Port Lay ; elle a fermé vers 1960.
Port Melin et Port Saint-Nicolas sont de simples ports d'échouage.