est une chanson des Beatles, composée en 1962 par John Lennon et signée McCartney/Lennon. À partir de l'été 1963, l'attribution des compositions reprendra sa forme inversée. Inspirée par les chansons de Roy Orbison, cette composition aux paroles à connotation potentiellement sexuelle est dynamisée sous l'impulsion du producteur George Martin qui demande au groupe d'accélerer le tempo, y fait également ajouter des harmonies vocales et de l'harmonica. Refusée comme face B du premier single du groupe, , la chanson est ré-enregistrée en .
Elle paraît en single au Royaume-Uni le avec pour face B la chanson . Selon les sources, elle peut être considérée ou pas comme le premier 1 des Beatles, est donc leur premier titre à grimper tout en haut des hit-parades, répandant leur popularité sur l'ensemble de leur île et marquant l'amorce de ce qui devint cette année-là, la Beatlemania. Aux États-Unis, le single est publié le par le label Vee Jay mais ne rencontre que peu de succès. C'est toutefois le premier disque américain des Beatles. Réédité en 1964 après le passage du groupe à la télévision américaine, le single se place cette fois-ci en troisième position derrière deux autres chansons des Fab Four.
apparaît également en sur l'album du même nom, qui se classe en première position des charts britanniques pendant trente semaines. Aux États-Unis, elle apparaît l'année suivante dans la deuxième version de l'album . Elle a été classée par le magazine des 500 plus grandes chansons de tous les temps et a été reprise une trentaine de fois.
Genèse vignette|left|John Lennon a composé cette chanson dans sa chambre de « Mendips », sa maison d'enfance.|alt=photographie de la façade de Mendips est composée en 1962 par John Lennon. Dans son interview à en 1980, il raconte : C'est donc une des rares chansons que Lennon ait composées au 251 Menlove Avenue, sa tante Mimi Smith désapprouvant sa carrière de musicien. Il s'inspire du texte d'une chanson de Bing Crosby que sa mère Julia lui chantait et qui le marquait par le jeu sur l'homophonie des mots (s'il te plait) et (supplique). Sur le style, Lennon tente de reprendre les codes de Roy Orbison dont il vient alors d'entendre la chanson . Comme il l'explique, le but qu'il cherchait à atteindre en écrivant cette chanson était d'atteindre le haut des classements :
Le , les Beatles se rendent aux studios EMI de Londres pour leur seconde séance d'enregistrement mais la première avec leur nouveau venu, Ringo Starr. Outre, , et déjà enregistrées en démos en juin, ils présentent à George Martin deux chansons originales qui ne seront pas enregistrées ce jour-là. , qui n'impressionne pas leur producteur Tip of My Tongue sera ultimement confiée à Tommy Quickly, un autre chanteur managé par Brian Epstein., et , qui, également pour Martin, . Il leur suggère d'accélérer le tempo et d'y rajouter une intro et une coda dont il fait l'arrangement. Ils enregistrent les titres que les Beatles n'aiment guère, imposé par Martin et qui deviendrait la face A de leur premier single, et reprennent , pour la face B, qu'ils avaient déjà enregistrés avec Pete Best en juin.
Lorsqu'ils y retournent le pour finaliser l'enregistrement de ce single, la décision a déjà été prise que en serait la face A, au grand plaisir des Beatles. Par contre, leur producteur a invité le batteur professionnel Andy White afin qu'il participe à l'enregistrement, au grand dam de Starr. Ils débutent la séance d'enregistrement avec le titre qu'ils complètent en dix prises. Plusieurs prises de , accélérée et améliorée, sont effectuées mais aucune n'est satisfaisante et sera reprise lors d'une prochaine séance, si séance il y aura. En effet, le contrat entre le groupe et EMI était complété, George Martin aimait bien les Beatles mais si le single ne perçait pas, il y avait un risque que le contrat ne soit pas renouvelé. La séance se termine avec une troisième tentative d'enregistrer qui sera retenue pour l'album; la version du sera publié en single.
Dans les semaines qui suivent, les Beatles travaillent à l'amélioration de la chanson, déjà considérablement accélérée sur les indications de George Martin, où ils y rajoutent notamment une partie d'harmonica, et des harmonies vocales sur les passages où, dans la version originale, Lennon chantait seul. Pendant longtemps, on a cru que la version initiale fut enregistrée le mais a été perdue. George Martin expliquant que jusqu'en 1963, le personnel des studios détruisait toutes les bandes inutilisées. Un enregistrement a toutefois été retrouvé en 1994 et inclus l'année suivante sur le disque « Anthology 1 », Graham Calkin's Beatles Pages. Consulté le 18 avril 2011. Cet enregistrement est cependant trop proche de la version finale, selon le musicologue Allan Pollack, pour être la version qui posait problème à Martin. Il suppose de façon erronée que la prise originale avait été faite en juin et s'est perdue. En réalité, le groupe a présenté la chanson le , de toute évidence, sans l'enregistrer mais a enregistré un grand nombre de prises le 11, l'améliorant progressivement pour satisfaire le producteur, et c'est l'une de ces prises qui est présente sur Anthology 1. On peut toutefois entendre une courte improvisation au piano dans un rythme plus lent, enregistrée en , dans le documentaire The Beatles: Get Back et sur un disque de suppléments des versions augmentées de l'album Let It Be sortis en 2021.
Les Beatles tournent au début de l'année 1963 avec Roy Orbison, mais celui-ci ne sait pas que la chanson, qui cartonne au même moment, a été composée en s'inspirant de son style. Ce n'est qu'en 1987 qu'il l'apprend de la bouche de George Martin. Il précise : .
Enregistrement vignette|Sur , John Lennon se charge du chant principal, de la guitare et de l'harmonica, ce qui a forcé le groupe à recourir à des overdubs.|alt=John Lennon en 1964 Les Beatles reviennent en studio le suivant pour enregistrer un deuxième single, avec une version de refondue qui les satisfait pleinement. Quelque temps plus tard en interview, Lennon va jusqu'à parler d'une véritable impatience à l'idée de l'enregistrer. Des deux chansons mises en boîte ce jour-là, c'est la première que le groupe travaille, avec Ringo Starr de retour derrière la batterie. Dix-huit prises sont nécessaires, en comptant les overdubs. En effet, le groupe enregistre tout d'abord les guitares, batterie et chant sans les phrases d'harmonica. Il est trop difficile pour John Lennon d'en jouer tout en jouant de la guitare et en alternant avec ses phrases de chant. À la fin de la session, George Martin déclare aux quatre garçons : Cependant, l'exactitude de cette « prédiction » est remise en cause par les différents classements à la sortie du single. , la face B du single, est la seconde chanson mise en boîte durant cette séance qui dure à peine trois heures.
Le suivant, George Martin et l'ingénieur du son Norman Smith ainsi qu'un deuxième ingénieur du son inconnu mixent les versions mono et stéréo du single. Smith se rappelle que par facétie, ils ont envoyé une version mixée du single aux grands rivaux d'EMI, Decca. Ils espéraient qu'ils le rejetteraient comme ils avaient auparavant refusé les Beatles à la suite d'une audition restée célèbre.
Le , alors qu'ils travaillent au mixage de l'album , Martin, Smith et le deuxième ingénieur du son A.B. Lincoln réalisent un nouveau mixage stéréo de la chanson éponyme à partir des prises 16, 17 et 18. Celui-ci est donc légèrement différent de la version single.
Interprètes John Lennon : chant, guitare rythmique, harmonica Paul McCartney : chant, guitare basse George Harrison : chœurs, guitare solo Ringo Starr : batterie
Équipe de production George Martin : producteur Norman Smith : ingénieur du son Un ingénieur du son inconnu (version mono, première version stéréo) A.B. Lincoln : ingénieur du son (deuxième version stéréo)
Paroles et musique vignette|left|Pour le critique musical Robert Christgau, est une des premières chansons à faire clairement allusion à la fellation. Si d'autres critiques partagent son opinion, les Beatles n'ont cependant jamais confirmé ce fait.|alt=Robert Christgau en 2010 Sur le plan des paroles, se distingue des autres compositions de Lennon et McCartney à l'époque : sur les 21 chansons composées et publiées en 1963, toutes parlent d'amour, dont 17 en s'adressant directement à la personne aimée, et 2 parlant d'elles à la troisième personne. Avec , le chanteur mélange les deux discours, commençant à la troisième personne par () avant de passer à la deuxième personne en rapportant son discours. La seule autre chanson du groupe se permettant ce type d'originalité à cette période est un autre hit du groupe, , dans lequel le chanteur parle à un ami de l'amour que lui porte une fille Allan W. Pollack, « Please Please Me », Soundscapes. Consulté le 18 avril 2011.
Sur le sens des paroles, certains la considèrent comme plus osée qu'elle n'y paraît au premier abord. Pour le critique musical Robert Christgau, certaines phrases font clairement référence à la fellation, notamment le vers () ainsi que le vers (). Il en va de même pour Tim Riley qui la qualifie de . Cependant, si Lennon a souvent pris un malin plaisir à glisser des allusions sexuelles dans ses chansons plus tardives comme , il semble que celle-ci n'ait pas été volontaire. Les Beatles ont dans tous les cas toujours démenti ce sens. Le journaliste Steve Turner précise également que d'autres critiques y voient plus simplement un éloge de l'égalité du plaisir sexuel.
D'un point de vue musical, la chanson est composée en mi majeur et est bien plus élaborée que ce que faisaient les Beatles jusque-là, ou que ce qu'ils interprétaient à l'époque des Quarrymen. Comme le remarque le musicologue Allan W.Pollack, cela illustre l'importance que prend le producteur George Martin dès l'arrivée du groupe en studio. Elle se caractérise notamment par les chantés par Lennon avec réponse des chœurs ainsi que par les accords de guitare et les breaks de batterie qui sont plus complexes que sur une chanson comme , et des harmonies plus travaillées. Sur le couplet, les voix de John Lennon et de Paul McCartney s'entremêlent, l'un chantant la mélodie en descendant la gamme et l'autre se maintenant sur la même note.
Parution et réception Le single de la Beatlemania
Le single / paraît au Royaume-Uni le . Les deux chansons sont créditées à McCartney/Lennon; l'attribution mieux connue de leurs compositions, qui avait été utilisée à la sortie du premier single quelques semaines précédentes, reprendra sa forme habituelle, à partir de l'été 1963Bien que les rééditions de l'album en CD en 1987 et en 2009 conservent la forme inversée, les autres apparitions de ces chansons sur disques, telles The Beatles 1962–1966, Past Masters ou Live at the BBC, adoptent l'ordre la mieux connue.. Particulièrement convaincu après une prise du groupe, George Martin avait lâché depuis la cabine de mixage : . Le single n'atteint cependant pas cette place dans tous les classements, ceux-ci étant à l'époque gérés par des magazines musicaux différents. En 1963, en effet, chaque magazine musical compile son propre compte des ventes. Pour le , le et , la chanson est en tête du hit-parade en janvier-. Pour le et le , elle n'est que 2 derrière de Frank Ifield et deux semaines plus tard derrière de Cliff Richard and The Shadows.. Le single suivant, met tout le monde d'accord en s'établissant unanimement en première place des classements dans un climat de Beatlemania incontestable.